‹ GéologieChapitre 9 sur 77 · TREMBLEMENTS DE TERRE ET LEURS EFFETS · texte numérisé non relu

TREMBLEMENTS DE TERRE ET LEURS EFFETS

avec les lois hydrostatiques. On serait de même condnit à admettre que la" mer s*est élevée au fond du golfe d'Arabie en 1819, comme à diverses époques .sur les côtes du Portugal, en 1783 dans le détroit de Messine, etc., sans subir de changement dans les parages voisins. De toutes ces circonstances inconciliables, nous concluons qu'au lieu de Timmutabilité du sol, qu'une erreur analogue à ridée d'immobilité du globe a fait imaginer, il faut admettre celle des mers, en reconnaissant que la surface solide de notre planète est susceptible de soulèvements, d'affaissements et de bouleversements de toute espèce.

g 55. fioulèTemeac leni de la Suède, etc. — L*idée de la diminution des eaux de la mer, ou, en d'autres termes, de rabaissement de son niveau, fut celle des plus anciens naturalistes; mais. ce n'était qu'une manière de voir, et, en 1731, l'Académie d'Upsal entreprit de vérifier ce fait important. On fit alors des entailles sur les rochers au niveau de la mer, et au bout de quelques années il fat démontré que ces marques se trouvaient de plusieurs centimètres au-dessus des eaux, d'où l'on conclut l'abaissement de la Baltique, ce qui entraînait celui des mers voisines. Cependant cette conclusion trouva au moment même des contradicteurs, et l'on multiplia les observations, qui ont été même continuées jusqu'à nos jours. Il en est résulté qu'en effet il y a dans plusieurs points une dépression apparente et continue du niveau de là mer; mais il est aussi constaté que cette dépression n'est pas la même partout. Daus quelques points elle a été de plusieurs centimètres dans l'espace de peu d'années, et dans d'autres seulement de quelques millimètres; si, dans certaines parties, les faits semblent indiquer un abaissement du niveau de la mer, il en est d'autres, comme sur les côtes de Scanie, où le niveau parait au contraire s'être élevé, car les marques faites jadis à fleur d'eau se trouvent main-' tenant au-dessous. La conclusion évidente de ces faits contradictoires,, c'est que le niveau de la Baltique n'a pas plus changé que celui de toutes les mers; mais qu'en Finlande, et dans une grande partie de la Suède, le terrain s'élève graduellement, sans secousse apparente, tandis que dans la partie méridionale de la presqu'île il s'affaisse de la même manière.

g 36. AfraissoDients lents ei progremmït». — Outre cet affaissement lent et progressif des côtes de Scanie, qui se trouve attesté, d'une manière irrécusable, par des épreuves commencées du temps de Linné, on a^des exemples du même fait sur une échelle plus étendue. Il est iÇT/s'oie doute aujourd'hui que depuis quatre siècles la côte occidentale du Groenland s'est continuellement affala*

rj sée, sur une longueur de pMs de 200 lieues du nord au sud; d'ani^ ciennes con8tructiontf?<rfîft «ur des îles basses que sur le continent, ont' été graduellement submergées, et fréquemment on a été dans la nécessité de repousser plus loin dans les terres divers établissements formés près du rivage. On a également indiqué des affaissements dans certaines îles du Grand Océan, et particulièrement dans la mer des Indes et dans les îles de la Sonde; mais, dans ces ; lieux si rarement visités par les géologues, les faits ne sont pas encore suffisamment établis (voy. gg 121 et 164). Il est fort remarquable aussi que les mesures barométriques

Ï'ises dans les Andes par M. Boussingault indiquent toutes des luteurs moindres que celles qui ont été observées 30 ans aupalavant par M. de Humboldt; les différences se trouvent toutes dans

J5 même sens, ce qui montre assez qu'on ne peut les attribuer àtt es erreurs d'observation. 11 semble en résulter que daAs les montagnes de ce continent il s'est opéré un affaissement diins cet espace de temps, ce qui s'accorderait d'ailleurs avec une autre ob^ servation importante, celle de l'élévation apparente de la limite inférieure des neiges dans ces contrées.

^ g 37. Conelonion générale. — 11 doit paraître maintenant bien , établi que les tremblements de terre sont capables de produire de^^ grandes modifics^tions à ' la surface de la terre, puisque dé nos jours de vastes contrées ont pu être soulevées sensiblement audessus du niveau des mers. 11 n'est pas moins évident qu'il ^ fajLun travail lent, en vertu duquel diverses parties de nos continents peuvent aussi s'élever successivement, et que, par opposition, M s'opère) des affaissemen^ gpduels aussi bien que des enfoncements subits, qui sont^nâ c^ute des phénomènes corrélatifs.

Toutes ces circonstances, si remarquables, ne paraissent cependant avoir rien de bien é^nnant lorsqu'on réfléchit à l'énorme disproportion qui existe enire l'^^isseur de la croûte solide du globe et la masse de matière fondue qu'elle recouvre. Est-âl surprenant qu*une telle é(fôrcé,' relativement plus mince qu'une feuille d'or battu sur une orange, puisse être tourmentée de toute manière au moindre mouvement de la masse sous-jacente, surtout si l'on observe que, des mouvements .semblables ayant eu lieu, sans doute, depuis que la première {Pellicule est consolidée à la surface, toutes les croûtes successives ont dû être crevassées dans tous les sens, et que par conséquent leur masse ne peut avoir la résistance d'une enveloppe continue? Nous allons en voir encore d^auties effets dans les paragraphes suivants.

PHÉNOMÈNES VOLGANIÛUES ACTUELS. S7

g 58. Idées sénérale«. Explosion, émption. — Les phénomènes volcaniques ont la plus étroite liaison avec les tremblements de terre, et en sont en quelque sorte les derniers résultats. Lorsque dans les trépidations et les soulèvements du sol la croûte terrestre se trouve crevassée profondément, il s'établit une communication de Fintérieur du globe à Textérieur, et il se dégage diverses matières du sein de la terre. Les gaz de diverses espèces, les eaux chauâes ou froides, simples ou sulfureuses, chargées quelquefois de boue, offrit les résultats passagers les plus simples. Mais fréquemment aussi, à travers le sol soulevé et crevassé, il se fait, au milieu de détonations violentes, des explosions qui lan*cent au loin tous les débris du terrain,|^mme il parait être arrivé à Saint-Michel des Açores en i522,'ouIes débris de deux collines couvrirent toute la ville de Villa-Franca. Le plus souvent il se fait en même temps des éruptions plus ou moins considérables de matières incandescentes, scoriacées, ponceuses, ou à Tétat de fusion, qui tantôt sont projetées au loin ou s'écoulent sur les pentes, tantôt s'accumulent sur place à des hauteurs plus ou moins considérables : c'est ce qui s'est passé dans un grand nombre de localités dont nous citerons quelques-unes pour exemples.

-g 39. Éruption de l'Ile Sainl-Oeorses. — AU mois de mai

1808, à Saint-Georges des Açores, au milieu des champs cultivés, le terrain, après s'être soulevé, s'entr'ouvrit sur plusieurs points avec un bruit effroyable. Il se forma d'abord une vaste cavité ou cratère^ de 9 à 10 hectares, puis une plus petite à une lieue de distance, et enfin 12 à 15 petits cratères sur la surface crevassée. Une énorme quantité de scories et de ponces furent projetées au loin, et le terrain en fut couvert jusqu'à un mètre et demi d'épaisseur sur une étendue de 4 lieues de long et 1 de large. On vit ensuite des courants de matière fondue qui, pendant plus de trois semaines, ne cessèrent de couler du grand cratère jusqu'à la mer.

g 40. Monte Mnovo. — Le Monte Nuovo, formé en 1558 au fond de la baie de Baia, sur la côte de Naples, nous offre un autre exemple d'une, semblable éruption. De violents tremblements de terre duraient depuis deux ans : le 27 et 28 septembre ils ne laissèrent aucun repos ni jour ni nuit; la plaine qui se trouve entre le lac ÀvemCf le Monte Barbare et la mer, fut alors soulevéCy et diverses crevasses s'y manifestèrent, etc. (Pietro Giacomo di Toledo). On vit alors une grande étendue de terrain s'élever, et prendre subi^

tement la forme tTune montagne naisionte; dont la nuit du mime jour ce monticule de terre s'ouvrit avec grand bntil et vomit dit flammes considérables, ainsi que des ponces, des pierres et des cendres (Porzio). Les ponces provenaient du soulèvement dn sol, qd eet composé de débris de ces matières dans toute la Campanie; et . -quant aux pierres et aux cendres, elles provenaient de l'éruption qui se manifesta dans le moment : on voit encore sur la pente sud de 1b montagne une traînée de scories, et au sommet les restes da eratëre qni les a produites. L'émption dura sept jours, et les matières projetées et rejetées comblèrent en partie le lac Lucrio. D^ ptiit, la tranquillité la plus parfaite a constamment régné.

g 41. JaroUo. — Nous trouvons quelque chose d'analogue, avec des circonstances particulières, dans ce qui arriva au M^ «boachan, près de la ville d'Ario, le 29septembre 1759, après deux mois de tremblement de terre. Au milieu d'une plaine couverte de cannesà sucre et d'indigo, traversée par deux ruisseaux, il se fbrma en une nuit, dit H. de llumboldt. une gibbosité de 160 mètres de hauteur vers le centre, couverte par des milliers de petits c6nes fumants, au milieu desquels s'élevèrent six grandes buttes placées sur une même ligne (fig. 14), dans la direction des volcans de Colima et de Popocatepeit. [,a plus haute de cosbuttes.

nommée JoruUo, élail de plus de 500 mètres de hauteur au-dessus de la plaine; de ses flancs il s'échappa une assez grande quantité de laves.

