‹ Géologie et paléontologieChapitre 106 sur 190 · SYSTÈME C A B BON I EÈ II K · texte numérisé non relu

SYSTÈME C A B BON I EÈ II K

Amériqur du Nord. — Le système carbonifère dans l'Amérique du Nord prend, en épaisseur et en surface, une beaucoup plus grande extension qu’en aucune autre région de la terre. Son étendue superficielle y est huit fois plus considérable. qu’en Europe. Un coup d’œil jeté sur une carte géologique générale, comme celles de M. J. Marcou et de M. H.-D. Rogers, montre en effet qu'il occupe de vastes portions du bassin du Mississipi entre les Apalaches à l’est, les grands lacs au nord, les dernières pentes des montagnes Rocheuses h. l’ouest et le parallèle de Tuscaloosa au sud. Il y a en outre des affleurements considérables dans le Nouveau-Brunswick, la Nouvelle-Ecosse et l’île de Terre-Neuve, et l’on en connaît à l’ouest des montagnes Rocheuses, depuis les régions arctiques jusqu’aux plaines immenses du Nouveau-Mexique qu’arrosent le Rio-Colorado et le Ricv-Gila. Cette formation se divise en trois groupes comme en Europe (voy. le tableau p. A3A); nous en esquisserons les principaux caractères en commençant par le plus ancien, et prenant pour guide l'ouvrage de M. Dana '.

Calcaire carbonifère. — Les roches, principalement calcaires, reposent, d’une manière concordante, sur les assises dévoniennes les plus élevées. Elles sont très-développées dans l’Illinois, le Kentucky, l’Iowa et le Missouri où leur épaisseur est de 360 mètres; elles s’observent également dans l’Arkansas et le Texas. Dans le Tennessee, on distingue 2 assises, l’inférieure siliceuse, la supérieure calcaire. Dans le voisinage des Apalaches, la première comprend des grès; elle est plus épaisse et plus variée près de la région de l’anthracite comme à à Pottsville, où sa puissance, qui est de 5 50. à 000 mètres, diminue ensuite rapidement lorsqu’on s’en éloigne vers l’O. La seconde assise formée d’argile schisteuse atteint aussi sa plus grande épaisseur (000 mètres) dans la même contrée et, suivant M. Rogers, devient calcaire au sud-ouest. Dans la Vtr-

Sir/ Maria atteignent jusqu’à (MJO mètres d'épaissenr, mais les lits de houille subordonnés semblent jusqu’à présent avoir*peu d’importancu*. f . Vannai ofGenlofiy. p. 305. 1803.

• StSTKME UARBU.NirÈlIE. 489

ginie, le calcaire tend à prédominer, et ses grandes assises se continuent dans l'Alabama. Quelques lits de houille y sont exploités cà et là, ainsi que de riches minerais de fer.

M. J. Hall, dont les grands travaux paléontologiques ont jeté une si vive lumière sur les faunes anciennes, particulièrement de l’État de New-York , a établi cinq étages dans ce groupe du bassin du Mississipi, dans l’Illinois et l’Iovva, chacun d’eux étant caractérisé par des fossiles particuliers. Ce sont, 1" le calcaire de Burlington, de 1 50 mètres d’épaisseur, où les crinoïdes abondent particulièrement et qui s’étend «à 200 milles plus au nord que les suivants; 2” le calcaire de keokuk, de 12 à 15 mètres ; 3° le calcaire de Warsow, caractérisé par les Archimedes, sorte de bryozoaire s’enroulant en spirale; 4° le calcaire de Saint-Louis sur le Mississipi, de 75 mètres, et 5° celui de Kaskaskia. Ces divisions s’effacent lorsqu’on s'avance vers le S. dans le Kentucky et le Tennessee.

Les plantes du calcaire carbonifère sont celles du groupe houiller, mais moins nombreuses. Parmi les restes d’animaux dominent les crinoïdes, surtout le genre Pentremites ; parmi les polypiers c’est le I.ithostrotion canadense. Les brachiopodes sont les mollusques les plus nombreux, surtout les Spirifrr et les Produrtus, particulièrement le S. glaber et le P. Martini de l’Europe. Les céphalopodes sont représentés par des Nautiles, des Goniatites et quelques Orthocératites ; les trilobites deviennent très- rares, les poissons sélaciens et ganoïdes au contraire fort abondants. En général, les fossiles très-répandus dans les calcaires de l’ouest le sont moins dans les argiles et les grès de la région des Apalaches. Dans les grès de Poltsville , des traces de reptiles amphibies (Stturopus primœvus ) ont élé rencontrées. Ce sont les plus anciennes jusqu’à présent connues en Amérique.

On a vu que, dans le système silurien supérieur, le calcaire du Niagara, occupant le bassin continental intérieur du Mississipi, était surtout rempli de brachiopodes, de crinoïdes

SYSTÈME CARBONIFÈRE

et de polypiers; dans le système dévonien, le calcaire supérieur d’Helderberg se trouvait dans les mêmes conditions, mais c’étaient surtout les polypiers qui dominaient; or, le calcaire carbonifère qui offre une troisième période de circonstances analogues est à son tour caractérisé par les crinoïdes.

Le groupe du millslonc gril ne comprend que des dépôts de sable, de cailloux et de gravier, consolidés, d’un épaisseur très-inégale, variant de 20 à 450 mètres vers le centre de la région anthraciteuse.

Le groupe liouiller proprement (lit ou supérieur, comprenant toutes les couches de combustible exploitées ou exploitables, occupe dans la région des Apalaclies, dit M. Dana, une surface de 154,800 kilomètres carrés, s’étendant sur une partie des Etats de la Pennsylvanie, de l’Ohio, de la Virginie, de l’est du Kentucky et de l'Alabama. Son épaisseur totale est de 750 à 000 mètres , et l’épaisseur réunie des diverses couches de combustible exploitées est de plus de 30"' 50 à Pottsville , d’environ 18,n 76 à Wilkesbarre et de 7“ 60 à Pittsburg. En Pennsylvanie, où les couches sont brisées et découpées, les mines célèbres d’anthracite se trouvent entre Pottsville et Wyoming; à l’ouest commencent les grands dépôts de houille bitumineuse qui s’étendent ensuite dans l’Ohio d'une part èt jusque dans l’Alabama de l’autre.

Le bassin houiller de l’Illinois et du Missouri occupe une surface égale à la précédente dans ces États et une partie de ceux du Mississipi, d’iowa, de Kansas et d’Arkansas. L’épaisseur totale d^ses diverses assises est de 180 à 300 mètres dans le Missouri et de près de 1000 mètres dans le Kentucky occidental ; celle des couches de houille réunies est de 21 mètres.

