I. Jnurn. îles Mines, vol. XXV, p. 1011 et
FRANCE CENTRALE
avait réuni une riche collection des fossiles du Cotentin, et, dans deux lettres adressées à Defrance en 1 81 A et 1817, il exposa le résultat stratigraphique de ses recherches paléontologiques de la manière suivante, en allant des dépôts les plus récents aux plus anciens, et en mentionnant dans chacun d’eux le nombre des espèces fossiles qu’il y avait trouvées. 11 décrit ainsi : 1° les carrières de tuf de Sainteny, de Motier-Saint- Georges, de Saint-André de Bouhon, etc. ; 2° le banc à Turritelles ; 3° le banc à Cérites, qui serait l’analogue du calcaire grossier des environs de Paris; A0 le banc à Baculiles , Ammonites, Nautiles, etc.; 5° le banc à Nautiles, signalé particulièrement’ aux environs de Bayeux; 6* le banc à Bclemnites de Sainte-Marie-du-Mont, de Yierville, etc. ; 7° le banc à Gryphites , le plus étendu de ceux du pays , occupant le canton de Sainte-Mère-Eglise, et très-développé dans le Calvados; 8° le banc à Pectinilcs, ou carreau de Valognes ; 9* le grès coquillier, dans les arrondissements de Valognes et de Cherbourg; 10° les calcaires marbres.
Ainsi de Gerville avait pu rassembler et distinguer alors 1427 espèces de fossiles invertébrés, répartis dans dix terrains différents, caractérisés généralement par le nom du genre qui y dominait : trois divisions du terrain tertiaire, la craie, l’oolitbe inférieure, trois divisions du lias, les grès et les calcaires de transition étaient des coupes géologiques très-judicieusement tracées entre Bayeux, Coutances et Cherbourg. A ce moment aucune province de France ne pouvait se flatter de présenter un bilan paléontologique , stratigraphique et géologique à la fois, aussi varié et aussi complet. C’est ce qui nous fait regarder ces lettres de de Gerville comme le travail le plus original et le plus avancé que l’on ait jusque-là exécuté chez nous dans cette voie. Quoique cet ordre fût parfaitement exact, il est probable que c’est au peu de confiance que l’auteur manifestait lui-mème dans la valeur de ses recherches qu’est due la faible importance qu’on lui attribua alors.
DEUXIÈME PÉRIODE
Lorraine, Alsace. — Quant aux provinces de l’est de la France, elles avaient encore été peu explorées à l’époque dont nous parlons. Les recherches de Monnet, que nous avons rappelées, V Essai de minéralogie alsacienne de GralTenauer, les études auxquelles ont donné lieu les exploitations de sel gemme, qui, malgré les observations de Guettard et de Piroux, n’ont pris un grand développement que par suite de travaux plus récents, sont les seules publications que nous ayons à mentionner ici. Bien que les sources salées des environs de Vie fussent exploitées depuis longtemps, l’existence du banc de sel gemme qui les alimentait n’a été constatée qu’en 1819; Mathieu de Dombasle annonça alors que dans un sondage le sel gemme avait été atteint à do mètres du jour, et sur une épaisseur de *20 mètres.
S 3. FRANCE NORD
On a vu la part que Guettard, Lavoisier, puis Monnet, avaient prise à la publication de Y Atlas el de la Description minéralogique de la France , comprenant les provinces du nord. Si maintenant nous restreignons nos considérations au bassin de la Seine et à quelques parties des provinces qui l'avoisinent immédiatement, nous verrons que les environs de Paris, sur lesquels Guettard avait déjà tant écrit, ne cessaient point d’attirer l’attention des naturalistes, marchant toujours un peu au hasard , sans essayer de coordonner leurs découvertes.
Parlon, Pasumot, P. R. de Lamanon. — Ainsi, Vers 1780, ParlOn prend pour des os humains ceux que l’on avait trouvés dans les plâtrières de Montmartre ; Pasumot, plus éclairé, figure des ossements et des dents de mammifères; mais c’est à P. R. de Lamanon que l’on doit les recherches les plus importantes à cet égard. Après avoir relevé les erreurs de ses devanciers, il
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décrit à son tour les restes de mammifères, de poissons et d’oiseaux découverts dans le même gisement, et conclut que l’on ne peut rapporter ces ossements à aucun des animaux que nous conn, lissons , et qu’il en est de même pour les animaux marins recueillis dans cette colline. Il développe ensuite une théorie assez ingénieuse sur les lacs dans lesquels se sont déposés les gypses, non -seulement du bassin de la Seine, mais encore des autres localités où cette substance est connue.
