TABLEAU DE LA FLORE ET DE LA FAUNE JURASSIQUES D’ANGLETERRE
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les 11 divisions géologiques, manifeste une diminution numérique très-sensible de bas en haut, ou depuis la grande oolithe qui renferme 589 espèces jusqu’au calcaire Portland qui en a seulement 3 4.
Si l’on considère la distribution des espèces de chaque classe, on voit que les polypiers et les échinodermes sont également développés dans le coral-rag, la grande oolithe et l’ oolithe inférieure, tandis que les brachiopodes (90 et môme 90 espèces) suivent une progression décroissante de bas en haut comme tout l’ensemble de l’organisme.
La diminution des céphalopodes dans le même sens est encore plus frappante, mais elle est moins régulière. Ainsi, l’ère du lias et celle de l’ oolithe inférieure, quoique ayant eu bien peu d’espèces communes (7), sont liées par le développement simultané des brachiopodes et des céphalopodes, tandis que les autres ordres y sont plus faiblement représentés qu’ ailleurs. Ce serait en quelque sorte, mais avec des formes différentes, comme un ressouvenir de ce que nous ont montré certaines faunes siluriennes [antù, p. 410).
Les poissons, quoique fort nombreux, particulièrement dans les calcaires schistoïdes de Stonesfield et le lias, ont une distribution trop soumise à des influences locales pour fournir des données un peu générales, tandis que la fréquence des débris de reptiles, leurs dimensions gigantesques et l’étrangeté des formes dont nous avons eu occasion de parler (Ichthvosaures, Plésiosaures, Mégalosaures, Ptérodactyles, etc. (rtn/é, p. 222), donnent aux étages de Kimmeridge, de la grande oolithe et du lias, un intérêt particulier. Mais ce qui augmente encore celui de la formation jurassique de ce pays, c’est la présence de 20 espèces de petits mammifères, rongeurs monodelphes ou didelphes, signalés à ttois niveaux différents : 2 à la base du quatrième étage du lias, 4 dans les calcaires de Stonesfield et 14 environ au sommet dans l'étage moyen de Purbeck. Cette circonstance ne s’est encore présentée nulle part, et une seule de ces espèces (le Micro-
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lestes primants ) s’est montrée sur un point du continent, comme ici à la partie la plus inférieure du lias.
Dans la portion du tableau que nous n’avons pas reproduite, on voit que, sur l'ensemble de cette faune, 134 espèces ont été rencontrées dans deux étages à la fois, et que, si l'on en retranche 58 communes à la grande oolithe et à l’oolithe inférieure, il en reste 7(5 communes à 10 autres divisions combinées deux à deux; 37 sont communes à 3, 0 à 4, et aucune ne traverse toute la formation. Certaines de ces divisions, quoique non contiguës, ont des relations paléontologiques très-intimes; telle est la faune du coral-rag avec celles de la grande oolithe et de l’oolithe inférieure.
France. — Les auteurs de la carte géologique de la France ont tracé comme il suit la disposition générale des couches jurassiques de notre pays. Les bandes qu’elles constituent à sa surface forment une large écharpe qui traverse obliquement sa partie centrale depuis les environs de Poitiers jusqu’aux environs de Metz et de Longwy. « Cette écharpe, « continuent MM. Dufrénoy et K lie de Iiea’umont, se recourbe « d'une part vers le haut, du côté de Mézières et d’Hirson, « et de l’autre vers le bas, du côté de Cahors et de Milliau ; « mais en même temps il s’en détache deux branches, dont « l’une se repliant au N. -O. se dirige vers Alençon et Caen, « tandis que l’autre, descendant au midi, suit d’abord la Saône, « ensuite le Rhône, depuis Lyon jusqu’au delà de Privas, et « tourne autour des Cévennes jusqu’au delà de Montpellier « pour aller rejoindre la première branche dans le départe- « ment de l’Aveyron. »
« Ces bandes recourbées projettent, en outre, dans diflfé- « rentes directions, des appendices irréguliers; mais ce « qu’elles présentent de plus remarquable, c’est qu’en fai- « sant abstraction de ces irrégularités, on voit ces bandes « former deux espèces de boucles qui dessinent à la sur- « face de la France une ligure qui s'approche de celle d’un « x placé de côté ( « ) ; et même, si l’on observe que la boucle
