‹ George-Étienne Cartier [microforme]Chapitre 35 sur 44 · CN · texte numérisé non relu

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une douzaine de jeunes gens distingués comprenant d. Doutre, Gustave Papineau, Papin, Labrèche, les deux Laflamme, J. B. E. Dorion, etc. Il n’y avait en ce moment au bureau que M. J. B. Doutre, dont la taille ne répondait pas au courage. M. Doutre offrit d'accepter le cartel. M. Cartier répondit qu'il voulait se battre avec le meilleur de la bande, et non avec un MARMOUESET (textuel). Le lendemain, M. Joseph Doutre était sur le terrain avec M. Cartier. Une balle inoffensive fut échangée et M. Cartier retourna à ses affaires en disant qu’on devait s’apercevoir qu'il n’avait pas peur d’un coup de feu. L'affaire fit quelque bruit à Montréal et dès ce moment on cessa de faire planer des doutes sur son honorabilité. Après l’amnistie, Cartier revint à Montréal et remplit paisiblement l'exercice de sa profession. II n’avait pris aucune part aux folies de 1838, ni aux luttes glorieuses de 1841. Mais il revenait bien déterminé à soutenir le régime représentatif et à combattre pour le gouvernement responsable. Ses idées avaient subi une modification profonde. Il voulait avant tout la lutte constitutionnelle, telle que tracée par les institutions britanniques qui venaient de nous être accordées avec une certaine répugnance. Il acceptait l’union des deux Canadas comme M. Lafontaine l’acceptait avec confiance dans le résultat final. En un mot devant la constitution flexible qui nous était accordée, il n’était plus Cartier le rebelle, mais Cartier, le loyal sujet de Sa Majesté, même dans l’opposition. M. Guizot dans ses MEMOIRES a bien fait ressortir les avantages et les embarras de la condition politique qui nous était faite par l’Union :

“ Le régime représentatif est en dernière analyse un régime de sacrifices mutuels et de transactions entre les intérêts divers qui coexistent dans la société. En même temps qu’il les met en présence et aux prises, il leur impose l’absolue nécessité d’arriver à un certain terme moyen, à une certaine mesure d’entente ou de tolérance, réciprocité qui puisse devenir la base des lois et du gougouvernement. Mais en même temps aussi par le principe et l’ardeur de la lutte, il jette les partis dans une grande exagération de bruit et de langage, et il compro-

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met violemment les uns contre les autres, l'amour propre et la dignité personnelle des hommes. En sorte que par une contradiction pleine d'embarras, il rend de jour en jour plus difficile cet accord ou cette résignation qu’au dernier jour il rend indispensables. Grande difficulté de ce système du gouvernement qui ne peut être surmontée que par une large dose de tact et de mesure dans les acteurs politiques eux-mêmes, et par un grand empire du bon sens public qui ramène en définitive les partis et les chefs à ces transactions, ou à cette tranquille acceptation de leurs échecs, dont l’emportement de leur rôle tend constamment à les écarter. ”

L'on a beaucoup écrit et beaucoup parlé sur les diffé. rents systèmes de gouvernements, mais il est certain que dans nos sociétés mixtes où tant d'éléments divers demandent à se mouvoir en liberté, on ne peut pas trouver mieux que le régime représentatif. L'Union nous donnait ce régime, ou du moins nous le promettait dans la plénitade de ses avantages et de sa responsabilité. Cartier l’accepta comme Lafontaine, complètement désillusionné sur les idées républicaines de Papineau. Dès que l’union des deux provinces fut un fait accompli, Lafontaine alla à Toronto, s'entendit avec Baldwin et Hincks et s’apergut sans un grand effort de perspicacité que ce régime imaginé pour notre anéantissement pouvait être notre salut.

