SAHEL D’ALGER
APERÇU TOPOGRAPHIQUE
Le mot arabe sahel correspond à notre mot français littoral, et désigne d’une manière générale tout pays plat ou légèrement ondulé, bordant la mer et peu élevé au-dessus de son niveau.
Le Sahel d’Alger comprend toute la région située entre l’Atlas et 1a. mer, depuis l’embouchure de l’oued Boudouaou, près du village de l’Alma, à l’Est, jusqu’à celle de l’oued Nador, au pied du Cbénoua, à l’Ouest. Mais cette région basse se compose, en réalité, de deux parties bien distinctes : une longue et large plaine, la Mitidja, et un bourrelet montagneux,
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qui s’étend tout le long de la côte et auquel on donne aujourd’hui plus spécialement le nom de Sahel.
C’est cette région, augmentée d’une partie du versant septentrional de l’Atlas, pour lui servir d’encadrement, c’est-àdire pour la limiter à l’Ouest et au Sud, comme elle l’est au Nord et à l’Est par la mer, c’est cette région, dis-je, dont l’étude fait l’objet du présent travail. En en donnant la description détaillée et complète, je pense, qui va suivre, il m’a semblé faire œuvre originale et utile : originale, parce que les auteurs qui se sont jusqu’à ce jour occupés de l’Algérie, au point de vue géologique, n’ont jamais parlé que très incidemment du Sahel; utile, parce que, par sa situation et son importance, ce charmant petit coin de notre grande colonie était un de ceux qui s’imposaient les premiers aux investigations scientifiques (1).
Sur une carte à petite échelle, permettant d’en saisir facilement l’ensemble, le Sahel proprement dit offre l’apparence d’une massue dont le gros bout représenterait le massif d’Alger. La direction de son axe principal, parallèle à celle de la côte, est sensiblement E. 20° N. — O. 20° S. Son relief est simple ; il consiste en petits chaînons nombreux, disposés en contre-forts, au Nord, à l'Est et au Sud d’une chaîne principale de collines affectant grossièrement la forme d’une crosse.
Pour s’en faire une idée, on n’a qu’à relier par la pensée les points culminants de cette chaîne, en partant du Chénoua. On obtient ainsi une ligne peu sinueuse, qui passe par le Tombeau
(1) Voir, page 175, le chapitre : Notice bibliographique.
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do la Chrétienne et près des villages de Tefschoun, Chaïba, Koléa, Saint-Maurice, Maelma, Sainte-Amélie, se relève vers le Nord, pour passer entre Baba-Hassen, Ouled-Fayet, Doly- Ibrahim, Bouzaréa, et redescend enfin au Sud pour revenir vers Douera, en passant par les sommets voisins d’El-Biar, Colonne- Voirol, Birmandreis, Tixeraïn, Saoûla, tribu des Ouled-Sidi- Sliman et Crescia.
Le point le plus élevé du Sahel est situé près du village de la Bouzaréa, à l’ancienne redoute. Son altitude est de 407 mètres.
Les autres sommets principaux, situés sur la ligne que je viens d’indiquer, ont, à peu près tous, des hauteurs inférieures à 300 mètres et oscillant même, pour la plupart d’entre eux, autour de la cote 200.
Les flancs du Sahel sont profondément sillonnés en tous sens par de nombreux ravins à pentes raides, par lesquels les eaux des pluies s’écoulent rapidement, soit vers la mer, soit vers la plaine. Bien qu’on ait décoré ces ravins du nom d 'oueds ou rivières, il est presque inutile de faire remarquer qu’ils n’ont rien de commun avec les cours d’eau véritables qu’on désigne habituellement ainsi. Ce sont de simples torrents, dans lesquels il n’y a jamais d’eau que lorsqu’il pleut.
A peine convient-il de faire exception pour l’oued Kerma et l’oued Beni-Messous, qui, grâce à un adoucissement de leur pente sur une certaine étendue de leur parcours, retiennent, de loin en loin, un peu d’eau pendant l’été.
Quant aux oueds Harrach, Mazafran etNador, qui naissent aux flancs de l’Atlas et n’appartiennent au massif sahélien que
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par leur embouchure, leur allure est différente et leur rôle plus important. Du pied de la montagne à la mer, leur pente est relativement douce et leur débit habituellement très faible ; mais ils éprouvent, l’hiver, des crues pendant lesquelles ils charrient d’énormes quantités d’eau et de limon. Il en est de môme de l’oued El-Hamiz, et ces quatre oueds doivent être considérés, non comme des fleuves, mais bien plutôt comme les quatre grands égouts collecteurs amenant à la mer le tropplein des eaux que reçoit chaque année la plaine, et qu’ils recueillent, soit par leurs affluents naturels, soit par les nombreux canaux de dessèchement qu’a dû creuser la colonisation.
Pour compléter cet aperçu de la constitution physique du Sahel, je dois signaler, sur les flancs de la chaîne médiane, l’existence de quelques petits plateaux dont le plus important s’étale, à l’Ouest, de Ghéraga à l’oued Mazafran, dominé par les hauteurs d’Ouled-Fayet, de Saint-Ferdinand et deMaelma, et dominant à son tour les villages de Zéralda, Staouëli et Guyotville. Son altitude moyenne peut être évaluée à 130 mètres.
Si l’on excepte les granulites qui ont injecté et transformé une partie de ses formations les plus anciennes, le Sahel proprement dit n’a été le théâtre d’aucun phénomène éruptif, et il doit être considéré comme le résultat d’un plissement dont je détaillerai plus loin les effets.
Le mouvement ascensionnel auquel on doit attribuer son émersion est de même âge et de même sens que celui qui a produit les dernières dislocations alpines. En d’autres termes, le massif sahélien est synchronique du système des grandes Alpes. Toutefois, un soulèvement ultérieur y a partiellement
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affecté le terrain quaternaire, et c’est à ce soulèvement que le Sahel doit en réalité son dernier relief ; mais le phénomène n’a eu qu’une intensité très faible et l’orographie de la petite chaîne n’en a pas été bien sensiblement modifiée. Je reviendrai d’ailleurs, au fur et à mesure que j’étudierai les terrains sédimentaires, sur cette question des mouvements successifs qui se sont manifestés dans la région.
Quant à la plaine de la Mitidja, elle affecte la forme d’un grand quadrilatère de plus de 100 kilomètres de longueur sur 15 environ de largeur moyenne. Elle n’est pas absolument horizontale; sa surface, considérée comme régulière, est plutôt un plan légèrement incliné vers la mer ; mais sa pente, calculée d’après la différence maxima des niveaux de ses bords nord et sud, ne dépasse pas un centimètre par mètre.