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« inférieure est presque fermée et ne présente que des n lacunes apparentes dues à des dépôts superficiels qui « cachent les couches jurassiques, on pourra comparer la « disposition de ces bandes à la forme générale d’un 8 « ouvert par en haut. »
Mais, si les deux boucles de cette figure ont une certaine ressemblance dans la forme, elles offrent une opposition complète dans la manière dont les couches y sont disposées relativement aux masses minérales qui occupent les deux espaces qu’elles circonscrivent au nord et au sud. En effet la boucle inférieure ou méridionale entoure un massif proéminent formé principalement de roches granitiques : c’est le massif central de la France couronné par les roches volcaniques de l’Auvergne et du Velav. Ici la ceinture jurassique est moins élevée que l’espace quelle entoure. La boucle supérieure ou septentrionale, au contraire, qui trace les contours d'un bassin dont Paris occupe le- centre, est en grande partie plus élevée que le remplissage de ce bassin. L’intérieur en est. occupé par une succession d’assises à peu près concentriques « comparables à une série de vases semblables entre « eux, et que l'on fait entrer l’un daus l'autre pour occuper u moins d’espace. »
« La différence la plus essentielle des deux boucles oppo- « sées du 8 est que l’une recouvre et que l’autre supporte « les masses minérales qui occupent l'espace qu’elle entoure. « La boucle inférieure ou méridionale est formée par des u couches qui s'appuient sur le bord du massif granitique « qui^ leur sert de centre et en quelque sorte de noyau ; la « boucle supérieure ou la plus septentrionale est formée au « contraire par des couches qui s’enfoncent de toutes parts « sous un remplissage central auquel elles servent de supn port. »
Pour décrire les diverses parties de ces zones flexueuses repliées, on conçoit qu’il fallait les fractionner de la manière la moins arbitraire possible. Ainsi, sous la désignation de
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formation jurassique du nord de la France, nous avons étudié d’abord la série des couches contemporaines de celles que nous avons vues en Angleterre, et qui se sont déposées sur les rivages opposés au S. et au S.-E., sur le pourtour de l'espace qui comprend les bassins hydrographiques de la Loire, de la Seine,- de la Meuse et de la Moselle '. Nous y avons retrouvé les représentants bien caractérisés des divers groupes du rivage nord-ouest en Angleterre, mais avec des différences d’autant plus prononcées qu’on s’en éloigne davantage.
Le plus inférieur de ces groupes, celui du lias, offre à sa base une série de couches assez variables suivant les localités, et auxquelles on a donné les noms de : grès du lias , infra-lias, lumachelle, couches à A vicula conforta, couches à ossements , arkose , etc. 1 Elles nous semblent, aujourd'hui comme il y a dix ans, caractériser une de ces périodes de passage qu’il est naturel de rattacher au groupe avec lequel elles ont le plus d’analogies organiques. Dans un travail plus récent, M. Martin a fait voir que, si la faune de cet horizon présentait 12 genres et 30 espèces ayant leurs analogues dans des couches plus anciennes et qui s’éteignent ici, il y avait 47 genres et 71 espèçes qui y apparaissent pour la première fois et se continuent au-dessus dans les assises du lias proprement dit. Ainsi parmi les reptiles, les Mégalosaures, les Ptérodactyles, les lchthyosaures, les Plésiosaures commencent à s’y montrer; parmi les poissons, les espèces quoique moins prédominantes seraient encore du lias plutôt que du trias; parmi les mollusques, les céphalopodes y .présentent 5 genres jurassiques et aucun du trias, et il en est de
!. Voy. Histoire des progrès de la géologie, vol. Vf, p. ICI. 1856.
*2. L’arVose est pour nous une roche à base de silice, placée au contact du granité ou d’autre9 roches cristallines, en contenant tous les éléments disséminés et altérés, souvent r /-agglutinés par de la silice, et renfermant différentes substances minérales adventives. Cette définition ne préjuge donc point l’àge absolu de la roche.
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môme des gastéropodes, etc. C’est donc en réalité l’aurore de la faune jurassique, pendant laquelle vivaient encore les derniers types de la faune précédente.