Giraud-Souiavie , Defay. — Dans la partie méridionale de ce bassin, l’abbé Giraud-Souiavie a étudié les sables et les grès qui constituent les flancs des collines entre Milly et Étampes, ainsi que les calcaires lacustres qui le recouvrent. Plus loin encore, dans cette direction, Defay recueille les nombreux ossements de Montabusard, à une lieue d’Orléans. C’étaient des restes d’ Hippopotame, de Cerf, de Cheval, des bois de Chevreuil et des dents qu’il compare avec celles qu’avait figurées Buffon, et que nous verrons appartenir au genre Mastodonte.
Poiret. — Si nous nous reportons actuellement au nord, nous retrouverons eucore Giraud-Souiavie décrivant les environs d’Ermenonville, et au delà, dans la vallée de l’Aisne, Poiret publiant, dans les premières années de ce siècle, xur les tourbes pyrileuses du Soissonnais, des Mémoires qui , s’ils eussent été mieux étudiés par ceux qui sont venus après lui , auraient évité les discussions auxquelles ces dépôts ont donné lieu. Ces observations non -seulement sont fort bonnes en elles-mêmes , niais encore sont accompagnées d’appréciations fort justes sur la composition, l’origine, le mode de formation, les usages, la position et l’âge de ces lignites. « Ces tourbes , dit-il , n’ont pas été déposées « par les eaux de la mer, mais dans les eaux douces, à l'en- « droit où on les trouve aujourd’hui, ce qui est prouvé par le « banc de coquilles fluviatiles placé entre deux couches de « tourbes. Des dépôts marins sont venus recouvrir cette « tourbe, formée et précipitée dans des eaux douces; donc
DEUXIÈME PÉRIODE
« son existence est antérieure à la présence des eaux de la « mer dans ce pays. »
Lavoisier. — Lavoisier a prouvé qu’il aurait pu être aussi bien un grand naturaliste que le premier de nos chimistes; et, dans ses Observations générales sur 1rs couches modernes , il a appuyé ses vues théoriques par des coupes fort exactes des environs de Villers-Cotterets, de Saint-Gobain à Lafère et de la descente de Sèvres. En comparant ces dernières, il montre leurs rapports, leurs différences et leurs dispositions générales au-dessus de la craie, qui partout leur sert de base; aussi ce Mémoire doit-il être regardé comme la première ébauche d’une classification naturelle du terrain tertiaire du bassin de la Seine. On y voit nettement indiquées les relations de la meulière supérieure , des sables et grès supérieurs, du calcaire grossier, des sables inférieurs, de l’argile plastique et de la craie. !1 n’y manque que la distinction, fort importante d’ailleurs, du groupe lacustre moyen et du gypse, (jui se trouve, à ce qu’il semble, compris ici avec le calcaire grossier.
Coupé — Coupé, qui avait déjà donné un mémoire sur la pierre meulière, la marne et les coquilles d’eau douce qu'on y rencontre, vint, quinze ans après Lavoisier, combler la lacune que ce dernier avait laissée. Le Parisis, dit-il, présente cinq dispositions distinctes, qui ont été placées successivement, et par époque différente, l’une au-dessus de l’autre. La plus inférieure est la craie en niasse continue, avec ses coagulations siliceuses noires, alignées en cordons (Bougival, Meudon); la seconde, une nappe de glaise bleue (Gentilly, Issy, Auteuil); la troisième , un ensemble de lits successifs qui composent les carrières de pierre de taille ÿ la quatrième, la disposition gypseuse, composée aussi de lits de gypse, de glaise, de calcaire alternant, formant, comme les précédentes, un ensemble dont les éléments ont été déposés de la même manière; la cinquième , une nappe épaisse de sable fin, uniforme, blanc, recouvrant tout le pays. 11 ne parle point ici de la meulière
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supérieure ni des argiles qu’il avait déjà décrites: mais un ne peut douter qu’il ne les considérât comme une sixihne disposition.
Si l’on fait la part des hypothèses plus que hasardées de Coupé sur l’origine de certains dépôts et de la bizarrerie de quelques expressions qu’il semble affectionner, on reconnaîtra que sa classification était la plus complète que l’on eût encore donnée des terrains des environs de Paris, et, en la mettant en regard de celle de Lavoisier, on trouve, par leur combinaison , que, dés les premières années de ce siècle, la série générale des dépôts tertiaires depuis Yillers-Cotterets et Compïègne, et' même depuis LaFère et Saint-Gobain jusqu’à Fontainebleau, Étampes et Malesherbes, comme depuis Courtagnon jusqu’à Gisors, se trouvait réellement bien établie.