‹ Géologie et paléontologieChapitre 169 sur 190 · Soulèvements et abaissements contemporains · texte numérisé non relu

Soulèvements et abaissements contemporains

GÉNÉRALITÉS

Ainsi, le tableau ci-joint montre que les sujets ou les phénomènes désignés sous le nom collectif de terrain moderne se rangent dans deux grandes classes dont l'une comprend les produits des causes qui agissent directement à la surface de la terre, émergée ou non, l’autre, ceux qui ont leur origine au-dessous de cette môme surface.

Ces deux divisions correspondent, comme on le voit, aux deux classes de roches du Tableau géologique général (ante, p. 3A5), parce qu’en elfet il y a toujours eu des produits de deux sortes et d’origine différente. 11 y a toujours eu des phénomènes internes et des phénomènes externes; seulement, l’activité des premiers s’est de plus en plus affaiblie par suite de l’épaississement de la croûte terrestre, et celle des seconds, en ce qui concerne les terres émergées, s’est exercée sur un champ de plus en plus vaste par suite de l’extension des continents et des îles.

Les produits de la première classe sont, suivant leur origine, atmosphériques, terrestres, lacustres ou d eau douce et marins-, puis ils se subdivisent en produits inorganiques et organiques , et ces derniers à leur tour en produits animaux et végétaux. Ceux de la seconde classe sont en général inorganiques; leurs causes premières échappent encore à l’observation directe; aussi ont-ils été l’objet de nombreuses hypothèses.

Phénomène» dont l'origine est au-dessous de la surface. — DÎS011S

quelques mots des sujets les plus importants indiqués dans le tableau en commençant par ceux-ci; ce sera nous conformer encore à la marche générale de notre livre, car on doit regarder ces produits de la seconde classe comme les derniers effets des causes auxquelles nous avons attribué ceux qui ont fait l’objet de nos premiers chapitres et de la fin du septième; ils sont les témoignages actifs de l’origine ignée et de l’état de fluidité de notre planète; ils sont le dernier anneau de cette chaîne non interrompue de manifestations plus ou moins énergiques et de réactions de la

73ÎI TERRAIN -MODERNE.

masse interne sur l’enveloppe externe, qui s’est déroulée à travers la série des âges.

Volcan*. — Aussi est-ce avec toute raison que l'on a dit qu’il était presque impossible d’établir une ligne de démarcation bien tranchée entre les volcans maintenant en activité et ceux qui paraissent éteints , car on n’est jamais sûr qu’un volcan ne passe bientôt de l’un de ces états à l’autre. En effet, la ressemblance, on pourrait même dire l'identité de certains volcans comme ceux de la chaîne des Dômes, en Auvergne, que nous avons décrits [anlè, p. I/18), et dont aucune éruption n’a été mentionnée mêmeparles traditions les plus anciennes, avec ceux qui donnent chaque jour des preuves de la plus grande activité, parait être telle que la classification qui tendrait à les séparer serait toujours artificielle. 11 en serait de même pour les produits des sources thermales, pour ces dépôts siliceux ou calcaires de nos jours qui se lient d’une manière insensible avec ceux des époques antérieures, et prouvent une fois de plus que la nature, sous quelque point de vue qu’on la considère, n’a jamais offert de solution de continuité absolue dans la marche des phénomènes physiques résultant de sa constitution première, pas plus que dans celle des phénomènes organiques.

En traitant ce sujet à un point de vue général', nous avons suivi, à très-peu près, L. de Buch dans sa Description des principaux volcans du globe1, et M. Ch. Daubeny dans sa Description des volcans éteints et en activité ", ouvrages dont la lecture nous paraît propre à donner une idée complète de la partie positive de nos connaissances à cet égard. Quant à la partie théorique, nous avons aussi exposé les idées les plus

t. Histoire des progrès de la géologie , vol. I, p. 484. 1847.

2. Description physique des fies Canaries , suivie de l'indication des principaux volcans du globe. Berlin, 1825. — Traduct. française, par C. Boulanger, 1 vol.in-8* avec atlas In-f®. Paris, 1830.

3. A Description of active and extinct volcanos , etc. Description des volcans éteints et en activité, des tremblements de terre et des sources thermales, avec des remarques sur les causes de ces phénomènes, etc. 2* éd. Londres, 1848.