Nous reproduirons ici la coupe si instructive des environs d’Avallon (Yonne) montrant la composition des trois étages du lias qui succèdent à celui-ci.
1® Bancs calcaires et marnes alternants ( Ammonites bifrons, elrgans, cornucopia, etc. Br le mnite.%, Tbecocyathus mactra, A 'uculn ffammeii, ros-
trata, Turbo ornalus, Pmidonomija, e te 20"»
2® Argile schisteuse et bancs de calcaire argileux alternants ; le banc inférieur, de 0*40, est surtout exploité pour la fabrication du ciment de • Vassy [Ammonites annulât us, Desplacei, coin munis, serpent inus, heterophyllu », des Potidonorayet, des Aptychus, des débris d’Ichthyosaures, etc.) 30*
3« Calcaires à Gryphœa cymbium, en bancs séparés par des lits d’argile calcarifére (Bélemnites très-nombreuses avec Ammonites mary a ri talus, flmhriatus, Pceten œquivalvis, Terebratula guadvifida, Utraedra, t«-
riabilit > 5*
4® Marnes argileuses sans fossiles, arec des concrétions marneusesou septaria. 50* 5* Calcaire très-argileux avec Jielemnitcs clavatus, umbilicalus , Uruguierianus, Terebratula numismalis, rirnosa, deux Spirifer , les Ammonites Davœi , planicosla, fimbriatus, hybridus 3*
6® Calcaires à Gryphéos arquées, se divisant en :
a. Ammonites Bmklandi ou bisulcatus , Terebratula variabilis . e. Ammonites id. stei lavis, Spirifer Walcotii , des Térébratules, des
Pentacrines, etc 5*
La coupe du tunnel de Blaizy au nord-est de Sombernon où sont indiquées les relations et les épaisseurs de toutes les couches jurassiques et triasiques jusqu’au granité, et le profil des environs de Pouilly en Auxois, comprenant la série complexe des couches de l’oolithe inférieure (calcaires à Eut roques) et de la terre à foulon \ peuvent donner une idée de la composition du groupe inférieur de cette région.
Dans la partie opposée du bassin, les roches de l’oolithe inférieure du Calvados diffèrent minéralogiquement de celles de l’est. Moins puissantes, moins solides, elles sont plus ferrugineuses et caractérisées par une grande quantité de fossiles qui ont rendu célèbres les localités des Moutiers, de
I. Voy. Histoire des progrès de la géologie, vol. VI, p. 393, 387, 321.
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Saint-Vigor près Baveux, etc. 1 Les étages de la terre à foulon, des calcaires de Stonesfield (pierre de Caen), gisement du Teleosauriu et d’assez nombreux poissons, enfin celui de la grande oolithe (calcaire à polypiers), se développent au-dessus sans distinction bien prononcée du forest-marble et du cornbrash.
L’étage d’Oxford, qui se divise souvent en trois sous-étages (calcareous-grit inférieur, argile d’Oxford, couches de Kelloway), affecte des différences minéralogiques très-prononcées sur le pourtour du bassin. Essentiellement argileux, gris bleuâtre dans le Bas-Boulonais et le Calvados, il devient calcaréosiliceux et jaunâtre dans le Maine, passe à des calcaires bleus marneux au sud de la Loire, pour reprendre des caractères argileux et ses teintes foncées dans les départements de l'Yonne, de l’Aube, de la Haute-Marne, de la Côte-d’Or, de la Marne et des Ardennes. 11 est couronné, dans la dernière partie de cette zone, par l' oolithe ferrugineuse du second calcareous-grit, et la couche de minerai répétée à sa base y représente l’assise de Kelloway. La distribution des fossiles est en rapport avec ces changements minéralogiques, et les régions .argileuses, calcaréo-sableuses et ferrugineuses, quoique reliées par un certain nombre d’espèces communes, offrent des associations particulières. Celle du sud, essentiellement calcaire, est généralement la moins riche.
