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Voyage de Bove et de Lovisato

A l'époque où la Mission française arrivait au cap Horn, une Expédition italo-argentine, commandée par le lieutenant G. Bove, venait de quitter ces parages. Le géologue de cette expédition, le D*" Domenico Lovisato, a consigné le résultat de ses recherches dans des Rapports préliminaires (') et dans une Conférence faite à la Société de Géographie italienne, le 26 mars i883 (*). Nous allons extraire de ces intéressants

(*) Décrite dans les Geological Transactions, vol. VI, p. 4i5. (•) Botanique de Àntarctic ^ojage, p. 212.

(3) G. Bove, La specUzione antarctica Icalo-Argentina RoDfia, i883.

(*) D. Lovisato, Una escursione geolo^ca nella Patagonia e nella Terra del Fuoco, Roma, i883.

documents tout ce qui est relatif aux localités visitées par la Mission française, en laissant de côté les généralités et les théories.

... « L'archipel des terres australes, avec sa chaîne de montagnes courant du Nord-Ouest au Sud-Est, tandis que les Andes se dirigent Nord et Sud et la chaîne de la Terre des États Ouest et Est, est constitué principalement par une masse gneissogranitique qui va du montSarmiento au mont Darwin, occupe le groupe des îles Magill, toute la presqu'île Brecknock, les îles London, Stewart, Londonderry et les innombrables îlots circonvoisins, une partie de Tîle Gordon, quelques-unes des côtes de rimmense île Hoste, et le commencement de Tîle Navarin.

» On trouve dans cet archipel les diorites et les formes générales d'amphiboles, parmi lesquelles je citerai les variétés très belles qui constituent le massif du Sarmiento, la partie orientale de Tîle Hoste et la partie occidentale de l'île Navarin où l'on rencontre, en contact avec les granités, des quartzites qui présentent, comme les roches voisines, de tels phénomènes de métamorphisme que mes idées sur les roches granitiques s'en trouveraient, en partie du moins, modifiées.

» Les syénites et les formes protogéniques ne font pas défaut, surtout dans la partie méridionale de l'archipel.

» Les schistes verts mêlés à une grande quantité de quartz, en filons ou en réseaux, forment les bords du bras du Nord-Ouest du canal du Beagle, les bords de ce canal lui-même, et très probablement la région supérieure en dedans de la chaîne montagneuse, que nous n'avons eu ni le temps ni les moyens de visiter.

» A ces schistes cristallins, j'ajouterai des variétés très belles, probablement à couzéranite , de Port-Hope dans l'île Clarence, les micaschistes de la même île et des îles Hoste et Navarin.

» On voit encore, dans l'archipel, des schistes noirs, des schistes quartzifères, des schistes argileux, des schistes graphitiques, des schistes calcaires et des quartzites, qui dominent depuis le canal du Beagle jusqu'à la Terre des États. Beaucoup de ces quartzites sont de nature porphyrique; mais on ne doit pas les confondre avec les nombreuses roches porphyriques qui se trouvent à l'île Baskett, dans la baie Sloggett, surtout avec celles de la presqu'île d'Ouchouaya et des îles voisines ni avec les schistes granuleux du nord de la République

Mission du cap Horn, IV. 8

Argentine. N'oublions pas les quartzites de nature porphyrique qui forment les sommets de l'île des États {Terre des États).

» Dans cette dernière ile, nous avons passé quarante-huit jours en parcourant une bonne partie de sa longueur, qui est d'environ 72''™, et en la traversant dans sa largeur, qui est d'environ i5*"". •

» Le massif de File des États est schisteux; sur les schistes noirs de la base reposent des schistes rouges et verts, avec des quartzites de nature porphyrique et des roches porphyriques. Les granités font entièrement défaut.

» Dans les terres australes, en général, il y a absence complète de serpentines et de toutes les roches qui s'en rapprochent.

» Le calcaire manque complètement en grande masse; dans les terres australes, il se trouve seulement en filonnets.

» En fait de formations à grenats visibles à l'œil nu, je n'en ai vu qu'une seule dans la Terre de Feu : c'est un talcomicaschiste plein de grenats en rhombododécaèdres qui forme la rive droite du dernier glacier du mont Darwin et passe du bras du Nord-Ouest au canal du Beagle dans l'anse Gertrude. Les grenats de petites dimensions appartiennent à une formation schisteuse de l'ile des États et à une autre roche micacée des îles qui entourent Navarin...

» C'est une chose digne de remarque que l'absence absolue de toute roche volcanique dans les parties occidentale et méridionale de la Terre de Feu. Je n'ai pas, par là, l'intention de nier l'existence de roches volcaniques en Fuégie. Je regarde, au contraire, comme très probable que, de la vaste extension quaternaire qui doit occuper toute la région septentrionale et une partie de la région orientale delà grande île (Terre de Feu proprement dite), des cônes de lave et de basalte peuvent s'élever à une plus ou moins grande hauteur comme ceux de certains points de la Patagonie méridionale...

» La Terre de Feu, comme l'ile des États, est très pauvre en minéraux.

» Quanta l'âge certain des roches que j'ai examinées, je me tiendrai sur la réserve et ne proposerai aucune détermination. En effet, les formations primitives des terres australes se sont montrées pour moi très avares en fossiles, quoique je me sois livré à cet égard aux plus

minutieuses recherches. A l'exception de quelques empreintes sur les schistes et les quartzites de la plus grande des îles du Nouvel An (au Nord de Tîle des Etats), de quelques points de la côte Nord de l'île des États, d'autres empreintes plus anciennes dans les formations schisteuses du canal du Beagle, je n'ai rien trouvé en fait de fossiles, dans ces vastes régions.

)) Nous assistons là maintenant à deux phénomènes d'une importance capitale pour la Géologie : en général, les terres que nous avons visitées sont dans une période de soulèvement graduel et les glaciers se retirent d'une manière sensible.

» La ligne de soulèvement s'étend de la côte patagonne à la partie Est de la Terre de Feu, en y comprenant l'île des États, tandis qu'une apparente zone d'abaissement irait du Nord-Ouest au Sud-Est jusqu'à la. pointe Sud de la Terre de Feu, en suivant une ligne dirigée du mont Sarmiento au mont Darwin, et traversant ensuite les îles Hoste et Navarin. »

Relativement à ces plages soulevées, pas plus que sur le retrait des glaciers, la Mission française n'a eu aucune occasion de corroborer les assertions du D^ Lovisato, ce qui s'explique peut-être par la situation du centre de nos recherches, plus limité que celui de l'Expédition italo-argentine, au Sud de l'archipel Magellanique.

Ce que nous pouvons affirmer, c'est que, dans ces régions, les roches microlithiques du type andésitique et labradorique sont fréquentes et qu'il en est de même des tufs qui en dérivent.

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