‹ Géologie et paléontologieChapitre 63 sur 190 · Journ. île Silliman, vol. V, n · texte numérisé non relu

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vmêrique du nord.

os et des défenses d’un grand animal, qui furent envoyés à Paris, et les première qu’on eût encore vus en Europe. Guettard figura l’une de res dents à huit pointes; Daubenton les rapporta à un Hippopotame, et les os à l’Éléphant. Des restes semblables avaient été observés au Canada et à la Louisiane. En 1765, G. Croghan découvrit dans le Kentucky, sur les bords de l’Ohio, une grande quantité de ces mêmes débris; et Buiïon qui s’en occupa , et donna des figures exactes de ces dents dans les Epoques de la nature, concluait de leur forme et de leurs dimensions l’existence commune aux deux continents d’un animal d’une taille supérieure à celle des plus grands Eléphants connus.

L’ Eléphant ou le Mammouth de l'Ohio, comme on l’appelait alors, ou le Père aux Bœufs, suivant la désignation des naturels de l’Amérique, fut l’objet de nombreuses dissertations zoologiques jusqu’à Cuvier, qui créa le genre Mastodonte ou dents mamelonnées pour ce même animal, qu'il appela Mastodon giganteum , h1 caractérisant d’après les matériaux envoyés en 1806 au Jardin des Plantes par Jefferson, alors président des États-Unis.

Le savant anatomiste français fit voir d'abord que, chez le Mastodonte comme chez l’Eléphant, les dents ne devaient pas exister toutes ensemble, qu’elles devaient se succéder d’avant en arrière, de telle sorte que deux seulement dé chaque côté fonctionnaient en même temps, et qu’à la fin il n’en restait plus qu’une, ce qui diminuait beaucoup les dimensions attribuées par Buiron à ces animaux, en. leur supposant les mâchoires garnies de 16 dents à la fois. Ensuite, de l’étude comparative des diverses parties de la tête, des défenses, des os du tronc et des membres. Cuvier conclut ; que le grand Mastodonte de l’Ohio était fort semblable à l’Éléphant pour ses défenses et toute l’ostéologie, les mâchelières exceptées, qu’il avait très-probablement une trompe, que sa hauteur ne dépassait pas celle de l'Éléphant, mais qu’il était un peu plus allongé, avait les membres plus épais, le ventre plus

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mince, et que, malgré ces ressemblances, le caractère particulier de ses molaires suffisait pour en faire un genre distinct ; enfin, qu’il se nourrissait comme l'Hippopotame et le Sanglier, choisissant de préférence les racines et les autres parties charnues des végétaux, ce qui devait l’attirer vers les lieux humides et marécageux, où, en effet, ses restes se rencontrent le plus fréquemment aujourd’hui, ainsi que sur les points où sourdent des eaux salées.

Les débris de Mastodonte ont d’ailleurs été rencontrés et le sont journellement- encore sur une multitude de points des États-Unis , toujours à une faible profondeur, non roulés; quelquefois môme leur squelette est encore debout, comme si ces animaux avaient été ensevelis vivants dans la vase. Les os sont fortement imprégnés de matières ferrugineuses , et nulle part ils ne sont accompagnés de traces d’animaux ♦marins.

Éléphant. — En 1807, on rencontra avec le Mastodonte, dans la localité de Big-bone-Lick (Kentucky), des dents d’Éléphant, qu’on recueillit ensuite dans les gisements analogues de la Virginie, de la Louisiane, de la Caroline du Sud, et qui furent rapportées par M. R. Peale à \'E. primigenius de l’Europe et de la Sibérie. Si, d’un autre côté, on se rappelle que ces derniers pachydermes fossiles ont été observés sur la côte d’Amérique, au nord du détroit de Behring, au delà /lu cercle polaire, par de Chamisso, qui accompagnait Kotzbue, On comprendra qu’ils aient pu se répandre au Sud, jusque dans la région où on les trouve associés au Mastodonte. C’est d'ailleurs une particularité qui n’existe pas dans l’ancien continent, où ce dernier genre était éteint lors de la période quaternaire.

