TICH MAI NS TERTIAIRES
GENRES
ESPÈCES
AUTEURS
LOCALITÉS
OBSERVATIONS
SeniZASTER
mourus
Pornel
Colonne-Voirol
Ouled-Fayet
Abondant dans tout l’étage
Plagiobrissus
P orne U
Nob.
Deux-Bassins
près
Dély-Ibrahim
Très rare.
Spatangus
Flamande
Nob.
Ouled-Fayet
Rare. Espèce nouvelle.
id.
pauper
Pomel
Télemly
Commun à la base de l’étage ; offre des caractères spécifiques variables.
Hypsoclypus
Pouyannei
Nob.
Télemly
Commun à la base de l'étage. Espèce nouvelle.
Arbassina
Nicaisei
Pomel
El-Biar
Assez rare.
Echinocyamus
pusillus
Lmk
El-Biar
Vit encore dans la Méditerranée et porte aussi le nom de E. tarantinus.
Echinus
Durandoi
Pomel
Dély-Ibrahim
Commun en haut de l’étage
id.
algirus
Pomel
Dély-Ibrahim
Commun ; peut être confondu avec E. Durandoi et même avec E. Melo qui vit encore dans la Méditerranée.
Anapesus
serialis
Pomel
Colonne-Yoirol
Très commun dans tout l'étage. Ancien genre Schizechinus.
ClDARIS
hislrix
Lmk
Mustapha inférieur
Assez commun, mais presque toujours désarticulé. Vivant dans la Méditerranée.
Bryozoaires
Biflustra
delicatula
Busck
Draria
Assez commun.
PLIOCENE INFERIEUR
GENRES
ESPÈCES
AUTEURS
LOCALITÉS
OBSERVATIONS
Cellepora
coronopas
S. Wood
Deux-Bassins (Dély- Ibrahim) Chéraga
Commun. Souvent couvert de parasites tels que : Membranipora aperta (Bryoz.), Cryptangia (Polyp.).
id.
tubigera
Busck
Draria; El-Biar
Commun.
CUPULLARIA
umbellata
Defrance
Oued-Hallouf
(Chéraga)
Assez commun à la base, de l’étage.
Dendrophyllia
corrigera
Lmk
Alg.- Mustapha
id.
Eschara
biaperta
Michelin
El-Biar
(Château-Neuf)
id.
id.
cervicornis
Lmk
Chéraga (barrage)
Assez commun.
id.
nobilis
Michelin
Dépôt de mendicité
id.
id.
Sedgioickii
M.-Edw.
Ouled-Fayet
Assez rare.
Lepralia
Télemly
Espèce indéterminable.
Retepora
cellulosa
Lmk
Dépôt de mendicité
Commun.
Salicornia
crassa
S. Wood
Oued-Hallouf
(Chéraga)
id.
Membranipora
aperta
Michelin
id.
id.
Brachiopodes
Terebratula
ampulla
Brocchi
Douéra ,
El-Achour
Très commun à la base.
80 TERRAINS TERTIAIRES
GENRES
ESPÈCES
AUTEURS
LOCALITÉS
OBSERVATIONS
Terebratula
Dély-Ibrahim
Très commun dans le haut de l’étage.
Rynchonella
Kl-Achour
Télemly
id. â la base.
Terebratülina
caput serpentis
Linné
Alg.- Mustapha
id. dans tout l’étage.
ArGIOPE
dccollala
Cliemnilz
El-Biar
(Château-Neuf)
Surtout dans la molasse calcaire.
Megerlia
id.
Espèce indéterminable.
Dans la molasse calcaire.
Lamellibranches
ÔSTREA
cochlear
Poli
Télemly, El- Achour, Alger- Mustapha
Très commune à la base.
id.
subcochlear
Nob.
El-Biar
Commune dans tout l'étage.
id.
edulis
Linné
Ouled-Fayet,
Draria
Beaucoup plus commune dans le pliocène supérieur.
id.
foliacé a
Brocchi
El-Biar, Kaddous
Très commune dans le haut de l’étage.
Anomia
Ephippium
Ouled-Fayet,
El-Biar
Assez rare.
id.
orbiculata
Brocchi
Chéraga
(Oued-Hallouf)
id.
Pleuronectia
comïtatm
Fontann.
Télemly
Commun à la base.
PLIOCÈNE INFÉRIEUR
GENEES
ESPÈCES
AUTEURS
LOCALITÉS
OBSEBVATIONS
Pleuronectia
cristal a
Bronn
Chéraga
Commun dans tout l’étage et jusque dans le pliocène supérieur.
Janira
Jacobœa
Linné
Ouled-Fayet
El-Achour
. Commun dans tout l’étage.
Pecten
complanatus
Sow.
Draria
Très commun dans la molasse.
id.
hor ridas
Nob.
Alger-Musta-
pha
Rare.
id.
latissimus
Linné
El-Biar
Assez rare.
id.
opercularis
Linné
Ouled-Fayet
El-Achour
Très commun à la base.
id.
p es felis
Linné
Birtraria
Assez rare.
id.
polymorphus
Goldff.
Chéraga, Draria
Très commun dans tout l’étage.
pusio
Pennant
Dély-Ibrahim
Commun.
id.
scabrellus
Lmk
El -Achour
Commun à la base.
id.
subpleuronec-
tes
D’Orb.
Café d’Hydra
Dans la molasse calcaire seulement.
id.
varius
Lmk
Oued-Kerma,
Draria,
Oued-Hallouf
Commun.
Lima
Loscombi
Sow.
Marabout Sidibou-Naga
Rare.
Hinnites
crispus
Brocchi
route de Chéraga
id.
88 TERRAINS TERTIAIRES
GENRES
ESPÈCES
AUTEURS
LOCALITÉS
OBSERVATIONS
Spondyujs
El -Achour
Rare.
PlNNA
ru dis
Linné
El-Achour
Assez commun.
id.
Iruncata
Maison - Carrée (Oued- Ouchaïa)
Commun dans le Pliocène supérieur. Variété de P.
ruais.
Mytilus
edulis
Linné
Oued-Kerma
Assez rare.
Modiola
barbata
Linné
Oued-Kerma, Saoula, Draria
Très commun dans le Pliocène supérieur.
Arca
diluvii
Lmk
Alg.- Mustapha
Commun à la base.
id.
lactea
Linné
Mustapha,
Chéraga,
Ouled-Fayet
Commun à la base. On en a fait le sous-genre Barbatia.
Pectunculus
pilosus
Compan .
Chéraga
Très commun.
id.
violacescens
Lmk
id.
Limopsis
aurila
Brocchi
Alger-Mustapha, Chéraga
Très commun à la base.
Nucula
placentina
Lmk
Chéraga, Draria
A la base seulement.
Leda
concava
Bronn
Chéraga
id.
Unio
Oued Kerma
Espèce indéterminable. Très rare.
Ch am a
gryphoïdes
Linné
Chéraga, Draria
A la base seulement.
Cardium
echinatum
Linné
Chéraga, El- Achour
id.
PLIOCÈNE INFÉRIEUR
GENRES
ESPÈCES
AUTEURS
LOCALITÉS
OBSERVATIONS
Cardium
edule
Maison - Carrée
Trouvé eu abondance au fond d'un puits de 25 mètres.
id.
oblongum
Ciiemnitz
Oued-Kerma
Rare, et à la base seulement
Cyprina
Islandica
Lmk
El-Achour
id.
Astarte
incerta
Lmk
Draria
Commune à la base.
id.
obliquata
Lmk
Chéraga
Isocardia
cor ?
Linné
Chéraga
Assez rare.
Yerticordia
arietina
Brocchi
Alger-Musta-
pha
Ancien Chamci arietina de Brocchi. Rare, et à la base seulement.
SCROBICULARIA
plana
Da Costa
Alger-Musta-
pha
Maison -Carrée
A été trouvé à Maison-Carrée avec le Cardium edule.
Venus
cincta ?
D’Orb.
Ouled-Fayet
A la base seulement.
id.
Depereti
Fontanes
El-Achour
Rare, et à la base seulement.
id.
muliilamella
Lmk
Chéraga,
El-Achour
Commune, et à la base seulement.
id.
ovata
Pennant
Chéraga
Assez rare, et à la base seulement.
Cythqerea
ru dis
Poli
id.
Tellina
lata ?
Gmelin
Dély-Ihrahim
Moule interne.
CûRBULA
gibba
Olivi
Chéraga, Draria
Commune, et à la base seulement.
Noera
cuspidata
Bronn
Chéraga
Rare, et à la base seulement.
90 TERRAINS TERTIAIRES
GENRES
ESPÈCES
AUTEURS
LOCALITÉS
OBSERVATIONS
Panupoea
Faujasi
M. de Lagr.
Ouled-Fayet
Commune dans le Pliocène supérieur.
Thracia
pubescens
Pulteney
Dély-Ibrahim
Assez rare, et dans la molasse calcaire.
Saxicava
arctica
Linné
Alger-Musta-
pha
Rare, et à la base.
Tehedo
bacïllum
Brocchi
Dély-Ibrahim
id.
Gastéropodes
OCENEBRA
craticula
Brocchi
Draria
Ancien Murex. A la base.
Tropiion
squamulatus
Brocchi
Draria
id.
Triton
nodiferum ?
Lmk
Kouba
Moule interne. Pliocène supérieur surtout.
Pyrula
intermedia
Si smon .
Ouled-Fayet
A la base.
Fusus
antiquus ?
Lmk
El-Achour
Exemplaire incomplet, ressemblant aussi au F. tornatus (du Cauada). A la base.
id.
longiroster
Brocchi
Draria
A la base.
Terebra
costullcita
Borson
Alg.- Mustapha
üL
Nassa
clathrata
Brocchi
Chéraga
granulata
J. Sow.
Draria
id.
id.
italica
Mayer
Chéraga
id.
id.
m usiva
.Brocchi
Draria
id.
PLIOCÈNE INFÉRIEUR
GENRES
ESPÈCES
AUTEURS
LOCALITÉS
OBSERVATIONS
Nassa
semistriata
Brocchi
El-Achour
A la base.
id.
serrata
Brocchi
Draria
id.
id.
serraticoslata
Bronn
Chéraga
(Oued-Hallouf)
id.
Ringicula
dentifera
Nob.
Draria
id.
striata
Brocchi
Chéraga
id.
Dolium
Dély-Ibrahim
Moule interne. A la base.
Conus
striatulus ?
Brocchi
Dépôt de mendicité
Moule interne. Dans la molasse calcaire.
Homotoma
reticulata
Renieri
Chéraga
A la base.
Clathurella
emarginata
Donav.
id.
Yoluta
Lamberti
J. Sow.
Route de Chéraga
id.
Mitra
Michelotti
Homes
Chéraga
id.
Cyprûka
physis
Brocchi
Dépôt de mendicité
Dans la molasse calcaire.
Rare.
Erato
lœvis
Donati
A la base.
Ovula
carnea ?
Ph.
Chéraga
Espèce douteuse. A labase.
Natica
euclista
Fontan.
El-Achour
A la base.
id.
macilenta
Philippi
El-Achour,
Draria
id.
id.
millepunctata
Lmk
El-Achour,
TF h MAI. NS TERTIAIRES
IH
GENRES
ESPÈCES
AUTEURS
LOCALITÉS
OBSERVATIONS
Turbonilla
costellata
Gratel.
Chéraga
A la base.
