‹ Géologie et paléontologieChapitre 40 sur 190 · LAVOISIER · texte numérisé non relu

LAVOISIER

cot ris, 1804-1805.

Calcaire lacustre supérieur (meulière).

Sables supérieurs (de Fontainebleau).

Calcaire grossier.

Sables inférieurs.

Argile plastique et lignite.

Craie blanche.

Meulière supérieure et argile.

Sables supérieurs.

Marnes, gypse et calcaires.

Calcaire grossier ( pilé marin).

Argile plastique.

Craie blanche.

Malgré leur exactitude, ces résultats portèrent peu de fruits; ils ne reposaient pas sur des données assez complètes, sur des études assez suivies, et la forme sous laquelle ils se présentaient ainsi que les idées théoriques qui les accompagnaient devaient également leur nuire. 11 était réservé à deux savants plus spéciaux de donner aux dépôts tertiaires du bassin de la Seine une véritable célébrité par la variété et l'importance des faits qu’ils ont su y mettre en lumière, par l’impulsion que leurs travaux ont donnée à cette partie de la science, par les découvertes ultérieures qu’ils ont ainsi préparées.

G. Cuvier et Alex. Brongniart. — Eli 1808, G. Cuvier et Alex. Hrongniart publièrent un Essai sur lu f/rot/rup/iie minéralo-

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yiquc des environs de Paris, où ils commencent par jeter un coup d’œil sur la géographie pin sique, ou mieux, l’orographie, et sur les limites de ce qu'ils appellent le bassin de. Paris, car les considération» hydrographiques qui se rattachent toujours aux formes du sol y sont complètement omises; puis ils terminent cet exposé en disant que l’on peut se représenter les matériaux qui constituent le bassin tertiaire do la Seine comme ayant été déposés dans un grand espace creux, dans une sorte de golfe dont les bords et le fond étaient formés par la craie. Ils divisent ensuite ces matières , pour nous servir de leur expression, en deux étayes. Le premier, qui recouvre la craie, en remplissant le fond du golfe, se. subdivise lui-même eu detuc parties égales , placées au même niveau et bout à bout ; le plateau de calcaire siliceux non coquillier , le plateau de calcaire grossier coquillier ; le second, ou gypsomarneux, ne s’observe que par places ou taches d’épaisseur et de composition diilèrentes. Cette première donnée manque de clarté et môme d'exactitude.

Le mémoire est divisé en 9 articles, correspondant aux divisions géologiques suivantes, que nous rétablirons ici dans leurs positions naturelles relatives de haut en bas, tout en leur conservant les numéros assignés dans l’ordre de la description.

CLASSIFICATION DK 1808.

Article 9 formation du limon d'atterrissement.

8 — du terrain d’eau douce.

<7 — du grès sans coquille.

6 — du calcaire siliceux.

0 — du sable et du grés marin coquillier.

4 — gypseusc.

3 — du sable et du calcaire grossier.

î — de l’argile plastiquo.

1 — de la craie.

Il serait beaucoup trop long de reproduire ici l’analyse que nous avons donnée de cette classilication et des sui-

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vantes'; mais nous ne pouvons omettre les remarques relatives à quelques-unes des subdivisions, et qui ont pour but de faire apprécier la valeur réelle du travail.

Le premier article, consacré à la craie, y mentionne 50 espèces de fossiles recueillis par Défiance, la plupart iné-, dits, et sans que le nom de (iuettard, qui en avait figuré un certain nombre cinquante ans auparavant, soit seulement rappelé. La formation d'argile plastique, qui recouvre la craie partout, est sans fossiles et a été déposée dans des circonstances entièrement différentes. Dans la formation du sable et du calcaire grossier, les divers bancs calcaires se suivent dans un ordre déterminé, de bas en liant. Quelques-uns manquent accidentellement; mais ceux qui persistent conservent entre eux la même position relative sur une étendue d’au moins 1*2 myriamètres. Les espèces fossiles de chaque couche restent généralement les mêmes partout où celle-ci existe, et elles diffèrent, au contraire, lorsqu’on passe d’une couche à une autre. Ce caractère a servi aux auteurs pour les distinguer et pour les retrouver à de très-grandes distances. « C’est un signe de reconnaissance, disent-ils, qui jusqu’à « présent ne nous a point manqué. » Aucun de ces fossiles ne se trouve dans la craie ; mais la différence d’une de ces couches à l’autre est moindre que celle qu’il y a entre la craie et le calcaire, car cette dernière est complète.

Les assises les plus basses du calcaire grossier sont celles qui renferment le plus de débris organiques et les plus variés; ce sont également celles où se trouvent les Camérines (Nummulites), à Vauciennes, Chantilly, le Mont-Gannelon, etc., près de Compiègne, commel’avait remarqué un demi-siècle auparavant de Lassone, dont le nom n’est point ici rappelé, pas plus que celui de Lavoisier, qu’on ne trouve nulle part dans le travail de Cuvier et de Brongniart, quoiqu’il ail beaucoup mieux saisi qu’eux les caractères généraux de la partie nord du bassin.

t. Préi is d'une hisloirt de la paléontologie slraligraphigue ( C ours de paléontologie professé au Muséum d’histoire naturelle, 1" partie, p. 381, 1802).

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La formation gypseuse est supérieure au calcaire grossier, ainsi que l’avait dit Coupé, mais non immédiatement, comme semblent l’admettre les deux savants auteurs, qui décrivent successivement, dans la colline de Montmartre, les trois masses de gypse. Ils signalent, dans la plus élevée, celle des hauts piliers , les restes de vertébrés fossiles, et pensent, avec de Lamanon, que ces assises se sont déposées et ont cristallisé dans des lacs d’eau douce. Les observations relatives à la direction des collines gypseuses, dues à la puissance de la pierre à plâtre, plus grande vers le centre qu’aux extrémités ou sur les côtés, sont vraies quant à la partie du bassin que les auteurs considèrent.