G ÉN Éll A LITÉS.

essentielles et les plus probables émises par divers savants, niais nous n’essayerons pas non plus de les reproduire, à cause des développements quelles exigent et pour lesquels nous renverrons lé lecteur aux indications ci-dessus. Nous ne pouvons cependant passer sous silence une observation plus récente et d’un grand intérêt pour la théorie chimique des volcans, observation que l’on doit aux études comparatives faites sur place par M. Ch. Sainte-Claire Deville, et répétées pendant et à la suite de plusieurs éruptions du Vésuve et de l’Etna.

Depuis longtemps, M. Bischof avait cru remarquer que dans les émanations gazeuses des volcans il s’opérait une sorte de séparation à mesure que l’intensité des forces volcaniques diminuaient; que, d’abord, le chlore domine dans les produits gazeux, puis viennent les fumerolles sulfureuses, et enfin arrivent les dégagements d’acide carbonique qui se continuent pendant des siècles entiers'. 11 était réservé aux nombreuses et délicates expériences du savant académicien français de démontrer ce que ces premières vues avaient de prophétique. Il résulte, en effet, de ses expériences, confirmées encore depuis, que, pour un volcan en éruption, d’une part, à un moment donné, la nature des fumerolles, en divers points, varié avec la distance de ces points du fovèr éruptif, et, d’autre part, que la nature des émanations fournies par un même point varie avec le temps qui s’est écoulé depuis le début de l’éruption; ces deux propositions sont , on le conçoit, corrélatives l’une de l’autre.

M. Ch. Deville a pu distinguer six sortes d’émanations qui, rangées dans l’ordre de leur apparition, comthe par rapport à la distance du foyer, ou, ce qui revient au même, relativement au temps, à l’espace et à la température, sont : 1° les émanations sèches ou chlorures anhydres de sodium, de po-

I . Voy. I/op. de Buch, Uescript. îles Iles Canaries, trad. française, p. 122. (1825-1836.)

TERRAIN MODERNE

tassium, de manganèse, de feretde cuivre avec des fluorures; 2° les émanations de chlorhydrate d' ammoniaque ; 3° des mélanges d’acide chlorhydrique et d’acide sulfureux entraînés par de la vapeur d’eau ; 4“ des vapeurs deau mélangées d’un peu d’acide sulfurique ou de soufre; 5° des vapeurs d'eau pure ; 6° des mofettes ou dégagements d'acide carbonique, dernières manifestations des phénomènes dans le temps et dans l’espace

L’auteur a fait voir, en outre, que ces résultats déjà importants en eux-mêmes pouvaient encore s’appliquer à la théorie du remplissage des filons par des substances qui y ont été déposées successivement; qu’en embrassant les phénomènes dans toute leur généralité, il devait exister un lien entre les émanations qui se suivent les unes les autres dans les volcans pendant le cours d’une éruption et celles qui, dans la série des âges du globe, ont prédominé à chaque époque; enfin que l’intervention des corps simples, dans ces phénomènes, se reproduisait aussi dans le même ordre que dans l’ensemble des effets éruptifs plus généraux de l’histoire de la terre, car on peut reconnaître de part et d’autre, dit \I. Ch. Deville, Y âge du fluor, l’âge du chlore, l'âge du soufre et l'âge du carbone.

Si l’on veut bien se reporter actuellement à ce que nous avons dit ci-dessus de l’état chimique probable où se trouvait notre planète par suite de son refroidissement graduel , on trouvera dans la série de ces déductions une harmonie frappante.

Gaz inflammable, naphte, bitume, salsct, etc. — Les émanations de gaz inflammables, telles que celles de l’Amérique du Nord et de la Chine, qui se produisent aujourd'hui loin de tout volcan en activité , les lagoni de la Toscane ou vapeurs

t. Observations sur la nature et la distribution des fumerolles pendant l'éruption du Vésuve du 1" mai 185ri, p. 40, in-S", sept. — Bull. Soc. géol. de France, ‘2* sér. , vol . XIV, p. ÎM. 18;>R.

GÉNÉRALITÉS

aqueuses réagissant sur les roches et donnant lieu à des produits gypseux de soufre et d’acide borique, les sources de bitume de la Perse, celles de pétrole de Rangoon dans l’Inde, les salses ou volcans boueux de la Grimée et des bords de la mer Caspienne, etc., sont des produits de l’intérieur du sol , dont l’origine est encore peu connue, mais ne descendant probablement pas à une grande profondeur.