Melania
tuberculala
Linné
Maison -Carrée
Variété Jourdaniana. Même gisement que Cardium edule et Scrobicularia plana'
Turritella
rhodanica
Fontan.
Dély-Ibrahirn,
El-Achour
A la base.
id.
subangulata
Brocchi
Chéraga
id.
id.
tricarinata
Brocchi
Chéraga
id.
id.
vermicularis
Brocchi
Draria, Saoula
Surtout dans le Pliocène supérieur.
Vermetus
intortus
Lmk
A la base.
SCALARIA
foliacea
Sow.
Ravin
de la Femme- Sauvage
Dans la molasse calcaire.
id.
lamellosa
Brocchi
Télemly
A la base.
id.
pulchella
Bivone
Télemly
id.
id.
tenuicostata
Michaud
Alg. - Mustapha
id.
trevelyana
Leach
Saoula
Dans le Pliocène supérieur, principalement.
id.
Turtonæ
Michelotti
Télemly
A la base.
Philippia
simplex
Bronn
Chéraga
Ancien Solarium. A la base.
Xenophora
crispa ?
Kôning
Télemly
Moule interne. A la base.
Hydrobia
Perraudien
Bourg.
Maison- Carrée
Même gisement que Cardium edule.
Turbo
rugosus
Linné
Chéraga
A la base.
PLIOCÈNE INFERIEUR 93
GENRES
ESPÈCES
AUTEURS
LOCALITÉS
OBSERVATIONS
Trociius
conulus
Linné
Draria
A la base.
miliaris
Brocchi
Draria
id.
F ISS U R ELLA
liai ica
Defrance
Onled-Fayet
id.
id.
neglecta
Deshay.
Chéraga
id.
Calyptrcea
muricata
Brocchi
Chéraga
id.
Capulus
hungarius
Chéraga
id.
Crepidula
unguiformis
Lmk
Chéraga
id.
Dentalium
elephantinum
Philippi
Alg.- Mustapha
Variété de D. Delessertianum (Chenu). A la base.
id.
sexangulum
Linné
Alger-Musta-
pha
A la base.
Bulla
lignaria
El-Achour
id.
id.
striata
Brug\
Chéraga
id.
Cylichna
Brocchi
Michelotti
El -Achour
id.
id.
convoluta
Brocchi
Chéraga
id.
Annélides
Serpula
infundibulum
Lamk
El-Biar
(Château-Neuf)
Dans la molasse.
TERRAINS TERTIAIRES
GENRES
ESPÈCES
AUTEURS
LOCALITÉS
OBSERVATIONS
Crustacés cirrhipèdes
Balanus
iinlinnabulum
Larnk
El-Biar
Dans la molasse.
id.
Draria-Saoûla
Espèce indéterminée faute d’éléments de comparaison.
Petite et très plissée. Abondante dans le Pliocène supérieur surtout.
Crustacés décapodes
Cancer
Deshayesii
A. M.-Edw.
Alger-Fontai-
ne-Bleue,
Chéraga
A la base.
Mammifères cétacés
Balæna
Birtraria
Grosse vertèbre en assez
mauvais état.
Cette liste de fossiles ne comprend, je le répète, que les espèces que j’ai recueillies moi-même, à l’exception toutefois de l’ossement de baleine qui m’a été communiqué. Je ne donne pas ma collection comme absolument complète, malgré le soin et la patience que j’ai mis à fouiller les principaux gisements
fossilifères. D’autres personnes, vrais géologues ou simples amateurs, ont, en effet, visité avant moi ces mêmes gisements et ont pu y ramasser des espèces que je n’y ai plus trouvées. Si leurs collections avaient pu m’être communiquées, je me serais empressé d’ajouter à ma série les noms des types spécifiques qui lui manquent, mais qui, somme toute, ne doivent pas être bien nombreux. Il eût été intéressant d’avoir ainsi la faune complète du Pliocène du Sahel.
Je n’ai pu également parvenir à savoir si les collections dont je parle ont déjà fait l’objet de publications quelconques.
A défaut de ces renseignements, je me suis trouvé réduit à ne parler que de mes propres découvertes, et à décrire les espèces que j’ai supposé nouvelles.
Etage supérieur. — Au-dessus de l’étage qui précède, vient une autre série de couches marines pouvant avoir ensemble plus de 30 mètres de puissance, mais le plus souvent réduites à une épaisseur beaucoup moindre et même quelquefois négligeable. J’en fais l’étage pliocène supérieur.
Je n’ai trouvé nulle part cette formation en contact direct ni avec le terrain azoïque ni avec les grès miocènes (Cartennien); mais elle repose indifféremment, soit sur le Pliocène inférieur, soit sur la marne miocène (Sahélien). De plus, son contact direct avec la marne sahélienne s’observe tout aussi bien sur les deux versants que sur la crête du Sahel ; et, comme son étendue géographique l’emporte de beaucoup sur celle du Pliocène inférieur, on pourrait être tenté de croire que le dépôt de cet étage supérieur a suivi un nouvel affaissement de la région, de manière à déborder par-dessus l’étage pliocène inférieur.
TERRAINS TERTIAIRES
Selon moi, ce n’est là qu’une apparence. Je crois, au contraire, que le depot de l’étage pliocène supérieur a été immédiatement précédé d’un phénomène d’exhaussement, qui serait alors l’origine même du bourrelet constituant la petite chaîne du Sahel, si l’on fait abstraction du massif azoïque d’Alger dont l’émersion est certainement antérieure à toute formation sédimen taire plus récente.
Ce soulèvement, suivant l’axe sahélien, a eu pour résultat la dislocation des couches déjà formées, puis une dénudation sous-marine à laquelle il faut rapporter la disparition d’une grande partie du Pliocène inférieur et la mise à nu, sur beaucoup de points, de la marne sahélienne sous-jacente.
C’est surtout du côté de la mer que ia dénudation a été la plus complète, parce que c’est de ce côté que l’action désagrégeante des vagues s’exerçait avec le plus d’intensité. Ainsi s’explique la disparition totale, sur le versant nord, des couches pliocènes inférieures. Le flot, battant sans cesse le relief naissant, en arrachait des parties qu’il triturait ensuite pour les rejeter par-dessus tout l’ensemble, et jusqu’aux pieds de l’Atlas, sous forme de sable, de boue marneuse et de cailloux roulés; tous éléments d’ailleurs bien caractéristiques d’un dépôt littoral et qui ont, comme on va le voir, exclusivement concouru à la formation du Pliocène supérieur.
Je dois faire remarquer que ce premier plissement, qu’on peut considérer, je le répète, comme l’origine du Sahel, n’a pas dû être d’une parfaite régularité. En effet, la discordance de stratification, par laquelle se distinguent des dépôts sousjacents les couches pliocènes supérieures, très accentuée sur certains points (Voy. pi. IV, fig. 10), comme, par exemple, au
PLIOCÈNE SUPÉRIEUR
château d’Hydra, à Kouba, orphelinat Saint-Charles, Tixeraïn, etc., est peu ou point marquée sur certains autres points, ce qui rendrait la détermination quelque peu difficile, si Ton n’était guidé par la composition lithologique des couches et l’abondance de certains fossiles.
Quoi qu’il en soit et que, de plus, il y ait eu ou non un temps d’arrêt dans le mouvement ascensionnel du bourrelet sahélien, après le dépôt de l’étage pliocène supérieur, l’émersion de la petite chaîne a eu lieu, et son exhaussement a atteint, sans discontinuation apparente, les altitudes que nous lui connaissons aujourd’hui.
Il convient de tenir compte toutefois d’une élévation de quelques mètres, qui a pu affecter tout l’ensemble et qui s’est produite postérieurement à certains dépôts quaternaires sur lesquels j’appellerai plus loin l’attention.
Cependant, à un moment donné, sous l’effort du plissement, les couches, malgré leur élasticité, ont du céder et l’ensemble s’est brisé. Une dislocation s’est produite, assez confuse, mais intéressante au double point de vue du relief général et de la façon particulière dont les fragments du Pliocène supérieur s’en sont trouvés répartis.
Depuis cette époque, il y a eu sans doute de nombreux mouvements locaux, des glissements, surtout au contact de la marne sahélienne, dont la surface est très glissante lorsqu’elle est détrempée; mais ces phénomènes n’ont jamais eu beaucoup d’importance et ne paraissent pas avoir sensiblement modifié le faciès orographique de la région.
La plus grande partie des cassures que l’on constate dans le Sahel et desquelles sont résultées les coupes verticales en falaises plus ou moins voisines de la côte, ainsi que la plupart
TERRAINS TERTIAIRES
des ravins, agrandis ensuite par des éboulements et des érosions, doivent donc être rapportées à cette dislocation immédiatement post-pliocène ; car, en effet, les éboulis et les lambeaux provenant du Pliocène inférieur ou supérieur, et qui sont les seuls restes de la partie qui s’est détachée et a disparu dans la mer, sont le plus souvent recouverts par des dépôts quaternaires non disloqués.
Quelques exceptions seulement pourraient être faites en faveur de certaines fêlures qui paraissent avoir affecté ces mêmes dépôts quaternaires et qui seraient par conséquent postérieures à leur formation ; mais encore n’est-il pas démontré que les cessations de continuité que présentent ces dépôts ne sont pas dues exclusivement à l’action érosive des eaux torrentielles qui les traversent périodiquement.
Quoi qu’il en soit, ces mouvements secondaires n’enlèvent rien de son caractère au phénomène général de dislocation post-pliocène, et, comme je l’ai dit, il est intéressant de noter l’effet qu’il a produit particulièrement sur le Pliocène supérieur. Toutes les parties de cet étage , qui se trouvaient juste audessus de l’axe de soulèvement, ont été maintenues en place et on les trouve encore, soit par lambeaux isolés, soit par bandes étroites et continues, sur les crêtes du Sahel où elles occupent généralement la position horizontale. Tels sont les lambeaux du Château-d’Hydra, de Kaddous, de Chéraga, de l’Ouled-Fayet, et tant d’autres ; telles sont aussi les bandes qui courent le long des crêtes, entre Saint-Ferdinand, Douéra, Sainte-Amélie, Maëlma, etc., ou bien encore les couches moins tourmentées qui forment le sous-sol immédiat des plateaux tels que, par exemple, celui de Saïgrh à Chaïba.
PLIOCÈNE SUPÉRIEUR
Sur le versant nord, les couches disloquées ont glissé ; leurs fragments se sont disjoints, en s’enfonçant plus ou moins dans la marne sahélienne sous-jacente et, sur certains points, comme au-dessous de l’Ouled-Fayet (côté de la mer), on constate facilement qu’ils sont disséminés tout à fait à la manière des glaçons sur une rivière pendant une débâcle ; si bien que lorsqu’il m’en a fallu faire le tracé, j’ai été obligé de les considérer comme formant une couche continue.
Sur le versant opposé, qui regarde la Mitidja, l’allure du Pliocène supérieur est différente et plus régulière. Une cassure longitudinale, point de départ d’une dénudation qui se continue d’ailleurs encore, a mis à nu une longue bande de Pliocène inférieur, dont j’ai déjà parlé. Cette bande presque continue représente à peu près l’unique solution de continuité des couches supérieures, qui réapparaissent vers le bas et tout le long des collines, pour disparaître ensuite sous les alluvions de la plaine. Elles n’ont pu se disloquer ni se disjoindre comme elles l’ont fait sur la marne, parce que la surface des roches pliocènes inférieures sur lesquelles elles reposent ne se prêtait pas aux glissements qu’elles ont dû subir du côté opposé.