PHÉNOMÈNES, VOLCANIQUES ACTUELS. ^v^mT^A^R ^^U^^

S 4^. YéMive. — Quelque cnbse de semblable a dû se passer au Vésuve, car Strabon décrit la montagne ainsi nommée par les anciens sans parler en aucune manière du cône si remarquable qui s'y trouve aujourd'hui (fig. 45), et qu'il n'aurait pas manqué d'indiquer. Il est donc évident que ce cône n'existait pas alors; mais les crêtes qui s'élèvent en demi-cercles au nord, en formant ce qu'on nomme aujourd'hui la Somma, faisaient probablement partie d'un cirque complet, rempli peut-être de débris, dont la moitié sud, beaucoup plus surbaissée, séparée de l'autre par une fente diamétrale qui passe par Taxe du cône actuel, n'offre plus qu'une trace à l'est et un indice à l'ouest par les tufs ponceux du Salvatore. La montagne, qui^e présentait peut-être comme fig. 16, était, dit Strabon. (Tune grande fertilité sur ses ventes; elle offrait un

Fig. 15. Vue du Vésuve actuel. Fig. 16. Vésuve du lemps de Strabon.

sommet tronqué en grande partie uni, entièrement stérile, d'un aspect brûlé, montrant des cavités remplies de crevasses et de pierres calcinées : d'oii Von pouvait conjecturer que ces lieux avaient été autrefois des cratères brûlants. Tout porte à croire que le cône qui seul porte aujourd'hui le nom de Vésuve, dont tous les produits sont différents des roches de la Somma, ne s'est formé que beaucoup plus tard, et probablement lors de la fameuse éruption de l'an 79, qui coûta la vie au naturaliste romain; il s'est fait sans doute alors un conduit permanent au milieu des matières qui se 'sontélevées sous la forme de dôme, et que les scories subséquentes ont enveloppées (§ 58). Cette catastrophe paraît avoir alors jproduit peu de laves, mais un horrible bouleversement qui, suivant PJinè le Jeune, précipita une grande partie de la montagne dans la mer^ et ensevelit Uerculanum et Pompéi, non sous des torrents de ma<^ titres fondues, comme on le dit vulgairement, mais sous des avalanches de débris ponceux qui existaient auparavant sur la pente de la montagne, car le Vésuve lui-même n'en a jamais produit un atome. Si toute la pente sud, tournée vers la mer, est maintenant occupée par des laves, il est évident qu'avant la formation du volcan permanent elle était couverte de tufs ponceux dont on voit encore les traces en divers points, comme l'est aujourd'hui jusqu'à une grande hauteur toute la pente extérieure de la Somma el même toute la Campanie (§40).

g 43. MBoitioB 4'aD toImiii. — Dans c^^véïiemenls dont nous ne multip]i,erona^jg^les exemples, il arrive souvent qoe la crevasse qni a ^riné Heu aux effets observés s'obstrue dans la profondeur, et que'là'tranquillité se rétablit complètement, comme an Xonte Nuovo. Dans d'autres^^rconsiances, au contraire, il se fait un conduit permanent, sqjfiirirnédiatement, soit après plusieurs secousses, et il s'établit quelquefois un foyer continu d'activité. oA la lave bouillonne constamment, il'où se dégagent incessamment des matières gazeuses et même des scories : c'est co qui a lieu i Stromboii depuis la plus haut« antiquité (g 60). Ailleurs, le conduit s'obstrue momentanément dans la partie supérieure- mais il suffit du main- .

dre.effortpour le débarrasser, ou poo/^' produire une nouvelle ouverture dans le Toisintige, par quelque fissure, qui s'an'dSto'mose ay^cle conduit principal, . (fig. 17). Sanstous lescas.ilen résulte un centre de communication facile de l'intérieur de la terre i l'extérieur, et' ' Fig, 1 1. Cndniit toieaitiqitei. g'gjt [j gg qu'on nomme un volcan. ^ 8 44. Ces communications sont peut-être des préservatife contre la violence des tremblements de terre, et l'on remarque en effet que du moment qu'il s'opère une éruption quelque part, les secousses qui jusque-là s'étaient manifestées deviennent à la fois moins forLes et moins nombreuses, ou mSme cessent entièrement. C'est ainsi que le tremblement de terre de Caracas, eu 1812, seteiv mina par l'éruption du volcan de Saint-Vincent dans les Antilles; que les éruptions de JoruUo, du Monte Nuovo, tenuinèrent les tremblements qui désolaient les contrées environnantes, etc. Par apposition, quand un volcan devient inactif, il semble que les tremblements de terre se déclarent : c'est ainsi qu'en 1797, quand le volcan de Puracé. près de Popayan, eut cessé de jeterdes flammes et de lafuméQ,la vallée de Quito fut agitée de violentes secousses. Les.volcaus sont doue comme des évents naturels préparés par la Providence pour prévenir le bouleversement complet du globe, et sa rupture inévitable en pièces, qui, lancées dans l'espace, pourraient y décrire de nouvelles orbites.

§ 45. Énipti*BB ■■ — ■ Éw ri Mc». — Ce n'est pas seulement au milieu des terres que les phénomènes volcaniques se manifBstent; ils ont également lieu sous les mers. De nos jours nous avooB vu m former ainsi l'Ile Juliaen 1831, au sud-ouestde la Sicile; Bogotlaw, en 1814, dans l'archipel Aleutien; Sabrins, et une antre qui ne M

PnÉNOMÈNES VOLCANIQUES ACTUELS. »

pas dénommée, en 18», dans le» Açores, ofi, d'ailleure, il s'en forma â différentes époques, suivant les narrations les plus authentiques. 11 s'en éleva de même à plusieurs reprises autour de rislande; et les relations diverses en indiquent également dans les tles de h Sonde, dans les Philippines et les Holuques, dans tout le Grand Océan, dans les Kuriieg, au Hamlschatka, etc.

g «. Volcan (CVnaiaska. — Un des plus be^ux exemples noni est fourni par l'tle qui s'éleva en 1796, à environ 10 lieues de la pointe septentrionale d'Unalaska, l'une des Iles Aleutiennes. On vit d'abord une colonne de fumée s'élever du sein de la mer; puis apparut, à la surface des eaux, un point noir, du sommet duquel des gerbes de matières incandescentes s'élancèrent avec violence. Ce phénomène continaa pendant plusieurs mois, pendant lesquels rtle s'accrut suc<^i)^ement en largeur et en hauteur; plus tard il ne sortit plus qji^e la fumée, qui cessa même tout â fait quatre ans après. Cependant l'tle continua encore à s'agrandir et à s'élever, sans déjection apparente; en 1806, elle formait un cône qu'on apercevait d'Unalaska, sur lequel il s'en trouva quatre autres plus petits du côté du nord-ouest.

8 47. Sanlorin. — U Méditerranée nous offre aussi unhel exemple d'éruptions sous-marines au ^ntre de l'espace compris entre les

Flg. 18. Catle ie SnUorM et dt lies Santorin, Tlieram, Aipronût(Bg, IS}, qui, suivant les a

eiens, appararent aa-dessus des eaux plusieurs siècles avant Jésus- Christ, à la suite de violents tremblements de terre. Dans cette enceinte s'éleva d'abord Hiera, 186 ans avant notre ère, qui s'^accrot ensuite par des îlols soulevés sur ses bords en 19, 726, 1427; puis se formèrent de même Micra'Kameni %n 1573, et I^ea-Kanfeni en 1707, s'accroissant successivement en 1709, 1711 et 1712, etc. II ne s est formé de cratère dans aucune de ces îles, et nous y voyons seulement une apparition de matières organiques, sous la forme de dôme, qui semblent avoir couvert Torifice par lequel elle^sont sorties. Il n'y a donc pas là de volcan suivant la définition que nous en avons donnée, mais tendance peut-être à en former un par la suite. Les lies de MUo, Argentiera, Polmo, Policandros, PoroSy etc., sont formées des mêmes matières, et ont eu probablement la même origine; c'est d'ailleurs ce que rapportent aussi Jes anciens historiens.

^ § 48. Ce qui me passe dans eos phénoinèBes. — Ces phénomènes sous-marins sont annoncés par des matières incandescentes lancées au-dessus des eaux, par des scories et des ponces qui nagent à la surface, par des rochers brûlants qui apparaissent au milieu des flots de vapeurs et par le bouillonnement des eaux de la' mer, dont la température devient alors très-élevée : c'est ce que nous avons vu de nos jours à Julia, â Sabrina, etc., et ce que les auteurs indiquent avec les plus grands détails dans toutes les relations. Le père Corée nous a donné celle de l'élévation de Nea-Kameni de Santorin, en 1707, et toutes les circonstances qu'il indique sont d'accord avec ce que Strabon, Pline, Plutarque, Justin, nous rapportent de l'apparition de Hiera au milieu des flammes et d'une violente ébullition des eaux de la mer.

Cependant les circonstances que nous venons d'indiquer ne se trouvent pas toujours toutes réunies. Quelquefois aucun rocher solide ne se présente au-dessus des eaux : c'est ce qui arriva au Kamtschatka, en 1757, où des jets de vapeurs, une grande ébullition de la mer, des pierres ponces nageant à sa surface, furent tout ce qu'on aperçut; mais, quand on put approcher, on reconnut une chaîne de montagnes sous-marines, là où il y avait auparavant une profondeur de 200 mètres. Dans d'autres cas il n'y a pas même de jets de vapeurs; le phénomène se manifeste par la chaleur deseaux et par l'élévation subite des dépôts qui existaient au fond des mers : c'est ce qu'on vit en 1820 à Tlle de Banda, dans les Moluques, où la baie, qui avait plus de 100 mkres de profondeur, fut remplie par un soulèvement tranquille de matières compactes basaltiques préexistantes (g 512 i),qui formèrent un promontoire compoaôdi

PHÉNOMÈNES YOLCAWQUES ACTUELS. 33

gros blocs entassés les uns sur les autres, sans autre phénomène accessoire que réchauffement des eaux.

g 49. Il paratl même qu'après les éruptions il se fait souvent un soulèvement paisible et lent, comme nous l'avons indiqué à Tîle formée devant Unalaska (§ 46), et comme il résulte des observations de M. Virletà Santorin. En effet, entre Micra-Kameni et le port de Phira (fîg. 18), espace où se trouve une montagne sous-marine assez abrupte, il y avait, au commencement du siècle, 30 mètres d'eau nu-dessus de la partie la plus haute; mais il n'en restait plus que % mètres en 1850, et 4 en 1834. Il est à présumer qu'incessamnnent une nouvelle île, c'est-à-dire la pointe d'un nouveau cône, appa- -raîtra dans cette partie du golfe, et peut-être avec tous les phénomènes ignés qui se sont manifestés à diverses époques dans d'au- Ires points de la localité.

Ajoutons que les îles qui s^élèvent à la surface des mers ne se conservent pas toujours indéfiniment. Beaucoup d'entre elles disparaissent après plus ou moins de temps, soit qu'elles se trouvent •rasées plus ou moins profondément par les vagues, comme on le suppose pour l'île Julia, soit que leur masse s'enfonce dans des 'abîmes formés au-dessous d'elles; c'est cette dernière circonstance qui eut lieu sans doute pour une île soulevée en 1719 près de ^aint-Michel des Açores, et qu'on vit disparaître en 1723, laissant une profondeur de 133 mètres. Il y a mieux encore : à la place d'une île soulevée dans les mêmes parages, en 1630, on ne trouve plus aujourd'hui qu'un abîme sans fond.

% 50. Cratères de seulèYemeiit. — Le premier effet d'une éruption est de briser avec violence la croule terrestre sur la direction que les matières intérieures ont prise pour se dégager. Le terrain, quel qu'il soit, est d'abord soulevé sur une étendue plus ou moins considérable, ou bombé sous forme de cloche, souvent fen- , dillé de toutes les manières; bientôt, l'explosion se déclarant, il se o ' '''«*^^ <> fait, comme par l'action d'une mine formidable, une ouverture en forme d'entonnoir, par laquelle se dégagent souvent ensuite les matières gazeuses et autres qui ont causé l'événement (§ 38 à 41). C'est à ces ouvertures initiales, qui peuvent avoir lieu dans toute espèce de terrain, qu'on a donné le nom de cratères de soulèvement, par la nécessité de les distinguer, datis la série des phénomènes volcaniques, de tout ce qui peut se faire ultérieurement. La butte ellemême qui se produit à la surface du sol, par ce premier effet, se nomme souvent cône de soulèvement, pour la distinguer des buttes analogues qui se forment aussi par l'accumulation des matières incandescenles rejetées liors du volcan (§ 58, 59^.

