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ÉTUDE DES DÉPÔTS MODERNES

portés partout où nous les voyons. Bref, on a couvert tout le globe de glaciers en un certain moment pour expliquer tous les phénomènes diluviens, en admettant un refroidissement général de notre planète pendant un certain temps, peu après Tapparition des Alpes principales.

Toutefois on a excepté de cette théorie la formation des sillons tortueux, des marmites des géants, partout où on en rencontre à la surface du globe ; on admet même que plusieurs de ces effets étaient produits avant Tapparition des glaciers qui en ont strié les bords en passant par-dessus.

On voit qu'en tout il y a deux théories principales , entre lesquelles se partagent les géologues : Taction des courants, soit simples, soit boueux, et Faction des glaciers, dont chacune a été défendue jusqu'ici avec outrance exclusivement à Tautf e. Pour ceux qui n'ont pas pris part à la discussion, il paraît évident qu'aucune des deux théories ne peut rendre compte à elle seule de tous les faits observés, sans recourir à des suppositions extraordinaires qu'on ne peut justifier, et que viendra un jour une théorie unique où chacune des deux autres aura sa part véritable. G^est ce que quelques savants ont déjà tenté, mais sans trop de succès, probablement parce qu'on ne conn^att pas encore suffisamment les détails, et qu'on ne sait pas même exactement quelles sont les bases par lesquelles on doit commencer leur étude définitive.

g 510. Terrain modenie. ~ Ici se trouve rangé tout ce qui se fait de nos jours, tout ce dont la formation paraît se rattacher à' l'ère actuelle du globe : l'établissement des cordons littoraux, le remplissage des lagunes qu'ils ont produites, et tout ce qui slest fait dans les deltas; la formation des dunes et leurs envahissements successifs ; le remplissage des lacs et des marais ; enfin les dépôts qui se forment aujourd'hui dans les mers et tout ce qui en a été soulevé depuis l'ordre de choses actuel.

Les matières de ces dépôts sont des cailloux roulés, des sables et des limons plus ou moins mélangés ; des calcaires plus ou moins marneux qui se forment dans les lacs et dans les mers, la tourbe et le fer limoneux de nos marais; joignons enfin les tufs calcaires, les tufs siliceux que les sources amènent.partout de Tintérieur de la terre à l'extérieur. Les débris organiques appartiennent tous à ce qui existe avec nous sur le globe, et même aux contrées les plus voisines des dépôts formés ; ce sont des infusoires dans tous les limons, même dans le fer limoneux, comme en Silésie, des coquilles terrestres dans les tufs et qui se joignent souvent aux coquilles d'eau douce dans les dépôts des lacs et des marais, des coquilles

marines des mers adjacentes, sur les plages et dans des cordons littoraux, dans tout ce qui se dépose aujourd'hui au fond des mers, où d'ailleurs se trouve entassé tout ce qui existe avec nous sur le globe

Il faut joindre à ces formations journalières les resdfs madréporiques que nous avons indiqués dans les mers du Sud (g 1^0), qui concourent à l'élévation des montagnes sous-marines, , et qui ont contribué à la formation d'une multitude d'tles, ainsi qu'à Tagrandissement de celles qui existaient par des causes antérieures.

C'est à l'époque moderne qu'il faut rapporter les dépôts coquilliers marins qui renferment des débris de l'industrie humaine, comme nous en avons cité sur les côtes de l'Italie et de la Sicile, sur celles de la Suède et de l'Angleterre, aux Antilles, où se trouvent même des débris humains, et dans les tles du Pérou (g 118, 155 à 156); il faut même y joindre les plages soulevées de nos jours au Chili (g 52), sur lesquelles on ne peut avoir aucun doute. Quant aux dépôts analogues qu'on trouve plus avant dans les terres, soit dans cette même contrée, soit à Timor, à la Nouvelle- Hollande, etc., bien qu'ils aient été évidemment soulevés du sein des mers, il est difficile aujourd'hui de bien juger de leur époque de formation; et, quoique les débris organiques qu'ils renferment appartiennent entièrement à l'époque actuelle, peut-être, par analogie avec ce que nous présentent les sables du Danemark, faut-il les rapporter à l'époque des dépôts diluviens. Au reste, il est souvent fort difficile d'établir une ligne nette de démarcation entre les terrains diluviens et les terrains modernes; et il est à présumer que, dans les diverses formations qui ont suivi celles qu'on rapporte aux dépôts subapennins, on formera par la suite plus de divisions que nous n'en supposons aujourd'hui.