Au sud-est d’Alger, dans la région comprise entre le lit de l’Harrach, Birmandreis, El-Achour et Birtouta, le Pliocène supérieur n’a pas été aussi tourmenté que dans le reste du Sahel. 11 forme là comme un manteau, déchiré sans doute par de nombreux ravins, mais pas, assez profondément pour laisser apparaître les terrains sous-jacents. On peut presque dire que, seuls, les ravins où coulent l’oued Kerma et deux ou trois de ses affluents pénètrent jusque dans les couches du Pliocène inférieur.
TERRAINS TERTIAIRES
La composition du Pliocène supérieur est absolument celle d’un dépôt littoral ; elle n’est pas très variée, mais elle est peu constante d’un point à un autre. Pour la bien définir, le seul moyen est d’en énumérer les différentes couches dans les localités où elle offre le caractère le plus tranché.
C’est près d’Alger, et surtout entre Kouba, Maison-Carrée et le Gué-de-Constantine, que ce caractère ressort avec le plus de netteté.
Dans les environs immédiats de Kouba, on trouve, en position tantôt horizontale, tantôt diversement inclinée, mais toujours en discordance de stratification avec le Pliocène inférieur sous-jacent, un ensemble ainsi composé de bas en haut (Voy. pl. IV, fig. 12) :
1° Une couche sableuse ;
2° Un banc de calcaire compacte ;
3° Une couche de poudingue ;
4° Une couche de marne glaiseuse ;
5° Une couche de poudingue plus ou moins désagrégé ou remanié.
A Maison-Carrée, sur la rive droite de l’Harrach, on observe une composition analogue, mais avec un plus grand développement et une alternance (Voy. pl. IV, fig. 11) répétée de poudingues et de marne. De plus, et principalement sur les hauteurs, où elle semble s’ètre altérée au contact de l’air, la marne, ordinairement pure et plastique, passe à un calcaire blanc, pulvérulent et d’aspect tout à fait crayeux. Ce calcaire blanc se retrouve d’ailleurs sur plusieurs autres points, en deçà de l’Harrach, et, plus loin, vers Koléa, il prend un développement relativement considérable. J’ai vu plusieurs fois des indigènes
PLIOCÈNE SUPÉRIEUR
en recueillir de petites quantités pour s’en servir, disaient-ils, en guise de savon. En réalité, c’est souvent une terre smectique, très avide d’humidité, happant fortement à la langue et pouvant au besoin être utilisée comme terre à foulon.
Au Gué-de-Constantine, ces mêmes parties, marne et poudingues, sont encore plus développées. La marne y est pure et alimente une grande briqueterie ; les poudingues y offrent plutôt l’aspect d’énormes amoncellements de graviers, à peine agrégés. Ces graviers, qui, avec le reste, s’enfoncent sous les alluvions de la Mitidja, ont une importance considérable et spéciale. Ce sont eux qui opèrent le drainage des eaux qui se réunissent dans la plaine et que l’on recueille au moyen de forages artésiens.
A El-Achour, Draria et Saoûla, on exploite activement, pour la construction, des grès plus ou moins fins et à ciment calcaire dont les bancs sont séparés par de minces couches de sable. Bien qu’il soit oiseux, ou dans tous les cas peu intéressant, de chercher à établir l’équivalence de certaines couches dans un terrain de cette nature, je crois que cette formation calcaréo-gréseuse , qui repose directement sur le Pliocène inférieur et qui est très souvent recouverte par des poudingues, représente la partie inférieure de l’étage, autrement dit la couche sableuse et le banc calcaire que j’ai signalés à la base. Les caractères tirés de la position stratigrapbique et même de la faune s’accordent en faveur de cette opinion.
A partir de ce dernier point et jusqu’au delà de Tefeschoun, je n’ai trouvé l’étage représenté que par sa partie supérieure, c’est-à-dire par des dépôts arénacés : poudingues durs et solides, cailloux roulés, sables tantôt meubles, tantôt agrégés
TERRAINS TERTIAIRES
en plaquettes gréseuses. Les poudingues sont constitués par dos éléments de toute grosseur, souvent cimentés par du calcaire cristallin, ce qui donne alors à la roche l’apparence d’un véritable béton.
Au-dessus de tout ce qui vient d’être mentionné, existent dans plusieurs régions des sables agglutinés ou non, que je n’ai pas compris tout d’abord dans la série, parce qu’ils m’ont paru devoir faire l’objet d’une mention spéciale. Leur couleur est toujours ocrouse, rouge brique, jaune ou brune. Très répandus, ces sables constituent sur une foule de points la terre végétale.
À quiconque les observera de prime abord dans un endroit déterminé, l’interprétation que j’en donne pourra paraître douteuse. Mais lorsqu’on les a suivis attentivement, comme je l’ai fait, on voit, partout où la superposition existe, qu’ils sont en parfaite concordance de stratification avec les poudingues sous-jacents, que leurs éléments sont les mêmes, sauf la réduction de volume, et l’on est obligé d’admettre, ou bien qu’ils continuent les poudingues, ou bien qu’ils résultent de leur désagrégation sur place.
Que ces sables, durant le cours des périodes quaternaire et actuelle, aient été remaniés superficiellement et soient en partie déplacés, cela est évident et indiscutable. Leur déplacement continue même encore et avec beaucoup d’intensité, si bien que l’on pourrait désigner d’avance les points nombreux d’où ils auront bientôt disparu totalement. Pour n’en pas douter, il suffit d’avoir été surpris une seule fois, au milieu de ces sables, par une de ces pluies diluviennes comme il en tombe en Algérie.
Cependant, comme on est dans l'impossibilité absolue de
PLIOCÈNE SUPÉRIEUR
faire la part, même approximative, de ce qui est déplacé et de ce qui ne l’est pas ; comme il est impossible de rapporter aux époques quaternaire et actuelle ce qui leur revient respectivement de ces déplacements successifs ; comme, d’un autre côté, l’origine de ces sables ne fait aucun doute ; comme, par leur faible épaisseur, ils sont souvent négligeables ; mais comme aussi parfois ils représentent la trace, d’autant plus précieuse qu’elle est unique, du Pliocène supérieur, je les ai maintenus dans cet étage, en les considérant comme le dernier terme de la formation tertiaire dans le Sahel.
La faune du Pliocène supérieur, si l’on en juge par les traces qu’y ont laissées principalement les mollusques, était nombreuse,, sinon comme espèces, du moins comme individus. Ce n’est point là ce qu’on peut appeler des espèces caractéristiques, car je n’oserais pas affirmer qu’aucune d’elles soit spéciale à l’étage, bien que deux ou trois y aient été recueillies exclusivement.
Ce qui est caractéristique, c’est l’ensemble et surtout l’abondance exagérée de quelques types.
Seuls, les sables, grès et calcaire de la base m’ont fourni quelques espèces déterminables et dont voici la liste :
TERRAINS TERTIAIRES
GENRES
ESPÈCES
AUTEURS
LOCALITÉS
OBSERVATIONS
Algues
Lithothamnium
Kouba, Kaddous, Orphelinat St-Charles
Espèces variées, très abondantes dans la couche calcaire où elles sont fortement empâtées.
Echinides
SCHIZASTER
speciosus
Pomel
Chéraga
(barrage)
Type de grande taille que je n’ai trouvé nulle part dans l’étage inférieur.
Bryozoaires
Eschara
cervicornis
Lmk
Chéraga
(barrage)
Très abondant dans ce gisement.
Lamellibranches
Ostrea
e du lis
Linné
Draria, Kouba, oued Kerma,
etc.
id.
hippopus
Lamk
Kouba, Saoula
Pleuronectia
cristata
Bronn
Chéraga
(barrage)
Très abondante ici et très rare dans l'étage inférieur.
id.
Très abondant dans ce gisement. Aucien Pecten ctistatus.
PLIOCÈNE SUPÉRIEUR
GENRES
ESPÈCES
AUTEURS
LOCALITÉS
OBSERVATIONS
Janira
Jabobœa
Linné
Kouba, etc.
Très abondant surtout dans les couches calcaires.
PlNNA
truncata
Linné
Oued Ouchaïa
Très abondant dans ce gisement et très rare dans l’étage inférieur. Variété de P. rudis.
Modiola
barbala
Linné
Chéraga, Saoûla, etc.
Très abondant ici et rare dans l’étage inférieur.
Pectunculus
violacescens
Lmk
Kouba, Orphelinats-Charles etc.
Avec plusieurs autres espèces dans les calcaires et les poudingues coquilliers.
Panopoea
Faujasi
M. de Lagr.
Abondant dans les calcaires, et très rare dans l’étage inférieur.
Gastéropodes
Triton
nodiferum
Lmk
Kouba
Dans le banc calcaire.
Turritella
vermicnlaris
Brocchi
Oued Knis, Draria, Saoûla
Abondant.
Scalaria
trevelyana
Leach
Saoûla
Rare. Je ne l’ai pas trouvé dans l’étage inférieur.
Purpura
lapillus
Rare.
Dentalium
Oued Ouchaïa
Très abondant à la base, dans la couche sableuse.
Crustacés cirrhipèdes
Balanus
Draria', oued Kerma, Saoûla
Très abondant. Espèce déjà citée dans la liste de l’étage inférieur.
TERRAINS TERTIAIRES
Il est bien entendu que cette liste est très incomplète et qu’elle ne renferme que les genres et les espèces ayant pu être déterminés et constituant par leur grande abondance l’ensemble caractéristique dont j’ai parlé.
Les bancs calcaires, qui renferment surtout les grosses espèces de lamellibranches, se font en outre remarquer par leur couleur jaune et par leur structure d’apparence pisolithique qu’ils doivent au grand nombre de Lithothamnium globuleux ou ramifiés dont ils sont remplis.
Les couches de marne ne contiennent guère que des empreintes, parmi lesquelles j’ai remarqué celles de certaines fucoïdées, d’ailleurs indéterminables.
Les calcaires pulvérulents blanchâtres sont absolument dépourvus de toutes traces de fossiles.
Lespoudingues sont, au contraire, souvent très fossilifères ; mais toutes les espèces, à part de rares exceptions, ny sont plus représentées que par des moules creux ou pleins, ou par du calcaire pseudomorpliique cristallisé , c’est-à-dire sans caractères pouvant se prêter à une détermination spécifique. Les genres eux-mêmes se laissent souvent plutôt deviner que reconnaître.
Quant aux grès et sables supérieurs, c’est à peine si, de loin en loin, ils fournissent une coquille, Ostrea ou Pecten, rappelant leur origine marine.
Considéré dans son ensemble, le Pliocène, tout comme la marne du Miocène supérieur, appartient exclusivement au Sahel proprement dit. Sur toute la longueur du versant sud du petit massif, il disparaît sous les alluvions quaternaires de la Mitidja; sur le versant nord, et le long de la côte, il est en quelque
PLIOCÈNE SUPÉRIEUR
sorte bordé par une bande de dunes anciennes ou actuelles ; à l’Ouest, au bout du Sahel et après l’oued Nador, il se bifurque. Uue de ses branches passe au nord de Zurich et suit l’oued El-Hachem pour se terminer un peu avant Cherchell ; l’autre passe au sud de Zurich, suit l’oued Rouman et s’en va finir à quelques kilomètres à l’ouest du nouveau village de Marceau. Cette terminaison bifide est constituée par des sables très coquilliers qui correspondent à la base du Pliocène inférieur.
