CHAPITRE I
VUES GÉNÉRALES
De même que dans l’histoire des nations l’écrivain ne. se borne pas à commencer son récit là précisément où tous les faits sont bien connus, où toutes les dates sont certaines, où tous les monuments complets portent avec eux le caractère irrécusable de leur authenticité, mais cherche à remonter plus loin dans le passé pour découvrir, quelque obscure qu’elle soit, l’origine même des peuples par leur libation, les migrations, le mélange des idiomes, le caractère de. l’écriture, les coutumes, les produits de l'industrie et des arts, la physionomie et les formes du corps, par tout ce qui peut enlin l’éclairer sur la source première de son sujet, de même dans la description de la terre ou l’histoire des phénomènes qui ont eu lieu à sa surface, le géologue ne peut pas se borner à considérer seulement les faits matériels qui tombent sous son observation directe et les causes plus ou moins en rapport avec, celles qui agissent encore sous ses yeux. Il est invinciblement porté à regarder au delà pour essayer d’atteindre le commencement même des choses, et c’est une curiosité bien naturelle qu’il faut seulement contenir dans de justes bornes, sans s’écarter, pour la satisfaire, des lois que l’expérience, l’observation et le calcul ont démontrées.
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VUES GÉNÉRALES
Dans un système bien conçu tout se tient et s’enchaîne, aucune conséquence un peu importante ne reste isolée de l’ensemble; aussi, dans la théorie de la Terre, les lois de la physique du globe, dont les phénomène» organiques et inorganiques sont des conséquences directes, dans le passé comme dans le présent, ne sont-elles que le résultat de l'origine même de notre planète.
L’histoire de la Terre est liée à celle de l’Lnivers; nous ne pouvons tenter de remonter jusqu'à son commencement sans élever notre pensée jusqu'à celui de l’univers lui-même, sans chercher à nous rendre compte des principes qui le régissent et auxquels elle est soumise comme tout ce qui se meut dans les espaces célestes. Si ses mouvements sont essentiellement du domaine de l’astronomie, son origine, sa composition, comme le tableau des phases par lesquelles elle a dû passer, rentrent dans celui de la géologie.
En séparant des caractères extérieurs qui font partie de la géographie physique la connaissance des mouvements de la Terre et de ses rapports avec les autres corps de notre système, nous ne pouvons cependant isoler son origine de celle des autres planètes qui se meuvent autour du Soleil, pas plus que les formes et les accidents de sa surface actuelle ne peuvent être séparés des causes internes ou externes auxquelles ils sont dus. Tout en restreignant nos recherches aux phénomènes terrestres, nous ne pouvons passer sous silence les raisons puissantes qui rattachent ce petit point au reste du monde.
Si, d’après la théorie que nous allons exposer, la Terre a la même origine que les autres corps du système dont elle fait partie, sa composition serait aussi semblable à la leur, suivant ce que nous apprennent les pierres tombées du ciel ou aérolithes, sui\ant les études spectrales sur la lumière solaire, suivant ce que l’on sait de certaines planètes pourvues d’une atmosphère et dont les pôles offrent des calottes de glace ou de neige dont l’étendue et les formes changent
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avec leurs saisons; d’où il résulte que l’examen de la constitution physique de la Terre, malgré le rôle infiniment modeste quelle joue dans l’univers, est le premier pas et le plus sûr que nous puissions faire dans la connaissance des autres corps célestes, au moins de notre système. Les relations de la physique du globe sont donc aussi intimes avec l’astronomie qu’avec la géologie.
D’un autre côté nous ne pouvons nous rendre compte des divers états par lesquels a dû passer la Terre et de tous lçs faits que son écorce minérale nous révèle que parles principes de la physique et de la chimie, de même que les caractères de sa surface, la distribution des terres et des eaux, les reliefs des premières et la profondeur des secondes, etc., résultats des recherches géographiques, montrent qu’ils sont la conséquence nécessaire des phénomènes géologiques, de sorte qu’il n’y a aucune exagération à regarder la science qui nous occupe comme l’expression la plus générale et la plus condensée, comme le résumé le plus complet des lois de l’univers qui toutes y manifestent leurs effets. 11 ne faut point s’étonner d’ailleurs si ces rapports ont été longtemps méconnus; car ils ne pouvaient être compris qu’ après l'appréciation exacte et successive d’une multitude de données différentes sur lesquelles ils reposent, et par conséquent ils se présentent à nous comme le complément de l’édifice formé de toutes les connaissances qui ont la nature pour objet.
Ainsi de la gravitation, de la lumière, des météorites et de notre satellite, dont les caractères orographiques rappellent en grand ceux de nos volcans, nous déduisons, dit M. Dana ', l’unité de loi dans l’espace; les éléments peuvent différer dans les divers systèmes, mais ce- serait une différence de la nature de celles qui existent parmi les éléments connus et qui, suivant toute probabilité, ne peut donner lieu à aucune loi nouvelle fondamentale.