XIV NOTICE BIOGRAPHIQUE
les objets curieux de l’Amphithe'âtre de Physique et du
Cabinet d’Histoire naturelle de l’Université de Pavie.
Mascheroni a laissé, en outre, en manuscrit, plusieurs mémoires, un entre autres sur la pyramidométrie ; sujet dont l’immortel Lagrange s’était occupé avant lui , mais qu’il a envisagé sous un aspect différent. *
L’un de ces mémoires, intitulé Spiegazione popolare délia maniera colla quale si regola l’anno sestile o inlercalare, e il cominciamento dell' anno republicano, a été inséré après sa mort dans les Mémoires de Mathématiques et de Physique de la Société italienne des Sciences, tome IX, page 321 . Modène, 1802.
Mascheroni occupait encore en 1798 la chaire de professeur de Mathématiques à l’Université de Pavie, lorsqu’il fut député à Paris par le gouvernement italien pour y coopérer à la rédaction du nouveau système des poids et mesures. Il se livra à ce travail avec autant de zèle que d’intelligence , et le mérite qu’il y déploya lui procura l’estime de ses collègues , comme sa douceur et sa modestie lui avaient déjà acquis leur amitié.
Les évènemens de la guerre ne lui permettant pas de retourner dans son pays, il chercha dans le nôtre à exercer ses talens. M. Dubois, l’un de nos plus dignes instituteurs, le reçut chez lui comme professeur; mais la fatigue des travaux auxquels Mascheroni s’était livré toute sa vie avec tant d’acharnement avait ruiné sa santé. M. Dubois ne lui demanda aucun service , et le séjour du savant italien dans sa maison ne fut pour lui qu’une occasion bien honorable d’exercer sa bienfaisance. Mascheroni reçut chez M. Dubois , pendant un an que dura sa maladie, les soins les plus tendres «t
son M À S C H E H O NI • X V
les plus hospitaliers. Vainement les médecins français réunirent leurs talens et les ressources de leur art : rien ne put arrêter les progrès du mal, et Mascherom fut enlevé aux sciences et à ses amis le z 5 messidor an VIII ( i 4 juillet 1800 ), à l’âge de 5 o ans (1).
On doit s’étonner et regretter que Bossut n’ait pas donné place, dans son Histoire des Mathématiques, à un savant qui semblait y avoir acquis quelques droits par plusieurs ouvrages, et particulièrement par la Géométrie du Compas.
Delambre a rendu plus de justice au géomètre italien dans le rapport historique qu'il fit, en 1808, au nom de la classe des Sciences physiques et mathématiques de l’Institut, sur les progrès des Sciences mathématiques depuis 1789 jusqu’en 1808.
Après avoir rappelé , dans le discours qui précède le rapport , que la Géométrie ancienne n’admettait dans ses démonstrations que ce qui peut s’exécuter avec la règle et le compas, Delambre ajoute : « Mascheroni,
» plus sévère encore , voulut se passer de la règle. On a a lieu d’être étonné du grand nombre de propositions >■ nouvelles et piquantes qu’il a su trouver dans un sujet
» en apparence épuisé. Sesprincipaux théorèmes avaient
» été apportés en France par le vainqueur et le pacifi- » cateur de l’Italie. On désira connaître l’ouvrage en- .» tier, et bientôt il en parut une traduction française. •> Dans le rapport même, Delambre revient sur la Géo-
(1) Et non pas en 1808. dgé de 58 ans , comme le disent la Biographie des Contemporains et la Biogn-ybie universelle , auxquelles uous avons déjà repioché d’autres inexactitudes.
xvj NOTICE BIOGRAPHIQUE SUR MASCHERONI.
métrie du Compas ; et, pour ne point altérer le sens de ses expressions, nous nous faisons un devoir de les rapporter textuellement : « Avant de quitter la Géométrie » élémentaire, nous parlerons , dit le célèbre géomètre » français , de la Géométrie du Compas , due à l’inté- » ressaut et malheureux Mascheroni , enlevé par le » chagrin que lui causaient les malheurs de son pays, » au moment où les succès des armées françaises , corn-- » mandées par le héros qui le premier avait apporté en » France les théorèmes les plus curieux de son livre, » allaient lui rendre une patrie qu’il honorait par ses » talens. C’est, en effet, une idée originale que de ré- » duire au seul usage du compas la solution de toutes » les questions de la Géométrie élémentaire, et de créer » ainsi , dans une partie qui paraissait épuisée , un sys— ». tème de propositions aussi considérable que nouveau. » Celles qui regardent la division du cercle méritent » surtout d’être remarquées, parce qu’elles pourraient » avoir des applications utiles dans la construction des » instrumens de Mathématiques et d’Astronomie. »
Le secrétaire perpétuel de la classe des Sciences physiques et mathématiques fait bien connaître , dans les passages préce'dens, le véritable mérite de la Géométrie du Compas ; et l’hommage touchant rendu par un savant ^ tel que Delambre , à la sensibilité comme au talent de Mascheroni , répare bien honorablement le tort que pourrait faire à sa mémoire 1 oubli commis par Bossut, oubli d’autant plus singulier, qu’il n avait guère pu se dispenser de consulter le rapport fait par Delambre le 6 février vîo8, pour son Histoire des Mathématiques qui ne parut qu en 1810.