Lorsque j’ai parlé de l’épaisseur de chacun des deux étages pliocènes, j’ai évalué à 60 mètres, en moyenne, celle du plus ancien, et à 30 mètres environ celle du plus récent.
L’appréciation de cette dernière épaisseur m’a fait faire une remarque assez intéressante.
J’ai exposé plus haut combien était variable, même à des distances très faibles, la composition de l’étage supérieur. Cela vient certainement de ce que cet étage a toujours été une formation mal assise, que les mouvements combinés du sol et de la mer ont pu à chaque instant briser, disloquer et déplacer. Il en est résulté que, sur certains points, le parallélisme apparent de ses couches n’est en réalité qu’une discordance transgressive continue, mais tout à fait insensible.
Ainsi, par exemple, lorsqu’on franchit le Sahel, en suivant la route qui va de Bérard à Kandoury, on assiste, de la crête de la montagne à la plaine, à un très long défilé de couches de sable grossier, plus ou moins fossilifère. Ces couches, dont l’inclinaison assez accentuée regarde la plaine, ne paraissent avoir subi les effets d’aucune faille ni d’aucun plissement. Elles semblent bien réellement parallèles entre elles,
TERRAINS TERTIAIRES
et pourtant si l’on additionnait leurs épaisseurs respectives, on arriverait à une épaisseur totale de plusieurs kilomètres, ce qui est absolument invraisemblable et que rien ne justifie. Pour expliquer cette anomalie, il faut admettre, selon moi, que, pendant le mouvement d’émersion du Sahel, les couches en question ont été successivement, non déposées horizontalement les unes au-dessus des autres, mais disposées transgressivementsur la marne miocène sahélienne sous-jacente, qui leur sert de support partout et que tout sondage vertical rencontrerait, en un point quelconque, à une profondeur de 2o à 30 mètres.
TERRAIN QUATERNAIRE
J’ai rapporté au terrain quaternaire tous les dépôts postérieurs à ceux que j’ai jusqu’à présent décrits, et antérieurs à ceux qui se continuent encore de nos jours et que l’on doit évidemment attribuer au régime actuel.
J’ai distingué dans l’ensemble cinq formations qui ne constituent point de véritables étages, mais qui comprennent des produits differents, sinon par la superposition, c’est-à-dire par l’âge, du moins par l’origine.
De nombreuses observations, pour la plupart déjà anciennes, ont été faites sur le quaternaire de l’Algérie. M. Pomel a essayé d’en tirer une classification du terrain, mais il y a laissé subsister bien des points de doute, et dans un récent opuscule (1) publié en collaboration avec M. Pouyanne, M. Pomel n’est pas plus affirmatif touchant la même question. On comprendra que je ne le sois pas davantage, n’ayant surtout à m’occuper ici que de quelques lambeaux du grand ensemble qui a fait l’objet de l’étude de M. Pomel. Cependant, de tout ce que l’on sait jusqu’à présent du Quaternaire algérien , un fait ressort, indiscutable, c’est qu’il est actuellement impossible
(1) Texte explicatif de la Carte géologique provisoire au des deux provinces d’Alger et d'Oran, par A. Pomel et J. Pouyanne. (Alger, Adolphe Jourdan, 1882.)
TERRAIN QUATERNA 1 RE
de distinguer dans ce terrain les équivalents exacts de chacune des formations, différentes par leur âge ou par leur nature, qui composent le Quaternaire d’Europe.
Je vais donc exposer simplement le résultat de mes observations sur les cinq dépôts distincts que j’ai étudiés.
Formation A. — Dans le Sahel, depuis Birtoutajusqu’au Mazafran, on peut suivre une formation qui se fait remarquer par la régularité de sa configuration topographique. Sa surface, couverte de cultures, constitue un plan à pente douce, conduisant du niveau de la Mitidja aux pieds memes des collines du Sahel.
A première vue, on est tenté de croire qu’il s’agit là tout simplement de la prolongation des couches pliocènes supérieures ; mais il n’en est rien. Grâce, en effet, à quelques puits qu’on y a creusés de loin en loin, à quelques ravins qui l’entament assez profondément, j’ai pu me convaincre que cette formation consiste partout en un amas de marne impure, sorte de terre jaunâtre, mélangée de cailloux roulés et remplie de concrétions calcaires grumeleuses et très irrégulières. Cette terre jaune avec ses grumeaux n’existe pas que là ; j’ai fréquemment constaté sa présence dans le Pliocène supérieur, mais alors en couches régulières, alternant avec des poudingues plus ou moins cohérents ; tandis que, dans l’amas dont je parle, son allure, très différente, est celle qu’affectent en général les matériaux de transport, les éboulis qui s’accumulent souvent au bas des pentes sous l’influence des vents et des pluies.
Après s’être interrompu au Mazafran sur une longueur de plusieurs kilomètres, l’amas terreux reparaît à Berbessa et se
FORMATION H
ni
continue, avec quelques autres interruptions, jusqu’au Nador. Là, la formation prend un développement plus considérable ; elle constitue les nombreux monticules que l’on voit disséminés à l’ouest de Marengo et que traverse la route de Cherchell. (Voir ma carte géologique).
De l’autre côté de la plaine, et tout le long de l’Atlas, du moins jusqu’à Rovigo, le même limon jaune se montre avec des caractères analogues ; mais il est généralement accompagné de cailloux roulés, à peine agrégés, formant des bancs épais et parfois fortement relevés sur l’Atlas.
Gomme ce dépôt repose sur le Pliocène supérieur avec lequel il est en discordance; comme on n’a jamais trouvé de dépôt post-pliocène auquel il soit postérieur, j’en fais la base de mon Quaternaire. Cette interprétation est d’ailleurs conforme à la classification de M. Pomel, qui range le Quaternaire du fond occidental de la Mitidja (environs de Marengo) dans son terrain subatlantique, assise la plus ancienne du Quaternaire algérien.
Formation B. — On observe sur la côte, à l’est et à l’ouest d’Alger : 1° entre Mustapha et l’oued Harrach ; 2° dans la carrière de calcaire bleu du 7e kilomètre , sur la route de Guyotville ; 3° au cap Gaxine : 4° à quinze cents mètres au delà de Guyotville (Ras acrata) ; 5° un peu après Tefeschoun, des couches entières, ou simplement des lambeaux ou même des traces de couches marines, peu épaisses, horizontales, élevées seulement de quelques mètres au-dessus du niveau de la mer et constituées par des poudingues.
Ces poudingues sont postérieurs au second étage pliocène, car on les voit reposer dessus, et en stratification discordante,
TERRAIN QUATERNAIRE
au voisinage de l’Harrach. À Mustapha, ils sont sur la marne miocène (Sahélien) (Voir pi. III, fig. 9); i>lus loin, ils reposent sur le calcaire bleu (cipolin), ou sur le micaschiste.
Le gisement qui va de Mustapha à l’Harrach offre une importance relative, à cause de son étendue (environ 7 kilomètres de longueur, sur une largeur moyenne de près d’un kilomètre). En réalité, on n’en voit que la tranche verticale, de loin en loin, sur le bord de la mer ; car il est partout recouvert, soit par la dune, soit par une épaisse couche de terre végétale. Mais comme il a été rencontré par tous les sondages qui ont été pratiqués dans la plaine d’Ilussein-Dey, je le suppose continu jusqu’au pied du coteau voisin.
De nombreuses observations, rapportées par M. Pomel dans son opuscule Le Sahara , déjà cité, montrent que ces poudingues ne sont qu’une très faible partie d’un grand tout, c’est-àdire d’une immense corniche côtière, dont on a reconnu l’existence aux Baléares, à Tripoli, sur la côte de Tunis, à la Galle, à Philippeville, Gherchell, Ténès, Mostaganem, Arzew, Oran, Tanger et jusqu’au cap Blanc.
Partout on constate que cette corniche garde à peu près son horizontalité et sa faible élévation, ce qui prouve que, pour avoir été très général, le mouvement ascensionnel, auquel elle doit son émersion, n’a pas eu une grande amplitude et n’a apporté aucun changement bien sensible dans le relief préexistant.
La composition reste aussi, parait-il, à peu près la même. Sur les côtes du Sahel, c’est du poudingue à éléments de grosseur moyenne, fortement cimentés par du calcaire. Les fossiles y sont très abondants, et quoique leur état de conser-
FORMATION G
vation laisse fort à désirer, on reconnaît en eux les espèces qui constituent la faune régionale marine actuelle.
On y compte toutefois deux ou trois espèces, notamment un strombe et un cône de grande taille, qui semblent avoir disparu de la Méditerranée avec l’époque quaternaire, car les recherches faites en vue de les y retrouver vivantes n’ont fourni jusqu’à présent qu’un résultat négatif. Le grand strombe en question vit cependant encore dans l’Océan Atlantique.
Les mêmes poudingues côtiers renferment également les restes d’un éléphant dont l’espèce est inconnue dans le Quaternaire d’Europe. On cite trois ou quatre localités où ces restes ont été trouvés, et notamment près d’Alger, au Hamma, où l’on a recueilli une molaire.
M. Pomel incline à penser que cette corniche quaternaire marine , pour laquelle il a créé une division sous le nom d’ « anciennes plages émergées », est postérieure à son terrain subatlantique et par conséquent à maformation A. Son opinion repose sur ce fait que sur des points où les deux formations sont voisines, le terrain subatlantique a subi des dislocations dues à des mouvements qui n’ont pas affecté la corniche marine, laquelle serait dès lors postérieure. Quoi qu’il en soit, les deux dépôts en question sont isolés l’un de l’autre, dans le Sahel, et il m’a été par conséquent impossible de saisir leurs relations stratigraphiques.
Formation C. — J’ai créé cette division pour les alîuvions caillouteuses et limoneuses de la plaine de la Mitidja, auxquelles se rattachent d’ailleurs tous les dépôts limoneux qu’on trouve dans le fond des grandes vallées, ceux où précisément les rivières actuelles ont établi leurs lits.
TKHHAl N Q U A T E RN A I RI*:
Ces alluvions et surtout celles de la Mitidja, dont je m’occupe, renferment les restes de VElephas africanus, l’espèce qui vit encore au centre de l’Afrique. C’est là un caractère d’ancienneté relative, mais qui montre toutefois que les alluvions sont postérieures aux dépôts précédents, dans lesquels VElephas africanus fait absolument défaut. En outre, il est certain que ces alluvions sont superposées aux limons jaunes de ma division A; mais je n’ai point constaté leurs rapports directs avec les poudingucs marins des « plages émergées ». Je crois cependant (pie ces derniers sont antérieurs, car je ferai voir bientôt <pie VElephas africanus , trouvé dans les alluvions, a laissé également ses restes dans une dune ancienne que je vais décrire, et qui est absolument postérieure à la corniche marine, puisqu’elle la recouvre.
Formation I). — Cette division se compose, à peu près exclusivement, d’une formation très différente de tout ce qui précède, et par sa nature et par son origine. C’est une ancienne et immense dune en grande partie consolidée, en partie encore mouvante, mais toujours et partout distincte de la dune actuelle, laquelle est formée par du sable blanc, tandis que l’autre ne comprend que des sables et des grès plus ou moins rougeâtres.
Nul doute que ses éléments, essentiellement sableux et fins, aient été empruntés aux sables supérieurs pliocènes, avec lesquels ils sont souvent en contact et même mélangés.