Les colonies allaient enfin se gouverner d’elles-mêmes, c'était le point important devant lequel des divisions secondaires devaient s’effacer. L'Angleterre, dit May, essaya à taxer ses colonies et elles lui échappèrent ; elle voulut les gouverner de “Downing Street” et elle produisit le mécontentement et la révolte ; elle leur accorda la liberté et elle obtint aussitôt leur sympathie. C’est de ce côté-là que Cartier dirigea ses efforts. Il devint, malgré ses nombreuses occupations le bras droit de Lafontaine. Aux élections de 1844, il le soutint de toute son énergie, et se montra partout au premier rang du parti libéral constitutionnel. Sollicité de se porter candidat, il refusa toutes les offres séduisantes afin d’assurer son avenir vers des succès croissants dans sa profession. Aux élec-

tions générales de 1848, il se jeta dans la mêlée avec la même ardeur, mais toujours pour le triomphe de ses amis, et non pour le sien propre.

Pendant cette période de 1840 à 1848 les progrès politiques avaient été immenses ; le premier ministère, fruit d’une oligarchie expirante avait succombé misérable. ment, après avoir végété pendant un an. Lafontaine que les assommeurs de Poulett Thompson (après lord Sydenham) avaient empêché d’être élu à Terrebonne, avait été élu dans le Haut-Canada et Sir Charles Bagot l’appela dans son Conseil avec Baldwin, Morin, Hincks. Peu de temps après un nouveau Gouverneur, Sir Charles Metcalfe, était cause par ses caprices que ses hommes donnaient leur démission et cédaient le pouvoir à une minorité qui le garda jusqu’en 1848. Après les élections générales de cette année, le succès de Lafontaine-Baldwin était irrésistible et lord Elgin l’accepta de bonne grâce. La responsabilité ministérielle était désormais un fait accompli, la constitution était mieux comprise, et de plus, nous avions gagné la liberté commerciale, par l’abolition des lois de navigation. Les troubles éphémères de 1848, l'incendie du Parlement et le manifeste annexionniste ne purent garder le pays dans la voie du progrès poli- ‘tique et matériel.

Cartier avait signé un contre-manifeste opposé à l’annexion. Cette agitation passagère n’était que le dernier souffle du vieux parti tory qui s’éteignait. La lutte politique allait prendre une autre tournur?, et c’est alors que Cartier se présenta dans l’amphithéâtre parlementaire. M. James Leslie ayant été nommé conseiller législatif durant la session de 1848, Cartier fut élu à sa place daus le comté de Verchères. Dès son entré au Parlement, Cartier se distingua par son attachement aux affaires publiques, et particulièrement par l'attention qu'il porta aux questions de progrès matériel. Tarifs, chemins de fer, canaux, tels étaient les sujets qui occupaient de préférence son esprit pratique et jaloux avant tout de l’avancement de son pays. Longtemps avant Sir Allan MeNab, il a pu dire : “ Ma politique est : faisons des chemins de fer. ”

Ces études spéciales ne tardèrent pas à le signaler à son parti et dès 1852, il fut prié d'accepter la place de Ministre des Travaux Publics que M. John Young venait d'abandonner. II refusa, mais n’en continua pas moins à supporter le ministère Hincks-Morin comme il avait supporté son prédécesseur, le ministère Lafontaine-Baldwin.

Le Grand- Trone surtout peut dire qu'il doit son existence et sa construction à celui qui n’était alors que le jeune député de Verchères. Et que d’autres grandes entreprises nationales il a favorisées depuis !

Morin avait nominalement remplacé Lafontaine comme chef de la section Bas-Canadienne du ministère. Mais Morin n'avait pas l'énergie, ni ambition qu'il fallait pour gouverner, Aussi les élections de 1854 réveillèrent toutes les convoitises d’un parti de jeunes gens pleins d’ardeur. A l'ouverture de la session, on vit sur les premiers sièges de l’opposition Bas-Canadienne, Holton, A. A. Dorion, Galt, Laberge, Papin, J. B. Dorion, DeWitt, Jobin, Charles Daoust, etc. ; Papineau avait pris le sage parti de ne plus revenir dans une Chambre qui ne partageait pas ses déclamations d’un autre âge contre l’influx du Colonial, il rentra plein de dépit dans la retraite. Cette phalange composée en grande partie de jeunes gens, n’avait pas une grande expérience, mais le cœur débordait d’espérances. Dans le Haut-Canada, Georges Brown, Hartman, Folley, le Dr Rolph représentaient aussi l’élément libéral avancé. Puis entre deux opinions extrêmes, les torys et les clear-grits-rouges, Hincks ne pouvait tenir longtemps et se décida enfin à renoncer au pouvoir, mais non, sans avoir auparavant, par une habile combinaison, assuré sa succession à ses amis en leur adjoignant Sir Allan MeNab et John A. Macdonald. Le ministère fut complètement réorganisé sous la direction de MeNab-Taché, et pour la première fois Cartier accepta une portefeuille. Il inaugura la politique libérale-conservatrice que la majorité Bas-Canadienne venait d’être forcée d’accepter en face des exigences de ses anciens alliés, LE GLOBE, MALCOLM CAMERON ET ROLPH.