Eaux minérales et thermales. — Les eaux minérales et thermales, par leur voisinage plus ou moins immédiat des produits volcaniques, anciens ou modernes, ne permettent pas de penser que leur cause soit complètement indépendante des agents qui, à diverses époques, ont projeté les roches ignées à travers les dépôts sédimentaires et qui, sous nos yeux encore, soulèvent les laves, les gaz et les vapeurs dans les cheminées des volcans. Si les dégagements d’hydrogène carboné, de naphte, de pétrole et les salses viennent d’une faible profondeur, puisqu'on peut les obtenir par des moyens artificiels, les sources thermales, au contraire, et surtout celles qui déposent delà silice, comme les Geysers d'Islande, doivent probablement leur haute température aux régions plus inférieures d’où elles nous arrivent par des canaux irréguliers dont la marche capricieuse ne nous est pas connue. Enfin, les laves fondues ont sans doute leur point de départ à des profondeurs beaucoup plus grandes encore, malgré l’immense pression hydrostatique que l’on est obligé d'admettre pour faire déborder ces matières par un orifice tel que celui de l’Etna, placé à 3300 mètres au-dessus du niveau de la mer.

Tremblement! de terre et soulèvements. — Les tremblements

de terre, dont les effets seuls sont connus et dont la cause est plus mystérieuse encore que celle des phénomènes précédents, malgré les travaux si remarquables et si précieux de M. Alexis Perrey et ceux de M. R. Mallet, les soulèvements contemporains que l’on ne constate guère que le long des côtes, comme en Scandinavie, en Italie et sur une multitude de points, mais surtout au Pérou et au Chili, sont des phéno-

TERRAIN MODERNE

mènes qui se rattachent sans doute à cette flexibilité et à cette instabilité de la croûte terrestre que nous avons constatées, pour ainsi dire, il chaque pas que nous faisions dans l’étude des tèrrains. Ils nous représentent aussi le dernier degré d’affaiblissement des forces internes, les derniers efforts de la lutte engagée, depuis l'origine des choses, entre la chaleur au dedans et le refroidissement continu au dehors1.

Phénomène* dont l’origine ect au-dessus de la surface. — Parmi

les causes actuelles agissant avec le plus d’efficacité pour modifier la surface de la terre, on doit compter l'eau et les produits organiques qu'elle renferme. Elle tend incessamment à désagréger les roches, elle transporte leurs détritus en les déposant au fond des lacs et des mers sous forme de vases, de sable ou d’argile.

Produits marins organiques. — Mais Une Cause nOIl moins

puissante que ces effets mécaniques sur la formation des sédiments est l’accumulation des débris d’animaux qui ont vécu dans ces milieux et dont le rôle a été longtemps mal apprécié. De Lamarck, à la vérité, avait entrevu l’importance des êtres organisés microscopiques à ce sujet, mais ce n’est que depuis les travaux de M. Ehrenberg et d’autres micrographes qu’on a pu constater la vérité de ce principe, que l'importance des êtres organisés dans la composition des couches de sédiment est inverse à la fois et de leurs dimensions et de la place qu'ils occupent dans la série zoologique. Ce qui semble paradoxal au premier abord s’explique facilement par le petit nombre relatif d’individus des grands animaux, par le nombre, au contraire, prodigieux des petits et par la conservation plus facile de leurs débris. Aussi croyons-nous devoir insister particulièrement à cet égard.

lies de polypiers. — Les constructions élevées par le travail

1. Pour tou» cos sujets que nous ne pouvons que rappeler ici, nous renverrons le lecteur au tome 1 de l’Histoire îles progrès de la géologie, où il» ont été traités avec les développements nécessaires dan» les chapitres t, n, lit, iv et v de la seconde partie.

GÉNÉRALITÉS

incessant des polypes et qui forment des îles au milieu de l’Océan, ou des récifs le long des continents, ont, depuis Pyrard de Laval, attiré l’attention des navigateurs et des naturalistes, mais ce n’est que dans ces derniers temps que les études suivies de MM. R. Nelson, Ch. Darwin, J. Dana, Couthouy, Ehrenberg, Hemprich, Agassiz, etc., ont permis de résoudre la plupart des questions fort complexes qui se rattachent à la structure de ces masses calcaires organiques, l’un des phénomènes biologiques les plus curieux de la nature actuelle et celui qui se produit sur la plus vaste échelle dans des conditions bien déterminées. La zone torride indo-pacifique, qui est la plus grande étendue continue des mers où la température de la surface ne s’abaisse pas au-dessous de 23° 33 cent., est aussi la région où se développent avec le plus d’activité et de force les polypes coralligènes dont les générations successives édifient les massifs rocheux les plus considérables.

