EFFETS ATMOSPHÉRIQUES ACTUELS. G
des fissures verticales plus ou moins distinctes, de manière à offrir une sorte d'agglomération de parallélipipèdes irréguliers (fig. 40, C) . On a supposé dès lors que, par suite des influences atmosphériques, ces blocs angulaires se sont de plus en plus altérés sur les arêtes et sUr les angles ; que les parties ainsi désagrégées se sont successivement détachées, et qu'enfin il en est résulté des masses arrondies, tantôt empilées les unes sur les autres comme des fromages, tantôt isolées, comme nous les voyons aujourd'hui à la surface du sol. On croit observer quelquefois des passages entre les masses les plus angulaires et les blocs les plus arrondis, entre celles où la position d'équilibre se fait en quelque sorte sur un point, et d'autres dont la jonction présente des surfaces horizontales assez larges comme fig. 40, A et G.
g 86. 11 est bon cependant d'observer que les modifications purement atmosphériques, et capables de produire une désagrégation complète, comme celle que l'on suppose ici, ne se font sous nos yeux qu'avec beaucoup de lenteur, en sorte que, pour arrondir ces blocs de granité, il faut nécessairement admettre un laps de temps immense. Aussi BTt-on pensé à chercher une autre explication, et l'on a supposé qu â de certaines époques il y avait eu des émanations gazeuses plus ou moins analogues à celles des 8olfatares,(§ 64 et 78), qui détruisent si rapidement les produits volcaniques les plus so~ lides, et que les phénomènes observés en étaient le résultat. Cette idée peut être appuyée sur l'altération profonde qu'ont alors subie ces roches, altération telle, que les matières terreuses qui en résultent sont solubles dans des acides qui n'attaquent ni les roches granitiques intactes, ni même les produits de la désagrégation lente qui s'en fait journellement â l'air. L'effet de ces vapeurs aurait été de produire sur place les matières terreuses et graveleuses qui recouvrent si souvent les pays granitiques, et au milieu desquelles se trouvent des parties plus ou moins volumineuses, fréquemment aussi de forme arrondie, que la décomposition n'a pas pénétrées. On concevrait alors que des courants d'eau ont pu entraîner les matières entièrement altérées, en laissant sur place toutes les parties qui ne l'étaient pas, et qui se présentent aujourd'hui comme des blocs empilés à la surface des terrains émergés.
g 87. AetioB de« irenta, Dime». — Les vents n'ont par euxmêmes qu'une bien faible action sur les masses minérales solides; ce n'est guère que sur les dépôts de sables fins et meubles que leurs effets se font sentir, et donnent lieu à quelques observations intéressantes. Dans les déserts d'Afrique et d'Arabie, les vents soulèvent des nuages immenses de sables brûlants, les transportent d'une
exlrémité à Tautre, et déterminent subitement de vastes collines, qu'un nouveau coup de vent vient détruire à leur tour. Les côtes sableuses des mers sont exposées à des effets analogues; le moindre coup de vent sur une plage unie y met le sable sec en mouvement, et détermine à sa surface une multitude de rides séparées par un intervalle plus ou moins large ; à la bouffée de vent suivante, toutes ces rides rentrent en mouvement, et bientôt chacune d'elles se trouve occuper la distance qui la séparait de la ride précédente. C'est en petit le phénomène des dunes, qui se forment sur les côtes plates et sableuses de nos continents, et qui envahissent de trèsgrands espaces dans la plaine, en arrêtant tous les petits ruisseaux, et formant des marais ou des lagunes plus ou moins étendus. Ces dunes sont des collines de sable fin qui ont ordinairement 6 à 8 mètres de hauteur, quelquefois 10 à 20, même 30, et très-rarement vont jusqu'à 80 et 100; elles sont placées irrégulièrement sur toute l'étendue delà plage, et dans des directions variées, comme les vents qui leur donnent naissance. Leurnombre augmente continuellement à mesure que la mer fournit des sables, et, sans cesse en mouvement, elles avancent constamment dans Tintérieur des terres. Les vents de mer poussent le sable du pied a d'une butte vers le sommet b (fig. 41), d'où il tombe suivant bc, en formant un talus d'ébou-
Fig. 41. Fig. 42.
Marche des dunes.
lement toujours plus rapide que le talus antérieur. Il en résulte qu'une butte, comme abc (fig. 42), s'accroît successivement en arrière si de nouveaux sables lui sont fournis en avant, ou se déplace si ce sont les mêmes sables qui se trouvent continuellement remaniés. C'est ainsi que chaque colline s'avance dans les terres, et que leur ensemble a couvert de sables, sur toute la longueur du rivage, des étendues plus ou moins larges, suivant les localités; beaucoup de villages ont été successivement envahis, beaucoup d'autres sont menacés, et seront tôt ou tard ensevelis si l'on ne parvient à arrêter la mobilité des sables par des plantations convenables. La marche est plus ou moins rapide, suivant les lieux et suivant les temps; on a vu des dunes s'avancer de 20 à 25 mètres par année, d'autres de 70 à 80, et même jusqu'à 300; mais il parait y avoir des moments d'arrêt comme des moments de charriage, et, d'ailleurs, toutes les dunes d'un même rivage ne marchent pas à la fois, de sorte que leur ensemble n'a couvert que des bandes de terrains peu étendues depuis