Le bassin du Michigan, vers le centre de la péninsule de ce nom, a environ 12,900 kilomètres carrés et une puissance totale de 31 mètres. Dans le Texas quelques lambeaux s’observent çà et là. Les divers affleurements de l’État de Rhodelsland sont évalués à 2,580 kilomètres; ceux du Nouveau-

SYSTÈME CARBONIFÈRE. 491

Brunswick, de la Nouvelle-Écosse, de l’ile du Prince-Édouard et de Terre-Neuve à 46, 440 kilomètres. A. South-Joggins dans la baie de Fundy, l’épaisseur totale du groupe, y compris le millstone grit, est de 4,439 mètres. Il y a 76 couches de houille réparties vers le milieu de la série, sur une hauteur de 860 mètres, et qui réunies donnent 12‘“ 70 de charbon ex- •ploitable. A Pilton il y a 6 ou 7 couches qui donnent 24 mètres de charbon, et dont une a llra 40, une seconde 7 mètres, etc. Enfin, la surface totale des dépôts houillers productifs des États-Unis est de 322,000 kilomètres carrés.

Il y a en outre la région carbonifère arctique observée à Plie Melleville, à Plie Bathurst, à la terre de Banke, etc. Dans la Californie les fossiles de cet âge n’ont été signalés que dans le comté de Shasta (3 Fusulines, 4 polypiers, 1 ()rthis, Produclm sein ireticulutus, Spirifcr linealus , etc.). Dans la chaîne des montagnes Rocheuses, où les explorations sont encore peu avancées, les calcaires situés sur les flancs et vers le centre, rapportés d’abord au groupe inférieur, sont aujourd’hui regardés comme appartenant au supérieur. Les recherches de M. J. S. Newberrv 1 ont puissamment contribué à avancer cette connaissance dans le grand plateau qui borde à l’ouest les montagnes du Nouveau-Mexique. Le Rio-Colorado coule au fond de gorges ou canon dont les parois coupées à pic forment des murailles continues de 1000 à 2000 mètres de hauteur, offrant les plus magnifiques coupes géologiques naturelles qui aient été observées jusqu’à ce jour. La partie du plateau comprise entre l’embouchure du Rio-Yirgen et du petit Colorado montre une coupe de plus de 1200 mètres de roches sédimentaires, représentant les systèmes silurien, dévonien et carbonifère, tous parfaitement concordants, presque horizontaux et reposant sur le granité qui s’élève encore à 300 mètres au-dessus de la rivière. Ici, les roches carbonifères, d’environ 600 mètres d’épaisseur, sont composées de cal-

I. Report upon the Colorado river ofllir iresl p rplnrttlq in |Sr>7-ïi8 by J Ivcs. l'art. III. Geolofjical Report. 1801.

caires, de grés, de gypse et renferment de nombreux fossiles exclusivement marins. Les assises les plus élevées forment le substratum des montagnes volcaniques de San-Francisco.

A Santa-Fé, des calcaires bleuâtres ou brunâtres foncés, reposant sur les roches cristallines, par suite de l’absence des séries intermédiaires, renferment beaucoup de fossiles, dont un grand nombre sont ceux des dépôts houillers de la vallée’ du Mississipi ( Produrtus scabriculus , P. ltogcrsi, P. semireticulatus, P. nodosus (n. sp.), Spirigeru subtilita, Spirifcr mmrratus). Sur beaucoup de points, les argiles schisteuses alternent avec les calcaires et présentent les plantes les plus caractéristiques du groupe supérieur. M. Newberrv a d'ailleurs pu suivre les modifications et les passages des grès, des argiles, des calcaires, du fire clay , du charbon, etc., des dépôts houillers exploités, proprement dits, aux calcaires massifs presque homogènes du sud-ouest. De Santa-Fé au fort Leavenworth sur le Missouri, ces mêmes calcaires houillère supérieurs recouvrent encore le granité et sont surmontés de roches permiennes et secondaires. Les Fusulines ( F . rylindracea) caractérisent tout le groupe dans le Kansas avec le Produrtus semireticulatus, les Spirifer ramer ut us et lincalus, la Spirigeru subtilita et d’autres fréquents dans l’est, puis le Produrtus splendens , les Spirifer piano -eonvexus et hemipliralus qui n’ont pas encore été rencontrés dans cette dernière région.

Caractère* généraux. — Considéré dans son ensemble, le groupe houiller des États-Unis comprend des roches de toutes sortes, des conglomérats, des argiles schisteuses, des psammites, des calcaires marneux ou magnésiens. Les lits de charbon ne sont que des accidents dans la série, ne formant qu’environ 1/50° de la masse. Les minerais de fer qui s’y trouvent également, en bancs subordonnés, rendent ces districts houillers les plus riches du globe. On ne remarque d'ailleurs aucun ordre dans la succession des diverses roches qui ressemblent à celles de tous les ter-

SVSTÈXIF. C*KBON IFKRE. 493

rains et qu'on ne peut distinguer que par leurs fossiles végétaux ou animaux. Quoique l’étendue horizontale des couches soit plus ou moins limitée, il y a quelques grands bancs de charbon qu’on suppose occuper des superficies de plusieurs milliers de kilomètres.

Les calcaires sont plus développés dans le bassin du Mississipi qu’en Pennsylvanie et en Virginie, ce qui est l'inverse pour les poudingues. Cette circonstance s’accorde avec ce qu’avaient présenté les systèmes antérieurs et ce que l’on observe d'ailleurs partout; c’est en effet dans le voisinage des chaînes, que les dépôts élastiques ou détritiques des diverses époques sont le plus développés. La couche qui supporte immédiatement le charbon est toujours cette argile line, désignée dans les Iles-Britanniquçs sous le nom d’undrr clay et qui est le gisement particulier des racines de Sigillaria ( Sligmttria ). Des troncs de plantes arborescentes s'observent debout dans plusieurs lits ou bancs successifs. C’est dans le dépôt houiller de South-Joggins (Nouvelle-Lcosse), que cette circonstance se présente le plus ordinairement. Ces troncs, observés par M. Dawson et par sir Ch. Lyell en 1842, ont fourni à ce dernier savant des considérations très-curieuses sur le mode de formation de ces couches et le temps qu’elles ont exigé pour se déposer; aussi les reproduisons-nous cidessous

