‹ George SandChapitre 32 sur 41 · Correspondance, même date · texte numérisé non relu

Correspondance, même date

les manifestations, qui ont, entre autres avantages, celui de provoquer les contre-manifestations. Le 16 mars, manifestation des Bonnets à poil, c'est-à-dire de la garde nationale bourgeoise et modérée; mais le 17, contre-manifestation des clubs et des ouvriers. Ces jourslà, on se donne rendez-vous le matin à la place de la Bastille, et toute la journée défilent par groupes quelques centaines de mille hommes, afin d'intimider tantôt le Gouvernement provisoire au profit de l'Assemblée et tantôt l'Assemblée au profit du Gouvernement provisoire. Le 17 avril, George Sand est devant l'Hôtel de Ville, au milieu des gamins de la mobile, au centre de la place, pour mieux voir. Le 15 mai, l'effort populaire étant dirigé contre le Palais- Bourbon, elle se trouve mêlée à la foule, dans la rue de Bourgogne. En passant devant un café, elle aperçoit à la fenêtre une dame très animée qui harangue la manifestation, et que tous ses voisins lui désignent, sans réplique possible, pour être... George Sand. On sait que les femmes se donnèrent beaucoup de mouvement dans cette Révolution. Elles eurent leur légion,

les Vésiiviennes ; elles eurent leurs clubs, leurs banquets, leurs journaux. George Sand est loin de tout approuver dans cette agitation féminine; mais aussi comment pourrait-elle tout condamner? Elle est d'avis que « les femmes et les enfants (quoi ! les enfants aussi !), toujours désintéressés dans les questions politiques, sont en rapport plus direct avec l'esprit qui souffle d'en haut sur les agitations de ce monde »^ Il leur appartient de faire une politique d'inspirées. Ce sera la politique de Georofe Sand.

Si vous voulez savoir en quoi consiste cette politique , savourez les conseils que cette Égérie, dès le 4 mars, donne à son ami Girerd : « Agis avec vigueur, mon cher frère ; dans une situation comme celle où nous sommes, il ne faut pas seulement du dévouement et de la loyauté, il faut du fanatisme au besoin. » Elle conclut en lui conseillant de ne pas hésiter à « balayer tout ce qui a l'esprît bourgeois ». Lisez, après cela, une lettre qu'elle adresse en

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