‹ Géométrie du compasChapitre 2 sur 183 · SUR MASCHERONI · texte numérisé non relu

SUR MASCHERONI

Depujs la publication de la traduction de la Géométrie du Compas , qui parut en i >jg8 , les sciences ont • perdu l’auteur de cet inte'ressant ouvrage, ainsi que le fruit des travaux qu’il avait entrepris avec autant d’ardeur que d’heureuses dispositions , et qu’une mort prématurée l’empêcha d’achever.

Qu’il soit permis au Traducteur de la Géométrie du Compas, en publiant cette seconde édition, de payer à Mascheroni le juste tribut d’éloges et de regrets si légitimement dus à la mémoire d’un savant étranger, qui s’applaudissait d’avoir trouvé une seconde patrie dans la France, au moment où elle devint son tombeau.

Mascheroni (Laurent) était né à Bergame en 1 ^ 50 .

Il étudia avec goût les Belles-Lettres, et obtint dans ces premières études de très brillans succès. Dès l’âge de 18 ans, il enseignait le grec et le latin au college de Bergame. Cette profession lui fournit souvent l’occasion d’exercer agréablement son esprit. Il se fit remarquer surtout par un discours qu’il prononça sur la fausse éloquence de la chaire : pour faire ressortir d’une manière plus piquante le ridicule qu’il attaquait, il employa lui-même le style poétique que les prédicateurs de son temps prodiguaient dans leurs sermons.

11 fut appelé ensuite à professer la langue grecque à Pavie , où il continua de l’euseigner jusqu’à l’âge de

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27 ans ; mais ce n’était pas dans les lettres que Mas-* cheroni devait trouver sa principale illustration. Jusque là on n’avait apprécié que la délicatesse de son esprit : une circonstance fortuite détermina en lui le goût des études sérieuses et des méditations profondes; elle lui dévoila sa véritable vocation. Un ouvrage de Mathématiques lui tomba un jour entre les mains ; il le lut avec avidité , et conçut dès lors pour les sciences un amour qui devint bientôt une passion dominante. C’est ainsi que s’était manifesté le goût de Lagrange , qui n’avait, dans tout le cours de ses études à Turin, montré de dispositions que pour les Lettres , et dont le génie pour les Mathématiques ne fut révélé qu’à la seconde année de son cours de philosophie par la lecture d’un mémoire de Halley que le hasard lui avait fait rencontrer.

Du moment où Mascheroni eût abordé les Sciences exactes, il en fit l’objet principal de ses études. Ses progrès furent rapides. E11 peu de temps il se montra digne d’occuper la chaire de Géométrie au collège de Bergame, et fut , un peu plus tard , nommé professeur de Géométrie et d’Algèbre à l’université de Pavie.

Il publia dans cette ville, en 1787 , un mémoire intitulé Méthode pour la mesure des polygones plans, dans lequel il traitait tous les problèmes que l’on trouve dans la PolygOnométrie de Lhuillier , imprimée deux ans plus tard à Genève , 1789. Ce dernier ouvrage ne parvint que quelques années après sa publication à la connaissance du célèbre professeur , qui eut peine à ' concevoir que le même sujet, que les mêmes problèmes fussent traités précisément de la même manière par Hn autre géomètre, 11 fit imprimer à Pavie, en 1793,

SüR MASCHERONI.

sous le titre modeste , Problèmes pour les arpenteurs, avec différentes solutions , un ouvrage composé de cinq livres. Les trois premiers et partie du quatrième ne sont qu’une nouvelle édition du mémoire qu’il avait publié à Pavie, en 1787, sur la mesure des polygones plans. La fin du quatrième livre a pour objet de donner la plus grande généralité aux problèmes contenus dans les livres précédens Le cinquième est entièrement consacré à la mesure des solides.

Mascheroni profita de cette publication pour revenu diquer, dans la Préface, la propriété de son premier mémoire, et il le fit avec autant de chaleur. pour une production qu’il affectionnait., que d’égards pour un mathématicien dont il 11e voulait point atténuer le mérite dans l’opinion publique.