Les coquilles marines très-variées de la formation dusableel du grès marin (Montmartre, Romainville, Saint-Prix, Montmorency, Longjumeau) sont regardées comme appartenant aux mêmes espèces que celles du calcaire grossier de Grignon. Conformément à la division établie au commencement de l’ouvrage, la formation du calcaire siliceux occupe une position parallèle au calcaire marin, ne se trouvant ni au-dessous ni ai-dessus, mais à côté, ou, comme on l'a dit, bout à bout. Elle semble en tenir la place dans la grande étendue quelle occupe à l’est et au sud-est de Paris. La formation du grès sans coquille, qui recouvre la précédente, et n’a au-dessus d’elle que le terrain d'eau douce , est décrite aux environs de Fontainebleau, où de Lassone et l’abbé Soulavie les avaient fait connaître, ce que sans doute ignoraient Cuvier et Brongniart. Ces derniers n’y ont pas observé de coquilles, non plus qu’à Etampes, au sud, et à la butte d’Aumont, au nord. Mais cette distinction des formations 5 et 7 ne s’est pas trouvée justifiée, car ce ne sont que les diverses parties d’un seul tout, tantôt fossilifère ,. tantôt dépourvu de corps organisés. Coupé suivant, comme il le dit, la même nappe de sable et de grès, de Montmartre à Fontainebleau, n’avait pas commis cette faute. Quant aux sables de la butte d’Aumont qui lui sont ici associés, ils sont, au contraire, d’un âge très-différent.

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La formation du terrain d’eau douée , qui paraît s’étendre sur toutes les autres, ressemble, par sa composition, au calcaire siliceux précédent ; il y a en outre beaucoup de coquilles d’eau douce semblables en tout à celles qui vivent encore dans nos marais, et de petits corps ronds cannelés suivant des courbes élicoïdes, et désignés par de Lamarck sous le nom de gj/rogonites.

Ce travail, publié in extenso, dans les Mémoires de la classe de physique et de mathématique , trois ans après sa présentation à l’Académie des sciences, fut modifié dans plusieurs de ses parties, sans aucun avertissement de la part des auteurs. Ainsi, au lieu de !> divisions ou articles, comme ils continuent à les appeler, il y en a H. Dans la formation de l’argile plastique sont ici distinguées les fausses glaises ■ dans celle du calcaire grossier et de son grés coquillier marin se retrouve d’abord la même incertitude quant aux sables de l’argile plastique, et ensuite, des trois divisions qu’ils y ont introduites, les deux supérieures seraient, disent-ils, quelquefois entièrement remplacées par des grès solides ou friables, remplis de coquilles et mélangés parfois de cailloux roulés. « Tantôt, ajoutent-ils, ces grès et les silex sont placés immé- « diatement sur les couches ou dans les couches du calcaire « marin, tantôt ils semblent remplacer immédiatement la « formation du calcaire. » En comparant les fossiles de ces grès avec ceux de Grignon, ils trouvent entre eux assez de différence pour les regarder comme ayant vécu dans des circonstances qui n’étaient pas absolument les mêmes. On a vu qu’au continu re, pour les fossiles des grès marins supérieurs, ils étaient jugés semblables à ceux du calcaire grossier. Enfin, la localité de Beauchamp , dans la vallée de Montmorency, est citée comme l’une de celles où les grès remplacent entièrement la formation calcaire.

Cette manière de voir se comprend très-bien, lorsqu’on examine ce petit point où les relations stratigraphiques étaient alors assez obscures ; mais ce que l’on conçoit moins, c’est

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que, depuis que l’erreur a été reconnue, quelques personnes, par un singulier contre-sens, se soient obstinées à désigner sous le nom de grès de Beaucliamp ce grand ensemble de grés, de sable et de calcaire, tout aussi puissant que le calcaire grossier lui-mème, et s'étendant presque autant que lui dans toutes les directions.

Le calcaire siliceux, toujours placé au niveau du calcaire grossier et immédiatement au-dessus de l’argile plastique, est cependant décrit après les sables et les grès dont nous venons de parler. Les marnes marines sont av ec raison séparées du gypse avec les calcaires lacustres au-dessous, et ces derniers désignés ici sons le nom de première formation d’eau douce. La formation du sable et du grès sans coquilles est immédiatement suivie de celle du sable et du grès marin supérieur. ce qui n’est pas plus exact que dans le premier tableau, puisque les deux n’en font qu’un.

Il y a en outre ici une erreur comparable à celle du calcaire siliceux mis en parallèle avec le calcaire grossier : c’est d'avoir confondu avec ces sables et ces grès supérieurs ceux qui appartiennent au niveau dont nous venons de parler, à Reauchamp, Pier relaye, Triol, etc., et que les auteurs regardent comme une modification locale et latérale du calcaire grossier. C'est «ainsi que les sables et les grès de la butte d’Aumont, de la Chapelle, d’Ermenonville, de Nanteuil et de Lévignan sont rapportés «à cette formation supérieure. Cuvier et Brongniart admettaient alors aux environs de Paris trois sortes de grès, parfois semblables minéralogiquement, mais différents par leur position ou leurs caractères 'géologiques. En réalité il n’y en avait encore que deux, l’un au-dessus et l’autre au-dessous du gypse, et ce dernier est indépendant ou distinct du calcaire grossier au lieu d’en être une modilication locale.

La formation des meulières sans coquilles est ici séparée du second terrain d’eau douce avec meulières et coquilles, et. de même que pour les sables et grès marins supérieurs, des

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calcaires lacustres inférieurs an gypse (Snint-Ouen , le Roiirget, Cbâteau-Landon, La Ferté-sous-Jouarre) ont été confondus avec d’autres supérieurs (Montmorency, Saint -Cyr, Trappes).

Cuvier et Hrongniart ont fait suivre cet exposé des résultats généraux et théoriques de leurs recherches par une description détaillée de chacune des petites régions naturelles du pays ; ce sont, à proprement parler, les preuves à l’appui. Mais, si on les compare avec ceux déduits des observations de Lavoisier et de Coupé, et qu’on y ajoute les idées de Lamanon sur l'origine du gypse et de ses marnes, on reconnaîtra que les auteurs de la Description minéralogique des environs de Paris , après des recherches plus multipliées sur des surfaces plus étendues, rpii ont apporté dans la science beaucoup de faits nouveaux et intéressants, n’ont, cependant résolu aucune des questions secondaires que leurs prédécesseurs n’avaient pu aborder. Le travail complet de 1811, avec ses descriptions locales, une carte géologique et des coupes qui certainement lui donnent plus d'importance, quoique différant à plusieurs égards de l’Essai publié trois ans auparavant, n’est cependant pas plus exact, et les erreurs stratigraphiques du premier mémoire n’ont pas été corrigées dans le second, qui en outre en présente de nouvelles.