Le coral-rag n’est pas moins variable dans son épaisseur ;
I. Ce sont des polypiers , des échinidcs, mais surtout, parmi les mollusques acéphales, do nombreuses Pholadomyes, des Panopécs, les Astarte cordiformis . elegans, modiolaris, obliqua, trigona, la Cypricardia cordiformis . VOpis lunulata, le Myoconcha crassa, Y ttippopodium bajocense , des Arches, les Trigonia rosta ta et striata, la Modiola plie ata, les Lima gibbosa, Hector, proboscidea, transversa, etc., les Pecten barbatus, textorius , YOstrea sublobala, les Terebratula Buckmani, globata , perovalis, obovata, plicatella, ringens, sphœroulalis, spinosa: j^rmi les gastéropodes, les Chemnitzia et les Pleurotomaires ; les céphalopodes non moins abondants sont particulièrement les Bélemnites bessinus, Blainvillei, giganteus, les Nautilus lineatus et obesus, les Ammonites Blagdeni, Braikenridgi . Brongniarli, Gervillei , disais , Garrantianus , Herneyi , Hum~ phriesianus, Mavtinsii , Murehisonre. Parkinsoni , subradiatus. Truelli. etc.
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de 10 à 12 mètres seulement dans le Bas-Boulonais , manquant probablement vers l’embouchure de la Seine, assez peu caractérisé dans le Calvados, il se développe en remontant au S. vers l'axe du Merlerault où sa partie supérieure commence à être remplie de petites coquilles du genre Astarte (A. minima). Dans les départements de la Creuse, de l’Indre et du Cher, s’v montrent des polypiers zoanthaires peu développés au nord; les Dicérates et les Nérinées y sont très-répandues aux environs de Bourges et de Sancerre où l’épaisseur de l'étage atteint 130 mètres et peut être divisée en trois assises de calcaires blancs, oolithiques, pisolithiques ou à oolithes irrégulières et noduleuses. Cette épaisseur s’accroît encore vers l’E., et, dans le département de la Meuse où elle est de 150 mètres, quatre sousdivisions y ont été tracées. Les mollusques gastéropodes et surtout les polypiers y abondent, et ceux-ci, dans les escarpements des environs de Saint-Mihiel, devaient former des récifs comparables à ceux des mers chaudes de la Polynésie.
L’argile de Kimmeridge, qu'on observe sur quelques points le long de la Manche, particulièrement à la base des falaises de Boulogne et du cap la Hève près du Havre, se montre rarement dans la région de l’ouest; mais au sud de la Loire, à partir de Buzançais, elle suit, jusque dans les Ardennes, les autres affleurements jurassiques, atteignant, comme l'étage suivant, sa plus grande épaisseur et sa plus grande altitude normale vers le milieu de cette zone orientale. De même qu’en Angleterre, on y trouve beaucoup de restes de grands reptiles (lchthvosaures, Plésiosaures, etc.), des poissons, des crustacés, et, parmi les mollusques céphalopodes, des Nautiles et des Ammonites de très-grandes tailles. Parmi les coquilles, \'Os~ trea deltoidea et l 'Exoggra virgula le caractérisent, comme la Gryphée arquée caractérisait le 3' étage du lias, la G. rgmbium le second, YOstren Knorri ( pictariensis , Héb.) le 1er, YOxtren Bnckmani l’ooiithe inférieure, les Ostrra costata et
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acuminata la grande oolithe, les Ostrèa gregaria et Marthii avec la Gryphaa dilatata l’argile d’Oxford, etc.
L’étage de Portland ne s’observe guère de ce côté delà Manche que dans le Bas-Boulonais, caractérisé par la Trigonia gibbosn; mais au sud-est, le long des anciens rivages formés par le second groupe, dans les départements de l’Aube, de la Haute-Marne et de la Meuse où il atteint jusqu’à AOO mètres d’altitude, non-seulement sa puissance est aussi considérable qu’en Angleterre, mais encore il y présente des caractères plus complexes qui y ont fait admettre trois divisions au lieu de deux, partagées elles-mêmes en un certain nombre d’assises distinctes, h' Ammonites gigas , le Cardium dimrnile et 1 ’Ostrea falcala sont les fossiles les plus caractéristiques des deux côtés du détroit.
Quant au groupe supérieur, il ne semble avoir de représentant certain avec ses caractères du sud de l’Angleterre que dans le Bas-Boulonais et dans le pays de Bray. Peut-être les couches des départements de la Meuse et de la Haute- Marne désignées sous le nom de calcaires gris verdâtres , d’oolithes vacuolaires avec des fossiles particuliers, entre autres la Corbula inflexa ( Pholodomya paria, Cornuel), doivent-elles y être rapportées.