11 parut en l’an XI (i8o3), chez Courcier, una traduction française de cet ouvrage , intitulé : Problèmes pour les arpenteurs . Mais on ne voit pas pourquoi le traducteur, en tronquant quelques passages de la préface , enlève à l’auteur une partie des moyens par lesquels il établit ses droits à la propriété qu’il réclamait.

Le savant italien ayant reconnu, dans la Polygonométrie de Lhuillier, tous les problèmes qu’il avait donnéslui-mèmedans son ouvrage, imprimé deux ans avant l’époque à laquelle Lhuillier avait publié le sien, signala très délicatement cette rencontre qui lui avait paru tout-à-fait extraordinaire.

Nous rétablirons ici les propres expressions de Mascheroni , en désignant par des caractères italiques les parties de sa préface qui ont été omises par le tra-> ducleur de l’ouvrage.

SOTICE BIOGRAPHIQUE « J’avais publié , en 1 787 , parmi les additions au » Cours de Mathématiques de M. Bossut , qui me sert » de texte dans mes leçons de V Université , un petit » mémoire intitulé : Méthode pour la mesure des po- » lygones plans; elf^jr mis mon nom. Deux ans après, « M. Lhuillier publia à Genève sa Polygonométrie , im- ■» primée par Barde en 1789. Je reconnus en la lisant, » non-seulement que mon ouvrage renfermait tous ses » problèmes , mais encore que mes solutions analytin ques m’avaient conduit aux mêmes formules , et que » j'avais suivi absolument les mêmes traces qu’un au- » leur qui avait imprimé son ouvrage deux ans apres la » publication du mien. Je fus vraiment étonné de voir » que je m’étais ainsi rencontré avec ce géomètre. »

On ne peut s’empêcher d’observer, dans le passage qui précède, avec quelle finesse, quelle délicatesse d’expression Mascheroni cherche à concilier le besoin qu’il éprouve de s’assurer la conservation des droits que sa priorité lui avait acquis , avec la réserve et la circonspection , d’ailleurs si conformes à ses dispositions naturelles, que semblait lui imposer le caractère d’ecclésiastique dont il était revêtu. Si l’on a droit de s’étonner de l’omission des passages soulignés dans la traduction de la préface de Mascheroni , que penser de l’addition de la phrase suivante, quand il ne se trouve pas dans l’italien un mot qui puisse la justifier? « Un accord » aussi parfait avec ce célèbre géomètre (M. Lhuillier v> fut pour moi d’un grand prix, et la preuve la plus com- » plète que mon travail pouvait être de quelque utilité. >• Mascheroni, tout modeste qu’il était, se sentait biec capable d’apprécier seul le mérite de son ouvrage, et

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n’a pas craint de faire lui-même la juste part de celui de M. Lhuillier, relativement à sa Polygonométrie , ainsi qu’on peut s’en convaincre par la lecture du passage suivant, qui termine sa réclamation : « Âu reste, •> dit-il, l’ouvrage deM. Lhuillier n’en mérite pas moins » la bienveillance du lecteur , tant pour son érudition, » que pour les démonstrations géométriques qu’il a » données, et pour beaucoup d’exemples choisis qui » répandent de la clarté sur toute la méthode. »

L 'érudition, accordée à M. Lhuillier par Mascheroni, implique contradiction avec le contentement que semblerait lui avoir procuré, d’après la phrase du traducteur, un accord aussi parfait avec le géomètre de Genève : ou bien il faudrait n’y voir qu’une ironie peu conforme à l’esprit de douceur auquel se plaisent à rendre hommage tous ceux qui ont connu le savant italien.

Lors de l’entrée des Français en Italie, Mascheroni sut allier les sentimens d’un patriotisme éclairé avec les devoirs de l’état ecclésiastique qu’il avait embrassé. Ses talens et la sagesse de son esprit fixèrent sur lui l’attention et les suffrages de ses concitoyens : il fut nommé membre du corps-législatif de la république Cisalpine ; mais , tout en exerçant ces nouvelles fonctions avec le plus grand zèle, iln’en continuait pas moins à se livrer à l’étude des sciences mathématiques, pour lesquelles il avait conservé la même prédilection.