0Mais, considéré à un autre point de vue, très-essentiel aussi, celui de la distribution des corps organisés fossiles dans les différentes couches, hâtons-nous de reconnaître que le travail dont nous venons d’esquisser les principaux caractères ouvrait à la science une voie déjà indiquée à la v érité dans notre pays, mais tout à fait méconnue, et lui imprimait en même temps une direction plus sûre, semblable à celle que nous verrons W. Smith suivre de l’autre côté de la Manche, en s’appuyant sur les mêmes principes. On ne peut trop insister sur ce service rendu par les auteurs de la Description minéralogique des environs de Paris , et nous verrons même l’un d’eux dépasser, par la hardiesse et la sagacité

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de ses xues, loiit ce que l'on avait fait jusque-là dans le reste de l’Europe.

m. d'Omaiiu» dHniioy. — Deux ans après, M. d’Omalius d’Halloy communiquait à V Institut un mémoire qui ne fut imprimé qu’en 1810, mais dont l'importance était très-grande relativement au sujet que nous venons de traiter et qu’il considéra sous un tout autre point de vue.

Commençant l'étude des dépôts tertiaires, non par le centre du bassin, mais par ses limites nord-est, il fait voir comment ils se succèdent le long de la montagne de Reims jusqu’aux environs de Château-Thierry, et comment, lorsqu'on se dirige du N. au S. ou des environs de Laon vers Paris, toutes les couches s’abaissent dans le même sens, en se superposant comme les tuiles d’un toit ou comme des coins placés les uns au-dessus des autres, avec cette circonstance, que l’inférieur atteindrait, suivant l’auteur, la plus grande élévation, ce qui n’est pas tout à fait exact aujourd’hui, les calcaires lacustres de la montagne de Reims et de la forêt de Yiliers-Cotterets offrant de plus grandes altitudes que les couches marines sous-jacentes ou le calcaire grossier qui constitue le premier étage.

Ici , comme dans X Ennui sur la géographie minéralogique < les environs de Paris, la masse si complexe des sables inférieurs, dont la puissance, sur la limite nord du bassin, est plus que double de celle du calcaire grossier, est encore inconnue! et cependant c’est elle qui forme le coin inférieur ou la base de toute la série, et qui, en s’abaissant au S. comme tous les autres, se trouve réduite à quelques mètres dans le voisinage immédiat de la capitale.

Le serond étage de M. d’Omalius, ou première formation d’eau douce avec des gypses subordonnés, serait plus élevé sur sa limite ori< utalc que partout ailleurs, et plongerait au S. -O., ce qui est très-vrai : les nivellements exécutés longtemps après ont fait voir qu’au-dessus de Ver/y, à l’extrémité de la montagne de Reims, il atteignait 280 mètres d’altitude:

FRANCE NO un.

c’est le point le plus élevé qu'offrent les dépôts tertiaires entre la vallée de la Loire et la mer du Nord. En réunissant, en outre, le calcaire siliceux de Cuvier et de Brongniart à la formation gypseuse, l’auteur rectifie une des méprises les plus graves de ses prédécesseurs, et il en est de même lorsqu’il compose son troisième étage des marnes marines recouvrant le gypse, des sables et des grès sans coquilles, et des grès coquilliers supérieurs, qui forment un tout suivi, d’origine semblable, placé entre des couches généralement d’eau douce au-dessus et au-dessous. Cet ensemble disparait à son tour sous la seconde formation d’eau douce ou quatrième étage de l’auteur, qui occupe la plus grande partie du bassin et acquiert plus d’épaisseur à mesure qu'il s’approche de la rive gauche de la Seine, et, au delà d’une ligne tirée de Chartres à Nemours, où les grès précédents s’arrêtent, il règne seul et Repose luimême sur la craie, comme les couches les plus inférieures de toute la série tertiaire reposent au nord, à l’est et à l’ouest.

Plus au sud encore, en s’approchant de la Loire, ces calcaires lacustres sont eux -mêmes surmontés d’un dépôt sableux, que Ton pourrait jusqu’à un certain point considérer comme un cinquième et dernier étage venant se confondre avec les sables de la partie nord de la Sologne. « Ainsi, dit « M. d’Oinalius, les formations principales du bassin de la « Seine, outre leur superposition successive, affectent encore « une véritable distribution géographique qui partage le pays « en régions physiques, distinguées parleur aspect général et « leur agriculture. »

Outre les deux modifications importantes faites aux vues de Cuvier et de Brongniart, le savant géologue belge a donc étendu beaucoup les horizons déjà tracés, et il a saisi avec une rare justesse de coup d’œil cette disposition générale si remarquable des dépôts tertiaires du nord de la France, que personne n’avait comprise auparavant et qui ne pouvait l’être qu’en procédant des bords ou des limites extérieures du bassin vers son centre.

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Poursuivant ses études dans le temps, M. d’Omalius esquisse avec non moins de bonheur les caractères et la disposition des roches plus anciennes. « Des couches plus ou « moins différentes de la véritable craie, dit-il, par leur na- « ture minéralogique et chimique, et même par des fossiles « particuliers, séparent ce terrain de l’ancien calcaire hori- « zontal (calcaires jurassiques actuels), mais se rattachant à « la craie proprement dite par des nuances insensibles. « 11 distingue, dans cette nouvelle série, limitée ainsi en haut et en bas, quatre modifications : 1° la craie à silex pâle; 2° la craie tuffeau ou grossière, souvent chlorilée; 3° les sables et les grès presque toujours mélangés de calcaire ; A0 l'argile grisâtre, ordinairement marneuse, rarement plastique, quelquefois feuilletée.

Les détails qui suivent, relatifs à la distribution générale de ces divers systèmes dans le Perche, le Maine, la Touraine, le Berry, la Puysaie et ln Champagne, où l’étage argileux, désigné depuis sous le nom de g/iult, forme une bordure continue limitant d'une part la craie chloritée et de l’autre les calcaires plus anciens (néocomiens et jurassiques) , res détails, disons- nous, sont exacts pris dans leur ensemble. Les principaux caractères du pays de Bray, comparé à une lie allongée ou au sommet d’une montagne entouré par le grand dépôt crayeux, ont été aussi fort bien compris.

A ce. travail, déjà si remarquable parla netteté et l’étendue des aperçus, sont encore joints une carte coloriée comprenant une grande partie du nord de la France et un profil tracé du N. au S., d'Hirson A Guéret, mettant en évidence la disposition générale des divers terrains entre les schistes ardoisiers de l’Ardcnne et les roches cristallines du plateau central. Ce sont les premiers essais méthodiques de ce genre exécutés en K rance sur une grande surface, et qui puissent être regardés comme ayant une valeur géologique réelle, car, si l’on compare ces résultats et la marche suivie pour les obtenir avec ceux de Guetlard et de Monnet, on sera de plus en pluscon-

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vaincu que les cartes minéralogiques de ces derniers, nonseulement ne représentaient que les caractères du sol superficiel, mais encore ne permettent pas de croire que leurs auteurs soupçonnassent la continuité souterraine des roches dont elles indiquent les affleurements.