ÉTUDE DES BOCHES DE CRISTALLISàTIOM INTERCALEES AVEC LES DIFFÉRENTS DEPOTS DE SÉDIMENT.

g 511. Matare et dutineUoB «es roeliee erfaiflliiea. — Si le

carbonate de chaux, compacte ou terreux» et plus ou moins mélange de matières diverses, intercalé avec des dépôts arénacés très-variables de nature et d'épaisseur, constitue en général les terrains de sédiment, les silicates de diverses sortes forment aussi généralement ce que nous ayons appelé les terrains de cristallisation, dont les uns sont de fusion et les autres de pur métamorphisme (g 180 à 213). Ces matières sont principalement les diverses substances qu'on a rangées autrefois sous la dénomination de feldspaiht

telles que lahradorite, orthose, albite, etc.,, ou celles qu'on, a nommées micas, qui paraissent offrir tant d'espèces diverses ; les amphiboles, et particulièrement les actinotes et les variétés nommées hornblende, les pyroxènes à base de protoxyde de fer, et leur modification, quon a désignée sous le nom à'augites; enfin les silicates magnésiens qu'on a nommés serpentines et (Hallages (voyez la ilftnéralogié). Toutes ces matières sont mélangées entre elles et avec le quarz de différentes manières.

Les roches (matières de rochers) que constituent la silice et les silicates sont tantôt simples, tantôt composées; c'est-à-dire qu'elles sont formées d'une seule et même matière, ou qu'elles résultent de la réunion constante de plusieurs matières différentes. Les roches simples sont le quarz, vitreux ou litholde, compacte ou grenu, fréquemment alors plus ou moins schisteux, et constituant des çuar^ zites et les lydiennes ( qtiarz lydien). Viennent ensuite les feldspaths divers â Tétat compacte, qui forment les pelrosilex ou eurites; puis les obsidiennes et les .rétinites, qui s'y rattachent minéralogiquement, ainsi que les ponces qui en dépendent. Les amphiboles forment les roches nommées amphibolites, comme le pyroxène en masse forme celle qu'on nomme Iherzolite. Les diverses sortes de serpentines sont aussi des roches simples de fusion: qui forment çà et là des mamelons plus ou moins considérables. On nomme serpentines diallagiques celles qui présentent dans la cassure des lamelles de diallage d'une espèce ou de l'autre.

§ 312. Caractère des roches composées. Les roches composées, 'dont on peut faire minéralogiquement une infinité d'espèces, suivant la quantité, la nature et la variété des substances mélangées, se réduisent cependant â un assez petit nombre quand on veut les envisager en grand comme les masses qu'elles forment à la surface du globe. Ce sont en général les roches suivantes.

a. Granité. — Roche massive formée de trois éléments cristallins, orthose, quarz et mica, réunis ordinairement en masses grossièrement granuleuses et agrégés avec plus ou moins de force. Le mica, qui offre tant de caractères différents, peut servir à établir un grand nombre de variétés de cette roche, et entre autres les granités talqueux, qui appartiennent particulièrement aux Alpes, et qui, par une idée qu'on a reconnue fausse (g 348), avaient été nommés protogynes. La manière dont ces éléments sont groupés peut aussi donner lieu à quelques distinctions, et de là les pegmon tites, où les trois principes se retrouvent en grand, formant chacun de gros amas distincts accolés les uns aux autres. En petit, la roche présente souvent un orthose lamellaire, rempli de cristaux de

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quarz; le granité graphique en est une variété où les cristaux de quarz enclavés dans Torthose donnent, dans certaines directionsj rapparence des caractères hébraïques.

b. Siénite. — Roche massive assez analogue au granité, auquel elle passe par toutes les nuances, où le mica est remplacé en tout ou eu partie par Tamphibole. Le quarz y disparaît assez fréquemment sur une étendue plus ou moins considérable, et (quelquefois aussi Torthose. Dans ce dernier cas, la roche passe à Tamphibolite. Quelquefois les éléments se confondent, la roche devient compacte et ressemble à la diorite compacte.

Il existe aussi des roches analogues où Torthose est remplacé par le labrador, et Famphibole par Thypersthène ; qc sont celles qu'on a nommées hypérites.

Les granités et les siénites, outre la réunion principale qui les constitue, renferment souvent des cristaux disséminés de feldspath plus ou moins volumineux, qui appartiennent assez fréquemment â Talbite- La roche devient alors porphyroîde.

c. Gneiss. — Le granité et la siénite, au lieu de présenter la structure massive, cristalline et granulaire, qui leur est propre» passent fréquemment à des matières schisteuses sans perdre aucun de leurs éléments. Ce sont ces matières qu'on nomme gneiss, et qui participent à toutes les variations de leurs congénères; mais il est nécessaire de remaixjuer que, si ces roches peuvent être quelquefois des variétés des granités ou des siénites auxquels elles sont associées, le plus souvent on reconnaît qu'elles se lient aux roches arénacées, aux argiles schisteuses des terrains sédimentaires, dont elles sont des métamorphoses : ce sont alors les gneiss métamorphiques, qui se trouvent toujours intercalés entre les granités et les roches sédimentaires.