Si la zone jurassique d’Angleterre située au • nord-ouest est remarquable par l’uniformité et la régularité des phénomènes qui ont présidé à sa formation et ont dû nous la faire prendre comme terme de comparaison, les bords opposés de l’ancien golfe qui comprend le nord de la France sont plus frappants par la variété et la complexité des résultats qui se sont produits dans le même temps.
Nous ne poursuivrons pas cette esquisse sur le pourtour du plateau central, le long des Pyrénées, ni à l’est, le long des Alpes et du Jura; on conçoit quelles sont les différences que les circonstances locales ont pu apporter dans la nature des dépôts, leur puissance, leur persistance ou leur disparition complète par places, ainsi que les modifications dans les
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fossiles qu’ils renferment, l'n coup d’œil jeté sur la Carte géologique exécutée par MM. Dufrénoy et Élie de Beaumont, la lecture de X Explication de cette carte et celle du tome VI de Y Histoire des progrès de la géologie qui peut y suppléer à certains égards et remplir les lacunes laissées par les parties non publiées de ce grand travail, suffiront pour donner une idée assez complète de l’importance de la formation jurassique à la surface de notre pays. Nous mentionnerons seulement quelques faits essentiels signalés depuis la publication de ces ouvrages.
Les couches de la base du lias que nous continuons à placer dans son quatrième étage ont été reconnues par MM. J. Martin, Hébert, Pellat, Dumortier, Levai lois, Deslongchamps et l’abbé Pouech, sur un grand nombre de points de la Bourgogne, de la Lorraine, du Dauphiné, de la Provence et jusqu’au pied des Pyrénées, toujours accompagnées de lits à ossements de poissons et de reptiles et caractérisées par les mêmes coquilles qu’en Angleterre à l’ouest et qu’en Allemagne à l’est ( Cardium Philippianwn et cloacinum, Schizodus rloacinus, l.eda l)c/fneri , Av indu rontorta, Mutilas mi nu t us , Gervillia prœrursor, Mgophoria in/lata, Analina prucursor , Pecten valoniensis, Plirutula intustriata , Oslreu irreguluris).
A l’autre extrémité de la série, les calcaires en plaquettes avec Corbula in/lexa, que nous avions signalés dès 18/13, recouvrant les couches de Portland, doivent être regardés, avec les calcaires vacuolaires, les argiles panachées de diverses couleurs et des gypses subordonnés, surmontés de lits avec des coquilles d’eau douce (Cvrènes, Paludines, Physes, etc.), comme représentant le groupe supérieur ou de Purbeck, dans les départements de la Charente-Inférieure, de la Charente et plus à l’est jusque dans celui du Lot.
SuIim. — Les roches jurassiques considérées de part et d’autre de la grande vallée suisse, au nord-ouest dans la chaîne du Jura et au sud-est dans les Alpes, diffèrent essen-
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tiellement par leur aspect. Ces différences sont en rapport, non pas avec l’ancienneté des phénomènes physiques qui les ont dérangées, mais bien avec l'intensité, la grandeur et probablement le nombre ou la répétition de ces derniers. Il était donc nécessaire d’étudier ces roches séparément, dans chaque région montagneuse, en commençant par celle où elles ont le moins perdu de leur caractère originaire.
chaîne du Jura. — L’orographie des chaînes qui constituent le Jura, ses rapports avec la composition de leurs roches et les accidents qui les ont affectées ont été exposés à diverses reprises par Thurmann et (Iressly, par MM. Studer, A. Favre et d'autres géologues. Les cinq groupes de la formation y ont été décrits et suffisamment caractérisés pour qu’on y reconnaisse les équivalents de ce que nous avons vu plus à l’ouest, mais avec des différences locales auxquelles on pouvait s’attendre, et un développement en surface extrêmement inégal qui résulte d'ailleurs en partie de la différence des effets produits par les soulèvements sur les divers points de la chaîne.