Six ans après, M. d'Omalius publia Y Essai d'une carte géologique de la France, des Pays- Uns et de quelques contrées voisines', travail dans lequel il réunit aux résultats de ses propres recherches les matériaux que lui avait communiqués Coquebert de Montbret. Sur cette carte coloriée étaient représentés : 1° les terrains primordiaux , comprenant les terrains primitifs et de transition ; 2" les terrains secondaires , divisés en cinq groupes comprenant : le premier, le tndte Liegende ( terrain pénéen de l’auteur) avec le macigno fie la Toscane, plusieurs bassins houillère, tels que ceux du centre de la France; le second (le terrain arnmonéon), le zechstein ou ancien calcaire alpin, le grès bigarré, le muschelkalk, h; quadersandstein et le calcaire jurassique (ancien calcaire horizontal de l'auteur); le troisième (terrain crétacé), craie avec les tuffeaux, les sables et les marnes; le quatrième (terrain mastozooïque), tous les dépôts sédimentaires postérieurs à la craie; le cinquième (terrain pyroïde), les produits volcaniques, les trachvtes et les basaltes. Cette classification, qui fut améliorée dans les éditions suivantes, était un reflet de celles que publiaient, de l’autre côté du Rhin, les continuateurs de Werner; elle en trahissait toutes les incertitudes, mais elle n’en fut pas moins un grand service rendu alors à notre pays qui, de lui-même, n’avait encore rien produit flans cette voie.

Dépôts lacustres. — Alex. Brongniart. L’étUfle fleS dépôts

d’eau douce était alors à la mode. C’était pour le plus grand nombre une nouveauté qui paraissait d’autant plus piquante qu’on croyait que le sujet n’avait pas encore été traité; on oubliait ou l’on ne savait pas que depuis plus d’un siècle les

t, Ann. des Mines, Ir* série, vol. VII, p. 35t, 1822.

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naturalistes italiens avaient fait cette distinction et que, de l'autre côté des Alpes, c’était une connaissance vulgaire. C’est ainsi qu’Alex. Brongniart, en 1810, n'en faisait pas remonter le mérite au delà de Coupé et de Lamanon. Dans son Mémoire sur dis terrains qui paraissent avoir été formés sous l'eau douée, il décrit 8 espèces de coquilles de la première formation et 15 de la seconde, réparties dans les genres Cyclostome, Potamide, Planorbe, Limitée, Bulime, Maillot, Hélice.

Guidé par la nature des roches et la présence des coquilles iluviatiles et terrestres, il mentionne, après les dépôts d’eau douce des environs de Paris et d’Orléans, ceux du Mans à l’est, et au sud ceux d’Aurillac, de Thiézac dans le Cantal, de N on net te , entre Saint-Germain-de-Lambron et Issoire, du Puy de Corent, de Gergovia, de. Vertaison et de Pont-du- C bâteau. Il pense que ces coquilles sont analogues avec celles qui vivent encore dans les eaux douces, et l’on peut s’étonner qu’après des faits aussi nombreux et aussi précis l’auteur puisse hésiter à adopter sans réserve l'idée de l’existence d’anciens lacs suggérée par de Lamanon et d’autres observateurs.

M. d'Oroaiiu* d Haüoy. — Mais M. d'Omnlius qui, lui aussi, avait fait un examen particulier de ces dépôts en remontant vers le plateau central, considérant la disposition des calcaires lacustres dans les vallées de la Loire et de l’Ailier, en Auvergne et dans le Velay, celle des plaines sablonneuses de la Sologne, puis celle des plaines crayeuses de la Champagne et de la Picardie à l’est et au nord, enlin les caractères de ces dépôts à l’ouest, aux environs du Mans et de Tours, dépôts tous horizontaux quoique situés à des niveaux fort différents, en conclut qu’ils se sont formés, non dans la mer, mais dans des lacs séparés, échelonnés, se déversant les uns dans les autres, suivant un vaste plan incliné qui s’abaissait, depuis les montagnes de l'Auvergne jusqu’au delà de la Seine. Ces lacs, peu étendus dans les régions élevées.

FRANCK NORD. 1 89

couvraient au contraire des surfaces considérables dans les plaines de l’Orléanais et de l’Ile-de-France.

Appuyé sur ses propres observations qu’il avait étendues aux environs de Home et à quelques points du bassin du Danube, ainsi que sur d'autres que nous rappellerons tout à l'heure, le savant géologue réfute aisément l’opinion opposée à l’existence des anciens lacs, laquelle.se fondait sur les alternances des dépôts marins et d’eau douce, sur les mé- 1 mges de coquilles marines et fluviatiles, sur la possibilité que les mêmes espèces de mollusques aient pu vivre dans les deux milieux; car il y avait alors, comme toujours, dans la science et ailleurs, ce que nous appellerions aujourd'hui le parti de la résistance , représenté par Faujas, Hrard, Beudant, de La Métherie, etc., tandis que Cuvier, Brongniart, d’Omalius, de Férussac, Marcel de Serres, etc., étaient du parti avancé ou du mouvement.

De Féruuac. — De Férussac fut un de ceux qui se livrèrent avec le plus d’ardeur et de succès à l’étude de ces mêmes dépôts lacustres. 11 avait utilisé son séjour en Espagne où il avait constaté leur présence entre Logrogno et lîurgos, puis sur les limites des provinces d'Estramadure et de Séville. Dans le midi de la France, les plateaux du Quercy et de l'Agenais lui en présentèrent un grand développement. Dans la réimpression de ce premier mémoire, faite en 1<XM, l’auteur insiste, avec raison, sur la nécessité d'observer et de décrire uniformément et comparativement en France tous les terrains de cette origine. Un pourrait alors, dit-il, construire une carte des parties couvertes par les eaux douces à tel ou tel moment. Cette pensée, fort juste, et le vœu émis il y a cinquante ans restent encore à réaliser.

Dans ses Considérations générales sur ce même sujet, de Férussac pose en principe, que les espèces seules de coquilles fluviatiles, et non les genres, doivent servir de preuve pour établir l’origine des dépôts, puisque plusieurs genres ont des représentants qui vivent aujourd’hui les uns dans les eaux

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douces, les autres dans les eaux salées. Le catalogue qui termine ce mémoire comprend les espèces connues dans ces couches et qui sont au nombre de Ht», toutes univalves, car jusqu'alors, comme l'avait déjà remarqué Brougniart, on n’avait pas encore signalé d’acéphales , mais on avait constaté, à l'état fossile, presque tous les genres de gastéropodes fluviatiles et terrestres représentés dans la faune actuelle; plusieurs espèces fossiles avaient leurs analogues vivants, d’autres avaient vécu là où on ne les observe plus aujourd’hui, et beaucoup paraissaient éteintes.

