‹ George SandChapitre 31 sur 41 · EN 184S · texte numérisé non relu

EN 184S

cards multicolores, vers ou prose, dont la nuit avait bariolé les murs. Puis, sans tarder, s'organisaient les défilés. Enseignes déployées, musique en tète, de longues processions d'hommes, de femmes, d'enfants, allaient, suivant toutes la même route, celle de l'Hôtel de Ville, où elles portaient en hommage volontaire des corbeilles ornées de rubans et de fleurs. Pas une corporation, pas une profession qui ne s'estimât tenue de féliciter le gouvernement et de l'encourager au bien * . C'étaient un jour les culottières et un autre jour les giletières, les porteurs d'eau, les décorés de juillet, les blessés de février, les paveurs, les blanchisseuses, les délégués des vidanges de Paris, qui encore? et des Allemands, des Italiens, des Polonais, la plupart de Montmartre ou des Batignolles. N'oublions pas les arbres de la liberté ! George Sand en a croisé trois en un jour, « des pins immenses portés sur les épaules de cinquante ouvriers. En tête le tambour, le drapeau, et des bandes de ces beaux travail-

- I. Voir Daniel Stern, Révolution de 1848.

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leurs de terre, forts, graves, couronnés de feuillage, la bêche, la pioche ou la cognée sur l'épaule : c'est magnifique, c'est plus beau que tous les Robert du mondée » Telle est bien la note. L'Opéra sous ses fenêtres et le Cirque olympique à tous les carrefours , quelle fête ! Et le soir cela recommence. On a les clubs, dont on ne compte à Paris pas 'moins de trois cents, et où les femmes du monde s'en vont entendre les orateurs en blouse proposer des motions incendiaires, pour goûter le frisson de la petite mort. On a les théâtres, où Rachel, .drapée à l'antique et pareille à une Némésis, déclame la Marseillaise. Et la nuit cela continue. La jeunesse parisienne a imaginé de faire des promenades nocturnes avec torches et pétards et de sommer les habitants paisibles d'illuminer. Imaginez le 14 juillet ou la micarême toute la semaine !

Cela c'est l'ordinaire, la monnaie courante. Mais vous avez, pour rompre la monotonie, ce qu'on appelait alors des « journées ». Ce sont

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