JUSTIFICATIVES
» élevées , me dédommagent suffisamment du blâme
» qui me vient d'un autre côté. J'y étais d'avance pré-
» paré; avant que je misse mes mémoires sous presse,
» bien des gens vinrent me prier de n'en pas hasarder la
» publication ; ils avaient , ou montraient un grand zèle
» pour ma réputation et mon repos, et s'en allaient
» criant , quoiqu'ils n'eussent pas vu mon manuscrit ,
» que je faisais un acte de lâcheté et d'hypocrisie ; que
» c'était, de ma part, une apostasie des principes philoso-
» phiques. Toutes ces belles choses me revenaient; j'en
» souriais, et n'en accomplissais pas moins mon de-
» voir. Une fois l'ouvrage publié , je ne fus point surpris
» de ces clameurs que j 'avais déjà entendues, et qui s'éle-
» vèrent de nouveau ; je m'abstins d'y répondre (1).
» — Ah oui! c'est un devoir, pour quiconque a reçu de
» Dieu des bienfaits signalés , que de le déclarer
» hautement! c'est un devoir que d'indiquer, à d'autres
» infortunés, quelles sont, dans le malheur, les con-
» solations les plus efficaces et les plus élevées. Quand,
» parmi des milliers qui s'en riront, il ne s'en trouve-
» rait qu'un seul qui , lisant cet hommage à la divinité ,
M se sentît ému et porté à l'aimer, ce serait déjà un
» grand bien ! - Nous vivons dans une époque de passions
» et d'opinions discordantes qui se combattent ; tout
» est calomnié , tout est chargé , exagéré , par les uns
» comme par les autres. Les âmes fortes sont celles qui
» ne se laissent point entraîner par le courant, mais
(1) Voyez, dans mon Voyage en Suisse, vol. I, pag. gi-o,5, quelques détails curieux sur l'effet produit , dans le pays , par ce livre admirable,
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qui jugent avec les lumières de leur propre raison , parlant et agissant sans fureur, comme si elles n'enten daient pas retentir autour d'elles les dérisions et les menaces. Le grand mal de cette époque agitée , c'est la haine ; les cœurs se dessèchent , tous cherchent à l'envi à se surpasser en prudente méfiance , en conjectures avilissantes, en ironies cruelles. Ah, ces gens-là n'aiment pas! c'est qu'ils ne sont pas chrétiens.
» Mais peut-être en a-t-il été toujours ainsi; peutêtre , en dépit des divers aspects sous lesquels se pré- » sente la société, la foi et l'amour s'éteignent, ou languissent tout au moins , dans le cœur de la multitude. A qui en est la faute? à chaque individu, sans nul doute. Consolons-nous par la certitude que le nombre des hommes de bien est , en tout temps , chez toutes les nations , plus grand qu'on ne le croit. Ce sont ceux-là qui nous font sentir la noblesse de notre nature; sa bassesse nous est attestée par les autres. Efforçons-nous de faire partie des premiers »
Turin, Février i833.