d. Leptynite ou weisstein. — Il arrive souvent que,* dans quelques points, les granités, les siénites, les gneiss, perdent leur quarz, leur mica ou leur amphibole; la roche devient alors presque entièrement feldspathique, finement grenue, et elle se trouve désignée sous le nom de leptynite. Elle est tantôt compacte, tantôt schisteuse, quelquefois granitolde et renfermant alors des lamelles de mica disséminées, rarement du quarz.

e. Hyalomicte granitolde ou greisen. — C'est une sorte de granité peu répandu dans la nature, où le feldspath est très-rare ; elle a cela d'important qu'elle accompagne fréquemment les minerais d'étaiii et peut leur servir d'indice. Vhyalomicte schistoîde, qui ne renferme que du quarz hyalin et du mica, paraît se rattacher quelquefois au gneiss et au schiste micacé, qui font partie

d«8 masses granitiques; mais le plus souvent aussi elle se lie aux roches métamorphiques de ces deux genres.

/. EuphotidiB ou gabro. — Roche composée d'albite compacte ou de labradorite et d'une des matières qu'on nomme diallage. Ce mélange présente tantôt une apparence granitolde» tantôt une structure fissile et plus ou moins feuilletée. Il y a au cap Lizard une roche analogue formée d'oligoclase et d'hypersthène.

g. Diorite, grûnstein des Allemands. — Roche assez analogue â la siénite lorsqu'elle est cristalline, mais composée d'albite, quelquefois d'oligoclase et d'amphibole, renfermant rarement du quarz. Elle passe fréquemment à YamphiboliLe en perdant la matière feldspathique; mais il arrive aussi que les deux éléments se mêlent d'une manière intime et que toute la masse devient com* pacte, sans qu'on y puisse distinguer à l'œil les parties constituantes : on la désigne assez souvent alors sous les noms de cornéerme ou d'ap/iantte, et elle devient porphyrolde par la dissémination de petits cristaux feldspathiques plus ou moins distincts.

h. Dolérite. — C'est un mélange de labrador lamellaire avec du pyroxène augite. Cette roche ressemble quelquefois à certaines variétés de siénites et de diorites, et d'autant plus qu'elle renferme assez souvent aussi de l'amphibole.

i. Basalte. -— C'est une dolérite compacte, où le labrador et le pyroxène sont intimement mêlés et indiscernables à l'œil. Il s'y trouve souvent disséminés des cristaux de pyroxène, quelquefois de mica noir, et souvent du péridot. Cette roche présente fréquemmt>]it les divisions en colonnes prismatiques ; elle passe souvent aux matières scoriacées, à des tufs basaltiques, et aussi à une matière argileuse assez dense, qu'on nomme wacke, qui constitue parfois à elle seule des dépôts considérables, tantôt isolés, tantôt en relation avec les basaltes ou les amygdaloldes qui en dérivent

k, Trapp. — Roche douteuse, où les éléments composants sont indiscernables : on la voit passer tantôt à la diorite compacte» tantôt aux basaltes. Ces matières se divisent très-fréquemment en prismes et présentent toutes les allures des basaltes, si ce n'est qu'elles n'offrent pas de passage aux matières scoriacées. On n'y trouve pas non plus de péridot disséminé. Du reste, on les voit passer à des roches porphyriques et amygdaloldes. Souvent elles forment des masses de roches disposées en gradins, et c'est ce qui leur a valu le nom de trapp eu Suède.

i. Trachy te. — - Roches massives, qui paraissent être généralement albitiques; mais souvent à pores extrêmement fins qui déterminent une âpreté particulière dont on a tiré leur dénomination.

278 GÏ^OLOGÏE.

Ces roches passçnt d'un côté à des matières scoriacées on ponoenses, et de l'autre à des roches compactes et porphyriques, et même âdes porphyres quarzifères, très-caverneux. Elles sont tantôt simples, tantôt mélangées de mica ou d'amphibole, rarement de pyroxène. On donne le nom de domite, parce qu'elles composent la masse du Puy-de-Uôme et diverses buttes environnantes, à des matières à grain fin, peu agrégées, qui renferment les mêmes éléments et passent à des variétés plus solides porphyriques.

m, Phonolite, ou klingstein. — Roche tabulaire on schisteuse, ordinairement sonore, ce qui lui a valu ses noms; en partie attaquable par les acides, tantôt d'apparence homogène, tantôt peu distinctement porphyrique; elle se lie à la fois aux terrains Irachytiques et aux terrains basaltiques.