Suivant en effet la force et l’étendue des phénomènes dynamiques qui ont accidenté ou redressé les couches, les divers groupes occupent aujourd’hui des surfaces différentes. Selon que l’action soulevante a fait affleurer tel ou tel groupe, au pied des escarpements produits par l’écartement des couches et des dénudations ultérieures, on a des montagnes et des vallées offrant des caractères orographiques distincts, sans qu’on puisse regarder pour cela les phénomènes comme n’étant pas contemporains.
En résumé, le groupe supérieur, tel que des recherches récentes, et surtout celles de MM. de Loriol et Jaccard', l’ont établi pour quelques parties du Jura suisse et français, où son épaisseur ne dépasse pas 30 mètres, n’a aucune importance géographique ni orographique. Le second, le long de la
1. Étude géoi. et palennt. de la formation d'eau douce, etc. [Mém.sor. d'hist. nat. de Genève, vol. XVUI. 1805).
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courbe intérieure du Jura, n'a aussi qu'un faible développement horizontal et une épaisseur peu considérable , tandis que le troisième ou groupe ooiithique moyen forme à lui seul la plus grande partie de la région qu’occupent les chaînons du Jura entre le Rhône et le Rhin. Les deux étages principaux qui le constituent se maintiennent dans toute cette étendue avec des caractères constants et forment partout les massifs montagneux et les crêtes les plus élevées, de sorte que l'orographie générale du pays , comme la plupart de ses accidents particuliers, leur doivent leurs principaux caractères. Leur puissance n’est cependant jamais très-considérable et 11e semble pas dépasser 100 mètres pour chacun d’eux.
Dans la partie méridionale du Jura suisse, le groupe ooiithique inférieur ne se montre que rarement sur le sommet des montagnes à voûte disjointe ou dans quelques gorges profondes. Dans le canton de Berne il est déjà plus à découvert, et il augmente d’importance à mesure que l’on se rapproche du Rhin, de manière a dominer de nouveau dans les cantons de Bâle et d’Argovie comme en France, à l’ouest de la chaîne.
Quant au lias, d’après ce que l’on a dit du mode d’aflleureraent des strates, par la brisure et l’écartement des étages supérieurs, on conçoit qu'il occupe des surfaces encore plus, restreintes. Ainsi, les derniers lambeaux ne dépassent pas au sud-ouest une ligne tirée de Porrentruy à Soleure. Ses trois premiers étages sont assez bien caractérisés et renferment les espèces fossiles des mêmes horizons en France et en Angleterre; mais le quatrième ne parait pas y avoir encore été signalé.
Aip» occidentale». — Le voyageur qui, placé sur l’un des points élevés de la bordure orientale du Jura, tourne ses regards au sud-est, voit le massif des Alpes se dresser à l’horizon comme une immense ville fortifiée dont il serait séparé par un vaste fossé. 11 a devant lui le talus de l’escarpe, au-
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dessous de ses pieds le bord de la contrescarpe, puis en arrière les glacis qui s’abaissent au N., au N. -O. et à FO. vers le Rhin et la Saône. Sa vue embrasse ainsi le panorama géologique le plus varié, le plus riche et le plus imposant à la Cois, par la grandeur des phénomènes comme par les caractères particuliers qu’ils ont imprimés à chaque partie du paysage.
Sur les premiers plans du tableau se déroulent les collines basses, mollement ondulées, des dépôts tertiaires de la plaine suisse, interrompues cà et là par les nappes horizontales aux reflets argentés de ses lacs nombreux; au delà s’élèvent, en gradins anguleux , irréguliers, profondément déchiquetés, comme un rempart crevassé et en partie démantelé, les escarpements du versant nord-ouest des Alpes que revêtent et couronnent leur voile blanc de glaciers et leurs pics neigeux.
Nous avons rappelé les noms et les travaux des zélés et courageux pionniers de la géologie dans cette partie de la Suisse, et nous nous bornerons à dire ici, avec l'un des plus éminents d’entre eux, M. Studer, que les sous- divisions des groupes oolithiques du Jura ne se retrouvent pas toutes dans les Alpes. Entre l’Arve et l’Aar, on observe néanmoins les trois groupes assez bien caractérisés sur leur versant occidental. I.e premier manque dans les Alpes du centre et de l’est; dans la zone centrale, le groupe moyen semble être représenté par le sous-étage de Kelloway et le calcareous-grit inférieur, car les marnes de l’étage d’Oxford qui devraient les séparer manquent, ainsi que le coral-rag, sous le calcareous-grit supérieur ou le calcaire à Astarteç ; du moins, ces divisions n'ont-elles pas été bien reconnues encore. Le groupe oolithique supérieur, à en juger par les fossiles, serait représenté seulement par l’argile de Kimmeridge.