On doit encore à de Férussac la découverte d’ossements de mammifères (Hippopotame, Pahcotherium, Anoplot/ierium) aux environs de Moissac, qui lui font regarder ces dépôts et ceux du bassin du Tarn comme parallèles au gypse des environs de Paris.

Brard. — Vers le même temps Brard étudiait aussi spécialement les coquilles des dépôts lacustres du bassin de la Seine. 11 publia successivement quatre mémoires sur ce sujet eu faisant voir, contrairement à ce que l'on avait avancé, que toutes les espèces étaient différentes de celles de nos jours. Le dernier de ces mémoires traite d’espèces provenant de diverses localités de France ou de pays voisins (Drôme, Vaucluse, Angers, Sheppey, Mayence, lier go via, Orléans, Ronca, Mce, etc.)

Marcel de Serre». — Malgré tOUS C6S documents, l’auteur dont nous venons de parler ne se faisait pus encore nue idée nette de l’origine de ces dépôts, tandis que Marcel de Serres, qui déjà en 181A avait appliqué dans le Languedoc les vues très-justes de M.d’Omalius, accumula de nombreuses preuves à l’appui dans son Mémoire sur les terrains cl’eau douce , ainsi que sur les animaux et les plantes qui rirent alternativement dans les eaux douces et les eaux salées (ISIS). Il y combattit les arguments de ses adversaires et lit voir que l’existence indépendante des sédiments d’eau douce devait être acceptée dans toutes ses conséquences comme une vérité

PALÉOZOO 1. 0 C. IE.

démontrée. Aujourd'hui nous savons que les deux opinions sont également fondées.

Enfin Marcel de Serres, outre les formations lacustres du bassin de la Seine, en admet deux plus récentes en Languedoc : l’une comprenant les calcaires de Montredon, l’autre développée aussi aux environs de Montpellier, sur divers points du département de l'Hérault et des départements voisins.

S A- PVLÉOZOOLOC.IE.

Nous rappellerons d'abord quelques publications particulières à certaines familles et à certains genres d’invertébrés, puis nous passerons, aux ouvrages plus importants où les fossiles ont été considérés soit comme faisant partie de la série animale, soit en eux-mêmes et d’une manière spéciale.

Auteur, divers. — Les Bélenuiitès ont été étudiées par Sage, qui les rapproche du Nautile et de la Spirule, par J. -A. de Luc, qui eu fait aussi des coquilles de céphalopodes, et par Faure Biguet, dans un travail plus considérable où il en caractérise 20 espèces, tandis que Beudant ne voit dans ces corps que des baguettes d'Oursins.

L’étude des rudistes devait naître en France, car nos provinces du sud-ouest et du sud-est présentent des types plus variés et des indiv idus plus nombreux jusqu’à présent qu’en aucun autre pays. Cependant depuis Sauvages et Picot de Lapeirouse on ne s’en est point occupé jusqu’à de Lamarck qui, en 1801, plaça certaines formes (les Radiolites) près des Chaînes; d’autres, les Oethoccrntites de Picot de Lapeil'ou se, parmi les céphalopodes, sous le nom d’ Ilippurites. lin* 1810 il établit la famille des Rudistes, pour les genres Sjdiérulites, Calcéole, Birostrite, Dischie et Cranie, la plaçant entre les ostracées et les braciiiopodes. De La Métherie avait créé le nom île Spltérulilc pour une espèce large et déprimée.

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et Bruguières désignait ces corps sous le nom d 'A cardes. Denys de Montfort donna le nom de Batholites à certaines Hippurites, tandis que Desmarest créait celui d' Jehthyosareolithes pour des fossiles qu’il croyait faire le passage des Hippurites de Lamarck aux Orthocératites, et qu’il rangeait par conséquent parmi les mollusques céphalopodes. Mais personne ne s’occupait du gisement de ces singuliers fossiles constituant un des groupes les plus extraordinaires de la classe des acéphales, et qui aujourd’hui, rendu plus homogène par les recherches zoologiques dont il a été l’objet, a un intérêt géologique particulier, puisqu’il est propre à une seule formation dans l’ancien comme dans le nouveau monde.

Les Ammonites et les Térébratules n’ont été le sujet d’aucun travail particulier; les corps désignés par de Lamarck sous le nom de Gyrogonites, et si abondants dans les calcaires lacustres, ont été reconnus par Léman pour des graines de plantes aquatiques du genre Char a, et Bosc a donné le nom d’Jndusia à des tubes de Phryganes qui, par leur accumulation, forment de véritables roches.

Bruguière, dans des travaux particuliers et par sa coopération à X Encyclopédie méthodique , a contribué à l’établissement de plusieurs genres de mollusques fossiles et à des réformes utiles sur d’autres. Denys de Montfort, dans sa Conchyliologie systématique et dans les quatre premiers volumes de X Histoire naturelle des mollusques , avait établi, pour des coquilles, particulièrement de céphalopodes et avec lesquelles se trouvaient compris aussi la plupart des rhizopodes connus alors, des genres «pii, soumis à un examen plus sévère, ont pour la plupart disparu de la nomenclature, h’, de Roissy, en continuant ce dernier ouvrage, dans un meilleur esprit, n’a pas laissé que d’y mentionner tout ce qui était connu à l’état fossile des genres dont il s’est occupé, et l’on en peut dire autant de Bosc . dans son Histoire naturelle des coquilles , faisant partie «les Suites à Bujj'on. L 'Exposition méthodique des genres de polypiers. «|ue l’on doit à Lamou-

PALÉOZOOLOGIE.

roux, a appelé l’attention sur beaucoup de vrais polypiers fossiles et sur d’autres, compris plus tard parmi les mollusques bryozoaires. Ces corps , très-négligés depuis Guettard , provenaient en grande partie des calcaires oolithiques du Calvados.

De Lamarck. — Si nous nous bornons à signaler, dans le vaste domaine qu’a parcouru de Lamarck, ce qui se rattache plus particulièrement à notre sujet, nous rappellerons que c’est dans les Annales du Muséum , publiées de 1802 à 1809, que ce savant a réellement fait connaître d’une manière scientifique, par de bonnes descriptions, accompagnées de planches, la faune tertiaire du bassin de la Seine. Ces mémoires sont la base de tout ce qui a été fait depuis sur un sujet que les recherches ultérieures ont agrandi au delà de toutes les prévisions.