1. La falaise de South-Joggins, qui borde l’un des golfes de la baie de Fundy, offre une succession très-remarquable de forêts fossiles appartenant au système carbonifère. Cette falaise, dirigée N., S., et de 40 à 00 mètres d’élévation, est composée d’une série de couches régulières, parallèles, inclinées de 24° au S.-S.-O, d’épaisseurs différentes, formées de grès micacés, d’argiles sableuses, d'argiles schisteuses bleues, d’argile avec ou sans nodules ferrugineux, comprenant des lits de houille dont l’épaisseur varie de 0m 35 à lm 20. L épaisseur totale de cet ensemble de dépôts parfaitement continus et qu’on peut embrasser d’un coup d’œil, est de 4,4 tt) mètres. Dans une portion de cette épaisseur, qui est de 1,370 mètres, on observe des troncs d’arbres à 17 niveaux différents. Ces troncs droits, perpendiculaires au plan des couches, ont une longueur de 1m 80 à 2" 45, et leur diamètre vario de 0m 30 à 0"1 40. Jamais ils ne traversent des lits de charbon, quelque minces qu’ils soient, et la plupart s’y

SYSTÈME CARBONIFÈRE

Le charbon présente toujours dans sa coupe des traces plus ou moins apparentes de son origine végétale. Dans les parties des Apalaches qui ont subi les dislocations les plus énergiques, sur les rives du Schuylkill, dans la Virginie

terminent par leur extrémité inférieure comme s’ils avaient végété à leur surface.

Dans une autre portion fie cotte coupe naturelle, sur une épaisseur de 426 mètres, et en un point où les lits de charbon sont le plus nombreux, M. Lyell a pu distinguer jusqu’à 08 niveaux différents, offrant des traces très-reconnaissablcs de sols superficiels successifs avec des racines de plantes.

Les troncs d’arbres qui proviennent pour la plupart de Sigillatia ne sont représentés que par leur écorce; la destruction du bois a produit des cylindres creux dont le remplissage s’est fait après le dépôt des couches qui les entourent, car les matières de ce remplissage diffèrent, par leur nature comme par leur ordre de superposition, do celles du dehors, de sorte que les dépôts ne sont pas contemporains. En outre, renfohissement des arbres a dû précéder de bien des années la décomposition de leur intérieur, et l’on a ainsi la preuve que des sédiments de plusieurs milliers de mètres d’épaisseur, aujourd’hui inclinés de 24° à l’horizon, lui ont été déposés parallèlement.

La présence de ces troncs a été constatée sur une étendue de 3 ou 4 kilomètres du N. au S. et de plus du double de l’Ë. à l'O., car on peut les observer sur les pentes des ravins qui sillonnent le pays. Dans le bassin houiller de Sidney au cap Breton, M. H. Brown a également signalé des troncs d eSigillaria, de Ispidodendron et de Calamites à 16 niveaux différents, munis de leurs racines et certainement encore à la place où ils ont végété, puis une série de »! lits d’argile remplie de racines et de Sligmaria dans leur position normale, de sorte qu’on a également ici la preuve d’au moins 57 forêts fossiles situées les unes au-dessus des autres.

Avec ces données, M. Lyell chercha s’il ne serait pas possible, au moyen de termes de comparaison pris dans la nature actuelle et suivant ainsi la marche de Buffon pour le même objet, d’évaluer le temps qu’a dù exiger, pour se former, une telle série de dépôts alternants avec des périodes de végétation détruites et toujours renouvelées.

Dans la coupe de South-Joggins on a vu que la puissance du système carbonifère était évaluée à un peu plus de 4 kilomètres, et à Pictou, point situé à plus de 100 kilomètres vers l’E., son épaisseur, sans avoir été mesurée exactement, est encore très-grande. Mais, en n’estimant qu'à 2,300 mètres la puissance moyenne de tout le système carbonifère de la Nouvelle-Écosse dont retendue superficielle est connue, en trouve, en multipliunt celle-ci par l’épaisseur, que le volume total de ces roches serait de 80,000 kilomètres cubes.

En considérant que les dépôts houillers ont dù sc former à la manière des deltas de nos jours, M. Lyell fait voir que le Mississipi, qui charrie annuellement tant, de matières sédimentaires à son embouchure, mettrait, d’après les évaluations les plus récentes résultant de recherches très-précises, plus de deux

SYSTEME CARBONIFERE.

et le Rhode-Island, il n’est point bitumineux: il brûle avec une flamme courte, bleuâtre, c’est l’anthracite; dans la plupart des localités plus ou moins éloignées des grandes dislocations, le charbon est bitumineux, brûle avec une flamme jaune clair,

million* d'années pour accumuler dans le golfe du Mexique une quantité de. sédiments égale an volume précité. Le Gange, suivant des évaluations semblables, n'exigerait que 375,000 ans pour produire le même résultat (o).

Remarquons actuellement que, dans la coupe de la falaise de South-Joggins, tont prouve que les dépôts se sont formés de la manière la plus régulière, sous une faible profondeur d'eau, à très-peu près constante. Il n'y a aucune trace de perturbations locales, aucune apparence de transport violent ou de sédimentation plus rapide et plus tumultueuse à un moment qu'à tm autre; aucune faille importante, aucun plissement postérieur n’est venu déranger, masquer ou compliquer les rapports primitifs très-simples de toutes ces couches où a régné l’ordre le plus parfait jusqu’au mouvement général qui est venu les incliner en masse, tels qn'on les voit aujourd'hui.

Or, pour produire un tel résultat, il a fallu de toute nécessité qu'un abaissement vertical de plus de 1000 mètres eût lieu graduellement, sans trouble, sans perturbation notable aux environs. En admettant que cet abaissement ait été réparti dans un laps $<■ 375,000 ans, la proportion donnerait 1*20 par siècle, mouvement comparable à celui qu’éprouvent certaines côtes de nos jours et tout à fait insensible pour les habitants de ces pays. Si l’on 6C basait, au contraire, sur le charriage du Misslssipi, l’amplitude de l’oscillation séculaire ne serait que de Üm 15. Quant à la totalité de l’abaissement pendant cette longue période, on voit qu’il a été. à peu près égal à la hauteur actuelle du Mont-Blanc au-dessus do la mer, et qu’il a fallu ensuite un soulèvement de la même amplitude pour amener les choses dans l’état où nous les voyons.