LA GAZETTE OFFICIELLE du 27 janvier 1855 contient la nomination de Duval et Caron aux places de

Juges de la cour du Banc de la Reine en emplacement de Rolland et Panet, et la nomination de Morin et Badgley aux places de juges de la Cour Supériure en remplacement de Duval et Caron. On y lit de plus les nominations politiques que voici :

Joseph Cauchon, ommissalre des Terres de la couronne, à la place de. N. Morin;

F. Lemieux, Col raissaire des Travaux Publics, à la place de q. Chabo,

G. E. Cartier, Secrétaire Provincial, à la place de P. B. O. Chauveau.

Dans la session suivante, qui s’ouvrit en février, la nouvelle politique d'initiative et de progrès s’accentua par l’adoption d’un bill de MILICE et le vote d’un subside de £900.000 au GRAND TRONC.

Et c’est Cartier qui bataille surtout pour ces différents projets de loi.

Les choses n'allaient pas très bien encore, Hincks étant parti, un grand nombre de ses amis refusèrent de suivre Sir Allan MeNab, John Ross donna sa démission. A la session de 1851, la majorité Bas-Canadienne se trouve contre le gouvernement, 33 contre 27. John A. Macdonald, Cayley, Spence, J. C. Morrison, H. Smith donnent leur démission malgré les efforts d » Sir Etienne Taché qui, dans le Bas-Canada, n’avait eu que 14 votes, le ministère Sir Allan MeNab, n’ayant plus de collègues, fut bien empêché de garder le pouvoir ; et comme chef de cabinet, il donna sa démission. C’est ce qui donna naissance au ministère Taché-Macdonald. L’intention du Colonel Taché était de ne changer aucun de ses collègues du Bas-Canada ; mais au dernier moment, Drummond, Gouverneur{ténéral et leader de la Chambre d'Assemblée depuis la retraite Hincks-Morin dit qu'il entendait conserver sa position intacte. Le Colonel Taché lui fit observer que John A. Macdonald étant devenu chef de la section Haut-Canadienne, devait être leader de la Chambre Basse, de même que lui, premier ministre était leader du Conseil. Ce principe posé par le Colonel a été constamment suivi depuis lors jusqu’à la Confédération. Drummond, qui du reste avait des propensions envers le nou-

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—— parti offensé, en prit occasion pour sortir du Canet.

C’est ainsi que Cartier devint Procureur-Général et chef de la majorité Bas-Canadienne dans la Chambre d'Assemblée, haute position de confiance, qu'il garda jusqu’à l’heure de sa mort. On peut dire que de cette session de 1856, date la carrière de Cartier comme homme de parti, tel que les événements l’ont fait mieux connaître et apprécié depuis 20 ans, Depuis lors, il a été avant tout et par-dessus tout un homme de narti, s’opiniâtrant dans la lutte, et ne cédant jamais à ses adversaires un pouce de terrain. On lui a souvent reproché d’avoir par cet espri de parti irréconciliable, contribué à jeter la disper- % parmi ses compatriotes et d’avoir retardé le développes nt des institutions de son pays. Malgré ce qu'on deut en dire, nous persistons à croire que, sous le régime représentatif, le gouvernement des partis est la meilleure gars ie de la moralité publique. Comme le fait remarquer n publiciste distingué, il y a un degré de fermentation et d'émulation entre les citoyens et les partis, qui est la vie même du corps social, et qui favorise son développement énergique et sain. Mais si la fermentation ne s'arrête pas aux questions de gouvernement et à la conduite des affaires publiques, si elle s'attaque au fondement même de la société, si, au lieu de l’émulation entre les partis on a l’obscurité entre les classes, c’est un mal destructeur qui entraîne les désordres les plus douloureux, et qui peut aller jusqu’à la dissolution de l'Etat. La lutte ardente et continue des classes pour la domination, c’est l’état révolutionnaire, tantôt déclaré, tantôt imminent. Voilà ce qu'avait compris Cartier. II voulait créer un parti politique, dans lequel pourrait se mouvoir à leur aise toutes les classes, toutes les origines et toutes les croyances. En un mot, il voulait marcher vers le progrès, sans blesser les convictions d'aucune portion de la société. Y a-t-il réussi ? On peut en juger en comparant la condition de notre pays, il y a vingt ans et ce qu’elle est aujourd’hui.