% 51. CMwelèrMi «e «60 •orerCiprvs. ^ Ce qui caraetérise les cratères de soulèyement, et les fait reconnaître dans les lieux mêmes où il ne reste aneun souvenir d'éruption, e'est la disposition des couches du terrain souleyé, fort différente de ce qu'elle of&e' partout ailleurs. Ces couches se trouvent alors inclinées de toutes

parts autour de Taie du cône, comme dans la coupe ûg. 19, se relevant de plus en plus.de la ba^e au sommet, et présentant leuis Vig.is. Dispositions de* couches autour tranches abruptes vers rintérieur

Hun crùtère de soulèvement, ^^ i^ cavité. Le Monte NUOVO: noUS

en offre un exemple en petit : la montagne s^est formée par soulèvement (g 40), s'est crevée au sommet en projetant au dehors des gaz et des matières incandescentes; et la cavité présentée son pourtour, sous rinclinaisôn de 50 degrés, les diverses .eouches de terrain qu'on trouve déposées horizontalement dans tout le reste de la Campanie. Le demi-cirque de la Somma (§ 42) présente le même fait dans les nappes inclinées de ses porphyres amphigéniques, et beaucoup de localités nous en offrent d'analogues.

Un autre caractère non moins important, etsurtotit utile quand les matières soulevées ne se divisent pas en couches» nous est fourni, dans les grands cratères de soulèvement, par les crevasses qui s'étendent du bord des escarpements jusqu'à la base extérieure de la montagne, et qui forment ce qu'on nomme des barancos dans les îles Canaries, où elles sont si remarquables; c'est ce qu'on voit parfaitement dans l'admirable carte de l'île Palma, dressée par M. de Buch, et dont nous donnons ici la réduction (fig. 20). L'un de ces barancos, beaucoup plus profond que les autres, se prolonge du pied de la montagne jusqu'au fond du cratère, comme on le voit sur la carte, et peut-être mieux encore dans la vue que représente la figure 21 . Ce dernier caractère se voit presque .toujours dans les

• Tazacorte.

tig. 21. Vue de l'ile Paimsk

différentes localités où se sont produits de semblables événements, ainsi que dans la plupart des îles qui se sont élevées de nos joun au milieu des mers; souvent même il y a plusieurs vallées de k même espèce.

PHENOIBHES TOLCANIQUES ACTUELS.

lit- Kl. Carie it Ftk PaOw.

% 53. HHMart|Dea sar la fonualion de ttm eratèrea. —

Nous Tenons d'indiquer l'exploMon comme déterminant la formfttioQ de la cavité cratêriforme au sommet de la masse soulerée; eependantil n'est pas probaLlequecettB circonstance, qui s'applique «nx événements du Monte Nuoro, de l'Ile Saint-George , etc. [g 59 et 40), se soit constamment présentée dans tous les cas; et mâme

Bt CËOLOGIE.

elle paratt inadmissible pour certains cratères d'une vaste éten^ que nous connaissons en un grand nombre de lienx. Hais ceM explosion n'est pas même nécessaire : on conçoit en effet, qn'apia certains crovassements (Bg- 22), qui sont des résultats corrélatife dfl soulèvements (§ 50| , il puisse arriver que toutes les quilles restée^

fie- ïïï. Fig. la.

debout, et toutes les pointes allouées entre tes fentes, se trouvent culbutées, soit au moment même, soit par une nouvelle action, il en résulte dès lots une cavité libre (Cg. 92), dont le fond est formé Dar l'accumulation de tous les débris, eldont la profondeur est en rapport avec la somme des vides formés par les fractures. D'un autre côté, -il est clair que le soulèvement est produit par quelque matière, liquide ou gaieuse, qui pousse la croûte terrestre et la force à se tuméfier; or, s'il arrive que ces matières trouvent une issue quelque autre part, ou se retirent ailleurs dans les entrailles de la terre, la masse soulevée, se trouvant sans appui, peut s'affaisser en partie dans les abtnies laissés au-dessous d'elle, et par conséquent occasionner un vide immense au milieu de la (fibbosilé, qui n'offre plus alors qu'un massif évidé au centre et crevassé sur ses bords : c'est ce qui parait devoir être arrivé dans un certain nombre de cas, et notamment au massif de l'Etna (fîg. 24et 25), dont la pente orientale présente un vaste enfoncement nommé Val dei Bove, bordé de crêtes crevassées en divers points.

g 55. Qu'on ne croie pas ce commentaire une pure spéculation théorique; nousavonsun grand nombre d'enumples positifs d'effondrements comparables, en dehors même des effets produits par les tremblements de terre (§ 50). Au sommet de l'Etna, il s'en est fait un de i(\0 mètres de profondeur en 1852. et plusieurs autres ont été produits au commencement de notre siècle ou à la fm du précédent. Fréquemment il s'est fait tout â coup des lacs, quelquefois d'eau bouillante, par l'enfoncemeDl subit du terrain à la suite des

niÉSœiÈNES VOLCftSIOCtS ACTUEIS.

^émptions volcaniques, comme en 1&35prË8 de l'ancienne Césaré« -g^deCappadoce, eniS20 à Saint-Michel des Adores, etc. Il est arrivé jj^m^e que de hantes montagnes volcaniques se sont affaissées su- ^ bitement et ont été remplacées par des lacs profonds, comme le volcan de Papandayan i Java, en 1772, qui entraîna quarante villages dans ses flancs; comme aussi, en 1 638, le pic des Holuques, fl qn'on apercevait jadis de 13 lieues en mer. Le sommet du Cargna- ~B0, dôme volcanique qui rivalisait de hauteur avec le Chimbo- 10, s'écroula en i69S; il en fut de mËme du Capac-Urcu, égale- 9nt situé sur le plateau de Quito, peu de temps avant rarrivée s Espagnols en Amérique. De tels faits, dont nous pourrions £T encore un assez grand nombre, suffisent certainement pour stifler les idées théoriques que nous avons expoaées.

Fig. SI. Plm de tEma eiitaet («tirtst-

8ft4.

différentes Iles volcaniques qui se sont formées Qi et M sous noa yeux, au milieu des mers, nous présentent des circonstances tout i foit analogues i celles que nous venons de décrire. En effet, l'tls Sahrina (g 45). au moment de son apparition, présenta un cra-

ig GEOLOGIE.

ttrf qui s'oiivrait au sud,(fig. 26 et 27), et se leimmaa par une

Kig. «. Fis SI.

AfftrltiM tt [mM de etrlebut tUt mUaMqve»,

crevasse d'où sortait un courant d'eau bonitlainte; l'Ile Julia dut offrir quelque chose d'analogue, d'après les narrations, et c'est encore ce que montre un récit du capitaine Thayer. En e^et, le S septembre 1855, an nord de ta Nouvelle-Zélande, ce navigateur rencontra un rocher annulaire nouvellement formé presque à fleur d'eau, au milieu duquel se trouvait une lagune n'ayant qu'une j seule issue, et dans laquelle l'eau était hrûlante.

Toutes ces lies paraissent n'être autre chose que des pointes de dômes soulevées comme ceux d'UnalasIia, de Santorin, soit instantanément, soit avec lenteur, et dont le sommet s'est crevé, comme au Honte Nuovo (g 40). Ce sont alors de véritables cratères de | soulèvement, ou d'explosion, qui peuvent offrir des roches quelconques aussi bien que des tufs ou des scories. L'archipel des A^ | res, qui tant de fois a vu naître de semblables îles du fond des mers, en présente une qui semble avoir échappé â la destruction •• pour montrer commet se sont formées toutes celles qni ont disparu. C'est le rocher de Porto de llkeo, qui présente un vaste cirque dans lequel les vaisseaux viennent se mettre d l'abri, et dont les parois, élevées de 130 mètres, sont composées de tuf volcanique. I g 55. Ilea dlvenras «a même tmvmo, — Les phénomènes dont nous sommes ainsi les témoins nous conduisent à reconnaître l'origine d'un assez grand nombre d'îles qni se trouvent dans nos mers, tant par l'analogie de leurs formes avec celles des lies que nous venons de citer, que par leur n&tnre. Lea unes sont ea foiiiie

PHÉNOMÈNES VOLCANIQUES ACTUKLS. ' 38

de fer à chcTal (fig. 28), offrant nne ouverture -plus on moins large jT^---. £:^ P"'' laquelle on peut péoÉtrer dans

/^— ^^7^ P i:;>rintérieurdubassin profond qu'elles

l î £3 Q renferment, et au centre duquel se

\j-^,^^-0 =3 <» trouvent quelquefois des buttes iso- ^-^ — '"'^^ lées volcaniques. D'autres nous pré-

Fig. n. Buftaiiiou it caiaiM, sentent des cirques complètement itaitiaateriUStid. fermés, plus OU moins écornés sur

quelques points de leur pourtour, ou bien des groupes de petites Hes réunies circulai rement, qui sont plus ou moins saillantes audessus des eaux. Ce sont autant de circonstances qui rappellent les différents faits que nous venons de citer.

g 56. EffBM poHMrieorB «n HHiiëTemeBi. — Les cratËres dfl soulèvement sont quelquefois restés tels que le premier événement les a produits; mais souvent aussi divei-s phénomènes voka~ niques s"y sont postérieurement manifestés, en différents temps et de diverses manières. C'est ainsi que le cône du Vésuve (g il, fig. 15) s'est formé en 79, dans l'ancien cratère de soulèvement de laSomma; que le pic de Ténériffe se tronye dans un cirque dont les parois verticales s'élèvent de 300 à 600 mètres; que le volcan de Taal, dans l'Ile Luçon, l'une des Philippines, est placé au centre d'un bassin rempli d'eau, et entouré de rochers élevés qui ne laissent qu'un seul passage pour entrer, etc.

Quelque chose de semblable se présente dans le golfe de Bengale, à rtle Barren, reconnue en 1787. C'est un vaste cirque (fig. 29), formé de hautes montagnes, dans lequel la mer pénètre

par une seule ouTerture, et dont le centre est occupé par un vulcac de 600 mètres de hauteur, qu'on trouva en pleine activité au momflntde la découverte.

g 57. Les tles Santorin, Theresia, Alphronfsi,(g 47), paraissent aussi appartenir aux bords d'un vaste cratère de soulèvement ; d'un côté, les anciens les citent comme étant apparues longtemps avant Fère chrétienne, à la suite de violents tremblements de terre; de Tautre, elles offrent des couches inclinées en dehors fûg. 30).

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fig. 10. Cêupê 4ê SmOorin et dei îki aélioeaUet.

qui présentent leurs tranches abruptes (g 51), vers la partie cen» traie de la baie. Or, c'est au milieu de ce cirque» dont la profondeur est considérable sur les bords, que se sont produits tous les phénomènes volcaniques subséquents, qu'ont apparu successivement les sommets des cônes qui constituent les trois îles modernes (g 47), et que se préparent encore des éruptions nouvelles (g 49).

g 58. Diverae« épo^aes de la foraiatioii d'à ▼•■eau. —

Il faut souvent distinguer, dans une montagne à volcan, plusieurs parties différentes, qui correspondent chacune à une époque particulière et à un mode spécial de formation. La première gibbosité est, en général, l'effet d'un soulèvement du sol préexistant, dont la nature peut être quelconque. A la suite, il se fait tôt ou tard un crevassement qui produit soit un cratère de soulèvement, soit un dôme de matière pâteuse (g 41), distingué nettement de la première butte, par l'étendue comme par la forme, au milieu duquel il reste souvent une cheminée permaneute. C'est alors que peut commen» cer un troisième effet, celui de la formation d'un cône terminal, au moyen des matières scoriacées soulevées par le bain de lave dont le conduit se remplit ; ces matières se trouvent poussées sur les bords de l'ouverture, ou lancées dans les airs, d'où elles retombent autour du centre d'éruption, s'accumulant alors en cônes sous les pentes maximum de 30 à 35*. Ces scories se ressoudent vers l'intérieur de la cheminée, qu'elles rétrécissent alors de plus en plus par des encorbellements successifs et dont elles masquent ainsi le diamètre véritable.