Mais nous devons faire remarquer ici que quelque considérables que puissent paraître les nombres que nous avons rapportés d’après les évaluations du célèbre géologue anglais, ils sont encore, au moins sous certains rapports, audessous de la vérité, car il a omis un élément fort essentiel dans la question et dont la prise en considération doit allonger singulièrement la période, savoir, le temps exigé pour le développement de chaque végétation qui a donné lieu à un lit de charbon. On sait par des expériences directes et les calculs auxquels elles ont donné lieu qu’un hectare de forêt de haute futaie de 100 ans, réduite A l’état de houille, ne produirait qu'une couche de 15 millim. d’épaisseur, ce qui permet de juger du nombre d’années qu’il faudrait ajouter aux chiffres précédents pour que l’appréciation de la durée de la période fût complète. Quoi qu’il en soit, on doit reconnaître que la nature étudiée attentivement nous offre elle-même do précieux chronomètres pour mesurer le temps qu’elle met à accomplir scs œuvres, chronomètres d’une marche si lente que les plus petites fractions de ses unités sont représentées par des siècles de végétation.

( a) Si l’on supposait que la houille s’est formée A la manière des tourbes de nos Jouté, les nombres indiqués seraient encore plutôt au-dessous qu’au-dessus de la probabilité.

SYSTKMK CARBONIFERE.

plus nu moins longue. Les caractères du combustible, ainsi en rapport avec l’état plus ou moins dérangé des couches qui le renferment, viennent donc à l'appui de ce que nous avons dit pour les autres roches quartzeuses, argileuses, marneuses, calcaires, etc. Les minerais de fer carbonaté argileux, exploités (cluy-iro/uiones), sont en plaques ou en lits concrétionnés, de quelques centimètres à 1 mètre et l'n 20 d’épaisseur ; d’autres minerais sont des hématites rouges ou hydratées.

On a cherché à paralléiiser les principales couches de houille des diverses régions carbonifères; mais les observations comparatives de M. Lesquereux et de M. Lesly ne semblent pas avoir encore produit des résultats bien précis. De môme que pour les autres éléments constituants de ces dépôts, leur importance est fort différente, à un niveau donné, dans des bassins différents, ainsi que sur divers points d’un même grand bassin. Il est probable que la région des Apalaclies et celle de l'Illinois, d'Iowa, etc., ont été séparées par le relèvement ou dôme silurien et dévonien de Cincinnati, antérieur à l’ère carbonifère '.

i. Suivant les documents récents, recueillis par M. A. Burai, la surface connue des principaux bassins bouillers du globe et leur production annuelle donneraient les résultats suivants :

Surface

Production

des bassin» houille r*.

annuelle.

Amérique du Nord

. . 33,000,000 hectares.

20,000,000 tonne*.

Iles- Britanniques

Prusse et Saxe

France

Belgique

Autriche et Bohème. ....

Espagne

Il s’en faut de beaucoup, on le conçoit, que la production du combustible soit en rapport avec ces surfaces. La puissance des couches et la facilité de l’exploitation et des débouchés sont les circonstances qui influent le plus sur la production (a).

(<*) Les chiffres précédents, puisés dans la Revue de géologie pour 18G2 et 1863, par par MM. Delesse et Laugel, p. 234, 1865, ot dans la Richesse minérale de M. Simonin, p. 11, 1865, diffèrent sensiblement de ceux qu’avait donnés M. Dana dans son Manuel de géologie. p. 35*.

SYSTÈME CAKBONIFÈHE.

Paléontologie. — Comme dans toutes les autres contrées, où les dépôts liouillers se sont fonpés, les végétaux fossiles caractérisent, par leur abondance, ceux de l’Amérique du Nord. Ils y représentent la flore des marais, des forêts et même de la mer. Les plantes terrestres surtout y offrent une exubérance de vie extraordinaire. On y trouve de vrais conifères et les Sigitlariées qui en sont voisines, des Calamites dont les tiges et les troncs les rapprochent plutôt des gymnospermes que des Équisétacées, et des cryptogames tels que des Lycopodes, des Fougères et des Équisétacées. Ces plantes, actuellement basses et herbacées, atteignaient alors jusqu’à 30 mètres de hauteur avec des troncs ligneux. Les conifères appartenaient à des types représentés aujourd’hui presque uniquement dans l’hémisphère austral, tels que les Araucaria du Chili, de l'ile de Norfolk, etc. En recherchant la distribution des 350 espèces connues dans le système carbonifère des États-Unis, M. Lesquereux y trace cinq niveaux caractérisés par des associations d’espèces particulières. Trois de ces horizons appartiennent au groupe houiller proprement dit, dont une seule couche, dans l’État de l’Ohio, a fourni à M. Newberry jusqu’à 150 espèces.

Nous trouvons aussi des traces d’animaux qui ont vécu sur les terres émergées, dans les eaux douces, dans les eaux saumâtres et dans les eaux salées. Comme en Russie, en Espagne et en Arménie, lçs rhizopodes sont représentés par des Fusulines, qui constituent des bancs à elles seules dans l’Ohio, l’Illinois, le Missouri et le Kansas; les mollusques, par des pulmonés terrestres (Papa) semblables à ceux de nos jours; les brachiopodes, par des Spirifer et des Producius ; les acéphales et les gastéropodes, par divers genres; les céphalopodes, par des Nautiles, des Goniatites et des Orthocératites. Parmi les crustacés, les tribolites, qui finissent, sont remplacés par d'autres formes, puis se montrent des insectes ( Bluttina renusta) et des myriapodes ( Aylobius gigillaritr). Les poissons appartiennent aux ganoïdes à queue vertébrée;

SYSTÈME CARBONIFÈRE

les sélaciens sont des cestracions et des hybodontes, ces derniers ayant commencé aveçl’ère carbonifère. Les reptiles sont des amphibiens voisins des Salamandres et des Grenouilles ( Raniceps Lyelli de l’üliio, Baphetes planiceps, batracien sauroïde de Pictou, dont le corps était couvert d’écailles et appartenait probablement au type des Labyrinthodontes); des lacertiens inférieurs de la famille des Lézards ( Uylono mu » I.yelli, aciedentatm , Wymnnni , llylcrpcton Dawaoui, Owen), des sauriens nageurs ou marins ( cnaliosaurcs ) voisins des Ichtliyosaures (Eosaurus aradianus). Le9 restes de plusieurs de ces reptiles ( Dendrerpelon aradianus) ont été trouvés en 185*2 par MM. Lyell et Davvson dans le grès d’un tronc de Sigillaria de la Nouvelle-Ecosse. Le second de ces savants a décrit depuis le D. Oireni. On compte ainsi les restes d'au moins 8 ou 10 espèces de reptiles carbonifères, non compris les nombreuses empreintes de pas rapportées à des animaux de cette classe ( Thenaropus heterodactylut).