Cette dune a existé jadis sur toute l’étendue de la côte sahélienne, à l’est et à l’ouest d’Alger. À l’est, elle est encore largement représentée, surtout dans la région comprise entre
FORMATION I
Fort-de-l’Eau el le cap Matifou, par de puissants amas de sable agrégé et de consistance gréseuse.
En deçà de Maison-Carrée, elle a presque entièrement disparu. Cependant on en trouve encore des lambeaux parfaitement caractérisés et reposant sur les poudingues quaternaires marins, depuis Mustapha jusqu’à l’Harrach. J'en ai observé un au cimetière arabe du Hamma, un second devant la porte d’entrée du Jardin d’essai, à côté du café maure, enfin deux ou trois autres un peu plus loin.
Ces lambeaux sont à peu près totalement recouverts par des atterrissements, et il m’a été impossible d’en saisir les limites.
A l’ouest d’Alger, et jusqu’au neuvième kilomètre de la route de Guyotville, la dune quaternaire manque; mais, à partir de cepoint, elle apparaît, se développe, contourne le massif azoïque, s’en va passer à Chéraga, et se dirige ensuite vers l’embouchure du Mazafran, en englobant Guyotville, Staouëli, le couvent de la Trappe et Zéralda.
Après le Mazafran, elle reste confinée sur le bord de la côte jusqu’à Fouka-Marine ; mais là elle se développe à nouveau brusquement, remonte jusqu’à Koléa, recouvre à moitié le plateau de Saïghr et va se rapprocher de la mer, au delà de Tefeschoun, qu’elle enveloppe, ainsi qu’elle l’a fait de Fouka et de Castiglione.
La partie consolidée de la dune consiste en grès dans lesquels les acides révèlent facilement un ciment calcaire ; sur certains points, dont la répartition est très confuse, les grès passent à de véritables calcaires travertineux et arénifères, où l’élément sableux n’entre que pour une proportion minime.
T IÏH MAI N QU ATERNA I H E
Les grès sont quelquefois très durs, surtout vers la hase, mais le. plus souvent ils sont friables, poreux et se font remarquer par une sonorité très accentuée. Les calcaires arénifères offrent aussi à un haut degré ce dernier caractère.
Les uns et les autres sont, en outre, nettement stratifiés et leurs surfaces, principalement celles des grès, qui ont été depuis longtemps exposées à l’air et aux pluies, sont extrêmement âpres et déchiquetées. Cela tient, sans aucun doute, à la dissolution lente, inégale mais continue, du ciment calcaire qui les agrège.
Le phénomène contraire se produit également et même avec une rapidité surprenante. Des agglutinations de sable se font tous les jours. Il y a mieux: dans des carrières de calcaire cipolin de l’étage X, aujourd’hui abandonnées, mais dont l’exploitation n’est que relativement ancienne, j’ai observé sur le sol de véritables brèches d’une grande solidité, stratifiées et présentant des épaisseurs de plusieurs mètres. Ces brèches sont formées par des petits fragments de calcaire, aux arêtes aussi vives que s’ils venaient d’être échantillonnés, et qui sont empâtés par un calcaire tout à fait identique au calcaire travertineux dont je viens de parler. On peut aisément constater ce fait aux environs de Guyotville.
A première vue la régularité de stratification de ces parties inférieures pourrait faire croire qu’elles sont le résultat d’une sédimentation. Il n’en est rien ; leur disposition par couches est le résultat d’un tassement sur place, tout à fait analogue à celui qui stratifie les dunes actuelles et les éboulis qui s’amassent aux pieds des collines.
FORMATION I
La partie meuble supérieure de la dune quaternaire est constituée par du sable fin que les vents ont répandu à la surface des formations antérieures, et dont les épaisseurs sont extrêmement variables, à tel point qu’il ne constitue souvent qu’un simple badigeonnage et que j’ai alors été obligé de n’en pas tenir compte.
Au milieu de ce sable, on trouve épars des blocs gréseux calcarifères et très c Airs, provenant d’agglutinationssur place, et présentant les formes les plus irrégulières et les plus bizarres qu’on puisse imaginer.
Des personnes, et elles sont nombreuses, étrangères aux faits géologiques, mais dont l’imagination ne se refuse rien, veulent voir dans ces productions singulières, quoique très naturelles, des pétrifications de reptiles, d’oiseaux, de mammifères et même de héros authentiques ou légendaires. J’en ai trouvé dans certaines fermes de véritables collections, recueillies pendant les défrichements, et auxquelles, je n’ai pas besoin de le dire, celles de nos musées n’ont rien à envier.
Un fait digne de remarque, qui vient d’ailleurs à l’appui de l’opinion que j’ai émise, relativement à la sédimentation de ce grand amas de sable, c’est que l’on ne trouve nulle part, ni dans les grès de la base, ni dans la partie meuble supérieure, aucune coquille marine. A peine faut-il faire exception pour deux points, très rapprochés de la mer et situés l’un entre Guyotville et la Madrague (Ras acrata), l’autre à l’embouchure du Mazafran, où des valves de pectoncles ont été rejetées par les vagues et ensevelies dans la dune.
A partir du Mazafran, ou plutôt de Fouka, jusqu’au delà de Tefeschoun, la dune quaternaire offre une composition différente.
TERRAIN QUATERNAIRE
Elle est parfois presque entièrement constituée par de fins débris de coquilles, dont on peut dire que pas un n’est déterminable, meme génériquement.
Mais, si les fossiles marins font défaut dans la dune, en revanche, certains gastéropodes terrestres y abondent. Ce sont les genres Hélix et Bulimus qui les ont à peu près tous fournis, et les espèces, assez peu variées, sont encore aujourd’hui vivantes sur la côte. J’ai pu recueillir :
Hélix aperta , Linné.
— asp er sa y Linné.
— depressula, Linné.
— euphora, Bourguignat.
Bulimus decollatus , Linné.
— pupüy Linné.
Ces espèces se montrent de préférence, pour ne pas dire exclusivement, dans la partie consolidée inférieure de la dune, où tantôt elles pullulent, comme par exemple à Guyotville, et tantôt sont assez rares. Mais, quelle que soit cependant leur rareté, j’ai toujours pu constater leur présence, chaque fois que je l’ai voulu, c’est-à-dire que j’ai eu intérêt à le faire.
Dans la dune consolidée, ainsi que je l’ai déjà fait remarquer, on a trouvé l’ Elephas africanus.
A ma quatrième formation quaternaire, j’ai rattaché, parce qu’ils sont plus ou moins mélangés avec la dune et qu’ils en forment en quelque sorte le prolongement : 1° certains atterrissements sans grande importance, formés aux dépens des
FORMATION E
roches azoïques et que l’on trouve à l’extrémité est de la forêt de Baïnem ; 2° des amas de terre argileuse rouge, qui occupent les hauteurs, à droite et à gauche de la route de Koléa, vers le neuvième kilomètre.
Enfin, j’ai rapporté à la même époque un dépôt caillouteux situé entre Colonne-Voirol et El-Biar, et dont il est difficile, je dois le reconnaître, de fixer l’âge exactement. Tout ce que l’on en peut dire, c’est qu’il est constitué par des cailloux roulés et du sable fin ; que sa stratification est nulle ou confuse ; qu’il n’est pas fossilifère, qu’il a dû remplir une dépression assez profonde puisqu’un sondage de 80 mètres, pratiqué près de l’ancien consulat d’Angleterre, ne l’a pas, m’a-t-on dit, entièrement traversé; enfin qu’il est isolé au milieu du Pliocène inférieur, sur lequel il repose directement. On peut, en somme, considérer ce dépôt comme l’équivalent synchronique des atterrissements de même nature que l’on observe à Baïnem et que traverse la route de Chéraga à Guyotville.
Formation supérieure E. — J’ai créé cette dernière division pour des éboulis entassés pêle-mêle ou stratifiés par tassements et qui se sont accumulés au bas des pentes dans les environs d’Alger, sur les bords de la côte. Les plus importants forment une sorte de cordon le long de la route d’Alger à Guyotville.
Ces éboulis sont postérieurs à la dune quaternaire, puisqu’ils la recouvrent sur plusieurs points, soit à l’Est, soit à l’Ouest.
Il est certain que leur origine n’est pas très ancienne ; cependant on ne saurait les classer parmi les formations de l’époque actuelle, parce qu’ils sont au moins contemporains de YElephas africanus , dont ils renferment également des
TERRAIN QUATERNAIRE
débris, notamment des molaires. Or on sait que VE. africanus a quitté les bords de la Méditerranée et que son départ pour le centre de l’Afrique ne date fias d’hier. On peut admettre qu’il habitait encore les plages algériennes à cctle époque, assez mal déterminée, qui a servi de transition entre les périodes quaternaire et actuelle, et rapporter à ladite époque ces atterrissements, qui semblent être les derniers, dans lesquels il a laissé des restes.
On peut donner le même âge aux ossements qui ont été recueillis dans certaines grottes du Sahel.
La grotte du Grand-Rocher, près Guyotville, est creusée dans le calcaire bleu (Cipolin). Fouillée, j’allais dire ravagée naguère par le docteur Bourjot, elle a fourni plusieurs crânes et diverses autres parties de squelettes humains, en même temps que d’assez nombreux ossements, parmi lesquels on a reconnu le cheval, l’âne, plusieurs ruminants de différentes tailles, des rongeurs et des carnassiers, la plupart de ces espèces d’animaux vivant encore aujourd’hui.
Au nombre des ruminants figurent deux grandes espèces : l’une est le Bubalus antiquus, buffle géant, aujourd’hui éteint, dont le musée d’Alger possède un crâne entier, orné de ses cornes colossales; l’autre est l’antilope bubale, A. bubalus , qui vit encore, mais n’habite plus depuis très longtemps que les régions situées au moins sous la latitude de Biskra.
Une autre grotte existe près de la Madrague (Ras acrata), à quinze cents mètres à l’ouest de Guyotville. Elle est creusée dans la falaise même, entre le micaschiste qui en constitue le plancher, et le poudingue marin quaternaire qui en forme le toit.
J’ai visité cette grotte et l’ai en partie vidée. Je n’y ai trouvé
FORMATION E
aucune trace humaine. Parmi les ossements assez nombreux qu’elle recèle, les dents seules sont susceptibles de conservation ; les autres pièces sont tellement altérées et friables qu’au moindre contact elles tombent en poussière. C’est ce qui rend leur extraction du sol de la grotte à peu près impossible.
Parmi les dents que j’ai recueillies, se trouvent: 1° de grosses molaires supérieures et inférieures, ayant appartenu à un cheval de très grande taille ; 2° une molaire du Babalus antiquus ; 3° plusieurs molaires de petits ruminants, dont je n’ai pu déterminer les espèces, faute d’éléments de comparaison ; 4° des molaires et incisives de bœuf ; 5° une molaire incomplète ayant toutes les apparences d’une dent de chameau; 6° des incisives et des molaires de porc-épic ; 7° quatre belles molaires de phacochère, Sus africanus, qu’il est difficile de distinguer de celle que de Blainville a figurée dans son Ostéologie comparée.
M. Renou, ancien voyageur du Muséum d’histoire naturelle de Paris, a également signalé naguère la découverte du phacochère dans une grotte des environs d’Alger. Cette grotte n’existe plus aujourd’hui ; elle a disparu au cours de l’exploitation des bancs calcaires pliocènes au milieu desquels elle se trouvait.