n. Roches porphyriques diverses. — On nomme en général porphyre toute espèce de roche composée qui, dans une pâte compacte, le plus ordinairement feldspathique, renferme des cristaux distincts d'une autre substance qui est aussi le plus souvent une de celles qu'on a nommées feldspaths. Tantôt la pâte est un feldspath compacte à peu près pur, et il en résulte ce qu'on nomme les porphyres euritiqties; ailleurs elle renferme une assez grande quantité de matière ferrugineuse rouge ; souvent elle présente une diorite, dans laquelle sont disséminés des crîstaux plus claii^s, quelquefois tout à fait blancs d'albite plus ou moins distincts, quelquefois d'andésite ou d'oiigoclase : il en résulte alors les porphyres verts, grûnstein-^orphyr, qu'on nomme aussi ophites. Dans d'autres cas, la base est labradorique, et colorée en noir par une matière qu'on regarde comme du pyroxène ; il en résulte des porphyres noir, qu'on nomme aussi mélaphyres. Enfin la p|ite se charge souvent de silice que l'on voit s'isoler çà et là, et présenter des parties plus ou moins étendues de silex opaque ; elle se remplit quelquefois de cristaux de quarz, et renferme en même temps des cristaux d'orthose ou d'albite. Ces roches, ordinairement rougeâtrès, dont la pâte devient souvent plus ou moins terreuse, sont les porphyres quarzifères etles porphyres argileux, qu'on nomme aussi argylophyres.

o. Variolites. — Lorsque le feldspath, au lieu de se présenter en cristaux dans une pâte feldspathique compacte, n'y forme plus que des nœuds cristallins, qui sont souvent striés du centre à la circonférence, la roche prend le nom de vanoUte, ou de feldspath glanduleux. Les variolites de la Durance sont à base de diorite compacte.

p. Âmygdaloldes. — Les diorites, les basaltes, les wackes,les

trapps et les mélaphyres renferment souvent des noyaux plus ou moins irréguliers de calcaire, d'aragonite, dezéolite, qu'on a quelquefois comparés à des amandes renfermées dans une pâte : la roche prend alors Tépithète ou même le nom à^amygdalùîde. On ne sait pas toujours à quelle espèce de roche appartient la pâte des amygdaloldes ; mais on voit toutes celles dont nous avons parlé passer à cette modification, et Ton remarque alors que les diorites passent à des amygdaloldes dont les noyaux sont calcaires, tandis que les basaltes, les mélaphyres, etc., en donnent d'autres où les noyaux sont formés d'aragonite et de zéolite.

q. Roches feuilletées ou schisteuses. — Ces roches sont composées de lames de mica, tantôt élastique, tantôt seulement flexible, et alors doux au toucher, qui sont le plus souvent entremêlées avec des lits de quarz, et dont Tensemble forme des masses susceptibles de se diviser en feuillets plus ou moins minces. Ce sont les schistes micacés, ou micaschistes, et les schistes talqueux. On donne souvent le nom de schistes argileux à celles de ces roches qui ne renferment pas de quarz , pu du moins qui n'en renferment qu'en très-petite quantité.

Certains micaschistes, surtout ceux où le quarz est dominant, ne sont que des modifications des gneiss associés aux roches granitoldes; mais la plupart se lient aux différents dépôts de sédiment par les gneiss superposés aux granités, et ne sont que le résultat du métamorphisme des dépôts arénacés et argileux par les divers agents souterrains.

r. Roches calcaires- cristallines. — Les calcaires sédimentaires sont presque toujours modifiés profondément dans le voisinage des roches de fusion. Us passent alors à diverses variétés de calcaire saccharolde et se mélangent de différentes substances minérales en formant des roches composées, auxquelles on donne quelquefois différents noms ; tels que : calciphyre, lorsqu'elles renferment des cristaux disséminés de certaines substances ; cipolin, lorsqu'elles renferment du mica ou du talc en lamelles uniformément disséminées ; ophicalce, lorsque ces matières sont dis^ posées par veines ou par feuillets entrelacés; calchiste, lorsqu'elles offrent une masse schisteuse formée de feuillets alternatifs de schiste micacé ou talqueux et de calcaire, etc.

s. Laves. — Rappelons que les laves ne sont pas des roches particulières (g 65 à 76, 178, 179) : ce ne sont que des manières d'être à la surface du globe qui appartiennent à diverses sortes de roches, comme les trachytes, les obsidiennes, les basaltes, etc. On applique particulièrement les noms de laves aux dépôts qui ont

coulé en bandes longues et étroites sur la pente des montagnes» ou se sont étendus en nappes dans la plaine.