Cet ensemble organique comparé à celui de l’Europe nous montre les mêmes genres de plantes caractérisant les dépôts contemporains de part et d’autre de l’Atlantique, et beaucoup d’espèces étant les mêmes. Le règne végétal diffère en cela du règne animal qui n’a encore offert qu’un petit nombre d'identiques. M. Lesquereux, dans un tableau publié en 1860, indique 350 espèces connues en Amérique, réparties dans 48 genres; et 400 en Europe, dont 1 4,6 seraient communes aux deux continents, de sorte qu’un tiers environ des espèces végétait en même temps dans les forêts de ces deux partie» de la terre.

Quant aux animaux de ces régions, nous avons vu que les espèces ayant vécu dans les eaux de la mer étaient généralement rares en Europe, tandis qu'en Amérique le groupe houiller en présentait fréquemment, et même que presque tous les dépôts en renfermaient. En Europe, il n’y avait plu» de trilobites, mais ils étaient remplacés par d’autres types. Bon nombre d’espèce» du groupe carbonifère ou inférieur

SYSTÈME CARBONIFÈRE. A99

de ce côté de l’Atlantique se trouveraient de l’autre dans le supérieur; tels sont ÏAthyris sublilila [Spirigera), le Betzia radians , le Spirifer linealus, le S. Urii, les Productus longispinus, scabriculus, costatus et la Fusulina cylindrica.

Certains poissons du calcaire carbonifère exclusivement marin se retrouvent dans les dépôts houillers supérieure. Les genres les plus répandus dans ces derniers sont ; les Palœoniscus, les Amblypterus et les Holoptychim. Les reptiles observés en Europe (anti, p. A 7 A) offrent des caractères semblables à ceux d'Amérique, indiquant la présence d’amphibiens, de Labyrinlhodontes et même d’autres types assez variés déjà pour cette époque reculée.

Mais il n’y avait encore aucun des insectes élevés qui vivent sur les fleurs, aucun oiseau dans les bois ni sur les bords des lacs, des étangs et des marais, aucun mammifère sur les terres émergées, par conséquent aucun chant, aucune voix articulée interrompant le silence solennel de cette nature si riche et cependant muette, comme si le langage des animaux, quelque imparfait qu’il soit, comparativement à celui de l'homme, était un pas de plus vers le progrès que la nature réservait aux périodes suivantes.

Amérique du Sud. — Nos connaissances sur les caractères du système carbonifère de l’Amérique méndionalè ne datent guère que du voyage d’Alc. d’Orbigny qui y a rapporté un certain ensemble de roches du plateau de la Bolivie1. Depuis lors, la même région a été explorée par d'autres savants, et en dernier lieu par M. D. Forbes, qui nous semble, sur ce sujet comme sur les autres (antè, p. A AO et A 60), avoir donné des détails plus complets que ses prédécesseurs.

Les roches carbonifères de la Bolivie, situées à l’ouest des Andes, se rencontrent, par places, comme de petits bassins allongés généralement du S.-O. au N.-E., situés au milieu

l. Voyant dans l'Amérique méridionale, vol. lit. Géologie, p. 1 10 et suivantes. 1812. — Ibid., V partie, Paléontologie, p. 30-5*.

SYSTÈME CARBONIFÈRE

de la grande plaine quaternaire qui entoure le lac de Tilicaca, se montrant aussi au nord du lac, et plus au sud dans les provinces d’Arque et d’Oruro. Le point le plus bas où on les observe est à 3800 mètres d’altitude, et on peut les suivre jusqu’à A000 et /|500 mètres. A l’ouest du lac, entre Tiquina et la Guardia, M. Forbes donne une idée complète de la série des assises disposées en bassin renversé et présentant successivement, des pins anciennes aux plus récentes qui occupent le milieu du plissement, des grès blancs, des conglomérats et des grès rouges, des argiles blanches panachées, des calcaires en bancs épais, bleus et jaunes, des argiles schisteuses panachées, un calcaire bleu puissant, enfin des grès jaunes et blancs

Dans la province de Santa-Cruz les roches carbonifères paraissent être complètement distinctes des précédentes et situées à une beaucoup plus grande élévation de l’autre côté des Andes. Aie. d’Orbigny leur assigne aussi une étendue plus considérable. Les fossiles qu’en a rapportés M. Cumming sont la Tercbrntula millrpuncluta, les RhynchoneUa peruviana et plcurudon, les Spirifer boliviensis et Condor.

D’après ce que nous avons vu en Asie et dans le nord de l’Amérique on a déjà pu remarquer, et ce que nous dirons de l’Australie le confirmera, que les formes organiques siluriennes étaient peu cosmopolites, que celles du système dévonien l’étaient davantage, et l’on peut juger actuellement que celles du système carbonifère le sont encore plus. M. Salter pense que le Spirifer Condor, d’Orb., n'est autre que le S. slrialus, Sow., et que Y Alhyris sublilita, J. Hall, est la Tercbmluln peruviana, d’Orb. Ayant en outre rejeté, comme on l’a dit,

1. Les fossiles de ces assises, étudiés par M. Salter, sont : Productus sentireticulatus (P. Inca d'Orb.) P. longispinus (Capacii, d’Orb.), Spirifer Condor, S. boliviensis, Athyris sublilita, Orthis resupinata, O. Andii, Hhynchonella, nov. sp., lùwmphalus (Phanerolinus?) , Bellerophon, voisin du B. Urii . des polypiers et des crinoides indéterminés. Des provinces d’Arque et d’Oruro ont été obtenus les Spirifer Condor et lineatus, les l,roductus Cora, semireticulatus, boliviensis et VOrlhis Andii.

SYSTÈME CARBONIFÈRE

la plupart des espèces siluriennes qu’Âlc. d'Orbigny avait identifiées avec des espèces déjà connues en Europe, le même savant croit au contraire que, parmi les fossiles carbonifères, il y en a bon nombre d'identiques avec des espèces connues que le paléontologiste français avait à tort regardées comme nouvelles.

On remarquera que ces voyageurs ne mentionnent point d’empreintes de plantes ni de couches de charbon, de sorte qu'aucun spécimen de la flore carbonifère australe de ce continent ne nous est connu *. Voyons si ce que l’on sait des dépôts du même âge dans d'autres parties de cet hémisphère confirmera les analogies que nous venons de déduire de la faune.

Australie. — Les premières données relatives à l'existence de la formation carbonifère en Australie sont celles obtenues par suite des excursions de J. Oxley le long de la rivière Macquarie, en 1815, et celles du R. Scott dans la Nouvelle- Galles du Sud et la terre de Van-Diemen. Les échantillons étudiés par W. Buckland annonçaient, dans ces contrées, l’existence d’un calcaire dont les fossiles ressemblaient à ceux du calcaire carbonifère d’Angleterre et la présence de dépôts houillers5, mais les recherches de M. de Strzelecki 3 permirent de mieux juger de l’importance de ces derniers et de leurs caractères.

