DU REFROIDISSEMENT DE LA TERRE
à l’extension des terres émergées et à l'inverse des eaux marines ou salées. Les produits organiques, soit animaux , soit végétaux, se sont accrus et modifiés dans le même sens , c’est-à-dire avec l'accroissement de ces mêmes eaux douces, la diminution de la chaleur propre du globe, l’élévation des continents et des lies, et l’action toujours de plus en plus prédominante de la chaleur solaire sur la température propre de la surface en ses divers points.
La répartition actuelle des eaux douces, comparée à celle de certains moments de l’époque tertiaire, montre que nos lacs sont moins nombreux et moins étendus dans quelques régions, mais que nos lleuves et nos rivières ont un cours beaucoup plus considérable par suite des reliefs plus prononcés du sol et de l’éloignement des rivages.
Enveloppe solide. — Si l’on peut se représenter les effets du refroidissement de la surface d’une masse du volume de la terre à l'état de fluidité ignée, par suite du rayonnement de la chaleur dans l’espace, on concevra que les premières parties solides qui se sont formées, d'abord isolées, discontinues, puis augmentant en étendue en même temps qu’en épaisseur, aient fini par se joindre et se souder. Elles ont constitué à la fin une enveloppe continue, isolant alors la masse interne, restée fluide et incandescente, de la masse externe à l’état de gaz et de vapeurs, et dont les éléments devaient plus tard servir à constituer les enveloppes liquides et atmosphériques dont nous venons de parler *.
Cette première enveloppe solide, que nous devons sup-
i. En tenant compte de la différence de nature des fluides et des proportions du phénomène, on peut parfaitement comparer cet effet à ce qui se passe de nos jours sur les rivières, et particulièrement sur les grands fleuves du Nord, tels que le Saint- Laurent. Lorsque les premiers froids se font sentir, leur surface se couvre de glaçons flottants, d’abord peu étendus et peu nombreux*, le froid continuant et devenant plus intense, les glaçons augmentent en nombre et en dimensions, puis ils se touchent; le mouvement cesse, et ils se soudent enfin pour former une croûte de glace continue dont la surface supérieure est inégale et couverte d’aspérités formées par des glaçons placés dans toutes les positions. En outre, cette croûte augmente d’épaisseur par sa surface inférieure tant que
PREMIERS EPEETS
poser formée de minéraux cristallisés constituant des masses sans apparence de stratification ou d’aucune disposition en couches, resta longtemps à une haute température, et produisant l'effet d’un écran naturel par rapport à la masse fluide interne, dut ralentir la marche du refroidissement, d’autant plus que, par l’effet de ce dernier, la croûte solide tendait à s’épaissir à l’intérieur. Cependant' cet épaississement n’était pas tel qu’elle fût soustraite aux modifications incessantes occasionnées par le refroidissement lent, mais continu, telles que les efléts de la contraction de la masse produisant des brisures dans divers sens, puis la réaction de la partie fluide incandescente sur son enveloppe encore mince et peu consolidée faisant surgirai! dehors, par les interstices, des portions de matières ignées qui les remplissaient sous forme de veines et de filons.
Les massifs cristallins de cette première période, alors que les actions chimiques et physiques s’exerçaient seules, étaient peu élevés, car les chaînes de montagnes n’ont été formées qu’à des époques comparativement récentes, et aujourd’hui ils sont peu reconnaissables. Les bassins des mers étant peu profonds, mais fort étendus, les surfaces émergées étaient, au contraire, peu considérables. L’eau contenue en vapeurs dans l’atmosphère s’est condensée et s’est maintenue à l’état liquide dans les dépressions de la croûte oxydée, lorsque celle-ci s’est trouvée inférieure à 100", et sa masse a dû augmenter jusqu’à ce que l’équilibre fût établi dans des conditions générales peu différentes de celles de nos jours, c’est-àdire après que la température extérieure fut assez abaissée
le froid augmente. Seulement ici, le phénomène n’affecte qu’une seule espèce minérale, l’eau passant de l’état liquide à l’état solide, à partir de la température de zéro, tandis qu’à l’origine de la terre ce fut un certain nombre d’espèces minérales qui sc solidifièrent par le refroidissement à une température, sans doute encore fort élevte, au-dessus de celle où l’eau cesse d’être liquide. !.a consolidation de la lave au fond de l’immense cratère du volcan de Kirauea, dans riled’Awaî, présente sans doute aussi quelque analogie avec celle de la première croûte du globe.