La session de 1857 passa sans encombre ; toutefois, Sir Etienne Taché préféra se retirer de la lutte militante

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et laisser à ses vaillants lieutenants le soin de continuer le combat ; ce qui donna naissance au ministère Macdonald-Cartier. La session de 1858 fut agitée et changea Pour un instant la balance des partis. La question dn siège du gouvernement était le sujet favori des adversaires du ministère, Un vote le mit en minorité et donna naissance au cabinet éphémère Brown-Dorion. Le pays avait à peine appris cette défaite et ce succès d’un jour, que déjà le ministère Cartier-Macdonald avait de nouveau pris le gouvernement du pays. Dans l'intervalle de ces crises ministérielles et de ces changements de décors, Cartier ne perdit point de vue l’objet de son ambition: la réforme de nos lois et le développement de nos ressources industrielles et manufacturières, La construction du pont Victoria, la décentralisation judiciaire, l’introduction des lois françaises dans les townships, la codi. fication générale, telles étaient les réformes qui préoccupaient cet esprit d’une activité insatiable. Et pendant qu'il préparait ces grandes réformes, ses adversaires se décoraient du titre pompeux de “ REFORMIRTES. ” Mais qu'importe les mots? Cartier ne chercha jamais à dissimuler ses opinions même devant Pimpopularité. Quand il était convaineu qu'une cause était bonne, juste et profitable au pays, il aurait préféré mourir que de l’abandonner, et il est rare qu’il n’ait pas réussi à vaincre les préjugés. Que sont devenus les préjugés contre les chemins de fer ? Qui s’effraie aujourd’hui de la construction du Pont Victoria ? Qui conteste aujourd’hui la né. cessité des canaux ?

On a dit du général Grant qu’il gagnait des victoires mais qu’elles lui coûtaient beaucoup d'hommes ; on pourrait peut-être dire aussi de Cartier qu’il a fait faire de grands travaux d'utilité publique, mais qu’ils ont coûté beaucoup d’argent. Mais ceux qui pleurent plus amèrement les hommes tués sous Grant, et argent dépens par Cartier, sont précisément ceux qui n’ont jamais gagné de victoires ou imaginé une grande entreprise profitable à leur pays. Un fait restera toujours à l’honneur de Cartier, un fait que ses adversaires ne contesteront jamais ; malgré les millions qui ont passé par ses mains,

ses mains sont restées pures, et son intégrité au-dessus de tout soupçon.

Le parti de Cartier ne faisait que grossir dans le Ba- Canada à chaque élection générale. Cependant, en 1862, le ministère tomba sur le bill de la milice. L'Angleterre nous avait concédé d’abord en 1774 la liberté religieuse ; en 1791 et 1840, la liberté politique ; peu après, par le rappel des lois sur la navigation, la liberté commerciale et maritime; I ne restait plus qu'à conquérir notre indépendance militaire, afin que désormais nous restions unis à la métropole, mais unis comme deux frères qui ne se doivent rien l’un à l’autre. Telle l'ambition de Cartier dans ses efforts pour organiser notre Milice. Avec son patriotisme élevé, i! voulut que le Canada ne dépendit que de lui-même pour sa protection dans les temps ordinaires. I a eu du moins là consolation de voir ses vœux accomplis, avant que de descendre dans la tombe.