g 515. Apparitloii de« ro«he» de fusion. — D*après les données que nous avons rassemblées (g 17S à 209), il est évident que les roches de fusion sont sorties à diverses époques deTintérieur de la terre, à travers les dépôts de sédiment qu'elles ont soulevés^ entre les couches desquelles elles ont été souvent injectées» et qu'elles ont quelquefois recouverts de leurs épanchements.

g 514. Roches granitoîdes. — Ces roches ont commencé à paraître dès les premiers dépôts sédimentaires, et peut-être même y en a--t-il eu d'antérieurement épanchées à la surface du globe, qui seraient dès lors de véritables roches primordiales. Elles se sont ensuite continuées à toutes les époques que nous avons distinguées» et même jusqu'après les terrains tertiaires, comme en Toscane et à rtle d'Elbe suivant M. de Collegno. Il s'en est épanché en abondance dans les Alpes par-dessus le terrain jurassique, que les siénites ont elles-mêmes traversé à Tile de Sky.

On trouve souvent les granités complètement isolés des rocbes se* dimentaires et formant à eux seuls des dépôts considérables couvrant de vastes contrées, comme le centre de la France, dans l'Auvergne et le Limousin; ils offrent alors le plus souvent un assemblage de buttes arrondies, fréquemment recouvertes de leurs débris désagrégés et réduits à l'état sableux. Mais dans ce cas même on reconnaît qu'il y en a des espèces de divers âges ; les uns se présentent en filons au milieu des autres, ou bien forment des chaînes étendues qui, courant sous des directions différentes, annoncent par cela même diverses époques relatives d'apparition. Ainsi, sur le plateau central de la France, la masse fondamentale est un granité gris à petits grains, formé de quarz gris et de mica noir, et fréquemment associé au gneiss; mais ç& et la on remarque des filons plus ou moins puissants de granité de diverses variétés et de pegmatite qui traversent cette base, ou bien des chaînes de granité porphyrolde à gros cristaux disséminés de feldspath laminaire» souvent rosâtre, comme dans la Creuse et la Lozère. Le granité du Morvan, à feldspath rougeâtre et mica vert, est encore différent, et son apparition se ratta^che à des époques plus modernes. On trouve aussi le granité, ou la • siénite, passant tous deux alors au gneiss, et de là au leptynite et au micaschiste, intercalés avec des dépôts de sédiment. G*est ainsi que, d'une part, on les trouve avec les strates cumbriennes, siluriennes, dévoniennes, comme dans le Gotentin et la Bretagne, dans les Vosges et dans les Pyrénées, dans plusieurs parties de l'Angleterre» d&l'Allemagne, en Eongrie, en Norvège» etc.^ et que d'autre

part ces roches existent parmi les divers dépôts qui se rapportent aux terrains jurassiques, comme dans les Alpes.

g 315. Porphyres, dioritest serpentines, /rap/js.— Dès le moment de la formation des plus anciens terrains de sédiment, il a commencé à se faire des roches métamorphiques, et Ton voit paraître l)eaiicoup de roches cristallines : ainsi des porphyres argileux et quarziféres s'y trouvent déjà liés avec des siénites et des granités, comme on le voit dans les Vosges, dans le Morvan, le Beaujolais, le Forez, etc. Mais ces matières se sont prolongées beaucoup plus haut; car elles traversent le terrain houiller, arrivent dans le grès rouge, où elles forment des amas, et même des nappes sous forme de plateaux assez étendus, et se lient souvent avec des dépôts de rétinite; c'est ce qu'on voit surtout en Allemagne, et ce qui se présente en France dans la partie nord des Vosges. Ces porphyres vont même jusque dans le grès bigarré, comme au?c environs de Fréjus; mais jusqu'à présent on m les a pas vus pénétrer dans des dépôts plus modernes.

Les diorites de diverses variétés, qui commencent dès les premières époques de formation, se continuent beaucoup plus haut; c^est ce qu'on voit pour les ophites, ou porphyres dioritiques, dont certaines variétés se trouvent déjà abondamment dans le terrain silurien, et dont plusieurs autres vont se terminer au-dessus de la craie, comme cela a lieu dans les» Pyrénées, en soulevant jusqu'aux sables des Landes.

Quant à la serpentine et à l'euphotide, elles passent des dépôts siluriens dans le terrain houiller, où la serpentine se lie au trapp, comme à Noyant dans l'Allier, et forme quelquefois des buttes particulières, comme à Firmy dans l'Aveyron; elles parviennent dans le calcaire du Jura, s'intercalent dans ses diverses assises, comme dans la Spezia : ailleurs elles arrivent dans la craie, et s'épanchent jusque par-dessus les terrains tertiaires. C'est dans la partie supérieure de la série des terrains de sédiment que ces roches sont plus abondantes, comme on le voit sur le revers méridional des Alpes du Piémont et dans les Apennins.