Le savant voyageur, après avoir réuni dans sa premiïre époque les roches qui constituent le terrain primaire d’une partie considérable de la chaîne orientale des Alpes australiennes et qui se continue par les îles du détroit de Bass pour

1. Nous ne connaissons point l’Age des charbons exploités aux environs de Valdivia et de C.hiloé (Amer. Joum. de Silliman, vol. XLI, p. 359. 1H11 ), ni de rcux qu’on a signalés entre Valparaiso et Santiago, au Chili (Ibid. 2' sér., vol. VI, p. 14tS. IMS; Mining Joum.. 12 févr. ISIS).

2. Voy. H. Fitton, An arcovnl of sa me geol. spec. from the eoasi of Auslral,a. 1 826.

3. Physical descnpt. of Ntw-Soulh-Wales and l’an Diemenland. 184.5.

SYSTÈME CARBONIFÈRE

occuper les parties nord et sud-ouest de la terre de Van- Diemen, rapporte à sa seconde époque des roches stratifiées (schistes argileux, siliceux, grautvacke, grés, poudingues calcaires) et des.roches ignées (quartz grenu, porphyres, diorites, serpentines, basaltes, trachytes) qui ont dérangé la ■stratification des précédentes, surtout dans la terre de Van- Diemen. C’est dans les couches de cette série, particulièrement dans les calcaires d'illavarra, de Raymond-Terrace et de Booral dans la Nouvelle-Galles du Sud, et dans ceux du mont Wellington aux environs d’Hobart-Town dans la terre de Van- Diemen, qu’ont été recueillis les fossiles, tous marins, trèsirrégulièrement distribués suivant la nature des roches et les localités. Ainsi, les brachiopodes sont plus nombreux au mont Wellington, tandis que les acéphales lamellibranches et les gastéropodes qui y sont rares se présentent de Booral à 111awarra.

Des 48 espèces étudiées, décrites et figurées par \I. J. Morris, il y a 10 polypiers, 14 conchifères, 12 brachiopodes, 7 gastéropodes, 1 hétéropode, 2 ptéropodes, 2 crustacés et des restes de poissons. 11 n’y a point de céphalopodes, de heplivna, A'Orthis, et les restes de trilobites très-rares semblent appartenir à des couches plus anciennes. La détermination des fossiles précédents fait penser à l’auteur que certaines espèces ( Terebrntulu hastata, un Spin fer, une Littorine et une îurritelle) peuvent avoir leurs identiques dans le calcaire carbonifère de l’Europe, que d'autres formes, sinon identiques, peuvent être regardées comme représentatives de Spirifcr, d'Athyris, de Produrtus du calcaire carbonifère de l’Europe et de la Bolivie, et qu’en résumé la présence d’un Bellérophon, d’une Conulaire, de 7 ou 8 Spirifères dont plusieurs ont des formes transverses très-allongées , et enfin de 2 ou 3 Productus renflés, associés à certaines coquilles bivalves et gastéropodes, annonce la faune du premier groupe carbonifère. Quelques Favosites (F. goihlandica), on Arnple.rus nrundinaceus, des fragments d’Orthocératites et

SYSTÈME CARBONIFÈRE. 503

de Trilobite* indiqueraient une faune dévonienne ou plus ancienne.

Dans sa troisième époque , M. de Strzelecki place les dépôts de charbon exploités aux environs de New-Castle, dans la Nouvelle-Galles, et ceux du bassin de Jérusalem, dans la terre de Van-Diemen. Les roches ignées ont également dérangé et modifié ces dépôts à leur contact. L’examen des plantes qui les accompagnent a donné lieu à des discussions qui, au point de vue théorique et même pratique, ne sont pas sans intérêt.

M. Morris remarqua que, parmi ces plantes (3 Sphenopteris, 1 Glossoptcris, 2 Pecoptcris, .1 Zcttgophi/llilcs , 1 Phyllotheca), il n’y avait aucun des genres si caractéristiques des dépôts houillers de l'hémisphère nord ( Lepidodendron , Sigillaria, Stigmtrria, Calamites, Conifères) et qu’en outre les dépôts de New-Castle et de Jérusalem, s’ils sont contemporains, présentaient néanmoins des végétaux différents. 11 y aurait ainsi peu de ressemblance entre la flore carbonifère de l’Europe et celle d’Australie; car, si les Phyllotheca peuvent représenter les Calamites, les Glossoptcris sont des types de fougères tout à fait étrangers jusqu’à présent à cette période, et de plus un des Pecoptcris serait très-voisin d’une espèce jurassique et un Odontopteris d’une espèce permienne. 11 résultait de ce premier aperçu que les flores houillères des deux hémisphères différaient entre elles comme diffèrent les flores de nos jours , tandis que la faune marine carbonifère de l'Australie, qui l’avait précédée, présentait beaucoup de formes, sinon identiques, du moins très-voisines de la faune correspondante de l’hémisphère nord. D’un autre côté, ces plantes, comparées» avec celles des dépôts charbonneux de l’Inde et particulièrement de Burdwan, au nord-ouest de Calcutta, regardées comme secondaires, présentaient avec celles-ci la plus grande ressemblance, et il en était encore de même avec certains types des couches oolithiques d’Angleterre.

SYSTÈME CAHBON1FÈRE.

Telle est l’origine de la discussion dont nous avons exposé les diverses phases, et dans laquelle se trouvaient particulièrement engagés, outre M. Morris, M. Clarke, savant distingué à qui la géologie de l’Australie doit de longues et consciencieuses éludes, et M. M’Coy, paléontologiste, connu par des travaux sur les fossiles anciens de l’Angleterre et de l'Irlande1. M. Clarke a reconnu, dans les dépôts houillers de l’Australie, plus de 00 espèces de plantes, entre autres les Sigillariti , les Lepidodendron , les Stigmnria et des bois de conifères très-nombreux dans des couches remplies de Spirifer , de Produit ns, de G oui utiles , etc., et qui seraient en partie plus anciennes que les dépôts houillers de l’Europe. De son côté, M. M’Coy croit avoir constaté qu’une dore, de caractère jurassique et rappelant aussi celle de l’Inde, a succédé immédiatement à la véritable flore carbonifère dont nous venons de parler. On y trouve les genres Vertebraria, Elopleris , Spltenopleris, Glossopleris et P/tyllolhera. Mais l'opinion, appuyée même en 1859 par M. Clarke, de la présence des Glossopleris dans de véritables dépôts houillers associés avec des calcaires remplis de coquilles marines de la période carbonifère, a été mise hors de doute par la coupe stratigraphique qu'a donnée, en 1863, M. Daintree, d’une mine de houille, située entre Nevv-Castle et Stony-Creek , et dans laquelle les couches à Glossopleris ont été atteintes à une grande profondeur au-dessous de celles qui renfermaient les Spirifer, les Conulaires, les Feneslclla, etc.*.