Or, le phacochère, comme ses anciens compagnons, l’éléphant et l’antilope bubale, a depuis bien des siècles déserté le littoral méditerranéen, et la présence de ses restes parmi les produits de la grotte de la Madrague suffit seule à donner à cet ossuaire un caractère d’antiquité relative.
Enfin le percement du nouveau boulevard que la Compagnie algérienne fait exécuter à mi-hauteur du coteau de Mustapha, a mis à découvert trois ou quatre cavités, en partie remplies
TERRAIN QUATERNAIRE
d’un limon brunâtre, dans lequel sont enfouis de nombreux ossements. Avant la coupure du boulevard, l’entrée de ces grottes était fort étroite, ce qui les avait fait échapper aux investigations, et, dans tous les cas, avait empêché de les fouiller. Elles sont toutes creusées dans le Pliocène inférieur.
L’épaisseur totale du limon ne dépasse guère 1 in. 50, et la capacité des grottes est assez restreinte.
Dans les couches superficielles du limon, j’ai recueilli un nombre considérable de débris osseux, de dents surtout provenant d’animaux variés et qui vivent encore tous dans la région, tels que : chien, chat, cochon, bœuf, mouton ou chèvre, cheval, porc-épic et même squale.
J’avais pensé tout d’abord que ces grottes étaient d’anciens terriers d’un animal qui y avait accumulé les ossements en question et j’avais soupçonné le porc-épic, qui est d’ailleurs coutumier du fait, c’est-à-dire qui charrie dans les trous où il se loge des quantités d’os pour les ronger et se faire les dents. Mais les débris osseux qu’on trouve dans les terriers du porcépic portent généralement les traces de ses incisives, et c’est à peine si, parmi les ossements des grottes de Mustapha, deux ou trois portent de ces traces, et encore celles-ci sont-elles douteuses.
Le fait m’ayant paru surprenant, j’ai continué mes fouilles et, à un mètre environ de profondeur, au milieu des débris osseux, devenus beaucoup plus rares, j’ai trouvé deux dents humaines et un éclat de silex pouvant être considéré comme un de ces grattoirs trouvés dans les stations préhistoriques. J’ai recueilli également quatre molaires appartenant à deux ruminants d’espèces inconnues et que des découvertes ulté-
FORMATION E
Heures permettront sans doute de déterminer; enfin, une molaire incomplète d’un grand carnassier.
Quelques jours après ma première exploration des grottes, M. Schopin, attaché au service de la carte géologique d’Algérie, a bien voulu, sur mes indications, fouiller à nouveau les limons que j’avais pourtant bien retournés, et il a été assez heureux pour mettre la main sur deux nouveaux éclats de silex, analogues au mien, sur plusieurs dents humaines et sur un fragment de maxillaire portant encore des molaires parfaitement conservées et dans lesquelles il a été facile de reconnaître YHyœna spelæa. Il est très probable que la molaire incomplète de grand carnassier que j’ai trouvée moi-même appartient à cette dernière espèce.
On est naturellement porté à conclure de ce qui précède que les grottes de Mustapha appartiennent à la fois à la période quaternaire et à la période actuelle. Ouvertes, au moins dès l’époque de l’hyène des cavernes, elles ont jusqu’à nos jours successivement servi de refuge, probablement à l’homme, mais, dans tous les cas, à des carnassiers qui y ont laissé leurs restes avec ceux des animaux devenus leur proie.
Au voisinage des gisements de calcaire bleu (cipolin), on rencontre assez fréquemment des roches dont l’importance géologique est négligeable, mais qui méritent d’être signalées, parce qu’elles renferment souvent des restes de vertébrés, surtout de mammifères.
Ce sont des brèches tout à fait identiques à celles dont j’ai déjà parlé plus haut, c’est-à-dire formées par des morceaux de calcaire bleu cimentés par du calcaire travertineux plus ou
TERRAIN QU ATERN A I R E
moins récent. On a trouve dans ces brèches, et empâtés par le travertin, bien entendu, des ossements d’oiseaux, de petits rongeurs et autres. J’y ai moi-môme recueilli ^carrière du 7e kilomètre de la route de (Juyotville) une mâchoire déformée, mais presque entière, de l’antilope bubale.
Ces brèches sont donc relativement anciennes et me semblent devoir être ajoutées à la série des produits qui ont marqué la fin de la période quaternaire.
FORMATIONS ACTUELLES
Les formations qui peuvent être rapportées au régime actuel ne sont pas nombreuses dans le Sahel. En effet, à part les dunes et les alluvions limoneuses de deux ou trois oueds, le reste ne consiste qu’en éboulis ou amas de sables, dont les superficies respectives sont très restreintes et ne sauraient faire l’objet d’une description. Je n’ai donc tenu compte que des alluvions et des dunes.
Les dunes forment, le long de la côte, une chaîne étroite de petits mamelons dont la hauteur maxima ne dépasse pas 25 à 30 mètres. Elles se montrent et se développent, à l’ouest d’Alger, depuis le polygone d’artillerie d’Hussein-Deyjusqu’au delà de Maison-Carrée, sur une longueur de 7 à 8 kilomètres et environ 1200 mètres de largeur moyenne; à l’est, elles occupent, avec une largeur à peu près égale, toute la partie de la côte comprise entre la Madrague (Ras acrata) et l’embouchure du Mazafran, laissant entre elles et la mer la pointe de Sidi-Ferruch. Elles réapparaissent un peu après Fouka-Marine et s’en vont jusqu’au delà de Castiglione ; mais leur développement a une importance beaucoup moindre.
Ces dunes sont constituées par un sable blanc, très fin, dans lequel on n’observe rien de bien particulier, sinon des agglutinations aux formes bizarres, qui ont de loin l’apparence d’ossements jonchant le sol. C’est l’équivalent des blocs gréseux
FORMATIONS ACTUELLES
irréguliers qui se montrent dans la dune quaternaire. On y constate aussi, comme je J’ai déjà fait remarquer, des stratifications très nettes et effectuées sur place par simple tassement.
J’ajoute que ces dunes sont partout boisées, ce qui les rend à peu près fixes.
Quant aux dépôts alluvionnaires, les seuls qui méritent d’être cités sont d’abord ceux de l’Harracli, y compris les limons accumulés à l’embouchure de l’oued Kerma, ensuite ceux du Mazafran.
Toutes ces alluvions, dans lesquelles pullulent souvent des coquilles d’Hélices et de Bulimes, sont essentiellement glaiseuses, et celles de l’Harrach, qui offrent une épaisseur de plusieurs mètres, sont avantageusement exploitées pour la fabrication de la tuile et de la brique. Cependant, les couches inférieures de ces derniers limons peuvent être rapportées aux alluvions de la Mitidja, classées dans ma division quaternaire C.
Du côté du massif sahélien, la délimitation de ces limons actuels est facile ; mais du côté de la plaine, la limite qui les sépare des alluvions plus anciennes, c’est-à-dire quaternaires, ne peut être tracée que très arbitrairement.
PALÉONTOLOGIE
J’ai cru devoir réunir dans un chapitre spécial les espèces fossiles nouvelles que j’ai recueillies. Elles appartiennent presque toutes au groupe des Echinides.
En voici la liste complète avec les diagnoses :
Terrain miocène
ÉTAGE INFÉRIEUR (CARTENNIEN)
Echinides
Schizaster Ficheuri, nob.
El Biar; oued Beni-Messous (Propriété Muraour)
Cordiforme, étalé en avant; la ligne de profil s’abaissant presque depuis l’extrémité postérieure, qui est assez fortement rostrée ; apex aux deux cinquièmes de l’arrière ; ambulacre impair très creux (pores non dédoublés), échancrant le bord, assez large ; pétales antérieurs étroits, rapprochés du sillon, très coudés au sommet, puis droits ; les postérieurs oblongs, presque parallèles de chaque côté de la carène dorsale, courts (deux cinquièmes des antérieurs) ; plastron en relief ; péristome
PALÉONTOLOGIE
fortement labié ; périprocte ovalaire, médiocre, sous le rostre et au dessus d’un disque sous-anal, contracté et descendant presque jusqu’au talon du plastron ; fasciole laléro-sous-anal très haut placé sur les flancs.
Cet oursin a quelque analogie avec le S. Desorii; mais il en diffère par sa forme beaucoup moins rostrécen arrière, par son ambulacre impair plus large et par ses ambulacres pairs antérieurs plus serrés contre l’impair, ce qui rétrécit l’interambulacre sous forme de côte saillante et anguleuse.
Cet oursin a été également recueilli à 8 kilomètres à l’est de Dra-el-Mizan.
Schizaster crucwtus , Pomel
Chéraga (Propriété Pomarède)
Elliptique, à peine sinueux en avant, brièvement rostré en arrière; apex aux deux cinquièmes postérieurs ; le profil se relevant encore un peu au-delà, tandis qu’il s’incline faiblement en avant pour faire nue chute brusque à la hauteur de l’extrémité des pétales antérieurs ; ambulacre impair peu profond (avec pores non dédoublés) ; les pétales disposés en croix, les postérieurs dans le prolongement des antérieurs et moitié longs comme eux ; péristome bien labié, en croissant, dans une dépression ; périprocte arrondi sous un faible rostre en auvent ; disque sous-anal et plastron mal conservé ; fascioles du genre un peu oblitérés.
Du type du S. Parkinsonni ; cette espèce en diffère par l’épaisseur remarquable du bord antérieur, son apex moins central, ses pétales postérieurs moins divergents en arrière, sa forme générale plus ramassée. Il a quelque affinité avec le
PALÉONTOLOGIE
S. subcentralis de Clicrchell, mais ce dernier est plus allonge, son ambulacre impair est plus profond, et ses pétales sont bien plus obliques.
Trachypatagus Peroni, Pom.
Telemly (Propriété Jourdan), Camp du Maréchal (Kabylie). — Syn. Macroptieustes Peroni. (Cotteau, dans A. Locard, Faune du terrain tertiaire de la Corse, p. 329, pl. XV, fi g. 2.)
Obo> ml, très grand, assez régulièrement mais peu convexe en dessus; apex et sommet excentriques en avant (presque au tiers antérieur) ; la ligne supérieure du profil s’abaissant fortement vers l’arrière ; bord antérieur arrondi, le postérieur tronqué et même émarginé ; ambulacre antérieur à fleur ; pétales allongés, un peu rétrécis au bout ; les antérieurs un peu plus courts ; des tubercules primaires petits sur toute la surface supérieure ; dessous presque plat ; le péristome en croissant, fortement labié ; le périprocte grand, arrondi, occupant plus de la moitié de la hauteur de la troncature.
Cette espèce diffère de T. oranensis par son profil plus surbaissé, son sommet plus excentrique, ses pétales plus inégaux et par sa troncature postérieure plus basse avec un périprocte moins vaste. Nos échantillons un peu frustes ne laissent apprécier aucune différence de quelque valeur avec le type trouvé à Bonifacio, dans les couches inférieures. Toutefois, l’exemplaire recueilli sur le chemin de Télemly, près Alger, a ses ambulacres antérieurs plus arqués et faisant franchement retour en arrière.
PALÉONTOLOGIE
Echinolampas flexuosus, Porn.
