PSYCHOLOGIE DE L’AME CANADIENNE-FRANÇAISE
Il ne faut pas oublier que le colon parti de France était venu ici avec un caractère ethnologique, fixé par plusieurs siècles d’habitudes et de pratiques constantes. Le Gaulois avait gardé du latin la théorie et la mentalité que l’état domine l’individu ; si bien qu’à la cession du Canada, on en était encore à ignorer le sentiment de la patrie et, même, le mot “patrie”. Le roi était TOUT ; et il n’y avait rien d’ordre politique et public en dehors de lui. Les Canadiens, comme les Français, du reste, ne possédaient pas même de drapeau national, c’est-à-dire le signe qu’un peuple respire et vit, le Roi ayant le droit d’arborer, et pour lui seul, la Fleur de Lys. L'Etat, c’est Moi ”, disait Louis XIV.
Aussi, quand le souverain français fut disparu du Canada, il ne restait plus d'Etat pour les colons échoués ici. Il n’y avait que des naufragés sur une épave. Ces braves délaissés, sans instruction, qui n’avaient pas été enrégimentés contre l'Angleterre, car l’armée française était comme étrangère aux habitudes du pays, ne soupgohnaient même pas, en dehors de la défense contre les Iroquois, ce qu'était la lutte Pour la vie, et, surtout, ce qu'était l’organisation sociale. Leur gouvernement leur avait toujours donné cela tout fait, sans même éveiller en eux le soupçon d’un mécanisme électoral quelconque,
Sans malice et sans ambition, ils ne demandaient qu’à vivre de leur ferme, ne nourrissant pas les haines d’un Peuple vaincu, puisqu'ils n'avaient été que cédés, Ceux qui s'étaient battus et avaient été vaincus étaient partis et les français riches et instruits, leurs chefs naturels, avaient laissé le Canada, et emporté avec eux les aspirations, Ie développement, le milieu intellectuel qui forment une nation. La France fut bien intriguée de voir ce noyau de colons désarmés rester scus une domination ennemie, lorsqu'ils avaient le choix du rapatriement.
C’est alors qu'il se produisit ce que nous trouvons dans l’histoire de tous les peuples : le salut sous la conduite
absolue et nécessaire du clergé. De fait, si ces Canadiens n'avaient pas été aidés par leurs prêtres, ils n'auraient pas été absorbés, comme on semble porté à le supposer, par l'élément anglais, mais ils seraient devenus une race d’aventuriers semblables aux déclassés mexicains qui posent, aujourd’hui, un problème ai difficile à résoudre,