Le lias, qu'on devait s’attendre à trouver près du massif central de gneiss, ne se montre que vers le milieu de la région qui est occupée par des dépôts plus récents ou sur la lisière de la zone septentrionale. Ce sont des roches moins anciennes
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qui recouvrent les schistes cristallins. Ce groupe, le plus important de la formation, ne semble pas offrir ici de divisions bien tranchées, quoique les principaux fossiles de ses trois termes supérieurs aient été rencontrés, et que l’on ait constaté depuis peu ceux de sa base, que nous suivons ainsi depuis la côte nord-est de l’Irlande. A .Vieillerie, sur la rive méridionale du lac de Genève, des couches à Avicula conforta ont été indiquées par M. de Mortillet, et VI. A. Favre surtout a parfaitement exposé les relatioas d’une suite d’assises de IA0 mètres d’épaisseur totale, comprises entre des roches rapportées aux marnes irisées et les étages plus élevés du lias. Dans le canton de Yaud, sur la droite du Rhône, M. Renevier a mentionné des faits analogues.
Si, dans les monts Jura, on peut encore rétablir par la pensée dans son état normal la série des couches qui nous occupent, si l’on peut combler les hiatus de la surface, déplier toutes les rides et les ramener à des nappes continues superposées, dans la région des Alpes, un pareil travail ne semble pas encore possible. Les dislocations sont tellement fréquentes, elles ont eu lieu sur une si grande échelle et avec une telle énergie, les modifications éprouvées par les roches sont parfois si complètes, que toute tentative à cet égard doit rester sans succès, au moins jusqu'à ce que des études stratigraphiques et paléontologiques comparées extrêmement minutieuses aient été faites.
Espagne et Portugal. — Avant de poursuivre cette esquisse sur le pourtour de cette dernière chaîne, jetons un coup d’œil sur la répartition et les caractères de la formation jurassique dans la presqu'île ibérique, nous verrons qu’elle n’y constitue que des îlots discontinus, plus ou moins considérables, éloignés les uns des autres, toujours allongés dans certaines directions déterminées, de telle sorte que la partie centrale de la presqu’île, comprenant un vaste triangle dont les sommets seraient vers Chinchilla à l’est, les caps Ortégal et Finistère au nord, la Sierra de Vlanchique dans les Algarves au
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sud, serait complètement dépourv ue de sédiments de cet âge. La Carte géologique de l Espagne et du Portugal que MM. de Verneuil et Colomb ont publiée, en à la suite
de leurs longues études sur ce pays, montre parfaitement cette disposition.
Les caractères pétrographiques des roches sont plus uniformes qu’on ne l’observe ordinairement sur une aussi grande surface. Les calcaires y dominent généralement et les fossiles y présentent les principaux types des quatre groupes inférieurs, mais avec un nombre d’espèces comparativement restreint dans chacun d’eux et très-peu qui soient nouvelles.
Le lias , le plus étendu des quatre, n’a offert encore que les faunes de ses deux étages supérieurs. Le troisième groupe oolithique n’a présenté qu’un faible développement sur quelques points; l’étage d’Oxford, à la base du second, occupe au contraire des étendues relativement considérables dans les zones nord-est et sud-est. Les fossiles peu variés mais assez caractéristiques sont les Ammonites Duncani , calloriensis, plient ilis, talrirus, tortimlcatus , peramatus, etc. Quant à la faune du premier groupe oolithique, elle n est guère connue que dans la partie orientale du versant méditerranéen et sur un espace assez limité, où elle est représentée par quelques fossiles des étages de Portland et de Kimmeridge (Ceromya in /lata, C. excenlrica, Curdium dissimile, etc.).