Chéraga (Propriété Pouiarèdc)
Demi-ovoïde, atténué en arrière avec une légère troncature; face supérieure régulièrement convexe, plus longuement déclive en arrière ; face inférieure concave, ondulée par le prolongement des ambulacres pairs et surtout par les postérieurs qui produisent un sinus à l’arrière d’un angle marginal ; ambulacres à peine costulés, à zones porifères linéaires, l’antérieur n’ayant que deux à trois paires de plus dans une zone que dans l’autre, les pairs à zones très inégales en longueur, la postérieure de la première paire et l’antérieure de la seconde le double longue que sa voisine et ayant quinze paires de pores de plus ; péristome pentagonal transverse, avec des rudiments de floscèle ; périprocte elliptique en travers sousmarginal, mais visible de la face postérieure.
Voisin de Echinolampas subangulatus , il en diffère surtout par cette grande inégalité des zones porifères, par sa face inférieure plus fortement pulvinée, une forme générale plus allongée, plus rétrécie en avant. Le type de l’espèce, du Cartennien de Cherchell, est un peu plus grand, un peu moins convexe et plus obtus en avant, mais la structure des ambulacres est la même.
Plesiolampas Gauthien, Pom.
Chéraga ( Propriété Pomarède). — Syn. Echinolampas Gauthien ( Cotteau, Echin . nouv. ou peu connus, page 227, pl. XXXTI, fig. 6-8).
Semi-ovoïde, allongé, un peu déprimé, plus étroit et arrondi en avant, subrostré en arrière, concave en dessous ; apex très
PALÉONTOLOGIE
excentrique en avant ; pétales courts, subégaux, à zones porifères d ' Echinanthus ; péristome allongé suivant l’axe, sinueux, pentagonal, avec floscèle superficiel, mais très net ; périprocte elliptique sous la terminaison du rostre, au-dessus d’une dépression très nette de la marge, qui fait que l’ouverture est en apparence infra-marginale.
Le fossile algérien diffère du type des molasses de Saint- Paul-Trois-Châteaux par son périprocte plus petit, sa forme plus contractée à l’arrière, avec un angle sensible qui détermine une ondulation plus marquée de la face inférieure. Ce n’est pas suffisant pour le distinguer comme espèce ; mais la constance des caractères ci-dessus sur tous les exemplaires recueillis autorise à le tenir pour une variété du type.
Haimea Delagei , Pom.
El-Biar.
Très petit oursin oblong, convexe, fortement costulé en dessus par ses ambulacres dont les zones porifères sont linéaires et forment sillon ; elles sont pourvues de paires de petits pores ronds, rapprochés, non conjugués, s’étendant jusqu’au delà de la marge où leur grosseur diminue brusquement, et ils finissent par être simples auprès du péristome ; celui-ci déformé paraît ovalaire et un peu excentrique en avant ; le périprocte, plus arrondi, paraît en être plus rapproché que de la marge ; la face inférieure est renfoncée par déformation, et l’ensemble de l’oursin est réniforme, mais la marge devait être convexe.
En somme, c’est un Echinoneus dont les ambulacres sont subpétalés comme dans Haimea Caillaucli, qui en diffère par sa forme plus globuleuse, plus arrondie ; malheureusement la
PALÉONTOLOGIE
déformation du dessous ne permet pas de juger de la valeur générique des différences de forme du péristome. L’origine de 11. Caillaucii, Desor, est inconnue.
Clypeaster Delagei, Pom.
El-Biar (Petit-Château-Neuf)
Pentagonal, peu sinueux, largement étalé sur les bords qui restent obtus, gibbeux par soulèvement de la région ambulacraire; pétales oblongs, spatules, un peu contractés au bout, très convexes dans la partie extérieure, qui dépasse à peine la moitié du rayon, très atténués vers le haut ; interambulacres déprimés, très rétrécis dans le haut sur une grande longueur, où ils sont moins déprimés ; zones porifères assez étroites placées sur les côtés de la convexité des pétales ; tubercules très petits, nombreux ; dessous empâté, montrant par une section un péristome au fond d’une cavité assez ouverte.
Voisin de C. marginatus, il en diffère par plus de relief dans la partie pétalée, plus d’épaisseur et moins de largeur dans la marge, beaucoup plus de relief dans les pétales ; il se rapprocherait davantage de C. paratinus, mais celui-ci est encore plus élevé, pyramidal, ses pétales sont plus plats vers leur extrémité et plus convexes vers le haut ; sa marge est plus déclive. Les autres espèces connues s’en éloignent encore bien plus.
Amphiope per sonata, Pom.
Télemly (Propriété Laperlier et villa du Sahel)
Très plat, subtriangulaire , l’angle antérieur arrondi ainsi que les côtés, émarginés par un sinus assez fort, les latéraux
PALÉONTOLOGIE
tronqués, ainsi que le côté postérieur ; pétales oblongs, obovales presque fermés, à fleur, à zone interporifère linéaire, oblonguc, subaiguë un peu plus large que l’iine des zones porifères ; lunules grandes, arrondies, subtriangulaires , transverses, plus rapprochées du pétale que du bord ; face inférieure ondulée, avec dépression oblongue en gouttière à la base des interambulacres, et méplat entre les branches des sillons ambulacraires.
Grand oursin différent de A. palpebrata, du terrain cartennien de Cherchell, par les troncatures de ses angles postérieurs, par ses lunules moins transverses, peu ou pas marginées, par ses zones interporifères plus larges; — de A. depressa, de l’helvétien du Tessala, par ses lunules plus grandes, son bord postérieur plus largement tronqué et ses zones interporifères plus larges. Les autres espèces connues sont bien plus différentes encore.
Terrain pliocène
Èchinides
Echinocardium mauritanicum , Pomel.
Ravin de la Femme-Sauvage (Oued-Knis)
Cordiforme, épais, à face supérieure déclive en avant dans presque toute sa longueur et tombant brusquement sur la marge ; ambuiacre impair dans un sillon en gouttière, un peu rétréci en avant, puis se continuant jusqu’à la bouche en échancrant le bord ; dessous convexe avec le plastron en relief, terminé en pointe aiguë à l’arrière ; apex un peu excentrique en
PALÉONTOLOGUE
arrière; ambulacres pairs déprimés, confluents en croissant sur les cotés ; fasciolo interne, lancéolé, encadrant un écusson assez étroit; écusson sous-anal lancéolé, cordiforme, très aigu, distinct de l’anal en croissant ; péristome semilunaire distant du bord sans sillon antérieur ; périprocte elliptique au haut de la face postérieure ; on ne voit pas de tubercules primaires.
Diffère de E. cordât um , par son sillon ambulacraire antérieur plus étroit, moins profond, de meme que par son prolongement à la face antérieure, qui est moins élevée. E. Sartorii , Air a son interambulacre postérieur plus allongé, son sillon supérieur contracté bien plus près de l’apex et plus évasé à la face antérieure.
Echinocardium algirum, Pomel
Ravin de la Femme-Sauvage (Oued-Knis)
Ovale, à peine émarginé en avant, assez largement tronqué en arrière ; face supérieure gibbeuse et presque plane en avant, puis fortement déclive vers la marge, déprimée vers l’apex, puis convexe sur l’interambulacre postérieur et tronquée droit en arrière ; dessous presque plat, caréné au pourtour, avec le plastron se carénant de plus en plus jusqu’au bec du talon ; fasciole interne limitant un écusson lancéolé à peine déprimé ; pétales un peu creux, très divergents, sublinéaires ; écusson sous-anal cordiforme, contigu à l’anal en croissant peu développé; péristome semilunaire, non déprimé, à peine labié; périprocte elliptique en travers, mais probablement déformé; quelques petits tubercules primaires épars sur les flancs.
PALÉONTOLOGIE
Voisine de E. médit erraneum, cette espèce en diffère par sa forme plus allongée, moins ventrue, son écusson du fasciole interne moins large, son interambulacrc impair plus allongé, le périprocte plus voisin de l’écusson sous-anal et ses tubercules primaires qui manquent à l’espèce vivante.
Plagiobrissus Pomeli, nob.
Les Deux-Bassins, près Dély-Ibrahim
Elliptique ou obove, déprimé, très peu flexueux en dessus, sauf les dépressions évasées occupées par les pétales ; apex peu excentrique en avant ; pétales peu inégaux, à pores bien conjugués, à zone interporifère presque aussi large qu’une des porifères ; plus ou moins flexueux ; tubercules primaires comme dans le genre, ainsi que le fasciole, péripétales, un peu masqués par des bryozoaires encroûtants ; plastron étroit et oblong, à petits tubercules, terminé par un écusson radié, en partie brisé ; péristome semilunaire, grand, à peine labié ; périprocte assez grand.
Cette espèce diffère de P . pectoralis par son pourtour plus élargi, moins sinueux, par sa surface supérieure moins accidentée de plis et carènes sur les interambulacres, son sommet moins excentrique en avant, par son péristome et son périprocte plus grands, par son plastron un peu moins contracté en avant de l’écusson sous-anal.
C’est la première espèce européenne du genre.
PALÉONTOLOGIE
Spatangus pau/ter , Pomel
Tclcmly (Propriété Laperlier). — Voyez également Paléontologie oranaise, Echin. A, pl. I, fig. 3-4, pl. II, fig. 2.
Variété beaucoup moins gibbeuse en avant et à sillon antérieur plus accusé, plus caréné sur les bords, à pétales plus petits, plus étroits, surtout les postérieurs. Il n’y a point de tubercules primaires devant les pétales antérieurs ; le plastron est presque caréné et le fasciole sous-anal encadre un écusson moins transversal, moins réniforme. Dans un exemplaire beaucoup plus grand, on remarque quelques tubercules primaires, mais sériés du côté de la carène du sillon antérieur et non contre le pétale ; ceux de l’interambulacre latéral sont plus gros mais aussi peu nombreux. Ce ne sont probablement que des variations individuelles.
Spatangus Flamandi , nob.
Ouled-Fayet (près de la route de Douéra)
Ovale, subcordiforme, peu élevé, plus convexe en avant qu’en arrière ; à sillon antérieur très évasé, s’accentuant vers la marge qu’il échancre peu profondément ; partie postérieure tronquée ; pétales largement lancéolés, assez courts, les antérieurs à zone porifère antérieure longuement atrophiée et anguleuse au-delà du milieu ; tubercules primaires médiocres, nombreux dans le sillon antérieur et sur le milieu de l’interambulacre postérieur, formant un paquet de 4 à 5 séries devant
PALÉONTOLOGIE
le bout du’ pétale antérieur et des séries chevronnées, bien fournies sur l’interambulacre latéral ; dessous presque plan ; péristome réniforme, bien labié ; disque sous-anal réniforme, très étendu en travers ; périprocte elliptique grand, occupant la moitié de la troncature postérieure.
Cet oursin diffère de ses congénères, et surtout de S. pau per , par la dilatation des pétales antérieurs, le paquet de tubercules primaires concentré au-devant du bout des pétales antérieurs. Son profil rappelle celui de la variété du S. pauper, qui est ici décrite, mais son sillon est moins accusé et ses tubercules sont tout autres.
Hypsoclypsus Pouyannei , nob.
Télemly (villa Laperlier) ; marabout Sidi-bou-Naga (route de Chéraga)
Convexe, un peu conoïde, obtus et égal au sommet non pincé ni sillonné; base elliptique et tronquée, un peu concave; ambulacres partout à fleur, à zones porifères grêles, étendues jusqu’au bord en divergeant régulièrement ; tubercules très petits, épars; péristome pentagonal, un peu transverse, avec floscèle très peu développé; périprocte elliptique en travers, inframarginal.