Il est rare qu'on trouve ces trois sortes de formations réunies dans un même volcan; mais on reconnaît toujours la gibbosité produite par soulèvement, et l'une ou l'autre des buttes secondaires. A Ténériffey un dôme erevé au sommet s'est élevi au milieu du cratère

de soulèvement. Au Vésuve proprement dit, d'après Tin variable solidité de la base et diverses autres observations, on peut soupçonner dans le cône actuel un noyau central produit à la manière d'un dôme en 79, puis enveloppé de matières incohérentes, et au sommet duquel il s'est formé un véritable cône de scories qui seul a subi diverses modifications successives. A TEtna (fig. 24), on distingue clairement la gibbosité primitive, offrant des nappes de laves anciennes soulevées au milieu de la surface légèrement bombée que présente toute cette partie de Tîle : elle est terminée par une surface presque plane, le Piano del Lago, au milieu de laquelle s'élève le cône terminal de scories, circonscrit régulièrement de tous côtés, et séparé nettement de la base sur laquelle il s'est formé. Sur les pentes se présentent des petits c^nes d'éruption, qui se sont depuis formés çà et là à diverses époques, et qui ont contribué au bombement de tout le terrain d'alentour.

§59. Variations du eAne terminal. — Il est clair que descônes

de scories, construits comme nous venons de le dire au-dessus des gouffres volcaniques, ne peuvent avoir que peu de solidité : aussi changent-ils souvent de forme à chaque éruption; fréquemment il s'en écroule des lambeaux plus ou moins considérables, et de là des cônes profondément ébréchés de toutes les manières. Dans d'autres circonstances, toute la masse est engloutie à la fois dans les abîmes qu'elle recouvrait, puis elle se réédifie par les éruptions subséquentes : c'est ce qui est arrivé au cône terminal de l'Etna, qui a disparu plusieurs fois complètement, laissant un immense soupirail sans parapet au milieu du petit plateau qui termine la gibbosité initiale. Au Vésuve, il n'y a jamais eu, à ce qu'il paratt, que la partie terminale même du cône général qui se soit modifiée, ce qui semble indiquer que le reste de la masse a été formé d'une autre manière. Il arrive aussi que l'édifice s'élève de plus en plus, ce qui semble résulter de Tinjection des laves dans les fentes qui s'y forment au moment des éruptions.

g 60. Intérieur des eratèren. — L'intérieur des cratères n'offre souvent que peu d'intérêt à l'observation. Après les éruptions, pendant lesquelles on ne peut approcher, ces cavités, de forme conique, dont le diamètre supérieur est plus ou moins considérable, dont le fond paraît souvent formé par une calotte de lave consofidée qui couvre la cheminée principale, ne présentent ordinairement que des jets de vapeurs sulfureuses, qui se dégagent des fissures du sol, des interstices des blocs éboulés, ou de divers petits cônes soulevés çà et là. Quelquefois on observe un ou plusieurs gouffres, tantôt remplis de vapeurs qui se dégagent continuelle-

ment, et laissant voir parfois la lave incandescente à la profondeur; tantôt silencieux et obscurs, capables d'inspirer la terreur, mais sans rien dire à Timagination, sans porter le moindre intérêt à Tobservation. Dans les longs intervalles des crises, les traces de volcanicité disparaissent souvent tout à fait; dans certains cas même, les parois des cratères se couvrent de végétation, comme on le rapporte du Vésuve avant l'éruption de 1631 .

11 y a cependant quelques observations qui méritent d'être rapportées. Le cratère de Stromboli, en activité continuelle depuis les temps les plus anciens, présente encore aujourd'hui des phénomènes identiques avec ceux qui ont été décrits par Spallanzani en 1788. Il est constamment rempli de lave en fusion, qui, sans interruption, s'élève et s'abaisse successivement dans la cavité. Par^ venue à 8 ou 10 mètres des bords, cette lave se gonfle, se couvre de grosses bulles, qui bientôt éclatent avec fracas, en laissant échapper une énorme quantité de gaz, et projetant des matières scoriacées de tous côtés. Elle s'abaisse bientôt après l'explosion, puis elle remonte pour reproduire les mêmes effets, qui se répètent ainsi régulièrement à des intervalles de quelques minutes.

§ 61 . Si la lave de Stromboli était moins fluide, on conçoit que, parvenue à sa plus grande hauteur, elle pourrait s'arrêter, prendre la forme bombée» se consolider eu dôme plus ou moins élevé; et qu'alors, s'il se faisait une explosion, il pourrait se former un nouveau cône à cratère au milieu de l'ancien. Cela nous explique ce qui est arrivé fréquemment au fond des cratères, et par exemple au Vésuve (fig. 31], où se sont élevés des dômes qui ont subsisté plus ou moins de t^mps, se sont ensuite crevés, ont donné passage à des laves, et ont fini par s'écrouler dans les abîmes restés au-dessous d'eux. Certains cratères dont le fond présente une assez grande étendue renferment souvent des collines plus ou moins hautes, qui ont eu probablement une origine analogue à celle que nous venons d'indiquer ; soit qu'une lave, arrêtée sous forme de calotte à une certaine hauteur, ait été gonflée en différents points, soit que des soulèvements aient eu lieu dans les matières diverses qui avaient comblé la cavité.

§ 62. Quelquefois, au lieu de lave, on trouve au fond des cratères du soufre en ébuUition, comme à Vulcano, ou sur une plus grande échelle au volcan de Taal, dans l'île Luçon (g 56), et à celui d'Azufral, au nord de Quito, dans les Andes; on y cite aussi des collines et même des dômes de soufre, comme M. Boussingault ]*a observé au volcan de Pasto.

S 63. Un des cratères les plus remarquables et les plus vastes

PIIËNOHËMES VOLCANIQUES ACTUELS.

if imt U crtltrt iu rénre ai 1819.

Celle immense cavité, à laquelle on a donné 3 à i lieues de lour, ofîrail â l'intérienr. en iSlO. Irois étages plus ou moins abnipls, dont le plus central avait 525 mètres de hauteur, tout remplis de Assures par lesquelles s'échappaient des vapenrs sulfureuses. Au dire des habitants, cette cavité descendait autrefois jusqu'à la mer, qui y laissait filtrer ses eaux, et présentait aloraquatre étages, dont le plus bas est aujourd'hui comblé par les matières volcaniques. Il paraît même que trois ont été successivement remplis, etqu'en 1835 ■ il n'en restait plus qu'un; mais il y aura eu ensuite des elfondr»ments successif. Le fond du dernier escarpement était, en 1840, comme une immense chaudière remplie de laves en fusion, tantAt assombries par les scories qui les couvraient, tantôt éclairées par des colonnes jaillissantes de feu, des lacs et des riviëres de matières fondues, i la surface desquelles les scories nageaient comme desgls- ^ns. Plnsienn c6nes étaient en pleine activité dans cette enceinte,

êi GÉOLOGIE.

1$ 64. 0oiffatAre«. — 11 existe un grand nombre de cratères qui, depuis longtemps» sont réduits à des dégagements plus ou moins abondants de gaz, ordinairement sulfureux, qui s'échappent des fissures du sol, et souvent avec de la vapeur d'eau. C'est de là qu'on a tiré le nom de solfatares, par lequel on désigne les divers lieux où ces phénomènes sont plus ou moins développés. Il en est qui paraissent avoir toujours été dans cet état : telle est, par exemple, sur la côte de Naples, la solfatare de Pouzzoles, vaste cratère de soulèvement (§ 168), au fond duquel se trouvent des roches volcaniques journellement décomposées par les vapeurs. Cette solfatare remonte à la plus haute antiquité, et paraît avoir présenté rarement d'autres effets que ceux qu'on y observe aujourd'hui. Dans les moments de repos, les cratères des volcans deviennent des solfatares plus ou moins énergiques.

Il n'est pas rare de trouver le fond des cratères et des solfatares occupé par un ou plusieurs lacs qui sont fréquemment d'une grande profondeur. Les eaux qu'ils renferment sont quelquefois assez pures, mais souvent aussi elles sont chargées de sels divers, ou même d'acides sulfureux et sulfurique, comme on le voyait au volcan de Teschem, ou montidienne, dans l'île de Java, avant 1817, époque où cette montagne fut entièrement bouleversée par l'action des gaz, comme nous le verrons plus tard (§ 78).

§ 65. iTomiiieneenieiii de* émptioiis. — Il ne faut pas confondre les émissions continuelles de gaz ou de matières scoriacées de certains volcans, comme le Stromboli (g 60), avec les éruptions, qui sont des événements subits, heureusement passagers, amenant souvent la désolation dans toute une contrée. Lorsqu'une éruption se prépare, elle s'annonce ordinairement par des tremblements de terre, à la suite desquels elle se déclare avec plus ou moins de fracas. S'il existe un volcan dans la contrée, il commence par lancer des fumées abondantes composées de gaz divers et de vapeurs d'eau, puis des matières pulvérulentes dont la quantité devient quelquefois immense, et qu'on nomme cendres volcaniques; il s'y joint ensuite, et souvent dès le principe, des fragments de pierres poreuses incandescentes nommées rapilli ou lapilli, et pouzzolanes, des blocs plus ou moins considérables de matières solides qui sont quelquefois lancés à de grandes distances, enfin des portions de matière fondue arrachées à la lave dont le cratère est rempli, et qui, s'arrondissant par leur mouvement dans l'air, forment ce qu'on nomme les bombes volcaniques» 11 résulte de tout cela, au milieu de détonations violentes, d'immenses gerbes de matières lancées à de grandes hauteurs, éclairées par la réverbération de la lave en fusion, de

PHÉNOMÈNES VOLCANIQUES ACTUELS. «î.

manière i figurer des flammes, et dont les parties rétombent plus ou moins loin du foyer, suivant leur poids et leur force d'impulsion. Les cendres, les rapilli ou les ponces produisent alors dans les environs du Volcan, quelquefois même au loin, des dépôts considérables qui forment ce qu'on nomme des tufs volcaniqueSf de* tufs ponceux, des conglomérat divers.

Les vapeurs et les cendres lancées des volcans forment quelquefois des nuages énormes, souvent assez épais pour intercepter la lumière du soleil et couvrir de ténèbres toute une contrée. Ces nuages, poussés par les vents, sont portés parfois à de très-grandes distances; ainsi, en 1794, les cendres du Vésuve furent poussées jusqu'au fond de la Calabre, et Ton trouve dans Procope que pendant Téruptiou de 452 elles furent portées jusqu'à Constantinople; en 1812, celles du volcan de Saint-Vincent, dans les Antilles, furent portées à Test jusqu'à la Barbade, et y répandirent une telle obscurité, qu'en plein jour on ne voyait pas à se conduire; en 1815, celles de 1 éruption de Sumbawa furent portées jusqu'aux lies d'Amboine et de Banda, à 290 lieues.