L’ Histoire naturelle des animaux sans vertèbres , du célèbre professeur du Muséum, a beaucoup ajouté aux mémoires précédents, non-seulement pour tous les fossiles tertiaires du bassin de la Seine et d’autres parties de la France, mais encore pour les polypiers, les échinodermes et les mollusques du terrain secondaire, en sorte que cet ouvrage, par sa forme méthodique et la multitude des renseignements qu'il donne, est, pour les invertébrés fossiles comme pour les vivants, le point de départ de tous les travaux exécutés depuis dans les deux directions.

G. Cuvier. — G. Cuvier a rendu les plus éminents services à la paléozoologie en appliquant directement à la détermination de nombreux animaux vertébrés fossiles les lois de corrélation des parties que lui avaient révélées ses études approfondies sur les animaux vivants.

Ce fut le l,r novembre 1796 qu’il lut, à la première séance publique de l’Institut, son mémoire sur les restes d’ Éléphants fossiles comparés aux espèces actuelles, mémoire dans lequel il démontra qu'ils provenaient d’une espèce réellement distincte de celles qui vivent aujourd’hui. En 1812 ses nom-

DEUXIÈME PÉIIIODE.

breux travaux, publiés successivement dans les Annales du Muséum, lurent réunis en un corps d’ouvrage dont une seconde édition fut donnée, de 1821 à 1824, sous le titre de Recherches sur les ossements fossiles, précédées d’un Discours sur les révolutions de la surface du globe. Parlons d'abord des résultats les plus importants de l’ouvrage lui-méme, nous verrons ensuite ce qu’on doit penser du morceau qui lui sert d'introduction.

Ostéoiogîe comparée — Les études renfermées dans ce li\ re, devenu classique à juste titre, portent principalement sur deux classes d’animaux vertébrés : les mammifères et les reptiles. Cuvier commence cette histoire comparée des espèces anciennes et des espèces actuelles par les pachydermes et la continue par les ruminants, les rongeurs, les édentés, les cétacés, et finit par les reptiles.

Le résultat fondamental de ces recherches est qu’aucune espèce fossile de ces deux classes n’aurait son analogue parmi les espèces vivantes, ou, en d’autres termes, que toute espèce fossile est une espèce éteinte. Quoi qu’il en soit de l'exactitude absolue de cette assertion, l’auteur, pour se prononcer, a dû revoir et étudier, avec le soin le plus minutieux, toutes les espèces découvertes jusqu’alors dans les couches de la terre, tous les os, dents ou fragments connus et les comparer attentivement afin de reconstruire, avec ces éléments disséminés d’abord, puis rapprochés, l’ensemble des caractères de chaque espèce. 11 a pu parvenir ainsi, de proche en proche, en partant de l’analyse la plus sévère, à une véritable synthèse ostéologique, représentée par des principes rigoureux, sur la coordination de toutes les parties d’un animal.

Nous venons de dire que Cuvier avait distingué d'abord des Éléphants vivants, la seule espèce fossile connue alors, par son crâne allongé, le front concave, les alvéoles des défenses très-longues, la mâchoire inférieure obtuse, les mâchelières plus larges, parallèles, marquées de rubans trèsserrés. C’est YElcphus primigcnius de Blumenbach, le Mam-

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PALÉOZOOLOGIE.

mouth de Sibérie, dont les restes se retrouvent aussi dans presque toute l’Europe et dans le nord de l'Amérique. 11 créa, comme on le verra plus loin, le Renie Mastodonte, ressemblant beaucoup à l’Éléphant, mais en différant par ses dents molaires, tuberculeuses ou mamelonnées. L’Hippopotame, au contraire, qui existe encore, lui a présenté plusieurs espèces éteintes, et il en est de môme du genre Rhinocéros, dont une des espèces perdues, le R. tichorhinu s, caractérisé par ses deux cornes et surtout ses narines cloisonnées, était contemporain de YElcphas primigenius, avec lequel on le rencontre dans tout le nord de l’ancien continent. Une autre espèce, d'Italie, manquait aussi d’incisives, et d'autres restèrent indéterminées faute de matériaux sullisants.

La distinction du Cheval fossile est moins satisfaisante, et le genre Sus n’avait pas encore été rencontré dans des couches antérieures à l’époque actuelle.

Nous aurons occasion de rappeler dans la suite les travaux importants dus à Cuvier sur les vertébrés fossiles étrangers à l’Europe; nous nous bornerons donc à rappeler ici quelques-unes des découvertes les plus intéressantes qu'il a faites dans les plâtrières des em irons de Paris. La restauration de toute une faune de vertébrés inconnus sur un aussi petit point n’est pas une des moindres merveilles de la science moderne.

Les pachydermes, dont nous allons parler en premier lieu, sont presque tous de cette formation d’eau douce que caractérisent les amas de gypse et dont la position géologique a été indiquée précédemment. Ce sont les Palœothcrium, les Auoplotheriwn, les Lophiodon, les Anthracolherium , les Cheropotamus et les Adapis, et nous ne pouvons mieux faire apprécier le genre de mérite de Cuvier dans cette circonstance que de reproduire les propres termes de son savant historiographe, M. Flourens.

« Les os de tous ces genres, ou plutôt de toutes ces espè- « ces, car la plupart de ces genres en ont plusieurs, étaient

OEUXlfetlE PÉRIODE.

« mêlés et confondus ensemble. 11 a fallu commencer par les « démêler; il a fallu rapporter ensuite chaque os à son espèce; « il a fallu reconstruire enfin le squelette entier de chacune « d'elles, et c’est ici que se montre, dans toute, sa force, la « méthode imaginée par l'auteur pour cette reconstruction.

« En fait d’espèces fossiles, les dents sont toujours la pre- « mière partie à étudier et la plus importante, car on déter- « mine par les dents si l’animal est carnivore ou herbivore, « et même, dans quelques cas, à quel ordre particulier d’her- « bivores ou de carnivores il appartient. Cuvier, ayant rétabli « la série complète des dents qui se trouvaient les plus com- « munes parmi celles qu’il avait recueillies, vit bientôt « quelles provenaient de deux espèces différentes, dont l’une « était pourvue de dents canines saillantes et dont l’autre en » manquait.

« La seule restitution des dents donnait donc ainsi deux « espèces de pachydermes : l’une, à canines saillantes, est le « Palœotherium; l’autre, sans canines saillantes ou à série de « dents continues, est X Anoplotherium. Déplus, cette seule « restitution montrait déjà, dans chacune de ces espèces, le « type d’un nouveau genre, deux genres voisins .du Tapir et « du Rhinocéros, mais deux genres entièrement perdus, car « aucun pachyderme vivant ne reproduit, môme générique- « ment, leur système dentaire.