Nouvelle-Zélande. — La flore qui accompagne quelques veines charbonneuses dans la Nouvelle-Zélande a présenté

1. Ilist.des progrès de la géologie, vol. VII, p. GIS. 1857. Ib. vol. VIII, p. 061. 1860. — Hall. soc. géol. de France, 2' sér. vol. XVIIIf p. 080. 1801.

2. The Yeoman Australian acclimaliser.ile Melbourne. 20 août. 1 805. — Bull. Soc. géol. de France, 2' sér., vol. XXI, p. 33. 1 803. — Voy. aussi sur les dépôts carbonifères de ce pays, VV. B. Clarke, Besearches in the souillera giddfieldsof New-South-Wales , cliap. vu, p. 245, in-12. Sidney, 1860. — Quart. Jour h. geol. Soc. o( Ismdon, vol. XVII, p. 331. 1861. — Récent geol. ilisrorerics in Auslralasia, p. 21, in 8, Sidney. 1861,

SYSTÈME CARBONIFÈRE

les mêmes associations que dans le continent voisin; mais M. J. Haast1 pense que, si les couches qui renferment des coquilles d'aspect carbonifère ou dévonien supérieur sont plus anciennes que celles qui contiennent lés empreintes de plantesJ, ces dernières du moins les recouvrent de la manière la plus concordante avec une continuité parfaite dans la province de Canterbury, et, quant au gisement du reptile saurien de Waipara, supposé jurassique, il est dans de tout autres conditions géologiques.

Afrique australe. — Dans la partie orientale de la Colonie du Cap, autour de la baie d’Algoa, M. Bain regarde, comme appartenant à la formation carbonifère, des grès quartzeux qui passent à des schistes chloriteux où des minerais de cuivre et de galène ont été exploités. Des empreintes de plantes, peut-être de Lépidodendron, y ont été rencontrées; mais on ne peut encore rien conclure de pareilles données. On a vu [anlè, p. 487) les indications récentes de dépôts carbonifères à la pointe nord-est de Madagascar et sur la côte opposée de Mozambique.

O BS E R V A T IONS <; K \ H R A I. E S.

PoUophytoiogie. — Nous avons déjà parlé incidemment de la végétation de la période carbonifère, et plus particulièrement de celle du groupe houiller ou supérieur; mais il est nécessaire de considérer cet important sujet d’une manière plus générale, d’abord, en exposant les caractères de cette flore si remarquable qui n’apparut qu’une fois sur la terre, et ensuite ses conséquences dans l’économie générale de la nature. Quant au pftmier point de vue, nous ne pouvons mieux faire que de reproduire ce qu’en disait, en 1849, JI. Ad. Brongniart. Le savant botaniste termine son étude par le résumé suivant :

I. A ’ew Zealand yovern. liazctte prou, of Canterbury, 24oct. 1862.

SYSTEME CARBONIFÈRE

Cryptogames amphi gènes . .

g ( signes . . .

j champignons

/ fougères .... 250 — • aerogènes . . 3/j6 ! lycopodiacées . . 83

\ équisétacées. . . 1 4

I astérophyllilées. . àà ( sigillariées ... 60

Dicotylédones gymnospermes 135 [ nmggérathiées. . 12

/ cycadées .... 3

i conifères .... 16

Monocotylédones douteuses . ' 15

Total. ... 502

« Le premier fait qui frappe dans ce tableau, c’est le petit nombre des végétaux qui constituent cette flore de l’ancien monde. 11 est vrai que ce relevé des végétaux fossiles de la période carbonifère ne comprend presque que des espèces des dépôts houillers de l’Europe; mais cependant ceux de l’Amérique du Nord ont fourni déjà un contingent assez considérable , et les observations faites jusqu’à ce jour suffisent pour établir que la plupart des espèces sont identiques avec celles de l’Europe.

« La flore carbonifère comprendrait au plus 1/20 p du nombre des végétaux qui croissent actuellement sur le sol de l’Europe, et encore ce nombre d’espèces correspond à toute une longue période pendant laquelle diverses espèces se sont succédé, de sorte qu’on peut admettre, avec beaucoup de probabilité, que jamais plus de 100 espèces n’ont existé à la fois. On voit quelle était la pauvreté et surtout l’uniformité de cette’végétation , eU égard principalement au nombre des espèces, comparée à l’abondance et à 1* variété des formes de la période actuelle.

« L’absence complète des dicotylédones ordinaires ou angiospermes et celle presque aussi complète des monocotylédones expliquent du reste cette réduction de la flore ancienne, car actuellement ces deux embranchements du

SYSTÈME CARBONIFÈRE

règne végétal forment au moins les i/5" de la totalité des espèces vivantes connues. Mais aussi les familles si peu nombreuses existant à cette époque renferment beaucoup plus d’espèces qu’elles n’en offrent maintenant sur le sol de l’Europe. Ainsi, les fougères des dépôts liouillers en Europe comprennent environ 250 espèces différentes, et l’Europe entière n’en produit actuellement que 50.

« De même les gympospermes, qui maintenant ne comprennent en Europe qu’environ 25 espèces de conifères et d’éphédrées, en renfermaient alors plus de 120 de formes différentes.

« Ces familles seules existantes et bien plus nombreuses alors quelles ne le sont maintenant sous les mêmes climats, si l’on embrasse la période carbonifère entière, étaient encore plus remarquables par les formes si différentes sous lesquelles elles se présentaient. Ainsi, parmi les cryptogames nous remarquons des genres de fougères actuellement tout à fait détruits et plusieurs espèces arborescentes, des prèles ou des végétaux voisins également arborescents, des lycopodiacées en arbres gigantesques aussi, toutes formes actuellement inconnues, soit dans le monde entier, soit du moins dans les zones tempérées. »

Parmi les végétaux que nous rangeons dans les dicotylédones gymnospermes les différences sont encore plus tranchées, car ils constituaient des 'familles complètement anéanties depuis cette époque , telles sont les sigillariées, les nœggérathiées, les astérophyllitées. Les caractères de la végétation pendant la période carbonifère peuvent se résumer ainsi :

Absence complète de dicotylédones angiospermes et presque complète de monocotylédones; prédominance des cryptogames acrogènes ^t formes insolites et actuellement détruites dans les familles des fougères, des lycopodes et des éqursétacées ; grand développement des dicotylédones gymnospermes, mais résultant de l’existence de familles com-

SYSTÈME CABBONJFÈ IIE.

plètemenl détruites, non-seulement de nos jours, mais dès la fin de cette période.

