S 8. TRAITÉS GÉNÉRAUX
Pour avoir une idée juste de la manière dont une science est comprise, à un moment donné de son histoire, il ne sullit pas (le connaître, quelque importants qu’ils soient d’ailleurs, les ouvrages propres à telle ou telle de ses parties; il faut encore chercher, dans les traités généraux et dans l’enseignement de l’époque, l’expression des idées dominantes, celles qui sontconsacrées par le temps ou certaines autorités, et qui, vraies ou fausses, n’en régnent pas moins sur l’opinion du plus grand nombre. Lorsque ces traités sont écrits par les professeurs mômes chargés de l’enseignement dans les établissements publics, on doit pouvoir les regarder comme en traduisant sufli-
DEUXIÈME PËIUODE.
samment la direction. Or, pendant les vingt premières années de ce siècle, de La Métherie professait la géologie au Collège de France, Faujas de Saint-Fond au Jardin des plantes et de Dolomieu à l’Ecole «les mines, et nous avons cherché dans les publications de ces professeurs si leur enseignement répondait à l’état de la science tel «|ue nous savons qu’il était alors en Europe , et s’il en était à la fois le tableau fidèle et complet
Quant à ceux de ces savants qui voyageaient le plus, entre autres Dolomieu, on les voit encore suivre Scheuchzer, de Saussure, Deluc, llamond, et croire que les montagnes sont le nœud gordien de la géologie, que, par conséquent, toutes les recherches doivent être dirigées vers «‘lies, tandis «pie les pays de plaines, de collines et de plateaux 11e méritent aucune attention. Ils ne se doutaient pas que c’était précisément le contraire, et qu’ici comme partout il faut commencer par connaître la règle avant de prétendre expliquer l’exception. Cette fausse direction n’a pas encore été une des moindres causes de la lenteur de nos progrès.
11 est résulté pour nous de l'examen précédent que, dans les dernières années du xvm1 siècle et les vingt premières du xix% les professeurs officiels de géologie, soit au Muséum d’histoire naturelle, soit au Collège de France, soit ailleurs, n’exposaient guère mieux les uns que les autres les principes de la paléontologie stratigraphique et même ceux de la géologie des terrains sédimcntaires. 11 y a moins de cinquante ans , l’enseignement, dans les deux chaires publiques consacrées à la géologie, 11’était pas encore assis sur ses véritables bases. Les idées de Werner, dans ce quelles avaient d’utile et d’éminemment pratique, n’y avaient pas pénétré profondément, non plus que ccllcxs appliquées déjà de l’autre côté de la Manche et sur notre propre sol; nous avons donc pu dire que cet enseignement était fort en arrière du point où