« Et telle, d’un autre côté, était la rigueur des lois suivies « par l'auteur, que les dents lui ayant donné deux genres « distincts, il ne pouvait douter que toutes les autres parties du « squelette, la tète, le tronc, les pieds, toutes parties mêlées et « confondues entre elles et avec ces dents, ne fussent aussi de. « deux genres déterminés. 11 prévit donc aussitôt, pour chacun « de ces genres, une tête, un tronc, des pieds d’une forme « particulière, comme il leur avait trouvé un système den- « taire propre, et il ne tarda pas à trouver tout ce qu’il avait « prévu. »

Les dents étant rétablies, il fallait s’occuper de la resti-

PALEOZOOLOGIE.

tution des têtes, et bientôt il fut évident qu’il y en avait aussi de deux genres. Les pieds sont, après les dents et la tête, les parties les plus caractéristiques du squelette, et leur restitution donna de même deux genres. 11 ne restait donc plus qu’à rapporter chaque pied à sa tète, et chaque tète à son système dentaire.

« Or, la restitution des pieds de derrière en avait donné « de deux sortes, les uns à trois doigts, et les autres à deux « seulement; et la restitution des pieds de devant en avait « pareillement donné de deux sortes, les uns à trois doigts, « les autres à deux. S’aidant tour à tour de l’analogie géné- « raie des espèces qu’il reproduit avec les espèces vivantes « les plus voisines et des rapports particuliers de proportion « et de grandeur des diverses parties dont il s'agit, les uns h avec les autres, Cuvier réunit d’abord les pieds de derrière « à deux doigts avec ceux de devant qui en ont deux ; il réunit « ensuite les pieds de derrière à trois doigts avec ceux de « devant qui en ont trois aussi; et, toujours guidé par la « même analogie , par les mêmes rapports, il réunit les pre- « miers au système dentaire sans canines saillantes et les « seconds au système dentaire à canines saillantes.

« Il réunit successivement ainsi, pour chaque genre, tous « les os du crâne, du tronc, des .extrémités; il refait enfin « leur squelette entier ; et à peine ce grand travail est-il ter- « miné que, par un hasard singulier, un squelette à peu près « complet de l'un d’eux, trouvé à* Pantin, vient confirmer tous « les résultats déjà obtenus. Dans ce squelette si heureuse- « ment découvert tous les os étaient réunis, joints ensemble, « comme les avait réunis Cuvier; et la nature n’avait pas agi « autrement que n’avaient agi et les lois admirables saisies « par lui et sa sagacité merveilleuse. »

Une première espèce de chaque genre étant ainsi reconstruite, et, en quelque sorte, de nouveau rendue à la lumière, leur nombre ne tarda pas à s’accroître. Cuvier put bientôt compter jusqu’à ft espèces d ’ Anoplolherium : 1/1 . commune ,

DEUXIÈME PÉRIODE

qui a fourni le plus grand nombre d'os épars dans les plâtrières, sa tête un peu moindre que celle de l'âne ; ]\-l . secundurium, un peu plus petit que le précédent; l'/l . gracile (sousgenre, Xiphodnn) , à museau aigu, à molaires antérieures longues et tranchantes, et de la taille d'une petite Gazelle; Y A. leporinum (sous-genre, Dichobune), dont la tète est moindre que celle du Renard et plus forte que celle d’un Lièvre, à mâchoires plus larges que celles de La précédente, à molaires moins comprimées, moins allongées aussi, à tubercules doubles des postérieures et plus mousses; Y A. murinnm , à molaires plus aiguës, tête moindre que celle d'un Chevrotin; Y A. obliquum , de la taille du précédent et dont la tète est caractérisée par la branche montante de la mâchoire inférieure, moins large et se dirigeant plus obliquement.

Le caractère d’une série continue de dents sans canines qu’on observe dans ce genre ne se retrouve parmi les mammifères quadrupèdes que chez de petits insectivores, tels que les Hérissons et les Musaraignes, et celui des pieds de derrière à deux doigts n’existait que dans les ruminants, mais chez ces derniers les métatarsiens et métacarpiens sont réunis pour former le canon , tandis qu’ils sont encore séparés dans les Anoplothcriwn.

Les débris de Palœolhcrium présentèrent aussi à Cuvier 6 espèces : le P. medium , dont les os du nez sont courts, le cylindre des molaires inférieures un peu plus ventru et les canines plus grosses; le P.-crassum, de grandeur moyenne .aussi, à os du nez longs, la tète un peu plus grande que celle du Pécari ou Cochon de Siam; le P. magnum , dont la tète égale celle des plus grands chevaux; le P. latum, un peu plus petit que les deux premiers; le P. curium, d'un tiers plus petit que le P. medium , la tête étant de la taille de celle d’un Chevreuil ; le P. minus, dont la taille est la moitié de celle du P. medium, et dont les molaires antérieures d’en bas n’ont pas de double croissant.

Les genres Adapis et Chcropolamus ont été établis pour

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PALÉOZOOLOGIE.

des restes encore peu nombreux de pachydermes provenant des mêmes gisements.

L'ne portion de tète et de mâchoire d’une grande espèce de carnassier appartenant à un genre de la famille des Coatis, des Ratons, etc., prouve que ces nombreux pachydermes, et les autres herbivores qui vivaient sur les bords des lacs où se déposaient le gypse et les marnes, avaient un ennemi trèsredoutable, car les dents, la forme très-écartée de l’arcade zygomatique et celle des crêtes sagittales et occipitales qui caractérisent ces restes dénotent une grande force et un naturel très-féroce.

A ces débris de vertébrés déjà si nombreux dans nos plàtrières , les recherches de Cuvier ont encore ajouté une mâchoire fort incomplète de Chien d’une espèce inconnue, une portion de tête et de mâchoire inférieure du genre des Genettes et des os provenant de divers carnivores.

« C’est sans doute une chose bien admirable, dit -il, « que cette riche collection d’ossements et de squelettes « d’animaux d’un ancien monde, rassemblés par la nature « dans les carrières qui entourent notre ville, et comme réser- « vée par elle pour les recherches et l’instruction des âges « suivants; chaque jour on découvre de nouveaux débris, « chaque jour vient ajouter à notre étonnement en nous « démontrant de plus en plus (pic rien de ce qui peuplait « alors le sol de cette partie du globe n'a été conservé sur « notre sol actuel, et ces preuves se multiplieront sans doute « à mesure qu’on y mettra plus d'intérêt et qu’on y donnera n plus d’attention.