Mcgaionyx. — En 1797, l’ancien président des États-Unis, Jefferson, annonça qu’on avait découvert, à quelques pieds de profondeur, dans la caverne de Green-Briar, dans l’ouest de la Virginie, des ossements fossiles d’un animal inconnu. 11 les rapporta d’abord à un grand carnassier, qu’il nomma Mr gais

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lonyx , à cause de la longueur de ses ongles. Le professeur Wislar, au contraire, leur trouvait une certaine analogie avec les pieds des Paresseux actuels. En effet, des moulages de ces pièces, envoyés par Peale à Cuvier, démontrèrent à ce dernier l'exactitude du rapprochement. Les caractères de la phalange onguéale, dont l’articulation est disposée de manière que la flexion puisse se faire en dessous, tandis que c’est l’inverse chez les Fr lis, se retrouvent ici. En outre, ses phalanges inégales existent chez les Cabassous et les Fourmiliers vivants. Les dents sont des cylindres simples, et la couronne excavée est entourée d’un rebord saillant. La taille du Megalonyx pouvait être celle d’un grand Bœuf.

Mégathérium. — Enfin , un autre édenté gigantesque, le Mégathérium, dont nous traiterons plus en détail en parlant de l’Amérique du Sud, a vécu aussi dans celle du Nord avec les mammifères précédents. Le docteur Mitcbill en a signalé • des dents recueillies dans l’ île de Skidaway, sur les côtes de la Géorgie, où AV. Covvper trouva peu après, dans un marais, un assez grand nombre d’os de diverses parties du même squelette.

Tels sont les principaux résultats des recherches géologiques et paléontologiques exécutées dans cette partie de l’Amérique jusque vers 1820.

Let Antilles. — Disons actuellement quelques mots des Antilles, sur lesquelles Cortès donna un mémoire en 1.810. En décrivant d’abord la Guadeloupe, divisée en deux parties par la rivière Salée , il représente l’une comme entièrement volcanique, atteignant 1409 mètres d’altitude, offrant à sa surface quinze cratères, dont un, appelé la Soufrière, manifeste encore quelque activité, et l’autre, la Grande-Terre, ne dépassant pas 117 mètres au-dessus de la mer, et exclusivement formée de roches calcaires coquillières. Les fossiles qu’on y trouve sont des espèces qui vivent encore dans les mers environnantes.' L’auteur en conclut naturellement un abaissement de la mer proportionnel à l’élévation actuelle de ces

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dépôts, qui sont surmontés d’une argile remplie de cristaux de quartz, de fer hématite et de fragments de lave roulés. A la Martinique, les pierres roquillières recouvrent les laves qui ont dû s’épancher sous l’eau.

Cortès divise les Antilles en quatre classes , sous le rapport de leur constitution géologique : la première comprend les îles formées en partie de roches primitives et en partie de roches volcaniques et calcaires, telles (pie les grandes Antilles, la Trinité, Porto-Rico, Cuba, Saint-Dominique et la Jamaïque ; la seconde , les îles entièrement volcaniques : la Grenade, Saint-Vincent, Sainte-Lucie, la Martinique, la Dominique, les Saintes, la Guadeloupe proprement dite, Montserrat, Saint-Christophe, Saba‘; la troisième, les îles entièrement calcaires: Marie-Galante, la Désirade, Curaçao, Bonaïre, et en général les îles et les îlots peu élevés ; la quatrième enfin, les îles en partie dues aux feux volcaniques et en partie aux substances calcaires d’origine organique : Antigoa, Saint-Barthélemy, Saint-Martin, Saint-Thomas, etc.

C’est à l’entassement successif des matières que les îles doivent leur élévation actuelle jusqu’à 1(500 mètres, limite des sommets volcaniques de l'archipel. Tous les volcans des Antilles brûlèrent alors en même temps, dit l’auteur, et probablement aussi ceux de l’Amérique méridionale, entre les tropiques; et si ceux de l’Amérique du Sud se trouvaient alors dans leur plus grande énergie, toute la zone torride devait présenter un embrasement général. Après cette époque, continue Cortès, la mer s’est retirée progressivement, laissant à découvert les îles calcaires, et le nouveau monde dut se trouver dans l’état où nous le voyons. 11 donne ensuite des détails particuliers sur les minéraux de la Guadeloupe et de la Martinique.