Mascheroni publia à Pavie, en 1797(1), la Géométrie du Compas. C’était dans les derniers momens du séjour

(0 C’est par erreur que la Biographie des Contemporains de Rabbe ci la Biographie universelle de Barbier annoncent que cet ouvrage a paru à Milan en 1795. Il n'a eu qu'une édition, celle imprimée à Pavie en 1797*

Xïj NOTICE BIOGRAPHIQUE

de Bonaparte en Italie. Le ge'néral, qui accueillait avec plaisir les savans italiens, avait vu souvent Mascheroni , et s’était entretenu plusieurs fois avec lui de la Géométrie du Compas. Quand la paix de Campo-Formio fut signée, Bonaparte vint à Paris apporter le traité au directoire , et lui présenter les drapeaux de l’armée d’Italie. Le lendemain de cette cérémonie triomphale, qui eut lieu le 20 frimaire an VI ( 10 décembre 1797 ), Bonaparte fut invité par François de Neufchâteau à une nombreuse réunion composée de savans et de gens , de lettres , tous membres de l’Institut. « Le général les » étonna tous , dit le Moniteur du temps , par la va- » riété et l’étendue de ses connaissances. •>

Lagrange et Laplace faisaient partie de la réunion , et dans une conversation que Bonaparte eut avec ces illustres géomètres , et particulièrement avec Laplace , il leur fit connaître la Géométrie du Compas , ouvrage alors tout nouveau et inconnu en France, en leur donnant la solution de quelques-uns des problèmes qui se trouvent dans cette production originale. Après avoir écouté Bonaparte avec attention , Laplace , qui avait été son professeur de Mathématiques à l’école de Brienne, lui dit en présence de tous les savans réunis autour d’eux : « Nous attendions tout de vous , général , ex- » cepté des leçons de Mathématiques. »

Cette anecdote, répétée par plusieurs journaux , signala pour la première fois en France la Géométrie du Compas, et inspira à l’auteur de cette notice, qui sortait alors de l’École Polytechnique pour entrer dans le corps du génie , le désir de connaître l’ouvrage et ensuite ce-, lui d’en publier la traduction.

SDK MASCHEROHI. xiij

Mascheroni contribua beaucoupaux expériences faites à Bologne , pour prouver le mouvement de la terre par la chute des corps.

Les ouvrages que l’on a de lui sont :

i°. Sulle curve che servono a delineare le ore ineguali de gli antichi nelle superficie plane. Bergame, 1784, in- 4 ®.

2 0 . Nouvelles Recherches sur l’équilibre des voûtes. Bergame, 1785, in- 4 °, avec planches. Ouvrage profond, où l'auteur essaie d’aller plus loin que n’avaient été Bossut et Lorgna dans les mémoires qu’ils avaient publiés eu 1774» 1 ’î 79 et 1780.

3 °. Des vers italiens , adressés à la comtesse de Grismondi, aussi célèbre par son esprit que par sa beauté.

1786 , in-4°.

4 °. Méthode pour la mesure des polygones plans.

1 787 , Bergame , in-8°.

5 °. Problèmes pour les arpenteurs avec différentes solutions. 1 793 , Pavie , in-8°.

6 °. La Géométrie du Compas. 1797» Pavie, in- 8 °.

7°. Notes sur le Traité de calcul différentiel , par Euler.

8°. Une pièce de vers dans laquelle l’auteur fait preuve d’un talent distingué pour la poésie et d’un attachement sincère au savant français dont il déplore la perte. In morte Bordce , viri celeberrimi , Elegia. Paris, 1799, in-folio.

9 0 . Invito di Dafni a Lesbia ; poème qui ne fait pas moins d’honneur à Mascheroni que la Géométrie du Compas.

11 y décrit, avec autant de précision que de facilité,

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