« Il n’est pas un bloc de gypse, dans certaines couches, « qui ne recèle des os. Combien de millions de ces os n’ont- « ils pas déjà été détruits depuis qu’on exploite les carrières a et qu’on emploie le gypse pour les bâtiments! Combien « n’échappent pas encore par leur petitesse à l’oeil des « ouvriers, même les plus attentifs à les recueillir! On peut « en juger par le morceau que je vais décrire. Les linéa-

DEUXIÈME PÉRIODE

« ments qui s'y trouvent imprimés sont si légers qu’il faut y « regarder de bien prés pour les saisir, et cependant que « ces linéaments sont précieux! Ils sont l’empreinte d’un « animal dont nous ne trouvons pas d'autres traces, d’un « animal qui, enseveli peut-être depuis des centaines de « siècles, reparaît aujourd'hui pour la première fois sous les « yeux des naturalistes. »

Telles sont les remarques dont Cuvier fait précéder l’un des passages les plus curieux de son livre, celui où l'ingénieuse sagacité du naturaliste se révèle dans toute sa profondeur, jointe à une simplicité si naturelle dans l’exposition, qu’on ne sait ce que l’on doit le plus admirer, de la délicatesse de la main, de la finesse du jugement ou de la clarté de l’expression. C’est de la découverte d’un petit mammifère didelphe, voisin des Sarigues, dont il est ici question et qui prouve « cette proposition déjà bien singulière et bien « importante, dit Cutier, qu’il y a dans les carrières à plâtre « qui environnent Paris, à une grande profondeur et sous « diverses couches remplies de coquillages marins, des débris « d’animaux qui ne peuvent être que d’un genre aujourd’hui « entièrement particulier à l’Amérique ou d’un autre entière- « inent particulier à la Nouvelle-IIollande. »

Cuvier signale encore, comme provenant du même gisement, un rongeur du genre Loir, une mâchoire inférieure d’une autre espèce et une tête d'Écureuil. Les oiseaux dont l’existence était déjà connue depuis longtemps lui ont présenté les restes de 9 espèces, dont un oiseau de proie, un échassier, une Bécasse, une Chouette, une espèce voisine du Pélican et un second échassier voisin de l’Ibis. Parmi les reptiles chéloniens il a décrit des débris de Trionyx, dont les côtes, non ossifiées dans toute leur longueur, ne s’articulent point par leur extrémité inférieure avec un rebord osseux, et dont la surface de la carapace est toujours chagrinée ; d’autres proviennent d’Émydes, ou tortue d’eau douce. Un os frontal et un humérus de Crocodile sont les seules preuves de l'exis-

FALÉ0Z00L0GIE.

tenee de reptiles sauriens sur les bords de ces anciens lacs. La classe des poissons a fourni 7 espèces : un Spare, un nouveau genre, une espèce voisine des Amia, une autre du Brochet, des Mormyres du Nil ou des l'œcilies de la Caroline, une sorte de Truite, une autre ressemblant au Cyprinodon, des Cyprins et plusieurs espèces inédites.

Quant aux genres Anthracolherium et Lophiodon, créés aussi par le savant anatomiste, le premier comprend des espèces de pachydermes trouvées dans les dépôts tertiaires charbonneux de Cadibona, près de Savone, et dans ceux des environs du I’uy, en Velav , le second, des animaux voisins du Tapir et provenant des dépôts lacustres d’Issel (Aude), d’Argenton (Indre), des environs d’Orléans, etc.

Nous n’avons point eu occasion jusqu’ici de parler des rumirfants et des carnassiers fossiles qui ont également fourni de nombreux sujets d'études; mais généralement ils n'avaient point encore présenté de types aussi curieux que les animaux dont nous avons parlé, et ce sont surtout les dépôts quaternaires ou diluviens, les brèches osseuses et les cavernes qui ont offert le plus grand nombre de débris de ces deux ordres. Quant h celui des édentés, qui a révélé à la paléontologie des formes extraordinaires dont Cuvier s’est aussi occupé, nous en parlerons plus lojn en traitant de l'Amérique. Il nous a sulli d’indiquer ici sommairement quelques-uns des résultats les plus importants représentés par la description de 1 (58 espèces de vertébrés fossiles, répartis dans 50 genres, dont ■15 au moins étaient nouveaux dans la science.

Il n’est pas inutile de faire remarquer que, malgré les recherches continuées depuis Cuvier, quarante années d’exploitation de nos plàtrières n’ont guère augmenté le nombre des animaux qu’il a fait connaître ni très-sensiblement complété, par la découverte de meilleurs morceaux, ceux plus ou moins incomplets qu'il avait décrits.

Di, cour, sur les révolution* de la surface du globe. — Jusqu à

présent les panégyristes de Cuvier ont été des zoologistes qui.

DEUXIEME PÉRIODE

non contents de voir en lui un des plus grands anatomistes des temps modernes, ont encore voulu ajouter à ses nombreux titres celui de géologue. Mais Cuvier était assez riche de son propre fonds pour n'avoir pas besoin qu’on lui attribuât un mérite d’emprunt. Néanmoins cette opinion, quelque peu fondée qu’elle fût, n'a pas laissé que d'acquérir une certaine autorité auprès des personnes qui acceptent volontiers les jugements tout faits; aussi avons-nous dû chercher à nous éclairer nous-mème à ce sujet. Pour quiconque étudie attentivement les travaux d'Alex, Crongniart, il est évident que la Description géologique des environs de Paris est son œuvre; aussi Cuvier a-t-il eu la délicatesse et le bon goût d’aller audevant de l’opinion à cet égard ; mais quant au Discours sur les révolutions de lu surface du globe, publié en 1S22, la tète des Recherches sur les ossements fossiles, et réédité souvent depuis, nous nous sommes attaché à démontrer, par l’examen le plus scrupuleux', qu'il n’avait aucune valeur géologique. Nous avons conclu de celte étude que, sans v ues personnelles, l'auteur y suivait de loin, de très-loin même, les idées de son temps ou d’autres plus anciennes, et que son livre, comme pensée générale ou géogénique, était nonseulement fort au-dessous de la Prologata et des Epoques de la nature, mais encore de ce qu’avaient écrit sur le même sujet lîreislak , Brocoli i et plusieurs autres. Si notre jugement a été trouvé sévère par quelques personnes trop favorablement prévenues, du moins n’ont-elles pu le trouver inexact ou partial ; c’était d'ailleurs un devoir pour nous de le formuler et de montrer que l'autorité la plus justement acquise eu zoologie et en anatomie comparée ne s'étendait pas pour cela à la paléontologie générale, théorique et stratigraphique, et encore moins à la géologie.

Di-france. — Enfin le dernier naturaliste qui, dans l’ordre

t. Voy. Introduction à l'élude de la paléontologie slraUgraphique , vol. I,

p. m us.

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