Les trapps se font déjà remarquer en Suède dans des terrains très-anciens. Ailleurs ils sont très-abondants au milieu des terrains houillers, et s'y trouvent intercalés en couches plus ou moins épaisses; c'est ce qu'on voit en France dans la vallée de la Queune, autour des houillères de Fins, et plus loin dans les houillères de Brassac, sur les bords de l'Allier; l'Angleterre nous en offre arussi de nombreux exemples. Dans d'autres lieux, ils traversent égaler ment les dépôts jurassiques, comme dans le Yorkshire,en plusieurs

points de TËcosse, à Tlle de Mull, etc. Enfin, en Irlande, ils se font jour à travers le terrain crétacé, s'y intercalent en bancs épais, et forment de vastes plateaux à sa surface.

Les mélaphyres ont peut-être bien commencé aussi à se faire jour dès les terrains les plus anciens, où ils se lient souvent avec les porphyres argileux, dont il n*est pas toujours facile de les distinguer dans certaines variétés; mais on en trouve évidemment dans le grès rouge, comme dans les Vosges, et c'est à cette hauteur qu'ils apparaissent distinctement. Ils se continuent à travers les terrains jurassiques qu'ils ont soulevés ou modifiés dans le Tyrolj ainsi qu'entre le lac d'Orta et celui de Lugano; ils se prolongent même jusqu'à l'époque des terrains subapennins, dont ils ont redressé très-probablement les couches dans la Provence.

§ 516. BasalteSf trachytes, etc, — Le basalte paraît n'avoir commencé qu'à l'époque de la craie : d'un côté, nous avons les trapps douteux de l'Irlande, que quelques géologues regardent comme des basaltes, qui ont traversé ces sortes de dépôts et se sont épanchés en nappes au-dessus d'eux; de l'autre , des basaltes bien caractérisés, avec péridot, se présentent dans le Vicentin en relation avec le terrain à nummulites, et les tufs basaltiques qui s'y rattachent non-seulement alternent avec des couches de cette espèce de calcaire, mais renferment eux-mêmes toutes les coquilles qui les caractérisent. De cette époque les basaltes ont continué à travers tous les dépôts de sédiment jusqu'à l'époque actuelle; non-seulement, ils ont formé sur la pente des montagnes et dans les vallées, des coulées qui se rattachent à des cônes volcaniques à cratères, comme dans l'Eiffel et dans le Yivarais, mais encore ils coulent de nos jours en Islande.

Les trachytes ont peut-être commencé un peu plus tard que les basaltes; nous n'en connaissons pas dans la craie, et les plus anciens se rapportent tout au plus à des terrains analogues au calcaire grossier parisien, comme j'ai cru le voir en Hongrie, si, à cette époque encore peu avancée de la science, je n'ai pas fait quelque confusion des calcaires supérieurs. Dans le Cantal, ils sont plus jeunes, et postérieurs au terrain de molasse; ils sont en effet superposés aux dépôts d'eau douce de cette époque, qu'ils ont traversés et disloqués, et dont ils renferment des débris, lis se continuent de nos jours, en formant des montagnes qui se soulèvent graduellement, ou de véritables coulées (g 48, 74), aussi bien que les obsidiennes qui en font partie.

Les phonolites sont aussi à peu près de la même époque; cependant ces roches paraissent généralement s'être développées à part

aussi bien que le basalte; c'est-à-dire que, suivant les localités, c'est tantôt l'une, tantôt l'autre de ces sortes de produits volcaniques qui a dominé. C'est à l'apparition des roches phonoli tiques qu'on est conduit à attribuer le soulèvement des nappes trachytiques qui constituent les monts Dore et le Cantal.

Les amygdaloïdes, comme on peut le concevoir d'après ce que nous avons dit de leur nature, sont de tous les âges. 11 en est qui se rattachent aux diorites et aux roches trappéennes, d'autres qui se joignent aux porphyres quarzifères, aux mélaphyres, ou bien aux phonolîtes et aux basaltes; par conséquent, elles suivent les éjections de ces diverses matières.

Tous ces détails nous montrent qu'il y a eu continuité dans les éjections de roches ignées depuis les époques les plus reculées jusqu'à nos jours : seulement elles ont été plus générales, plus considérables aux époques les plus anciennes, et les roches semblent être arrivées à la surface du globe dans un état plus pâteux que nous ne le voyons depuis l'époque de la craie; nous en jugeons à ce que les granités, les siénites, divers porphyres, ne se sont pas répandus en nappes, comme nous le voyons pour les trapps, les trachytes et les basaltes.

§ 317. Inflnenee de eem roehe« sur les ûépùim de sédimeiil. — Nous avons déjà montré ces sortes d'influences (g 135, 187 à 213), depuis celles du basalte jusqu'à celles du granité, sur les dépôts qui ont été évidemment formés par l'eau; c'est donc en quelque sorte une récapitulation que nous avons à faire ici.