On ne peut voir ce qui se passe au fond des mers dans les éruptions sous-marines; mais il est clair que les projections de matières terreuses, de rapilli ou de ponce, ne peuvent être moins considérables, puisqu'on en voit presque toujours des quantités énormes à la surface des eaux pendant les moments de crise, et que, dans les parties de terrain soulevées, on aperçoit distinctement des dépôts de tufs volcaniques, de tufs ponceux et de conglomérats, tout à fait semblables à ceux qui se forment à la surface des terres.

§ 66. Apparition des matières fendues. — LeS phénomènes

que nous venons de dter sont quelquefois les seuls effets de l'éruption, mais souvent ils ne sont que les avant-coureurs ou les annexes de l'expulsipn des matières en fusion, qui bientôt apparaissent sous différentes formes. Quelquefois ces matières, en masses pâteuses, s'élèvent en dômes au-dessus de l'orifice même qui leur donne issue, et constituent des montagnes plus ou moins élevées, tantôt pleines, tantôt perforées verticalement au centre, susceptibles quelquefois d'être poussées de plus en plus au dehors : c'est ce qui est arrivé à Jorullo (g 41), ce qui s'est passé à Unalaska (g 46), et se passe encore dans le golfe de Santorin (g 49), et ce qui dut avoir lieu dans un grand nombre de localités que nous connaissons.

Dans d'autres circonstances le cratère antérieurement formé au sommet d'un volcan se remplit complètement de matières fondues; celles-ci en écornent bientôt alors une partie plus ou moins profondément, puis se déversent en torrents qui sillonnent le flanc de

la montagne et s'écoulent Jnsque dans la plaine, où elles s'étendent plus ou moins.

Ailleurs et surtout lorsque le cône se trouve déjà à une grande hauteur» comme à FEtna, à Ténériffe, dans les volcans des Andes, etc., c'est rarement par le cratère terminal que les matières fondues se dégagent. Il se forme sur le flanc de la montagne, à son pied, ou dans la plaine environnante, quelquefois même à de grandes distances, des crevasses plus ou moins larges, qui se trouvent toujours dans un plan vertical passant par Taxe de la cheminéç principale, et c'est par là que les matières liquides se font jour à la surface du terrain (§ 43). Quelquefois la fente donne immédiatement issue à la lave par tous les points de son étendue, mais le plus souvent il se produit, sur sa^ direction, un ou plusieurs cônes successifs par lesquels la matière en fusion s'échappe. Il arrive même qu'il se fait ainsi de ces cônes adventifs sur plusieurs crevasses à la fois, soit immédiatement, soit successivement, et que tout le terrain s'en trouve couvert.

§ 67. Forme des eouranto sniTant le« pentes. -— S'il arrive que les crevasses d'éruption se fassent au pied du volcan, dans un pays plat, la lave qui en sort s*étend en larges nappes horizontales au milieu de la plaine : c'est ce qui eut lieu en Islande en 1783; des crevasses se formèrent dans la plaine au pied du Skaptar-Jokul, haute montagne volcanique de la contrée, et il s*en échappa un volume immense de matières en fusion. Celles-ci s'étendirent immédiatement sur le terrain, dont elles couvrirent plus de 80 lieues carrées, remplissant tous les has-fonds et formant un vaste lac de feu dont la profondeur était considérable.

Mais les choses ne se passent pas toujours ainsi; l'écoulement se fait souvent sur des pentes plus ou moins inclinées, et les laves forment à leur surface de véritables courants, plus ou moins longs» dont une partie reste sur le terrain, par suite du refroidissement, et comme témoin de leur passage. Après sa sortie du sein de la terre, la matière en fusion se refroidit bientôt à l'extérieur, se solidifie, en se ridant et se gerçant de toutes les manières, et acquiert ainsi une croûte, ordinairement poreuse, dont l'épaisseur devient de plus en plus considérable. Cette croûte empêche le liquide, ou la pâle qu'elle enveloppe, de s'étendre en largeur, et permet des lors au courant de conserver une certaine épaisseur; de plus, elle préserve, par son peu de faculté conductrice, la partie inférieure de la lave contre le refroidissement, qui par là peut devenir extrêmement lent. On a vu, en effet, des laves rester liquides ou pâteuses, et conserver une température très-élevée à lintérieur, pendant des

temps très-considérables; les auteurs en indiquent qui coulaient encore» sur des pentes très-faibles/ dix ans après leur éjection, et Ton eu cite même à FEtna qui répandaient des vapeurs vingt-^ix ans après leur émission du sein de la terre.

Si, après ]e refroidissement extérieur, la source volcanique con tînue â fournir, Técoulement se fait dans le sac consolidé qui s*est formé; sac qui se tourmente alors de toutes les manières, se disloque et se rétaMt successivement ; de là, torsion, cordellement, irrégularités diverses dans le courant. Quand la source vient à tarir, la matière qui en est sortie continue â s'écouler dans le sac qui la renferme; mais celui-ci s'aplatit successivement, et le milieu s'affaisse en laissant un bourrelet plus ou moins élevé sur ses bords : c'est ce qui se manifeste d'abord â la partie supérieure de la coulée; puis successivement jusqu'au point où la matière liquide, devenant de

plus en plus visqueuse, n'a plus la force de tirer après elle les parties solides qui se forment, de les briser et de les pousser en avant. La lave s'arrête alors au fond du sac» qui se termine

Fig. 32. Culot de lavearriiie sur unepeaU. par un culot pluS OU moinS épais

(fig. 52).

§ 68. Il est à remarquer que, quand la pente du terrain sur lequel la lave s'écoule est fort inclinée, la matière, liquide ou pâteuse, forme toujours un courant étroit et de peu d'épaisseur, une lanière, seulement sur le flanc de la montagne. Lorsque la sourde se tarit,il ne reste à la surface du sol, derrière le torrent écoulé, que la pellicule solidifiée de sa surface, qui présente alors une couche mince de matière poreuse, en fragments incohérents, plus ou moins contournés. Les laves pierreuses, susceptibles de prendre la structure porphyrique, ne laissent même presque rien sur des pentes qui s'abaissent jusqu'à 7 à 8 degrés, et ce sont toujours des matières poreuses exjtrêmement disloquées. Il résulte de là que ce n est pas par l'écoulement des laves à la surface, comme on le dit quelquefois, que les cimes volcaniques peuvent s'être accrues, et avoir pris surtout cette forme élancée que nous voyons fréquemment; c'est dans des soulèvements, dans des émisions de matières pâteuses restées sur place, dans des injections subséquentes de laves dans les flancs d'un cône antérieur (g 59), qu'il faut en chercher l'origine; les déjections sous forme de lave ou de scories inoohé* rentes, en s'accumulant vers leur base, tendent plutôt à diminuer la saillie qu'à l'augmenter.

Sur des pentes de 5 à 5 degrés, où la vitesse se ralentit beaucoup, le courant s'élargit et se gonfle tout en cheminant; mais dans ce «as Fécorce augmente aussi d'épaisseur et de solidité, et il se M alors de violentes dislocations dans [e sac pierreux qui enveloppe la matière liquide; les morceaux qui en résultent se soulèvent à la surface du courant, se culbutent les uns sur les autres» tiraillés qulls sont par la pâte encore en mouvement à laquelle ils adhèrent, et le dépôt qui reste successivement en arrière présente alors une irrégularité extrême.

C'est seulement quand la matière arrive sur des pentes extrêmement faibles, de moins de ^ degré, c'est-à-dire sur un sol presque horizontal, qu'il s'établit un équilibre entre la résistance du sac solide et la tendance au mouvement que possède la partie liquide; la lave s'arrête alors d'elle-même après s'être étendue sur un certain espace, et forme une galette plus ou moins épaisse dont la surface devient sensiblement unie : c'est ce qui arriva sur une grande échelle dans l'éruption d'Islande, en 1783, où la lave s'arrêta en plusieurs points, et forma des plateaux abrupts d'une grande épaisseur.

Toutes ces circonstances varient en général suivant la nature des matières sorties du sein de la terre, leur état de fluidité, et leur facilité à se consolider plus ou moins promptement. Il y a des produits tellement pâteux, qu'ils ne peuvent même couler et qu'ils restent sur l'ouverture,' comme il arrive à certains trachytes (§ 74 ,et 191), qui forment alors des dômes plus ou moins élevés. D'antres, comftie diverses obsidiennes, qui paraissent se refroidir et se consolider promptement, s'arrêtent quelquefois sous la fornfie de grosses larmes sur des pentes même assez fortes, comme au sommet du Ténériffe. Au contraire, les laves pierreuses, qui se refroidissent lentement et restent longtemps fluides, ne s'arrêtent que sur un sol horizontal; ce sont elles qui présentent surtout les variations que nous avons indiquées.

g 69. VariatMiis d'une mèiiie lave saiTamt îem pente». — Il est clair, d'après les détails qui précèdent, que les laves ne peuvent s'accumuler sur une certaine épaisseur, et en nappes uniformes, que sur un terrain sensiblement horizontal; partout ailleurs elles forment ou des lambeaux à surfaces creuses, minces dans leur partie supérieure et plus ou moins épais à Tendroit où ils se terminent en culots, ou bien des dépôts disloqués dont les fragments sont bouleversés de toutes les manières. Pour peu qu'un courant ait une certaine étendue, ou peut, dans sa longueur, reconnattre tous ces caractères, suivant l'inclinaison des pentes sur lesquelles il

a coulé. Or, la structure intérieure de la lave est aussi en rapport avec sa disposition extérieure. Les traînées qui restent derrière le courant, sur une pente très-inclinée, présentent des parties minces, scoriacées, cordelées, toujours très-poreusés. Sur des pentes moins fortes, la surface des pièces est plus unie, et les pores deviennent plus petits; sur les pentes de 3 à 5 degrés, les parties disloquées offrent des plaques plus ou moins épaisses, dont la structure poreuse présente une certaine uniformité, et dont le centre devient quelquefois un peu plus compacte, si l'épaisseur est suffisante. Dans les grandes coulées qui ont pu s'accumuler dans la plaine sur une grande épaisseur, ou qui ont rempli des bas-fonds, toute la partie inférieure se prend en masse compacte plus ou moins cristalline, souvent porphyrique (g 312 n)\ parce qu'alors elle se refroidit lentement et tranquillement; dans ce cas, elle se divise souvent, sur toute sa hauteur, en colonnes à pans, généralement normales aux surfaces refroidissantes, et la partie supérieure seule est poreuse sur une épaisseur plus ou moins considérable : c'est là ce qu'on voit au Vésuve, à l'Etna, partout où la lave présente une grande épaisseur, et en Islande, dans l'immense dépôt formé par l'éruption de 1783.

g 70. Cearanta fluperposé». — Il est arrivé quelquefois que les

. courants de diverses époques sont venus se rendre dans les mêmes bas-fonds, et se sont superposés. Dans ce cas, ils sont séparés les uns des autres pai; la partie poreuse qui termine chacun d'eux, quelquefois aussi par des cendres, des rapilli, des tufs volcaniques lancés du volcan dans l'intervalle des coulées. Les parties poreuses, aussi bien que les couches terreuses intercalées, deviennent trèsminces lorsque deux coulées se sont succédé à peu de temps Tune de l'autre, comme dans les diverses coulées du Jokul, en Islande; la masse totale se compose alors d'assises horizontales entre lesquelles on aperçoit à peine une séparation.

g 71. Filon» de lave». — H arrive fréquemment, comme nous l'avons dit (g 66), que dans les éruptions volcaniques il se forme, sur les flancs de la montagne, des crevasses plus ou moins larges, par lesquelles la lave se fait jour à la surface du terrain. Ces crevasses se font remarquer longtemps après leur formation, soit parce qu'elles sont restées en partie ouvertes, soit parce que les rapilli qui les ont comblées ont laissé, en se tassant, une espèce de fossé que l'on peut suivre facilement. On les reconnaît ailleurs à de petits effondrenîents partiels et cratériformes de ces débris (g 52, 162),

^ qui sont tous dirigés sur la même ligne; quelquefois aussi on distingue sur les boids des bourrelets de scories qui sont sorties pen-

dant que la lave bouillonnait dans Tintérieur; enfin elles présentent aussi des traînées de laves qui lient entre eux les différents

^ cônes d'éruption formés sur leur direction.