On nomme iles lagounes ou atolls des îles circulaires ou des groupes d’îles formées exclusivement par les polypiers ou coraux très -peu élevés au-dessus de l’eau^ entourant une lagune intérieure peu profonde, tandis qu’au dehors i mer est presque toujours sans fond à une très-petite distance du récif. Les barrières de récifs sont des rochers qui ont la même origine, mais qui entourent des îles ordinaires, ou bien longent les côtes des continents, au-dessous du niveau de la mer et à une certaine distance, de manière à laisser un canal plus ou moins profond entre eux et la terre ferme. Les côtes de récifs ou récifs franges, toujours peu étendus, bordent immédiatement la plage au lieu d’en être séparés par un canal parallèle.

Renvoyant pour plus de détails à ce que nous avons dit sur ce sujet, nous rappellerons seulement ici que les calculs faits pour évaluer l’accroissement annuel de la quantité de matière produite par une masse de polypiers vivants, de ceux qui construisent des récifs (Madrépores, Porites, Astrées,

TERRAIN MODERNE

Méandrines), ne portent pas cet accroissement à plus de 1/8 de pouce ou 3 millim., et comme il y a de ces récifs qui ont une épaisseur de 608 mètres, leur formation, d'après l’évaluation précédente, aurait exigé 192,000 ans. La naissance de certaines masses (Je Méandrines de trois mètres de diamètre qui vivent encore dans la mer Rouge doit remonter au temps des Pharaons et ces masses ont pu être témoins du passage des Hébreux conduits par Moïse. En général, les bancs de polypiers ne se forment pas au-dessous d’une profondeur de A0 mètres. Les polypes qui vivent plus bas ne forment pas de masses solides.

On ne pouvait mieux résumer la distribution géographique des îles de polypiers que ne l'a fait M. Ch. Darwin sur une carte qui représente, par des teintes différentes, les atolls, les barrières et les récifs frangés ; aussi avons-nous reproduit complètement ce travail dans une publication précédente '.

Organismes inférieurs. L influence des produits de la vie

sur la composition et la formation des dépôts sédimcntaires ne s’arrête pas aux animaux, déjà si petits, qui élèvent des îles et des récifs. En descendant encore dans la série des êtres et suppléant à l’insullisance de la vue par le secours de la loupe et du microscope, nous atteignons tout un nouveau monde d’organismes infiniment petits, d’une richesse et d’une variété de formes prodigieuses dont les uns peuplent les eaux marines, les autres les eaux douces ou saumâtres.

Ceux de ces organismes dont les tissus sont revêtus ou consolidés par une matière calcaire ou siliceuse laissent après eux des traces reconnaissables de leur passage et du rôle qu’ils ont joué dans l'économie de la nature. Ils ne construisent pas, à la vérité, de roches solides comme les polypes, mais, par la rapidité de leur multiplication dans toutes les mers, les lacs èt les marais, et sous toutes les latitudes, ils constituent de véritables dépôts à eux seuls ou entrent comme

t. Introduction à uncours de paléontologie slratigraiihique, vol. II, pl. 3. ISCS.

GÉNÉRALITÉS

partie essentielle dans les vases et les sables qui s’accumulent journellement au fond et sur le bord des eaux. Ces organismes appartiennent aux végétaux les plus simples et les plus inférieurs ou protophijtes , et aux animaux des rangs les plus bas ou protozoaires '.

Protophytci. — Parmi les protophijtes, les plus importants sont les diatomacées, ainsi nommés à cause de leur propriété de se diviser en fragments réguliers, bacillaires ou rectangulaires, simples, désignés sous le nom de frustules. Parmi les genres nombreux de cette famille, les Gallionelles ou Meloseira sont remarquables par la propriété qu’elles ont de s’assimiler une grande quantité de fer. Les diatomacées habitent les eaux salées et les eaux douces, mais les espèces des premières ne se trouvent guère dans les secondes ; un certain nombre se développent aussi dans les eaux saumâtres.

Protozoaire». — Dans les protozoaires ou animaux les plus inférieurs, on peut ranger les éponges, que tout le monde connaît, les rhizopodes et les polyeystinées. Les rhizopodes sont revêtus d’une coquille ou d’une enveloppe calcaire, entourant la matière organisée ou sarcode, et perforée d’un plus ou moins grand nombre d'ouvertures donnant passage aux filets ou pseudopodes. Tous les vrais rhizopodes à test calcaire vivent dans les eaux salées. Les polyeystinées sont des rhizopodes à test siliceux ; ils sont aussi répandus dans la nature que les précédents, et, quoique moins anciennement connus, ils y jouent un rôle tout aussi important.