Petite espèce bien distincte de H. plagiosomus , par son sommet arrondi dépourvu de plis, de H. oligocenus, par le même caractère et plus de convexité; de H. oranensis, pour sa forme plus conoïde à la base, moins obtuse au sommet.
Mollusques
Les mollusques ne m’ont pas offert beaucoup de formes nouvelles. Trois cependant me paraissent dignes d’une mention spéciale, parce (pie je ne les ai trouvés ni décrits ni figurés nulle part.
D’abord YOstrea cochlear comprend deux types distincts, qu’on a l’habitude, et à tort selon moi, de confondre. Le type vrai, celui dont on a depuis longtemps signalé la ressemblance avec YOstrea vesicularis de la craie, ce qui en indique suffisamment la forme, reste entièrement confiné dans la zone sableuse inférieure du Pliocène. Le second type, au contraire, est répandu avec une abondance extrême du bas en haut de l’étage ; on le trouve même dans le Pliocène supérieur, et c’est celui qui vit encore dans la Méditerranée. Il est allongé, irrégulier, anguleux, tordu, souvent caréné du côté du crochet ; les lames d’accroissement de la grande valve s’étalent d’ordinaire en saillies accentuées. Lorsqu’on entasse ensemble plusieurs individus, il semble qu’on ait devant soi un groupe de ces lnütres qu’on vend aujourd’hui sous le nom d’huîtres portugaises et que tout le monde connaît.
Cependant, j’ai constaté l’existence déformés intermédiaires qui prouvent que si les deux types sont nettement distincts, ils procèdent certainement l’un de l’autre ; et, pour reconnaître ce double fait, je proposerai d’appeler le second type Ostrea subcochlear.
Il est très probable que ces trois formes, vesicularis,
PALÉONTOLOGIE
cochlear et subcochlear représentent les transformations successives d’une meme espèce.
Parmi les espèces du genre Pecten , une rappelle tout à fait, par sa forme générale, le P. opercularis , mais elle est littéralement couverte de piquants aigus, formant, sur chaque côte, d’abord une rangée simple au voisinage de la charnière, puis trois rangées, une médiane et deux latérales, ces dernières composées d’épines plus petites. Au voisinage du bord, les piquants, plus développés, ont la forme de petites tuiles dressées dont h; concavité regarde la charnière. Je propose, pour cette espèce, le nom de Pecten horridus .
L’espèce est rare ; je n’en ai recueilli qu’un seul exemplaire, dans la zone inférieure, avec 0. cochlear.
J’ai également trouvé à ce niveau une petite coquille, ayant tous les caractères des Ringicules, mais se distinguant de ses congénères par une dent très nette et très marquée, qu’elle porte au bord interne et supérieur du labre. Je propose de la désigner sous le nom de Ringicula dentifera.
ROCHES ÉRUPTIVES
Les roches éruptives de forme filonienne que j’ai observées au milieu des terrains précédemment étudiés, appartiennent aux genres suivants :
1° Granulite ;
2° Quartz gras ;
3° Diorite à wernérite ;
4° Calcite dolomitique tourmalinifère ;
5° Dacite ;
6° Labradorite du type vitreux (tachylite labradorique ).
Granulite
La granulite se montre exclusivement dans le terrain azoïque. Elle a traversé en les modifiant, comme je l’ai exposé plus haut, les micaschistes de l’étage 'Q et a pénétré dans les schistes satinés ou les quartzites micacés de l’étage X, où elle semble s’être beaucoup plus abondamment répandue, si l’on en juge d’après le nombre et l’étendue des modifications qu’elle y a opérées.
La granulite se présente soit en forme de gros dykes ou de
ROCHES ÉRUPTIVES
]>p|ils filons coupant transversalement les strates des schistes, soit sous forme d’enclaves sphéroïdales ou lenticulaires isolées, du moins en apparence, soit enfin en bandes régulières interstral i liées dans les feuillets micaschisteux.
Les dykcs ou liions transversaux sont assez rares ; les principaux se trouvent : 1° à l’Aglia (porte sud d’Alger), où le percement du boulevard Bon-Accueil en a mis deux à découvert ; 2° entre les villages d’El-Biar et de la Bouzaréa, en travers des chemins qui réunissent ces deux localités. Quant aux enclaves et aux bandes interstratifiées, on peut dire qu’elles pullulent dans la masse schisteuse, transformée en pseudo-gneiss par suite de sa pénétration par la matière granulitique. On peut en juger en parcourant les routes et les ravins des environs immédiats d’Alger.
Cette pénétration de la granulite est remarquable en ce sens qu’elle a toute l’apparence d’une imbibition lente qui se serait produite autour de certains centres, lesquels ne sont autres que les dykes et les liions. Pour rendre ce phénomène aussi évident que possible, j’ai recueilli un bloc composé mi-partie de granulite filonienne et mi-partie de schiste transformé, dont les feuillets sont très obliques par rapport à la direction du filon granulitique. Dans la zone de contact des deux roches, j’ai taillé une grande plaque mince à faces parallèles. On voit ainsi très nettement, par transparence, les éléments de la granulite, le quartz, le feldspath et le mica, pénétrer dans la roche encaissante et s’y interstratifier, en s’y disposant par traînées fluidales régulières. La tourmaline s’y est alignée de même. La fig. 1 de la pi. Y reproduit d’après nature la plaque en question.
GRANULITE
Il arrive parfois que le contact de la granulite et du schiste n’est pas immédiat. Dans ce cas, les deux roches sont soudées l’une à l’autre, tantôt par une bande de quartz de un ou plusieurs centimètres d’épaisseur , dans lequel le microscope révèle l’existence des débris des deux roches adjacentes, tantôt par une bande étroite d’hyalomiete (quartz et mica) que l’on rencontre également à l’état d’enclaves isolées dans la granulite. Celle-ci empâte aussi totalement des morceaux de la roche qu’elle traverse.
Ainsi que je l’ai déjà fait observer page 28, la transformation du schiste en pseudo-gneiss granulitique, et la consolidation définitive de l’ensemble', ont dû s’opérer dans un milieu très calme, car dans les grandes plages de quartz du second temps, on voit fréquemment plusieurs cristaux de ce minéral englober ensemble un même cristal de tourmaline.
Lorsqu’on observe comparativement la granulite dans ses divers gisements, ou même dans les diverses parties de l’un quelconque de ses filons, on est frappé par l’hétérogénéité de sa structure et de sa composition. Elle offre, en effet, des variations considérables soit dans les dimensions respectives de ses éléments, soit dans l’inégalité de leur répartition. Ici, par exemple, elle est composée presque exclusivement de quartz et de feldspath en grands cristaux, mélangés de quelques rares lamelles de mica blanc ; là, les dimensions de ces éléments se réduisent et le mica blanc, beaucoup plus abondant, affecte la disposition palmée ; ailleurs, la tourmaline noire, tantôt en grands cristaux clairsemés, tantôt en petits cristaux très nombreux, s’ajoute aux minéraux essentiels ; plus loin, la roche est lardée de grandes lames de mica noir ; sur d’autres points, le
HOCHES ÉRUPTIVES
grenat pullule ; enfin, il existe des zones où tous les minéraux (pii précèdent, augmentés de ceux dont la présence n’est révélée que par le microscope, se rencontrent sous des dimensions sensiblement égales et sont à peu près également répartis.
Ce défaut très apparent d’homogénéité s’observe encore au microscope, dans la structure et la composition intime de la granulite. J’ai pu m’en convaincre, en étudiant les séries de plaques minces taillées dans les nombreux morceaux qui m’ont semblé offrir entre eux les plus grandes différences. Ces morceaux, toutefois, ont été recueillis de préférence dans les zones où la roche est à petits grains, de manière à avoir dans les lamelles le plus grand nombre possible d’éléments.
Voici le résultat de mes observations :
1° — Préparations tirées d’un filon vertical et taillées dans les parties où la granulite présente la structure hébraïque (Alger-Agha) :
Oligoclase, microcline, mica blanc, quartz bipyramidé.
Quartz.
Le microcline est ici en telle abondance que la roche peut être considérée comme une pegmatite de microcline. Ce feldspath se montre, en outre, très fendillé obliquement au sens de ses clivages et ses fissures sont remplies par du quartz du second temps. L’oligoclase est moins abondant et le mica blanc encore plus rare. Ce dernier minéral est à deux axes écartés, comme clans la moscovite. Le quartz du premier temps est en proportion normale ; celui du second temps se moule sur les autres éléments et les englobe tous. Enfin, les deux quartz n’ont pas la même orientation optique, ce qui est une raison
GRANULITE
de plus pour ne pas les rapporter au meme temps de consolidation.
2° — Préparations tirées d'une autre partie du même filon ( A Iger-A gha ) :
Zircon, tourmaline, grenat, oligoclase, orthose, quartz.
Mica blanc, quartz.
Produits ferrugineux.
L’oligoclase devient ici le feldspath prédominant ; l’orthose y est en faible quantité. Les plaques n’offrant pas de microcline, s’il s’en trouve dans la partie considérée, il y en a très peu. Le zircon, la tourmaline et le grenat abondent.
3° — Préparations tirées d'un autre filon (Alger-Agha ) :
Apatite, tourmaline, grenat, oligoclase, microcline, mica noir.
Mica blanc, quartz.
Le mica noir se présente en grandes lames : il est à deux axes très rapprochés. Le mica blanc est particulièrement déchiqueté. L’apatite se montre sous la forme de petites baguettes assez abondantes. Le quartz englobe tous les autres éléments, et l’on trouve aussi, incluses dans ses cristaux, quantité de longues fibres extrêmement ténues, qui paraissent présenter une très légère coloration verdâtre et qui, par suite de leur minceur, ne polarisent pas sensiblement.
4° — Préparations extraites d'une bande de granulite interstratifiée dans le pseudo-gneiss (Alger-Agha) :
Zircon, tourmaline, microcline, oligoclase.
Mica blanc, quartz.
ROCHES ÉRUPTIVES
Tous ccs minéraux sont à peu près également répartis dans la masse et s’y montrent sensiblement en égales proportions. Le quartz peut-être prédomine ; il est en outre rempli d’inclusions, dont un certain nombre à bulle mobile. Le microcline se fait remarquer par son état de parfaite conservation et parla netteté de ses caractères.
Les préparations montrent que la roche est fissurée et qu’elle a été postérieurement imprégnée par des solutions ferrugineuses qui ont déposé dans ses fentes une multitude de petites lamelles d’hématite et de limonite.
5° — Préparations tirées de plusieurs parties des filons dont les pointements sont échelonnés sur la route nouvelle d’El-Biar à la Bouzaréa :
Là, les minéraux accidentels, tourmaline, zircon, grenat, etc., sont très rares. L’oligoclase est de beaucoup le feldspath le plus abondant, mais il est parfois presque totalement kaolinisé ; à peine reste-il alors quelques parties où les caractères optiques de l’espèce soient appréciables. Sur certains points, le kaolin s’est massé et durci, pour former une matière compacte à cassure fine et terreuse, parfois teintée de rose. Taillé en coupes minces, ce kaolin apparaît au microscope sous la forme d’une substance isotrope parsemée de très petits granules noirs de fer ocreux et cimentant de nombreux grains de quartz brisé, ainsi que quelques débris de feldspath et de mica noir décomposé.
Le mica blanc est resté intact, et, dans les parties où la granulite n’est pas désagrégée, il se présente fréquemment sous forme de longs cristaux irréguliers produits comme par un empilement de ses lamelles. Dans les interstices de ces lamel-