‹ George SandChapitre 4 sur 6 · JUSTIFICATIVES · texte numérisé non relu

JUSTIFICATIVES

» élevées , me dédommagent suffisamment du blâme

» qui me vient d'un autre côté. J'y étais d'avance pré-

» paré; avant que je misse mes mémoires sous presse,

» bien des gens vinrent me prier de n'en pas hasarder la

» publication ; ils avaient , ou montraient un grand zèle

» pour ma réputation et mon repos, et s'en allaient

» criant , quoiqu'ils n'eussent pas vu mon manuscrit ,

» que je faisais un acte de lâcheté et d'hypocrisie ; que

» c'était, de ma part, une apostasie des principes philoso-

» phiques. Toutes ces belles choses me revenaient; j'en

» souriais, et n'en accomplissais pas moins mon de-

» voir. Une fois l'ouvrage publié , je ne fus point surpris

» de ces clameurs que j 'avais déjà entendues, et qui s'éle-

» vèrent de nouveau ; je m'abstins d'y répondre (1).

» — Ah oui! c'est un devoir, pour quiconque a reçu de

» Dieu des bienfaits signalés , que de le déclarer

» hautement! c'est un devoir que d'indiquer, à d'autres

» infortunés, quelles sont, dans le malheur, les con-

» solations les plus efficaces et les plus élevées. Quand,

» parmi des milliers qui s'en riront, il ne s'en trouve-

» rait qu'un seul qui , lisant cet hommage à la divinité ,

M se sentît ému et porté à l'aimer, ce serait déjà un

» grand bien ! - Nous vivons dans une époque de passions

» et d'opinions discordantes qui se combattent ; tout

» est calomnié , tout est chargé , exagéré , par les uns

» comme par les autres. Les âmes fortes sont celles qui

» ne se laissent point entraîner par le courant, mais

(1) Voyez, dans mon Voyage en Suisse, vol. I, pag. gi-o,5, quelques détails curieux sur l'effet produit , dans le pays , par ce livre admirable,

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qui jugent avec les lumières de leur propre raison , parlant et agissant sans fureur, comme si elles n'enten daient pas retentir autour d'elles les dérisions et les menaces. Le grand mal de cette époque agitée , c'est la haine ; les cœurs se dessèchent , tous cherchent à l'envi à se surpasser en prudente méfiance , en conjectures avilissantes, en ironies cruelles. Ah, ces gens-là n'aiment pas! c'est qu'ils ne sont pas chrétiens.

» Mais peut-être en a-t-il été toujours ainsi; peutêtre , en dépit des divers aspects sous lesquels se pré- » sente la société, la foi et l'amour s'éteignent, ou languissent tout au moins , dans le cœur de la multitude. A qui en est la faute? à chaque individu, sans nul doute. Consolons-nous par la certitude que le nombre des hommes de bien est , en tout temps , chez toutes les nations , plus grand qu'on ne le croit. Ce sont ceux-là qui nous font sentir la noblesse de notre nature; sa bassesse nous est attestée par les autres. Efforçons-nous de faire partie des premiers »

Turin, Février i833.

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