PREMIERS EFFETS DU REFROIDISSEMENT DE LA TERRE
L’hypothèse cosmogonique appliquée à la terre étant admise, et les résultats des calculs et des données physiques expérimentales qui confirment cette hypothèse ou s’accordent avec elle pour attribuer à notre globe un état primitif de fluidité ignée étant également admis, il reste à interroger les actions chimiques, pour voir si elles rendront compte des effets du refroidissement sur les éléments constituants de la masse fluide. En d’autres termes, les lois de la chimie peuventelles nous expliquer comment se sont formées : 1° la première écorce minérale cristalline, solide, continue, constituant une enveloppe qui isole la masse interne restée fluide; 2° la masse des eaux recouvrant, sur une épaisseur plus ou moins considérable, la plus grande partie de cette écorce; 3° l’enveloppe gazeuse atmosphérique circonscrivant le tout?
Par l'application de quels principes les oxydes des métaux et des terres se sont-ils combinés et associés pour former les minéraux et les roches de la première enveloppe solide qui a dû servir de substratum aux premières eaux ? Comment l’oxygène et l’hydrogène se sont-ils trouvés dans les conditions voulues pour se combiner et former la masse liquide? Comment l’oxygène et l’azote, isolés des autres gaz, se sont-
PREMIERS EFFETS
ils trouvés rester à l’état de simple mélange pour constituer l’atmosphère?
Ces importants problèmes , en face desquels on se trouve dès les premiers pas que l’on fait dans l’histoire de la terre, n’ont pas encore été, à ce qu'il semble, nettement posés ni résolus. Ils ont été attaqués par divers côtés, mais jamais en face. On s’est préoccupé, dans leur solution, du rôle qu’a dû jouer tel ou tel corps : de l’oxvgène , de l’hydrogène , de l’azote, du soufre, du carbone, puis des bases des alcalis et des terres; on a raisonné d’après leurs propriétés telles qu’elles se manifestent dans nos expériences de laboratoire, ou telles qu’elles agissent dans la nature actuelle; mais si les propriétés des corps sont constantes, il s'en faut de beaucoup que les conditions dans lesquelles ils ont pu se trouver aient été les mêmes, ou aient toujours été comparables. Ainsi, au lieu de ces conditions simples, toutes appréciables, dans lesquelles nous nous plaçons, opérons et raisonnons, si nous nous reportons par la pensée à celles , sans doute infiniment complexes et dont nous ne pouvons guère nous faire une idée, où se trouvaient toutes ces substances gazeuses, métalliques et terreuses soumises à une température telle que les plus réfractaires étaient à l’état fluide, conformément à l’hypothèse, on comprendra que les tentatives faites jusqu'à présent pour expliquer clairement la formation successive, ou simultanée, des trois enveloppes solide, liquide et gazeuse de notre globe n’aient pas été couronnées d’un plein succès. Aussi, dans les traités et lés ouvrages généraux, passe-t-on à côté de la question, ou l’élude-i-on par quelques phrases qui ne répondent absolument'à rien.
Il serait superflu de reproduire ici les essais tentés dans cette voie, souvent par des hommes de mérite; ils nous paraissent trop incomplets, n’embrassent que quelques parties du sujet, ne reposent que sur de pures abstractions, ou bien encore sur des considérations chimiques théoriques que rien ne justifie dans la nature. Nous nous bornerons donc,