Dans l'opposition où il resta près de deux ans, Cartier resta ce qu’il avait été lorsqu'il était dans les Conseils du Gouverneur: ardent à la lutte, dévoué à toutes les réformes utiles et fidèle à son pays. II était devenu d'’ailleurs l’homme de la situation; c’est lui qui, dans les Chambres commandait la phalange la plus nombreuse et la plus unie. Aussi le ministère Sandfield Macdonald- &icotte se laissa supplanter par le ministère Sandfleld Macdonald - Dorion, et celui-ci, après de vains efforts, se résigna à abandonner le pouvoir en mars 1864. Le gouverneur fit appeler en premier lieu Cartier; avec un désintéressement qu’il a montré en plusieurs circonstances, de s'associer à Sir Etienne Taché, ce qui nous donna le second ministère Taché-Macdonald, dans lequel Cartier prit le portefeuille de Procureur-Général,

Tout allait assez bien dans le Bas-Canada, où Cartier avait la majorité, mais le Haut-Canada soulevé par les démagogues, qui leur promettaient la représentation basée sur la population, ne voulaient plus du régime politique créé par l’Union des Canadas. Les clear-grits tombaient justement dans le défaut signalé plus haut; leurs luttes politiques étaient une guerre de classe ou platôt de fanatisme. II fallait done sortir de cette condition anormale. On parlait d’abord d’une union fédérale des deux

Canadas, lorsque les Provinces Maritimes s'occupant de leur union législative nous donnèrent la pensée de former une grande Confédération, C’est avec ce nouveau programme que Cartier et Macdonald obtinrent le concours de Georges Brown et la majorité des clear-grits. II s’agissait par cette entente de sauver le pays d'une agitation dangereuse,

Cartier était depuis longtemps en faveur de la Confédération ; il la désirait ardemment, mais la grande majorité du district de Montréal y était hostile, LA NI. NERVE elle-même hésita longtemps avant de l’accepter. ‘Il a bien fallu cependant, reconnaître, sinon les im-

menses avantages de la Confédération, du moins les impérieuses nécessités de notre situation. A la conférence de Québec, aux sessions de 1865-66, partout on retrouve Cartier travaillant de son mieux au succès de la Conte. -dération. Aujourd’hui, nous sommes tous en faveur de la Confédération, mais à l'époque où elle a été discutée, tout autre homme que Cartier aurait échoué dans une telle entreprise. Heureusement que dans sa carrière, fl avait su se concilier deux grandes influences: le clergé ot les hautes classes commerciales,

Ces deux influences assurèrent le succès de la Confédération. Mais ce n'était pas tout que de faire triompher le régime fédéral dans les élections, il fallait surtout ne rien négliger, en Angleterre, de ce qui pouvait être une garantie pour notre province en entrant dans la Confé. dération.

C’est durant les conférences de Londres de 1866 et 67 que celui qui trace ces lignes a vu l’homme à l’œuvre et a pu juger de près de l'élévation de ses idées politiques, de son patriotisme ardent, sincère et profond et de son activité incomparable, La tâche était rude à Londres pour Cartier. Ce n’est plus dévoiler un secret que de dire que dans les conférences de Londres, tous les délégués du Haut-Canada. des Provinces Maritimes et avec eux Gault désiraient l’union législative et voulaient que Lord Carnarvon, alors Ministre des Colontes, rédigeft en conséquence ‘: projet de loi qu'il devait présenter au Parlement. gs un danger aussi imminent, Cartier trouva