On ne peut douter que ces crevasses ne soient souvent restées en partie remplies par les laves auxquelles elles ont livré passage, et n'aient donné lieu par conséquent à des /î/ons. La conclusion parait évidente, dans le cas où les coulées se sont étendues par-dessus la fente, sous la forme de nappes, comme dans Téruption dlsiande, que nous avons tant de fois citée; mais il est presque impossible de la vérifier par Tobservation dans les volcans actuels, dont nous ne voyons que la superficie. ,11 faudrait en voir la partie in« férieure, jce qui ne peut avoir lieu que dans les anciens dépôts vol* caniques soulevés et morcelés de différentes manières, comme il en existe çâ et là sur les continents, ou dans les cratères de soulève^

/ ment. On en voit, en effet, dans les escarpements qui forment

Tenceinte de la Somma (§ 42), le cirque de Ténériffe, les flancs dq val del Bove à TEtna (§ 52, 58), etc., où ils traversent tantôt dei dépôts de rapilli et des tufs consolidés nettement caractérisés, tantôt des laves plus ou ntoins cristallines, et souvent Tune et Fautrs de ces matières. Fréquemment une nappe de laves mise au joui se trouve en communication évidente avec un filon qui, aprèi avoir traversé tous les dépôts inférieurs, vient se terminer au mi«

Fig. 33. ' Kg. 34.

Happes de laves correspondant à des filons,

lieu d'elles (fig. 35); et il n'est pas rare de rencontrer, les unes audessus des autres, plusieurs nappes dont chacune correspond à un filon particulier (fig. 34), auquel elle doit sans doute son origine; le plu? récent de ces filons étant celui qui a traversé tous les dépôts successifs pour former le dernier.

g 72. Dikes» — La matière qui constitue les filons est rarement poreuse, si ce n'est quelquefois vers les parc^ de la roche qui l'encaisse; elle est même fréquemment à grains plus fins que les nappes dans lesquelles le filon vient aboutir; la masse en est quelquefois divisée en prismes perpendiculaires aux parois de la fente, qui ont été alors les surfaces refroidissantes. Cette matière résiste en gêné» rai assez facilement aux influences atmosphériques , et il arrive souvent que, la roche environnante étant dégradée, enlevée par

PHeNOMÈNE» VOLCAKIQOES ACTDELS. 5)

( les agents aitérieurs, le fllon, reste en saillie sur l'escarpement ' (Ëg. 55), on même au milieu

des champs, comme une mnraille plus ou moins élevée; ! c'est celte derniÈro ciroon-

I stance qui a fait employer en

I Angleterre le nom de dike

' [àigue, chaustée), admis dans

* Rg. K. Oi*.«i. * n. v«r h d..lr«,i,m '= ^^""^^ (prononce! deique), ' dêsToci.aentirommlti. qu OD a applique plus lard aux

• filons mêmes.

I g 75. Eatlowtlan de l'énersle valeaBlqaa, — Eq Voyant d'im-

r menses terrains soulevés, tantôt snbitement d la suite des trem- I blements de terre, tantôt avec lenteur pendant une longue suite I d'années, on ne pent douter que l'action qui s'exerce de l'intérieur I de la terre au dehors fi^ soit IrËs-pnissante. Or les effets volcant- I ques nous permettent d'apprécier cette action d'une manière assez I positive, non pas par l'énergie des explosions qui se manifestent [ quelquefois, etquenousnepouTonsmesurer,mai3 parla hauteur 1 que les laves atteignent en diverses circonstances dans leurs con- ! dnits verticans. Il est certain qu'au Vésuve et à l'Etna les laves I sont quelquefois sorties du cratère m6me, que des courants d'obsidienne se sont fait jour près du sommet du pic Ténériffe, et peutêtre même de l'Antisana dans la province de Quito. Or le cratère I de l'Etna esta 5,500 mètres au-dessus des mers, te pic Ténériffe. à 3,71Q, le sommet de l'Antisana à 5,835 ; il est donc facile de cal.culer en pressions atmosphériques le poids de la colonne de lave que la force intérieure a dû soutenir pour la déverser à ces hauteurs. Si cette colonne eût été de l'eau, ce liquide se tenant i 10~,5 par la pression atmosphérique, il faudrait plus de 300 atmosphères pour le soutenir au sommet de l'Etna, plus de 350 au pic de Ténériffe, plus de 550 â l'Antisana, Mais le poids spécifique des laves, du moins â l'état solide, étant entre 2 et S, il a fallu pour l'Etna entre 600 et 900 atmosphères, pour l'Antisana entre 1,000 et 1.500. Qu'on juge des effets qu'une telle force doit produire, par l'énei^e des machines &vapenr, dont les plus puissantes ne comportent pas ordinairement plus de 4 à 5 atmosphères, et dont on n'a guère fait an-dessus de 10.

g 74. nature d«a prMmila TaleanlqueM mMm. Toutes les matières solides que les volcans produisent en grande quantité se rapportent an groupe des silicates, généralement aux silicates anhydres, et surtout i la division de cevx qu'on a jadis confondu*

sous le nom de feldspath, qui en forment la masse principale. Ce 8(mt en général des roches composées de matières plus ou moins mélangées, dont il est souvent difficile de déterminer la base, et qu'on ne peut, en conséquence, classer rigoureusement ; on est donc obligé de recourir à des divisions artificielles, dont nous indiquerons les principales. Il faut distinguer :

1" Le trachyte, roche souvent âpre au toucher, comme son nom rindique, composée principalement d'albite, tantôt compacte, d'un éclat céroïde ou vitro-résineux, et quelquefois terreuse, tantôt cristalline, dont la masse est finement poreuse, renfermaiït presque toujours des cristaux des mêmes substances et souvent de la hornblende et du mica noir.

Telle est la nature des roches qui constituent les montagnes formées dans le golfe de Santorin, quelques masses soulevées sur les bords de l'île de Ternate, les sommités de Ténériffe, et un grand nombre de cônes ou de dômes dans différents volcans; rarement le trachyte fait partie des coulées ou des nappes dans les volcans actuellement brûlants.

2* Vobsidiennef matière homogène vitreuse, de diverses couleurs, qui se rapproche de Tune ou de Tautre des matières feldspathiques; susceptible, le plus souvent, de se boursoufler beaucoup lorsqu'on vient à la fondre; passant à une ponce tantôt boursouflée, tantôt à petits pores allongés qui déterminent une sorte de structure fibreuse et un éclat soyeux.

Cette matière a été vomie en abondance dans les îles de Lipari, à Ténériffe, dans les volcans des Andes, partout, en un mot, où les bouches volcaniques se sont ouvertes dans les trachytes. Les éruptions sont accompagnées de ponces qui sont rejetées en fragments nombreux; les coulées s'arrêtent souvent en culots épais sur des pentes très-rapides, comme à Ténériffe.

3° Les laves compactes, matière à base compacte, de couleur foncée, formée souvent de labradorite, quelquefois de sodalite, renfermant des cristaux des mêmes matières, ou en général des substances feldspathiques, qui doAnent à la masse une structure porphyrique plus ou moins distincte. On y trouve assez souvent des cristaux de pyroxène, mais rarement de Tumphibole, quelquefois du mica noir, et, quoique rarement, du péridot.

Ces matières constituent le centre des courants épais, la partie inférieure des amas qui se sont formés dans les bas-fonds, et qui se divisent assez souvent en colonnes prismatiques.

4* Les laves poreuses ou scoriacées, qui sont de même nature que les précédentes, mais où l'on distingue plus rarement les cristaux

PHÉNOMÈNES VOLCAMQUES ACTUELS. 53

empâtés, et qui offrent la structure poreuse ou cellulaire. Ces matièreg constituent la partie supérieure des dépôts épjais, Tenveloppe des courants, et les traînées qui sont restées à la surface du terrain sur lequel les laves ont coulé.

5* Les pouzT^laneSf les tufs volcaniques, amas de petits fragments scoriacés, ou rapilli, accumulés autour des volcans, ou de matières terreuses qui en renferment une quantité plus ou moins grande. Les tufs ponceux sont formés de fragments de ponces, et les conglo* mérats /roc/it/ft^t/^s de fragments de trachyte, liés entre eux par un ciment tantôt cristallin, tantôt terreux.

6* Il faut ajouter les scories en larmes, en stalactites irrégulières, éparses à la surface des volcans, et les bombes volcaniques qu'on trouve quelquefois à d'assez grandes distances.

Nous verrons plus tard (g 180, 197, 512) diverses espèces de roches, plus ou moins analogues, qui compléteront la série qu'on observe dans les volcans brûlants.

g 75. Étendues des dépôts voleaniques. — Les volcans ne fournissent sans doute annuellement qu'une bien faible quantité de matière a l'écorce solide du globe, et les mouvements auxquels ils donnent lieu ne changent que bien faiblement le relief des contrées où leur action se manifeste. Cependant, si l'on fait attention qu'il en existe un grand nombre qui agissent depuis les temps historiques, et que l'observation en indique bien plus encore qui ont agi antérieuremeiit, on est conduit â penser que les matières volcaniques doivent avoir acquis une certaine importance, et que leur apparition et leurs effets ont dû apporter de grandes modifications à la surface de notre planète.

11 existe un grand nombre de volcans actifs dans toutes les parties du globe. L'Islande est un centre d'action continue, dont l'Ile tout entière est le résultat, et dont VHécla est la principale bouche; YEtna et le Stromboli sont connus de toute antiquité, et le Vésuve date» pour son état actuel, de l'an 79. En i^pagne, les volcans ont repris une nouvelle activité dans la province de Murcie, en 1819. Les Açores ont été continuellement tourmentées, et semblent toutes être sorties du sein de la mer, comme les tles que nous avons vues s'y élever à différentes époques. Les Canaries, les tles du Cap-Vert, paraissent être dans le même cas, et ont subi de violentes éruptions. Plus loin se présentent les volcans de l'tle Bourbon, de la mer des Indes, des lies de la Sonde, des Philippines, des lies du Japon, des Kuriles, du Kamtschatka, de l'archipel Âleutien, dont plusieurs paraissent avoir eu une puissance considérable; citons encore les volcans des tles Sandwich et de la plupart des groupes de la mer

54 «eoLocns.