C'est dans les Alpes que les faits se présentent sur la plus grande échelle et nous offrent le plus de variations. Les calcaires qu'on trouve dans les avan^postes de cette chaîne de montagnes appartiennent évidemment au lias, caractérisé par la présence des bélemnites et accompagné de ses matières arénacées ou argileuses. Or on peut suivre ces calcaires en divers points vers le centre de la chaîne, et on les voit alors se modifier d'un grand nombre de manières. Dans quelques points, ils présentent encore des béiemnites et quelques autres coquilles caractéristiques; mais déjà ifs ont ' changé d'état : les uns sont devenus plus compactes, les autres légèrement cristallins, et se sont colorés de différentes manières. Les argiles schisteuses qui séparaient leurs assises sont passées à l'état de schistes micacés ou bien de schistes talqueux, auxquels préludent souvent d'autres matières qui conservent encore leurs caractères arénaçés, où l'on voit le talc s'introduire par feuillets dispersés de place en place; les grès quarzeux sont devenus des quar compactes et granulaires, tantôt simples, tantôt renfermant du

mica. D'autres roches arénacées ont pris un éclat plus vif, une consistance, une couleur particulières, et renferment des lamelles de mica, ou de talc, plus ou moins larges, qu'on ne voit pas partout ailleurs dans le terrain jurassique; il en résulte des roches qui prennent tous les caractères de grauwackes que nous avons indiqués dans les dépôts anciens (g 250, etc.). Tout cela alterne bientôt avec des micaschistes et des gneiss qui passent à de véritables granités en couches subordonnées, et plus ou moins semblables aux granités en masse, autour desquels tous les dépôts précédents sont relevés. Dans d'autres points de la chaîne on trouve des calcaires saccharoldes, blancs ou colorés, simples ou remplis de paillettes de mica ou de toute autre substance, où toute trace de coquilles a disparu, comme cela a lieu également dans le voisinage des euphotides et des serpentines des Apennins (g 200); enfin, dans quelques parties, les calcaires sont transformés en dolomies plus ou moins cristallines, comme nous en avons indiqué dans le voisinage des méiaphyres du Tyrol. Ajoutons que dans certaines vallées des Alpes on trouve sur les pentes divers lambeaux de gypse ou de karsténite qui sont dans des positions tout à fait anormales, qui ne se prolongent pas dans rintérienr du terrain, où d'ailleurs ils se terminent toujours par des calcaires; c'est ce qu'on voit surtout dans les points où il s'est développé des roches amygdaloldes ou des serpentines, précisément comme il arrive aussi dans les Pyrénées, partout où se présentent les ophites (g 1 99, 200).

Maintenant, de deux choses l'une : ou il faut dire que l'ensemble de couches subordonnées au milieu duquel se trouvent les granités alpins, n'appartient pas à l'époque jurassique, ce qui aujourd'hui serait tout à fait absurde; ou bien il faut admettre que pendant l'émission des roches cristallines il s'est fait de nombreuses modifications dans les dépôts de sédiment qu'elles ont traversés, et qu\aux dépens des diverses matières argileuses et des roches arénacées il s'est produit, par une action évidente, quoique de nature inconnue, des schistes argileux ou talqueux, des micaschistes et des gneiss; en un înot, tout ce qu'on nomme aujourd'hui des roches métamorphiques de toute espèce (g 211 à 215).

Ces transformations, si évidentes, que présentent les dépôts de sédiment dans les Alpes, tendent à nous faire concevoir une multitude de circonstances plus ou moins analogues, dans un grand nombre d'autres localités où les altérations sont devenues plus profondes. C'est ainsi que nous comprenons les calcaires, plus ou moins saccharoldes, en couches, ou même en espèces de filons, dans les gneiss les plus intimement liés au granité, comiAe en Limou^,

ÉTUDE DES ROCHES DE CRISTALLISATIOIf. 279

OU dans les porphyres, comme en Forez; nous concevons toutes les variations du calcaire dans les dépôts cumbriens, siluriens et dévo* niens, si tourmentés en tous lieux par les injections de roches cristallines. Enfin, nous nous expliquons aussi les passages continuels des granités ou des porphyres aux schistes micacés, aux grès divers dans lesquels ils ont percé, comme dans les grès du lias en Bourgo* gne, les grès rouges dans les Vosges, les grès bigarrés dans le Yar, les schistes argileux dans la Bretagne, TEiffel, les Vosges et le Forez.

