BIOGRAPHIE DE BENJAMIN SULTE
Né aux Trois-Rivières, le 17 septembre 1841, de Benjamin Suite, navigateur, et M.-Antoinette Lefebvre. L'ancêtre, Jean Suite, né en France (1740) vint au Canada dans l'année de Montcalm, selon les apparences et se fixa aux Trois-Rivières. M.-Antoinette était la descendante directe de Jacques Lefebvre, pr-emier seigneur de la Baie-du-Febvre.
Devenu orphelin de son père en 1847, et la nécessité s'en mêlant, notre garçon s'engagea à l'âge de onze ans dans un magasin de nouveautés, passa ensuite à l'épicerie, au commerce de cuir, devint assistant-teneur de livres dans une exploitation forestière, puis payeur sur un bateau-ù-vapeur, fit trois campagnes contre les féniens, prit un brevet de capitaine à l'école militaire, rédigea un journal, entra comme traducteur à la chambre des Communes, enfin fut transféré au ministère de la milice où il resta trente-cinq ans, et aujourd'hui il est à la retraite.
Voilà bien des changements et des transformations î M. Suite écrit à ce propos : " Pierre qui roule de bonne humeur peut amasser quelque chose ". Le cas est visible, mais il faut un courage qui n'est pas donné à tous.
'Ses rapports avec Sir George Cartier commencèrent en 1865 au sujet d'un article sur le bill de milice publié dans la ^' Minerve ". Il était déjà connu par des mentions de ses écrits que M. Chauveau avait faites dans le " Journal de l'Instruction Publique ". M. Fabre aussi l'avait présenté à la presse.
Voici la liste de ses principaux ouvrages : 1870. LES LAURENTIENNEiS, recueil des vers qu'il avait impri-
mes dans les journaux depuis dix ans. La note patriotique s'y rencontre partout. Le caractère de cette poésie est naturel et parle à l'imagination sans viser aux grands effets.
1871. — L'EXPEDITION MILITAIRE DE MANITO- BA, donnant un détail authentique de l'envoi des troupes, pour prendre possession du Nord-Ouest, en 1871.
1873. — LE CANADA EN EUROPE, collection de ce qui a été imprimé concernant notre pays et les Canadiens-français depuis deux siècles avec commentaires.
1876. — MELANGES D'HISTOIRE ET DE LITTE- RATURE, traitant surtout de divers points de l'histoire du Canada peu connus.
1877. — CHRONIQUE TRIFLU VIENNE, qui suit une brochure du même auteur publiée en 1870 pour raconter l'histoire des Trois-Rivières, de 1535 à 1665.
1881. — ALBUM DE L'HISTOIRE DES TROIS - RI- VIEREiS, grandes cartes restées manuscrites concernant le district des Trois-Rivières, de 1634 à 1721.
1882. — HISTOIRE DES CANADIENS-FRANÇAIS, son œuvre principale. L'histoire du Canada étant toujours écrite en vue de montrer les actions du gouvernement, il était désirable de connaître l'histoire des gouvernés, c'est-à-dire du groupe stable des colons : la famille de l'habitant. Ce programme a été pleinement rempli.
1885. — LA LANGUE FRANÇAISE EN CANADA, depuis les temps de Champlain, les éléments qui l'ont formée, etc ...
1886. — HISTOIRE DE SAINT FRANÇOIS DU LAC, depuis les premiers défricheurs jusqu'à 1760.
1891. — PAOEiS D'HISTOIRE DU CANADA, quinze articles traitant de sujets peu étudiés jusqu'à cette date.
1891. — CAUSONS DU PAYS ET DE LA COLONI- SATION, entretiens familiers sur ces deux points, rappelant 'à propos les choses d'autrefois et expliquant le patriotisme des Canadiens-français.
1897. — HISTOIRE DE LA MILICE CANADIENNE, durant deux 'siècles et demi.
1899. — LA BATAILLE DE CHATEAUGUAY, avec le récit des opérations qui Font précédée durant cinq semaines ; les motifs de Salaberrj dans le choix du terrain de la lutte ; la situation militaire du Canada en ce moment.
1908. — HISTORY OP THE PROYINOE OP QUE- BEC A défaut d'une histoire de cette province écrite en leur langue, la plupart des lecteurs qui ne parlent pas français n'avaient aucun moyen de se renseigner à cet égard, aussi le livre a-t-il été bien reçu partout.
A part ces ouvrages et quelques brochures, M. Suite a signé des préfaces dans une dizaine de livres principalement consacrées à des matières historiques.
Sur plus de deux cents conférences qu'il a prononcées, en anglais ou en français, une seule a été écrite celle de 1878 sur la langue française, mais ses articles de revues et journaux depuis quarante ans sont recueillis et formeront un jour plusieurs volumes.
Ce croquis n'est point parfait sous le rapport littéraire mais il a l'avantage de présenter l'homme, dégagé de la personnification du chef politique. Il dépeint sa vie de bureau.
Sir George était de taille moyenne, un peu petite même, co qui n'empêchait pas qu'à première vue il nous donnait ridée d'une vigueur peu commune. Sans être gras, il était rondelet, potelé, si bien que nerfs et muscles étaient comme enfouis sous cette enveloppe. La main et le pied petits, d'un modèle superbe. Sa tête, plantée aplomb sur 1 ; cou, était d'une mobilité extrême : en parlant il la remuait de mille manières qui, toutes, signifiaient quelque chose ; aussi le mouvement qu'il lui imprimait constamment causait-il une certaine surprise aux étrangers. La pétulance toute française que l'on remarquait de suite en l'abordant n'avait rien de cette allure importune ou frivole que les Anglais disent être particulière au tempérament français. Ses gestes avaient des secousses de lion, force et souplesse, non brusquerie, et plusieurs s'y sont trompés. Quand il voulait être brusque, c'était par calcul ; il ne se rer>semblait plus et, comme il se dominait a3sez pour s'emporter rarement, il me semble qu'il n'est jamais allé jusqu'à la colère.
On a dit et répété qu'il était rude, sans égard, sans cérémonie. Erreur complète — mais sa parole pressée, hachée, parfois saccadée et toujours chaleureuse contribuait à répandre cette croyance — et, ma foi ! il paraissait bien aise de la voir s'accréditer. C'était l'épouvantail des inuportunis, des courtisans, des gens inutiles, comme îl s'en trouve partout. Disons mieux : c'était un " chêne
à la rude écorce " et cœur généreux. Sir Adolphe Routhier, qui l'a bien connu, dit qu'il y avait du Bonaparte en lui et, comme l'autre prenait son peuple pour cheval de guerre, le menait de bataille en bataille, de victoire en victoire.