‹ George-Etienne CartierChapitre 3 sur 35 · M. ARTHUR DAN S ERE AU · texte numérisé non relu

M. ARTHUR DAN S ERE AU

Le goût inné du journalisme ne tarda pas à se développer ehez lui, si bien que dès 1863, il commença à collaborer assidûment à la rédaction de la " Minierve ", le principal organe canadien-français du parti conservateur, ayant alors pour chef Sir Adolphe Ohapleau, lieutenant de Sir John- A. Macdonald.

C'est en 1865 que M. Dansereau obtint à Tuniversité MoGill le diplôme de Bachelier en Loi. Il avait alors 21 ans. La même année, il fut admis au Barreau, mais le journalisme militant eut toujours pour lui plus d'attraits que la carrière du droit.

Durant treize années il fut le rédacteur en chef de la " Minerve ", dont il finit par être P éditeur-propriétaire.

Sir George-Etienne appréciait les profondes qualités d'écrivain de M. Dansereau, et, souvent, par Fentremise de son secrétaire L.-W. Sicotte, il mandait chez lui, rue Notre-Dame, en face de l'Hôpital, le jeune rédacteur de la " Minerve ", dont les bureaux se trouvaient rue Saint- Vincent, et il lui dictait la substance d'articles éditoriaux, qui paraissaient le lendemain en excellente tenue. C'est ainsi que, sous l'inspiration d'un si bon maître politique, M. Dansereau fit unie vigoureuse et victorieu-se campagne en faveur de la confédération des principales possessions britanniques de l'Amérique du Nord. Mieux que personne autre, M. Dansereau sait jusqu'à quel point Cartier fut le principal artisan du pacte fédéral.

De la " Minerve " M. Dansereau passa à la " Presse ", alors naissante, dont il prit la direction. C'est pendant son premier stage à ce journal qu'il fut nommé membre du Conseil des Arts et Manufactures de la province de Québec, ipuis greffier conjoint de la Couronne pour le district de Montréal.

En 1884, le gouvernement Mousseau, qui était alors au pouvoir dans la Province, lui confia la tâche d'aller en Europe acheter des livres pour la Bibliothèque de la Législature. On savait que M. Dansereau avait la compétence voulue pour faire un choix judicieux d'ouvrages. L'envoyé du gouvernement sut très bien remplir sa mission et, grâce à lui, les rayons de la bibliothèque de notre

Falais Législatif s'enrichirent d'une magnifique variété de livres précieux.

En 1891, en reconnaissance des services extraordinaires qu'il avait rendus au parti conservateur, M. Dansereau fut nomuné maître des postes pour la €ité de Montréal, et il occupa cette charge importante durant huit années. En 1899, il démissionna ipour reprendre sa carrière professionnelle, le journalisme. Il redevint alors directeur de la '^ Presse ". On ne taMa pas à constater qu'il n'avait pas laissé rouiller sa plume pendant son passage dans le service civil. Il n'avait cessé, d'ailleurs, de collaborer à d'importantes publieations. On le retrouva, à la " Presse ", en possession de toutes ses premières ressources d'écrivain érudit et habile.

C'est en 1865 que, guidé par Cartier, M. Dansereau écrivit dans la " Minerve " son premier article de tête important. Ce premier-Montréal expliquait aux Canadiens-français ce que devait être la Confédération des provinces du Canada. Selon l'idée de Cartier, la province de Québec ne devait pas s'isoler et elle devait éviter ^'être un obstacle au progrès du reste de la colonie. Bref Cartier voulait que le Canada-français ne fût pas un boulet à traîner par les autres provinces britanniques. Le fidèle disciple écrivit un article en tous points digne du maître qui le lui avait inspiré. Il n'en fallut pas davantage pour induire plusieurs signataires du manifeste lancé contre le projet de Confédération, à modifier leurs vues.

M. Dansereau fut le journaliste canadien qui prit la plus large part aux combats de la plume livrés pour assurer la construction du Pacifique Canadien, notre premier chemin de fer transcontinental. Il fut aussi le plus vigoureux champion du Grand Tronc Pacifique, qu'il fit agréer auprès du gouvernement canadien, comme une entreprise d'intérêt national.

M. Dansereau épousa, en premières noces, Marie-Cordélie, fille de feu J. Hurteau, qui mourut en août 1879. Il contracta un second mariage, en 1880, avec la fille de M. Stephen McKay, de Saint-Eustache, qui est décédée en 1897. De ces unions sont issus plusieurs enfants.

M. Arthur Dansereau reste une figure unique dans le journalisme canadien. Bâti en atMète, il en impose à quiconque Tapiprociie, tant par l'envergure de ses connaissances que par la précision de ses jugements sur les homimes et les choses. iSon large front dénote le penseur, et dans ses yeux perçants brillent, à la fois, la vive intelligence et la réflexion profonde. D'une placidité imperturbable, il est cependant très sensible, et il est le foyer ardent des impressions les plus subtiles. Sa mémoire prodigieuse est un arsenal où il trouve toujours Parme dont il a besoin pour terrasser l'adversaire. Il dédaigne, généralement, Fattaque personnelle, mais malheur à quiconque le défie, car la plume du polémiste se transforme alors en une épée à laquelle personne ne peut résister. La lutte pour les grandes idées est son domaine favori : rétude des problèanes nationaux les plus complexes oc-' eupe ses méditations. Sa perspicacité pénétrante et l'ampleur de ses conceptions en font un conseiller aussi sage que sûr. Longtemps il fut la cheville ouvrière du parti conservateur de la province de Québec^ et, plus tard, le parti libéral luinmême eut l'avantage de bénéficier, maintes fois, de sa consciencieuse direction. Meneur d'hommes, par instinct, il a exercé une influence immense dans la politique canadienne, et l'on salue encore en lui le roi du journalisme militant dans notre pays.

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