§ 518. Couches relevées et contournées, — Un autre genre d'influence des roches cristallines se manifeste dans les' dérangements qu'elles ont fait éprouver aux couches qu'elles ont traversées, qu'elles ont bousculées de toutes les manières et placées sous des inclinaisons plus ou moins rapides, comme on le voit partout au milieu des montagnes. Leur influence n'est pas moins remarquable dans les contournements quelquefois si compliqués, si bizarres même, qui sont aussi le résultat de leur apparition, et qui sont dus aux compressions que leur passage a fait éprouver aux dépôts qu'elles ont modifiés et ramollis, ou à ceux qui se trouvaient euxmêmes à un état pâteux (g 172, 224). Ces contoumcDients se font surtout remarquer dans les roches schisteuses diverses des terrains anciens, comme dans la Bretagne, dans les Vosges, dans le groupe central de la France, dans les dépôts jurassiques môtamorphisés des Alpes, dans les terrains houillers, où probablement les matières conservaient en elles-mêmes une certaine mollesse.

g 319. JkMkeieunem diviaioiui des eoaehes da globe* — Dès les

premiers temps de Télude des dépôts qui composent la croûte du globe, on a reconnu que les uns renfermaient des débris organiques et des cailloux roulés; tandis que les autres, tels que granités, porphyres, etc., n'en offraient aucun indice. On a vu en beaucoup de lieux les premiers reposer sur les seconds, et l'on a cm que c'était là la règle générale. Dès lors ceux-ci ont été regardés comme les premiers membres de la création, comme ayant été faits, par voie de cristallisation aqueuse, avant l'apparition de tous les êtres organisés qui ont ensuite peuplé les mers. On leur a donné le nom de terrains primitifs, et, par opposition, les autres ont été nommés terrains secondaires. Plus tard, on s'aperçut qu'en certains lieux les roches qu'on avait remarquées dans les terrains primitifs ne cessaient pas brusquement d'exister, et qu'à la jonction des terrains secondaires elles alternaient avec des couches arénacées, avec des dépôts coquilliers. On en a conclu que là se trouvaient la fin d'un certain ordre de choses et le commencement d'un autre, et Ton a conçu l'idée d'une époque particulière de formation durant

laquelle il s'est produit un terrain intermédiaire, ou terrain de transition. Plus tard, remarquant qu'à la fin de la sérié secondaire il se trouvait des dépôts où les débris organiques rappelaient beaucoup plus les êtres actuels que les débris des dépôts précédents, on a adopté une quatrième division, qu'on a nommée terrain tertiaire. On a même imaginé une division de terrains quaternaires, d'un côté pour les faluns de Touraine, supérieurs aux dépôts parisiens, de l'autre, pour les dépôts subapennins; enfin, pour des sédiments plus modernes dans lesquels on a trouvé des traces de Tindustrie humaine (g 153). Ces divisions n'ont jamais eu rien de bien fixe; on ne savait trop où commençait le terrain de transition, ni où il finissait pour faire place au terrain secondaire. Pour les terrains tertiaires, on est convenu généralement de les faire commencer après la craie, mais il n'y a rien de fixe pour les terrains quaternaires.

g 520. On voit que nous sommes aujourd'hui fort loin des idées qui ont présidé à l'établissement de ces sortes de divisions. D'un côté, en effet, plusieurs des dépôts cristallins qu'il nous est possible de voir à la surface du globe, loin d'être primitifs et d'avoir préexisté à la création organique, ont au contraire apparu après beaucoup de dépôts secondaires et même tertiaires des plus élevés (g 1 97 à 206, 31 3) . D'un autre côté, ce n'est plus seulement dans un point de la série que le primitif et le secondaire se trouvent mêlés; c'e;st réellement à tous les étages, tantôt sur une grande échelle et avec de nombreuses modifications des roches soulevées, tantôt sur une échelle plus petite qui ne laisse apercevoir qu'une faible masse intercalée. Ce serait donc tout embrouiller que de conserver maintenant une telle division, et c'est pour cela que nous avons évité jusqu'ici d'en parler; nous n'en parlerions même pas si, depuis longues années, de savants travaux, d'illustres professeurs n'avaient fait partout contracter une telle habitude de ces expressions, surtout celles de primitifs et de secondaires, qu'il n'est pas possible de les faire oublier subitement, et qu'il faut dès lors en connaltrç la valeur réelle.

Les véritables roches primitives, celles qui résultent de la première consolidation de la surface du globe incandescent, celles sur lesquelles la vie a dû commencer au sein des mers (g 131 à 137), nous sont réellement inconnues. Toutefois il est clair que ce sont des roches formées par cristallisation ignée; et, comme parmi celles-ci le granité est ce qu'il y a de plus abondant, comme cette roche se montre sur de grands espaces dès les premiers dépôts de sédiment, on a été conduit à penser qu'elle formait aussi la base principale de nos continents. Cependant il nous est impossible de distinguer

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