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moyen de se multiplier. II n'aurait jamais voulu qu'on manquât ainsi de parole à ses compatriotes ; il n'aurait jamais voulu les livrer ainsi pieds et ings liés à la majorité brutale dans une union législative. Devant les instances des autres délégués, Cartier avait même déclaré qu’il aviserait le Premier Ministre, Sir Narcisse Belleau, de dissoudre le Cabinet plutôt que de se soumettre, Et alors la Confédération était manquée et tout était à recommencer comme en 1864. C'était une rude extrémité, Aussi Cartier préféra-t-il auparavant essayer de mettr® dans ses idées les hommes influents de la Cour et du Parlement. Il trouva moyen d'être invité dans presque toutes les familles aristocrates de Londres, et ches la bourgeoisie qui prenait intérêt aux choses de la politique. Tous les jours il avait trois ou quatre invitations à diner; autant pour déjeuner, et un peu plus pour la soirée. II

les acceptait toutes, se rendant dans chacune de ces maisons, où il était invité, faisant semblant de manger, et trouvant moyen de causer des deux grandes questions qui le préoccupaient, la Confédération, et les droits de la

Province de Québec dans cette Confédération.

Par ce moyen, il ne tarda pas à lasser la persistance des autres délégués. C’est ainsi qu’il fournit à lord Carnarvon les traités et les capitulations qui assurèrent nos üvoits d'une manière imprescriptible et le Ministre des Colonies s’appuya sur ces documents historiques pour justifier l'indépendance des Provinces.

Ceux qui ont accusé Cartier d'avoir trahi ses compatriotes, ont commis une grande erreur et une grande injustice. II était au-dessus des préjugés qui naissent des différences de races ou de religions ; mais il n’aurait jamais toléré une injustice envers ses compatriotes, Jamais caractère ne fut plus étranger aux passions qui enfantent la trahison.

Après la Confédération, Cartier s’est trouvé dans la Chambre des Communes du Canada, avec une phalange de partisans plus nombreuse que jamais. Le Ministère de la Milice ne remplissait pas tout son temps, et ses collègues en profitaient pour réclamer fréquemment ses services qu’il ne refusait jamais. Singulière coïncidence, le premier acte important de Cartier, à son entrée en Parle-

ment, a été son bill du Grand Tronc, et le dernier projet de lol qu’il ait fait voter est le bill pour la construction du Pacifique Canadien.

Député de Verchères de 1848 à 1861, Cartier a repré. senté Montréal depuis 1861 à 1872. L'an dernier, II avait été élu pour occuper le siège du comté de Provencher, Manitoba, mais ce n'était qu'un siège honoraire, car il devait mourir avant que de l’occuper.

Cartier avait épousé en 1846 Hortense, fille de M. E. R. Fabre, qui lui a donné trois filles, dont deux lui survi: vent. Son titre héréditaire de baron se trouve donc à être éteint avec lui, comme celui de Lafontaine s'est éteint is la mort de tous ses enfants mâles, L'histoire de ce titre de baronnet conféré à Cartier est quelque peu curieuse, En 1867, aussitôt après la Confédération, le Gouvernement voulut décorer tous ceux qui avaient contribué à cette grande réforme politique, John A. Macdonald fut créé Chevalier de l'Ordre du Bain, et tous les autres y compris Cartier furent décorés d’un simple cordon de Compagnons du même ordre. Cartier refusa ce titre avec flerté et l’année suivante, il était fait baronnet. La devise qu'il avait choisi pour son écusson est: “FRANCO ET SANS DOL ”.

Le caractère de Cartier est un curieux mélange de brusquerie et de délicatesse, de colère et de courtoisie. La manière dont il recevait ceux qui sollicitaient des emplois étaient particulièrement pénible pour ceux-ci, D'un autre côté an politesse exquise, dans les relations privées, faisait de lui le favori de tous les salons, Tous cenx qui out vécu à Ottawa durant les sessions dernières n’oublieront jamais les réunions charmantes du samedi, Envers tous ses collègues de la Chambre, sans distinction de parti, Cartier était extrêmement poli. Pendant la gession, tous les jours fl en emmenait deux ou trois diner avec lui, et, alors, naturellement, la politique était bannie de la conversation. Sobre, ne fumant pas, il recherchait avant tout les distractions de salon, où il se faisait toujours remarquer par sa pétulance et son entrain. Ses relations de société, de même que ses relations de famille, n’ont jamais altéré en rien sa ligne de conduite politique. Lors de la chaude contestation pour la Mairie de Mont-

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