Enfin cette végétation de l’ère carbonifère disparait presque complètement avec elle; la période permienne qui lui succède n’en présente qu’une sorte de résidu déjà privé de la plupart de ses genres les plus caractéristiques, et pendant la période vosgienne ou du grès bigarré nous n’en trouvons plus aucune trace'.

La végétation de cette période, d’ailleurs d’une immense durée, comme on en peut juger par l’exemple que nous avons cité {antt\ p. /i93)!, dénote une température élevée, une atmosphère humide dans laquelle on peut supposer une proportion d’acide carbonique de 0,05 à 0,08 de son volume et un sol également humide, presque au niveau de la mer, au moins dans beaucoup de cas. Cette végétation, qui s’est éten- *due avec des caractères uniformes du 80° lat. au 35°, sans qu’elle se soit prolongée beaucoup au delà, dans chaque hémisphère entre les tropiques, sauf sur les deux points que nous avons cités (p. A87), est un des grands phénomènes organiques de l’histoire de la terre, phénomène qui ne s'est jamais reproduit depuis avec la même généralité ni avec les mêmes caractères. 11 a donc fallu, pour qu’il se manifestât, un concours de circonstances bien particulier dans les conditions physiques de la surface de notre planète.

Statistique du carbone. — : Si, comme on a cherché à l’évaluer, l’acide carbonique, contenu dans tous les dépôts houillère connus, est six fois plus considérable que la masse actuelle

1. M. Gcrppcrt ( n Bronn, Geschichte (1er Katur, vol. III, part. 2) élève le nombre de» plante» connue» de l’ère carbonifère h 934, dont 19 cellulaires (algues, champignons, etc.) et 915 vasculaires. De ces dernières il y a 772 cryptogames (fougères, calamites, astérophyllites), et 91 phanérogames (cycadées, conifère», etc.). Voy. aussi posteà , p. 532.

2. D'après la quantité actuelle d'acide carbonique contenue dans l'atmosphère et l’activité de la végétation de nos forêts, on a aussi calculé que la formation de certaines couches de houille avait dû exiger un laps de 500,000 ans, et celle de toutes les couches de la période 9 millions d'années.

SYSTÈME CARBONIFÈRE

répandue dans l’atmosphère, on conçoit que les périodes suivantes se soient ressenties d’une pareille perturbation clans les conditions de la vie. En eljet, l'affaiblissement sensible ou l’appauvrissement général des forces organiques a été remarqué depuis longtemps dans l,es dépôts permiens et triasiques, et peut-être n’est-ce que vers le commencement de la période jurassique que l'équilibre s’est trouvé rétabli par l'arrivée successive de nouvelles quantités de carbone.

Lorsqu’on envisage l’extension qu’a prise depuis un siècle l’emploi des combustibles fossiles sur tous les points du globe où l’on en a rencontré, extension que les calculs ont prouvé s’accroître annuellement, on ne peut se refuser à voir, dans l’application que l’homme fait à ses besoins de ces trésors de force et de chaleur emmagasinés dans le sein de la terre, une sorte de prédestination au rétablissement de l’ancien équilibre, depuis longtemps détruit. C’est un rôle actif qu’il a pris dans l’économie physique de la nature et qui consiste à rendre à l’atmosphère, sous forme d’acide carbonique, par la combustion incessante de la houille et des autres composés analogues, le carbone qui semblait à jamais perdu et devenu inutile après avoir tant contribué au développement des végétations anciennes. Ainsi rendu à la liberté, celui-ci rentre dans le mouvement général, comme il en était sorti, et l’industrie humaine devient un auxiliaire des grandes lois destinées à maintenir l’harmonie de la nature '.

Si l'on suppose maintenant que dans chaque pays et surtout dans l’Amérique du Nord on établisse des calculs semblables à ceux que nous avons vu sir W. Armstrong présenter pour l'Angleterre, on pourrait presque en déduire le moment

I. Les calculs de M. Péligot ont démontré que, la production annuelle de la houille étant en nombre rond de 133 millions de tonnes (a), la quantité «l'acide carbonique jetée dans l'atmosphère par sa combustion était de 304 milliards de mètres cubes (Voy. Introduction d l'élude de la paléontologie stratigraphique, vol. Il, p. 20. 1801;.

{U) Aujourd'hui, ce chiffre doit s'approcher de 150 millions, si même il ne les dépasse pas.

SYSTÈME PERMIEN

où l'atmosphère terrestre sera rentrée en possession d’une grande partie au moins du carbone qui depuis tant de milliers de siècles lui avait été soustrait.

S 5. SYSTÈME PERMIEN

On a vu ( antè , p. 388) dans quel pays, dans quelles circonstances et par quels géologues le système permien avait été établi; le tableau (p. 380) montre quelles sont ses principales divisions; nous n’y reviendrons donc point et nous suivrons, dans sa description comme dans celle des autres systèmes, notre marche habituelle de l'O. à l’E.

Si pendant les périodes dévonienne et carbonifère inférieures les phénomènes ignés ont été moins fréquents que dans la précédente, les dépôts houillers, dit sir R. Murchison ', se sont formés sous l’empire de conditions physiques plus tranquilles encore, en Angleterre comme en Amérique. Les oscillations du sol, tantôt émergé, tantôt immergé, là sous des eaux douces ou saumâtres, là sous des eaux marines, n’ont pas occasionné de perturbations profondes, énergiques, ayant donné lieu à de brusques changements dans les relations stratigraphiques ; mais il n’en fut pas de même ensuite. L’ancien état de choses fut interrompu, sinon partout, au moins sur beaucoup de points où l’on trouve les dépôts houillers brisés, disloqués, soulevés, plissés et complètement discordants avec les sédiments qui les ont recouverts. Dans les contrées où ces actions ne se sont pas produites, la concordance entre les deux systèmes règne constamment.

Cette dernière circonstance s’observe particulièrement sur de vastes étendues, à des niveaux bien inférieurs aux roches des périodes plus anciennes dont les redressements ont produit des collines ou des montagnes plus ou moins élevées. Néanmoins, quelque différentes qu’aient été les conditions

Page 1