TOURBIÈRES ACTUELLES
aorte réduits en terreau qui tombe en poussière parle dessèchement. D se trouve souvent aussi des débris de mammifères dans les tourbières, et ils appartiennent généralement encore à des animaux de Tépoque actuelle ; ce sont des ossements de bœufs, des bois de cerfs et de chevreuils, des défenses de sangliers, etc.
§ 125. Les tourbières reposent sur toute espèce de terrain, quelquefois sur les roches mêmes de cristallisation ; mais, dans tous les cas, il est rare qu'elles ne commencent pas par des dépôts de sables ou d'argiles, quelquefois par des cailloux roulés de la contrée. Il y en a où les débris végétaux accumulés ne forment qu'une seule masse pins ou moins épaisse, plus compacte et plus noire à la partie inférieure que dans ses accroissements successifs; mais il en est d'autres où le combustible présente différentes couches qui sont séparées les unes des autres par des dépôts de sédiment plus ou moins épais, formés sans doute par des alluvions successives qui les ont recouvertes. Ces dépôts sont formés de sables, d'argiles, de marnes ealcaîres ou argileuses, renfermant des coquilles d'eau douce souvent en grande quantité, ainsi que des coquilles terrestres amenées sans doute par les ruisseaux; quelquefois on croit y reconnaître des couches de terre végétale intercalées. Souvent la surface du dépôt est encore recouverte par les eaux; mais il arrive aussi qu'elle est couverte de terre, chargée même d'une épaisse végétation de plantes diverses qui aiment l'humidité, et dont les racines se plaisent dans l'eau.
§.126. Nous avons établi en principe que la tourbe ne se formait que sous des eaux peu profondes, et cependant il y a des dépôts de ce combustible qui sont extrêmement épais, et qui semblent par conséquent avoir exigé des circonstances particulières. Ce fait, opposé aux observations les plus générales, conduit à penser que les lieux où l'on trouve de tels amas ont subi des affaissements successifs à mesure que les matières se déposaient : c'est ce que semblent in* diquer les petites couches de terre végétale interposées dans la tourbe» les amas d'arbres couchés au fond des tourbières et se présentant comme des forêts renversées surplace, toutes circonstances qui supposent assèchement de terrain pendant un temps, puis, submersion dans un autre. Ces affiûssements de terrain sont d'ailleurs prouvés par les sondages qui ont fait rencontrer des tourbières à diverses profondeurs dans les atterrissements.
g 127. Les tourbières sont abondantes à la surface du globe et se trouvent distribuées par bassius plus ou moins étendus à toutes les hauteurs, occupant les diverses dépressions du sol. Il y en a jusqu'au •ommet des montagnesi comme dans les Alpes ; sur des plateaux
élevés, comme an centre de la France, dans le Limousin et F Auvergne, dans les fagnes des Ardennes, dans les Vosges, etc.; enfin il s'en trouve abondamment dans les plaines basses, où elles couvrent quelquefois un espace immense, comme dans la Silésie, la Prusse, le Hanovre, la Weslphalie, la Hollande. Elles suivent souvent la direction des vallées, dont elles remplissent les anses, soit dans les hautes montagnes, soit dans les plaines hautes ou basses. C'est ainsi que nous les trouvons en France dans un grand nombre de petites localités, et que sont placés nos plus vastes dépôts dans la vaDée de la Somme, entre Amiens et Abbeville, où ils donnent lieu â des exploitations considérables.
§ 128. Si la plupart des tourbières se sont formées au milieu des terres et uniquement par des végétaux fluviatiles, il en est aussi qui paraissent s*ètre déposées dans des marais qui communiquaient avec les mers, comme la plupart de celles de la Hollande. Il y a des dépôts qui sont composés de varechs et de plantes marines, ce que Ton voit sur les côtes-plates et sablonneuses de TOcéan, et particulièrement sur celles de la Frise et du Jutland. Quelquefois aussi il se fait dans les montagnes des dépôts adventifs de mousse, de feuilles, de débris divers, qui, accumulés au fond des vallées humides, donnent également lieu â une sorte de mauvaise tourbe dont il est presque impossible de se servir.