L’étendue relative de la surface occupée par chaque groupe est en raison inverse de son ancienneté, le lias étant le plus développé et le groupe oolithique supérieur le moins. Le synchronisme des sédiments au nord et au sud des Pyrénées repose principalement sur l’analogie des mollusques céphalopodes et brachiopodes pour les trois groupes inférieurs, et sur celle des bivalves dimyaires pour le premier, ce qui s’accorde avec ce que nous avons vu en Angleterre; mais les ostracés, si abondants partout, manquent presque complètement en Espagne.
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. Versant méridional des Alpes. — Sur le Versant méridional
des Alpes, dans le Piémont, comme dans les parties adjacentes du comté de Nice, de la Savoie et de la Suisse, les couches jurassiques sont fortement redressées, disloquées, modifiées dans leurs caractères minéralogiques, pénétrées par des produits ignés de diverses sortes, entre autres par les serpentines, et présentent souvent l’aspect de roches cristallines anciennes. Les fossiles, recueillis çà et là dans la portion sud de la zone, ne rappellent avec certitude que l'horizon général du lias et celui de l’argile d’Oxford sans sous-divisions bien tranchées.
De la vallée de Suse jusqu’au pied du Mont-Rose, aucun jalon paléontologique ne peut nous guider; mais au delà, à travers le Milanais, le Tyrol méridional et les provinces vénitiennes, les caractères orographiques, pétrographiques et stratigraphiques redeviennent plus faciles à saisir. Des bords du lac d’Orta jusque dans le Bellunais, des dolomies puissantes, des calcaires gris, des calcaires marneux rouges dont les fossiles semblent quelquefois montrer des associations encore inexpliquées, peuvent être rapportés à la formation qui nous occupe.
De la comparaison des^fossiles observés sur le versant méridional des Alpes, puis dans la Toscane et le long de l’Apennin central, nous avons pu conclure* : 1° que le groupe oolithique supérieur manque dans toute cette partie de l’Europe méridionale ; 2° que le groupe moyen et l’inférieur y sont représentés plutôt par quelques espèces fossiles que par une série de couches straligraphiquement et minéralogiquement bien distinctes: 3° que le lias au contraire y prend une grande extension; A” que la répartition des corps organisés dans les divers étages n’v constitue pas de faunes distinctes comme dans l’Europe occidentale et centrale. Ces faits, constatés par des observateurs attentifs et indépendants
. Hui. des progrès de la géologie, vol. VII, p. HS7. 1857.
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sur des points éloignés les uns des autres, doivent être pris en considération, quelque opposés qu'ils soient aux conclusions déduites des autres pays, jusqu’à ce que des recherches plus complètes les aient fait rentrer dans la règle générale.
Versant nord de» Alpes. — La région septentrionale des Alpes, depuis la vallée du Rhin supérieur jusqu’à celle de la Leytha au sud de Vienne, ne ressemble à aucune des précédentes. Ici, à la vérité, les roches ignées ne sont point venues affecter diversement les couches sédimentaires; les fossiles en général ne manquent pas, mais les accidents stratigrapliiques y prennent une importance particulière, et les brisures y sont répétées sur d’immenses proportions.
En Suisse, l’étude du versant nord-ouest des Alpps, quoique beaucoup plus difficile que celle du Jura, l’avait cependant précédée de longtemps, et l’on s’est aperçu fort tard du synchronisme des systèmes de couches si différentes qui se font face. De part et d'autre de la vallée du Danube, c’est l’inverse qui a eu lieu. L’Albe du Wurtemberg et de la Bavière , située au nord et dans le prolongement du Jura suisse, a d'abord été bien étudiée, ce qui était naturel, vu sa régularité et sa symétrie, tandis que la région des Alpes, continuation aussi de celle de la Suisse, n’a été soumise à un examen systématique que dans ces derniers tpmps. On y a reconnu des caractères fort différents dus sans doute à des soulèvements qui ont lieu au sud du Danube sans se faire sentir au nord. ISous ne pouvons donner ici même une faible idée de la multitude des travaux que nous avons analysés et comparés1, depuis le mémoire de MM. Sedgwick et Murchison jusqu’au magnifique ouvrage de M. Gümbel sur les Alpes de la Bavière et à ceux des géologues de Vienne. La coupe, tracée par M. F. de Hauer* à travers la chaîne des Alpes, en dit plus à elle seule que tous les détails que nous pourrions reproduire.