Nous avons fait voir* que le sable du littoral des mers est tellement riche en coquilles microscopiques, des formes les plus variées et les plus élégantes, que souvent il en est composé pour moitié. Nous avons dit que déjà Plancus en comptait 6,000 dans une once de sable de l’Adriatique, et plus tard Aie. d'Orbigny n’en comptait pas moins de 480,000 dans trois

1. Voy. pour les détails : Introduction à l'élude de la patéontologie, roi. II, p. 350.

‘2. Éoc. cil., 300 nt suivantes.

TERRAIN MODERNE

grammes de sable choisi, provenant des Antilles. Si l’on remarque qu’il en est de même sur la plupart des côtes et au fond de toutes les mers, on reconnaîtra qu’aucune autre série d’êtres organisés n’est comparable à celle-ci. Ces corps, dont beaucoup n’ont que 1/2 ou 1/6 de millimètre de diamètre, constituent une grande partie des bancs de sable qui gênent la navigation, obstruent les golfes, les détroits, et comblent les ports comme celui d’Alexandrie. Or, ce rôle que les rhizopodes en particulier jouent dans les mers actuelles, l’examen des roches de tous les temps nous prouve qu’ils l’ont joué dans les mers anciennes.

Produit* inorganique*. — 11 y a trois sortes de dépôts, d’origine très-différente, qui ont une importance réelle pour le géologue, non pas à cause de leur développement en surface et en épaisseur, qui est assez faible, mais parce que de leur étude attentive il déduit deux conséquences que les autres dépôts ne lui offrent pas : l’une est la preuve qu’aucun changement notable n’a affecté la surface de la terre depuis qu’ils ont commencé à se former; ils appartiennent donc exclusivement à l’époque actuelle; ils ont commencé avec elle immédiatement après les derniers phénomènes de transport de l’époque quaternaire, et sont ainsi le véritable critérium physique des temps modernes. L’autre conséquence, c’est que seuls ces dépôts peuvent nous donner une idée du temps qui s’est écoulé depuis le commencement de l’état de choses que nous avons sous les yeux; ce sont les seuls chronomètres que nous puissions consulter, et, bien qu’ assez incertains et variables dans leurs indications, ils ne peuvent être négligés par quiconque cherche à se rendre compte de la valeur du facteur qui représente le temps dans les opérations de la nature.

Les dépôts auxquels nous faisons allusion sont les dunes, les deltas et les tourbières ; ces dernières, quoique organiques, concourent à la même démonstration.

Dune*. — Les dunes sont, comme tout le monde le sait, des collines de sable qui bordent certaines côtes basses , et

GÉNÉRALITÉS. 7/|3

résultent de l'action combinée des vents et de la mer sur les sables du rivage. Leur extrême mobilité, qui permet aux vents dominants de leur imprimer un mouvement de translation vers l’intérieur, doit faire penser qu’aucune d’elles n’aurait opposé la moindre résistance aux actions énergiques de transport qui ont marqué l’époque quaternaire. M. Élie de Beaumont a rappelé que déjà de Luc et Cuvier avaient vu dans les dunes un immense sablier naturel pouvant servir à mesurer le temps, que presque toutes remontent à la même époque, c'est-à-dire au commencement de la nôtre, et que le peu de largeur de la bande qu’elles occupent, relativement à son extension incessante, prouve que le moment où le phénomène a commencé ne peut pas être très-reculé. Si nous comparons, dit le savant secrétaire de l’Académie des sciences, ce résultat avec celui des observations relatives à la végétation, nous voyons qu’il y a certains végétaux dont deux vies successives forment un total aussi long que toute l’ère des dunes; peut-être même y a-t-il des végétaux aussi anciens que le commencement des dunes actuelles1.

L'absence de toute stratification dans les dunes et la mobilité de leurs éléments ne permettent pas, d’ailleurs, de déduire de leur élévation une expression numérique du temps, mais il n’en est pas de même des deltas et des alluvions des rivières qui les produisent. Ainsi, celles du Nil, du Gange et du Mississipi peuvent, à cet égard, nous fournir des renseignements plus précis.

Delta». — Les alluvions du Nil ont été, depuis la plus haute antiquité, l'objet de l’attention des hommes. La périodicité des crues du fleuve, et surtout l’effet du limon déposé par les eaux, combiné avec ceux des tempêtes de sable que soulève le vent du désert, font de la vallée de l’Égypte un lieu presque unique sur le globe pour l’étude de ces sortes de phénomènes. Quoique l’on ne sache pas exactement la

Page 1