VI
sous ce rapport , a quelque chose de singulier, pour ne pas dire d'affligeant. Il ferait en effet supposer qu'elle ignore ou dédaigne l'importance universellement attribuée à la géologie: science, qui seule peut lui apprendre à connaître ses richesses souterraines , et mille ressources inaperçues , dont l'exploitation mettrait le comble à sa prospérité présente.
Il est vrai que certaines explorations géologiques ont paru d'une utilité fort contestables , et , quoique très-coûteuses , n'ont abouti qu'aux plus minces résultats : de là peut-être, parmi nous, tant d'indifférence pour ce genre de recherches.
Trop souvent enfin les traités sur la géologie l'ont rendue stérile autant que prétentieuse , par une nomenclature incohérente et une technicalité superflue. C'est ainsi que cette science est devenue inintelligible , repoussante même pour bien des gens désireux d'en pénétrer les secrets. Dans la Louisiane , en particulier , d'excellents esprits s'en éloignent obstinément , alors pourtant que le vaste territoire de cet État en rendrait l'étude aussi attrayante sous le rapport spéculatif, qu'utile dans ses innombrables applications.
Ce territoire offre , en effet , les deux champs d'obser\'ation les plus distincts , avec toutes facilités de passer de l'un à l'autre, soit pour étudier leurs rapports, soit pour jouir de leurs contrastes. L'un est le domaine créé par les alluvions du Mississipi , du Washita et de la Rivière Rouge. C'est le dernier-né de la géologie américaine, datant à peine de l'époque où la terre devenait habitable , et où le sol raffermi , l'air purifié y permettaient le développement des sociétés humaines. C'est la région de la Basse-Louisiane , dont les secrets ont été entrevus par le forage du puits artésien de la Nouvelle -Orléans, et dont la formation peut d'autant mieux être étudiée à l'embouclnire du fleuve, qu'elle s'y poursuit comme par le passé, en empiétant sans cesse sur le golfe du Mexique.
L'autre région , bien moins observée que la précédente , est néanmoins assez connue quant à l'antiquité de son origine , pour nous convaincre que sa formation est une des plus anciennes et des plus curieuses du continent américain. Cette dernière est celle des monts Washita, qui, bien que s'étendant dans Tétat de TArkansas , n'en appartient pas moins d'abord à la Louisiane, et justifierait à elle seule une exploration géologique. Toutes les richesses minérales semblent s'y être donné rendezvous , et pourtant , malgré le besoin des métaux utiles , malgré la soif des métaux précieux , on n'en sait rien encore de positif. Bien plus , un géologue de mérite me disait , tout récemment : « Que faire en Louisiane ? Et quelle collection de roches y former ? » , oubhant ainsi les monts Washita , et se méprenant sous un autre rapport , au point de borner la géologie à l'étude des roches , qui n'est que le point de départ d'où cette science ne tarde pas à se bifurquer.
Considérées dans lour composition et leur gisement , les roches sont la base de la géologie appliquée à l'industrie et aux arts , lesquels trouvent au milieu d'elles les minerais fournissant les métaux utiles. Mais considérées dans leur décomposition et les alluvions qui en dérivent , elles n'offrent pas une étude moins intéressante, surtout quand ces alluvions proviennent , comme en Louisiane , des monts Alleghanies par l'Ohio , du plateau du Minnesota par le Haut-Mississipi , des Montagnes Rocheuses par le Missouri , du Llano Estacado par la Rivière Rouge , enûn du Washita par les divers courants formant la Rivière Noire. Ces atterrissements , gigantesques et si divers, se sont alternés et superposés sous nos pieds, par suite d'inondations , dont il importerait de bien connaître la puissance respective et les points de départ. Arrivaient-elles surtout du nord , ou bien de l'est ou de l'ouest? Si nous le savions , nous pourrions bien mieux déterminer la part qui revient au Mississipi et à chacun de ses affluents, dans la formation de notre territoire.
En attendant que ce problème soit résolu , il est au moins éclaitM^i , en Louisiane, par la nature et l'épaisseur des diverses couches souterraines , qui reportent notre pensée aux phénomènes de leur origine , et aux régions lointaines d'où leurs sédiments ont été transportés par les eaux. Ce faisant, nous remontons des effets à la cause, c'est-à-dire du fond du