Pacifique, jusqu'à la Nouvelle-Zélande. Le centre de TAsie, qa*QB 'Supposait jadis exempt de volcans actifs, d'où s'établissait Thypothèse qu'il ne devait s'en trouver qu'auprès des mers, en est ai contraire rempli, et des plus élevés, des plus considérables. Le continent d'Amérique en est couvert depuis la Terre de Feu jusqu'au détroit de fiering. Za/oÙ^ . t^ /^«^

n g 76. Toieans éieinto. — Outre les volcans actife, nous connaiftu

sons un nombre 'immense de volcans ^teii^s^^j^am leurs cratères d'éruption, leurs coulées ^[e^lavej aussi cairactensées que celles qui se produisent sous^rios'^éiK; des cratèresyde^ soulèvements aussi nets que ceux de Ténériffe et de Palm|i^^^oï avec des cônes d'éruption dans leur centre, tantôt sans aiicunemodiiication postérieure à leur formation. Les produits basaltiques^ue donnent rarement nos volcans modernes, se présentept à Àous en coulées distinctes ou'^en nappes plus ou moins mdrcelées, qui rappellent^ l'éruption d'Islande en 1783. Nous observons des dépôts trachyti-^ ques, non plus comme ceux de Santorin et de^ernate, mais en cônes et en dômes immenses accumulés les Unssur les autres, formant des groupej^e hautes njontagnes qui occupent de vastes étendues. I^rt no^ ^[^nontre îSme ancienne activité volcanique pro- I digieuse qui a modifié plus ou moins la surface terrestre, et qû

' ^ '''nous conduit surtout à unê^foule de comparaisons, du plus haut intérêt, avec des produits et des effets dont les volcans actuels ne nous offrent aucune trace (§ 180 à 196).

En France, l'Auvergne, le Yelay» le Yivarais, une grande partie des Gévennes, le Languedoc, la Provence, nous offrent une masse énorme de produits volcaniques. Les bords du Rhin, dans les provinces d'Eiffel et de Neuwied, le Siebengebirge, les montagnes de Fulda, la Saxe, la Bohème, la Hongrie, la Transylvanie, le Caucase, la Grèce et ses îles, les lies de Lipari, les monts Euganéens, etc., nous en présentent aussi des développements immenses. Ce que nous connaissons du centre de l'Asie, le peu de faits recueillis en Afrique, ainsi que les nombreuses observations faites en Amérique, nous montrent des produits du même genre; enfin la plupart des îles de la mer 4u Sud, où Ton ne trouve pas aujourd'hui de volcans actifs, nous offrent encore des matières identiques avec celles des terrains volcaniques les mieux déterminés.

g 77. Produit» Yoieaniiiiies ^^mmenx. — Les volcans nous of&ent aussi une grande quantité de produits gazeux, les uns permanents, les autres condensables, ou solubles dans l'eau. Ces produits se composent en très-grande partie de vapeur d'eau, mais il s'y trouve en même temps des acides chlorhydrique, sulfureux.

carbonique, quelquefois du gaz sulfhydrique, et c'est tantôt Tun» tantôt l'autre qui domine; il^y joint diverses substances qui se subliment,. ou qui sont £î{ra!%ées en particules par lesjcoumntg gazeux. Déffâ la plupart des solfatares et dans les émnationsÇroduites par les fissures^ les crevasses des volcans, c'est de l'acide sulfureux qui se dégagllr mais le gaz svilfhydrique l'accompagne au^si fréquemment, et' c'est lui qui di^nfïSên brûlant les flammes ^gères qu'on aperçoit souvent pendant la nuit. Au volcan de Pasto, les fumarolles du cratère ne présentent plus que de l'acide carbonique; à Java, c'est le même gaz, qui se dégage avec une abondance extrême de la solfatare éteinte nommée Guevo-Upas ou Vallée du Poison, objet de terreur pour les habitants. Le sol est partout couvert de carcasses de tigres, de chevreuils, de cerfs, d'oiseaux, et môme d'ossements humains; car tout être vivant est asphyxié dans ce lieu de désolation. M. de Buch fait remarquer que, dans les émanations gazeuses des volcans, c'est l'acide chlorhydriqué qui se manifeste d'abord, au moment de la plus grande intensité de l'action volcanique; que l'acide sulfureux apparaît lorsque cette action commence à diminuer, et que l'acide carbonique vient ensuite, en se continuant pendant des siècles, lors même que toute action parait être entièrement finie: aussi provoque-tK>n souvent des dégagements prodigieux de ce gaz en fouillant les rapillisles plus anciens, comme il arrive fréquemment aux environs de Glermont en Auvergne, g 78. Action deAtriietive de* (*>• Éruption boueuse de Smwm»

— Les produits gazeux, le plus souvent à une température élevée, et mêlés à la vapeur d'eau, agissent puissamment sur les matières solides environnantes, les désagrègent, les décomposent de toutes les manières, les réduisent en poussière, en bouillie, et en forment de nouveaux composés de toute espèce : c'est ce qu'on voit dans toutes les solfatares, où il faut prendre souvent des précautions pour ne pas tomber dans des masses de matières boueuses parfois très-échauffées. Mais rien n'est comparable sous ce rapport aux volcans de Java ; les vapeurs acides et aqueuses, qui y sont d'une abondance extrême, détruisent toutes les roches, et en forment une pâte qui bientôt ne peut plus résister À l'action explosive de l'intérieur. Il se fait alors d'épouvantables érJ^tions, non plus de laves, comme dans les volcans ordinaires; mais de masses énormes d'eau bouillante, chargée d'acide sulfurique et de limons épais, qui détruisent, entraînent tout sur leur passage, et couvrent toute une contrée de fange sulfureuse dont la matière est désignée sous le nom de Buah: c'est ce qui est arrivé en 1822, lors de l'éruption du Gallung-Gung, qui. au milieu des tremblements de terre et d'hor-

ribles mugissements, fat considérablement abaissé, tronqué aa sommet, et entièrement bouleversé. Il sortit de ses flancs crevassés des torrents d'ean chaude, sulfureuse et boueuse, et un nombre considérable d'habitants furent entraînés dans les eaux ou ense* velis sous des dépôts de vase, pendant les journées des 8 et i^ octobre. Il en fut de même du volcan de Teschem, ou mont Idienne, dans le cratère duquel Leschenaut avait indiqué un lac constamment alimenté d'acide sulfurique. Cette montagne fut entièrement bouleversée en 1817, et les eaux acides qui en sortirent désolèrent toute la contrée. Quelque chose d'analogue arriva sans doute en 1772 au volcan de Papandayan, la plus haute montagne du pays, qui fut engloutie dans un lac de boue, entratnant 40 villages et leurs habitants dans la catastrophe.

g 79. Émption boueuse de onito. — Ces éruptions de boue rappellent celles qui ont eu lieu au Pérou, quoique avec des ca* ractères différents. Les volcans de cette contrée, qui, comme ceux de Java, n'ont presque jamais produit de laves, ont quelquefois vomi de leurs flancs dés torrents de boue, qu'on nomme Moya, tantôt sulfureuse comme le Buali de Java, tantôt carbonifère : c'est ce qui arriva en 1698, où le volcan de Carguaraizo s'écroula en couvrant de boue plus de 29,000 hectares de terrain; et en 1797, où le village de Pellileo, près de Rio-Bamba, fut enseveli sous une masse de boue noire, etc. Ce qui caractérise les éruptions du Pérou et en fait un phénomène plus étrange, c'est qull arrive fréquemment que ces eaux bourbeuses, sorties du sein de la terre, sont remplies d'animalcules infusoires et de petits poissons, dont l'espèce vit dans les lacs du voisinage; la quantité de ces derniers a été quelquefois assez considérable pour causer des maladies épidémiques par leur putréfaction.

g 80. Cias désasés des laves. — On conçoit facilement que des entrailles de la terre il puisse se dégager, par les fissures qui communiquent à la surface, des gaz et des vapeurs de diverses espèces; mais, ce qui est plus remarquable, il s'en dégage aussi des laves, lors même que, sorties du volcan, elles n'ont plus rien de commun avec lui^^'ant que la lave est fluide et à une haute température, il ne s'en échappe rien; mais à peine a-t^Ue commencé à se consolider, et par conséquent à se refroidir, que les gaz se dégagent avec abondance. Les courants, ou les matières qui ont rem« pli les bas-fonds, émettent alors constamment de la vapeur d'eau, de l'acide chlorhydrique, du sel ammoniac qui se dépose à la surface, et des chlorures de fer, sans compter le réalgar, le fer oligiste, etc., qui se subliment quelquefois dans les fissures. II £aiut

VOU:AÎ(IOUES ACTDE15. SI

^par conséquent que la lave elle-mËme renfenne tovtetees matiËres, .qaî y resteol engagées, on ne sait comment, pendant tout le tempt que la masse est fluide on pâteuse, et qui se dËgaffent à mesure .qu'elle se solidifie et se Kfroidit,de manière à n'en lElus présenter que des traces lorsqu'elles renferment de la sodalila: (Voyez Mfn^ralogie^.) On a supposé que c'étaient toutes ces matières qui don- ' liaient aux laves pierreuses la facilité de conserver leur fluidité ~ pendant bien plus longtemps que les matières analogues que nous ' pouvons préparer artificiellement.

g 81. BiilMa •« («luna «'>ir, t*Imbb kwwui. — Indépendamment des éruptions Ju>ueuses accidentelles dont nous venons ' de parler, ilje bi^Jlans beadbSdfijfde localités, i travers des ' crevasses, wnCv^nt l^n des volcans (Minu^, des dégagements eontinns de gaz hydrogène carboné, taSfôt ^ut tantbt accompagné ■ d'une quantité plus ou moins considérable d'ean et de matières ' boueuses qu'il pou^ en avant : c'est ce qu'on a nommé les volcam

rig. 56. Suis*' IK (.aflrUlidlt.

itair, les volcans de 6oiie(fig. ?6), et ce qn'on désigne aussi sous le

< Il nt b«n d« npptler ici, «uiTsnt l'etpressLon de H. G»f-Lim>c, que rargMit en M fondant, c* qui eiige une lempénlura IrètélcTéa. absorbe one atui ^nie qatnliti d-ot,(i*i.«, et qu< ce gu. qui reste enfermé dioi la ma.M Uni qK-e11e eM «D fuaioii, '« itt*S» inuildt que Je refraidiBienienl et li solidiflcitioa > optrenl; il ta tïil alori une lum^bclion da la tnrFace, qui le couTre d'eicToiaHnc«> deudrlU- ^am. C'eil ce phânoméne qn'on ïomme Wï«*r, rocher, en lerme d'aTAïuge fU l> •OupdlilNa.

nom de sahes, parce que le liquide renferme souvent des matièRi salines et entre autres le sel commun et le sulfate de chaux.