C’est par Cortès que furent découverts, en 1805, des squelettes humains plus ou moins mutilés, près du port du Moule, sur la côte nord-ouest de la Grande-Terre de la Guadeloupe, engagés dans un tuf calcaire moderne, qui se

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forme encore sur cette côte par l'agglutination des fragments de coquilles, de radiaires et de polypiers, et dans lequel se trouvent aussi des coquilles terrestres qui vivent dans le pays. Ces débris furent décrits par Kœnig en 1814, et plus tard par Cuvier.

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Géologie — Alex, de Humboidt. — Comme pour la partie nord du nouveau continent, ce fut aussi un disciple de Werner qui posa les premiers fondements de la géologie de sa partie sud. En effet, ce que l’on savait de l’Amérique centrale et méridionale, à l’époque où finit notre revue historique, se réduit à peu près aux recherches d’Alex, de Humboidt, exécutées, soit par lui seul, soit avec Bonpland, du mois de juin 1799 au mois de juin 1804. A quelques exceptions près, dont nous parlerons tout à l’heure, ce ne fut que dans un article du Dictionnaire des sciences naturelles, article réimprimé séparément en 182(i, sous le titre d' Essai géognoslique sur le. gisement des roches dons les deu.r hémisphères , que se trouvent rassemblés et coordonnés tous les matériaux relatifs à la géologie des immenses surfaces que de Humboidt avait parcourues et observées. Mais ces matériaux ayant été fondus et disséminés au milieu des données acquises sur l’Europe, il serait bien difficile d’en extraire aujourd’hui ce qui concerne seulement l’Amérique. Dans son Voyage aux régions équinoxiales, comme dans son Essai politique sur la Nouvelle- Espagne, le môme savant a aussi donné de précieuses indications pour les géologues venus après lui; et quant à ce qui concerne les volcans du nouveau monde, nous aurons naturellement occasion de rappeler ses travaux dans la partie de ce livre qui sera consacré à cet ordre de phénomènes.

Pour que l’on puisse néanmoins juger de la manière dont

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le célèbre voyageur entendait la géologie -stratigraphique, nous emprunterons ce qui suit à son mémoire de 1801, écrit sur les lieux mômes, et inséré dans le Journal de Physique.

Après avoir exposé les caractères orographiques delà Colombie, et en particulier de la province de Caracas et de la chaîne côtière bordant le golfe du Mexique, il passe à l’examen de la direction et de l’inclinaison des strates. Il constate que la première est constamment N.-E. , S.-O. , et la seconde au N. -O. « Cette grande uniformité dans les deux mondes, continue-t-il, doit faire naître des réflexions sérieuses; elle nous présente un grand fait géologique. Ainsi les directions des couches ne sont pas celles des chaînes de montagnes, et les inclinaisons ne répondent pas nécessairement aux pentes de ces dernières. Il faut convenir que cette uniformité indique une cause très-ancienne, très-universelle, très-fondée, dans les premières attractions qui ont agité kl matière, pour l’accumuler dans des sphéroïdes planétaires. Cette grande cause, ajoute-t-il, n’exclut pas l'influence des causes locales qui ont déterminé de petites portions de matières à s’arranger de telle ou telle manière, selon les lois de la cristallisation. De la Métherie a judicieusement indiqué ces phénomènes, cette influence d’une grande montagne comme noyau sur ses voisines plus petites, etc. » Ainsi, celte idée de cristallisation des montagnes, à laquelle de Saussure s’était d’abord laissé entraîner, et que de la Métherie développait et professait, avait aussi gagné à ce moment l’illustre disciple de Werner1.

Il signale ensuite une immense quantité de pétrifications sur la côte de Vénézuéla, dans un grès calcaire, depuis la cime de Saint-Bernardin, à los Altos de Conoma, jusqu’au Cerro de Meapiré ou la pointe de Puria et la Trinité. Ces dépôts récents, qui seraient les mêmes que ceux de laCrande- Terre à la Guadeloupe, s’étendent jusqu’il une distance de O à 10 lieues de la côte.

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