Ces éjections de matières vaseuses produisent, comme les éjections de scories dans les volcans (g 58), des cônes, ordinairement peu élevés, qui portent aussi au sommet une cavité cratériforme fréquemment remplie de boue liquide que le g9Z soulève, et à travers laquelle il se dégage en grosses bulles dont chacune projette au dehors une portion de la matière terreuse. Il y a parfois, sur une surface peu étendue, une -grande quantité de ces cônes en activité, et dont quelques-uns atteignent 7 à 8 mètres de hantear, d'autres, en grand nombre, petits à Tétat naissant, remplacent successivement ceux dans lesquels les phénomènes cessent d'avoir lieu et s'agrandissent de plus en plus par les matières rejetées. Quelquefois, cette réunion de cônes se trouve au sommet d^une butte de 50 à 200 mètres de hauteur, formée de matière argileuse qm paraît être évidemment le résultat des anciennes éjections : le milieu en est souvent un lac de boue dont la surface est cousolidée çà et là. Dans œrtainei^ c^ti^tt^n trouve souvent de ces buttes entièrement de^cfiSfek, ou iouTaégagement de gaz, d'eau et de terre a cessé entièrem^t; mais il arrive quelquefoisgu^l^ phénomènes s'y rélftJWSnent avec violence; que de lép^S^fireniblements de terre.se font sentir, que tout à coup des blocs de terre desséchée sont lancés au loin, et que des coulées de boue se frayent un nouveau passage : on assure même qu'il y a parfois, pendant quelques minutes, dégagement de fumée et de flammes.

Ces phénomènes se présentent en un ass^ grand nombre de lieux à la surface de la terre. Il existe beaucoup deLgaJzj^ou Maccalubett dans le Modénais, et il s'en trouve en Sicile, entreXrragona et GirgMiti. Pallas en a observé en Grimée, dans la presqu'île de Rertche,, i l'île de Taman; M. de Humboldt en a décrit et figuré dans la pi vince de Carthagéne, dans rÂmêrîque méridionale, et l'on en cite l'île de la Trinité et dans l'Hindoustan.

g 82. Famarolle*, «eyser. — Ces deux sortes de-phénomèi sont encore des effets qui se manifestent de l'intérieur de la terre t' l'extérieur. On nomme fumarolles des éruptions de vapeur à 100 degrés qui s'échappent des crevasses du sol sous la forme de colonnes blanches, parfois de 10 à 20 mètres de hauteur, et souvent avec bruit comme si elles sortaient d'une chaudière à vapeur, ce qui indique la pression qu'elles supportent alors dans le sein de la terre. On observe les fumarolles non-seulement dans les cratères des voitans actifs et dans les solfatares, deux circonstances où elles sont généralement peu considérables, mais au milieu même de certaini

PHÉNOMÈNES VOLÇAHIQUES ACTUELS. 80

lerraim calcaires, où elles prennent nn grandMéTeioppement : e'est ce dernier caa ^ise manifeste en ToscameTof les jets de vapeur groupés parlO, 20, 30 & Monte Cerhoii,. Castel Nuovo, Honte Rotondo, se trouvent disposés sur une ligne à peu près droite, de 30 s 4(1 kilomètres, qui semblent indiquer une fente.

Ces jets de vapeurs entraînent toujours divers agents qui, à cette hante température, anaquent plus ou moins tesroehes environnantes, .^u Vésuve, ils renferment de l'acide chlorhydriqne; i la solfatare de Pouzzoles, du gaz sulfureux et de l'acide sulfhydrique; en Toscane, ils entraînent de l'acide borique, qu'on'reconualt dans les lagunes, ou lagoni, résultant de leur condensation, et qui pénètre quelquefois avec du soufre, du gypse, des oxydes de fef, dans les Assures des rocbe» à traveis lesquelles les phéao- Diënes se manifestent.

l'ig. â'i. beyter de l'Itlandc, Sons le nom de Geyser (Gg. 37), qui signiSe jaiHittont suivant les uns et furiettx suivant les autres, on désigne des sources jaillissantes d'eau bouillante, les unes continues, les autres intermil- . tentes, dont on trouve un grand nombre en Islande. On en indique d'un grand volume, mais il en est une surtout qui, de demi^heure

60 GÉOLOCIE.

en demi-heiirB» projette, suivant /les auteurs, une colonne d^eanbonillante de 18 pieds de diamètre, qui parfois s^élëye â 150 pieds j de hauteur. Les eaux de ces sources renféi%eSi de la silice, qui se dépose biéfiiSt au dehors, i Tétat dliydrate, sur tons les ooips environnants, et qui forme quelquefois des monticules très-éteodus, au sommet desquels se trouve Touverture du gonfre par où le liquide s'échappe, ^^^-^l • -»».-2^, '

i 83. Les sources thermales, et beauo^p de sources minérales froides, sans présenter des droonstances aj^^remarqnables que celles que nousTv&ons de dter, se ràj^rtéSI^lpendant an même ordre de phénomènes, parce qu'elles viennent aussi des profondeurs de la terre pour se rendre à Textérieur. Ces eaux leofermeot également en solution diiTérenles matières, qu'elles amSniftit à la sur&ce du sol, comme de la silice, du carhonate de chaux, des oxydes de fer, etc.

3* IHFLUEHCB DES AGENTS EXTilUEUBS A UL SURPAGS DU GLOBE.

g 84. KffcM ■ii Mpfc<i ■ %■!) ■« — Les variations de la chaleur,! Tair, les vents, la sécheresse et l'humidité, agissent d'une manière très-sensible sur la plupart' des substances minérales; il n'est pas une roche à la surface de la terre qui n'en présente les traces i l'extérieur, et qui n'y offre un état d'agrégation tout différent de celui qu'on reconnaît à l'intérieur. C'est ce qu'on observe, en tout son jour, dans les escarpements formés pour la confection des routes dans les pays de montagnes, où Ton a été obligé de tailler dans le roc; la partie extérieure des roches est décolorée, désagrégée plus ou moins profondément, tandis que Tintérieur, fraîchement mis i| nu, conserve toutes ses couleurs et son état naturel d'agrégation. Or ce ne sont pas toujours des effets produits à des époques re-, culées : il s'en fait parfois d'analogues sous nos yeux, et il sufût eol certains cas de quelques années pour qu'ils se manifestent asseï distinctement, non-seulement à la surface de la masse, mais â b profondeur de plusieurs centimètres : c'est ce qu'on reconnaît dam quelques anciennes carrières de marbre', même decertains granités, et dans quelques pierres taillées employées çà et là. L'effet est d'autant plus prompt, d'autant plus sensible, que les matières sont plus susceptibles de s'imbiber d'humidité, et d'en être privées facilement par la sécheresse, alternatives qui produisent une dés^ agrégation très-rapide lorsqu'elles se répètent souvent, comioa cela a lieu généralement dans les montagnes. Les matières qui se dégradent avec le plus de iMÎUté sont celles qui présentent une

EFF^JJUOSPHÉRIQUES ACTDEL& 61

granulaire! (in'^lle ^oit terreuse ou crisiallÎDe; celles qui

ont nne structure feailletée, ou bien los masses compactes fractnrées, feMÎÏÏ^ à la surfacejjwnnme il s'en présente si souvent dans leamontagnes.Ltfgeléâ^^i vient surprendre l'eau dont nne roche est pénétrée, est. aussi une cause puissante de destruction, parce que la diliwiïiôn~qQi résulte de la congélation, du liquide dêtermine^uis la ma^ une multitude de fissures d!^s tous les sens. Tfâr^e le froid continue, les fragments r^nTunis par la glace qui les cimente; mais au dégel, tout tomlw en écailles, en grains ou en poussière. "^^-^ ^^

On ne peut parcourir les montagnes sans trouver des traces évidentes de ces dégradations. Dans les escarpements calcaires (flg. 38),

ri». % Fig. 3â.

Ejjtlt A lu itftadalUm InrMliirt df msnlëgtm.

on voit les parties dont la texjare est Uche, se creoser pins on

moins profondéjment, et les biB'M'plus solides rester en surplomb.

,7j^De li des éboulèments de ces derniers, qui se détachent successivement en blocs plus on moins volU^Jnëux, sait par leQr poid^ soit ^ par suite des fissures dont ils sont naturellement remplis. Dans les ^ ^', , ^ hautes montagnes (tig. 39], formées 1^ P'ns ordin^rement de cok^/ * ches trés-inclinées, qui présentent l^m tr3ncli|BS ou leurs plans é la penlë. qui offrent souvent de hautes ai^illes, no^ observoni encore des dégradation s, ^u s jnarquées ; il s'en détache à chaque '^'/'.' ',\y instant des parties, et surtouî dans les moments dujouuii^ les va- -" ■' ' rialions atmosphériques sont plus sensibles^ au moment du'Segel, , il se fait d'énormesatraloBcfea (le pierres, qui Hrtllént sur l^penlest^i'/f'^ pvec une étonnante rapidité, etentrâïU^nt toutcequisetrouvesur leur passage; soavènt aussi il se détache des blocs volnmineus, et ,,. ,. /

,^£^arfois des portions considérables de montagnes s'éboulenf avec fracas. De lades masses énormes de débris qui s'accumulent au pied - ' des pontes et couvrent quelquefois des dtrâdnes considérables.

es GÉOLOGIE.

^ t S5. BésrwlMteM a»r[ba««« h «m «fTM*. — On attribue Bonvent aux influenc^satmosphériques, longtemps continuées, la dégradation qu|beanàmip de ronhes présentent i la surface des continents. Presque toutes, en effet, sont altérées plus ou moins profondément à la surbce, oA elles présentent un état d'agrégation beaucoup moins solide, beauwup moins homogène qu'à l'iniérienr. Dans presque toutes les cambres, on est obligé de déblayer d'abord une assez grande masse de matières avant de pouvoir exploiter des bloca bomogènes, solides, exempts de Bssures, et conservant les couleurs vivesqu 'on recherche toujours, soit pour l'ornement, soit pour l'architecture monumentale; c'est ce qu'on voit surtout dans les exploitations de marbre, et en général dans celles de calcaires compactes. GerUins granités (g 512 a] (voy- Minéralogie, articles Q(uir2:,FeUipalA,llfica) sont désagrégés si profondément, que toute la surface da terrain jie présente qu'un amB3degraviersenc<dlines arrondies que les eaux de pluie ravinent de toutes les manières- Fréquemment on rencontre ces granités à la surface du terrain, en esptees de gros blocs arrondis, empilés les uns sur les autres (IJg. 40, B), souvent de la manière la plus bizarre, quelquefois en équilibre

Flg. 4a Bigrtiatiau ia graaiiet» iiffirealt Unt.

assez peu stable et susceptibles d'osciller sous le pins léger effort : c'est ce que présentent surtout certains granités porpbyroldes, â grands cristaux, souvent rosés, de feldspath laminaire, qu'on rencontre dans un grand nombre de localités, et qui constituent, sur le plateau central de la France, des chaînes particulières du Limousin auGévaudan.

Dans les montagnes ot le gauite se décompose avec facilité, on a cru remarquer que la masse, plus ou moins découpée, pr^ teille des espèces d'assises horisontales, qui août partagées par

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