‹ George Washington d'après ses mémoires et sa correspondance [microforme]Chapitre 22 sur 48 · BAIE: D'HUDSON · texte numérisé non relu

BAIE: D'HUDSON

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des querres de sept ans et de EE l'Indépendance

Grave par Erhard

PREMIÈRES ARMES DE WASHINGTON 63 £ 1,1N6,000 sterling, leurs importations à € 983,000, tandis que celles du Canada étaient de € 68,000 seulement ou 1,700,000 francs, et les importations de £ 208,000, dont une forte partie, qui était pour le compte de gouvernement, ne passait point par les mains des marchands du pays.

Sur Je champ de bataille, les forces armées des deux nations ne présentaient pas des différences moins considérables.

Les troupes régulières du Canada, qui ne s’élevaient pas à 1,000 hommes, furent portées en 1755 à ?,800 soldats à peu près, par l’arrivée de quatre bataillons d’infanterie sous les ordres du général Dicskau. Les milices avaient été appelées, et l’on eut bientot une armée de 7,009 hommes, Les Anglais avaient mis 15,000 hommes sur pied.

Pour contrebalancer tant de causes d’infériorité, le gouvernement eut dès le début la sage prévoyance de porter la ligne défensive loin du centre du Canada c'était obliger l'ennemi à diviser ses forces, L’isthme étroit de l’Acadie, défendu par le fort Beauséjour, la vallée inconnue et sauvage de l'Ohio où s'élevait le fort Duquesne, la gorge montagneuse du lac George, tels furent les champs de bataille épars où la Nouvelle-l'rance retint les nombreuses armées de l’ennemi pendant cinq ans sans pouvoir être forcée, et où elle gagna de gloricuses mais stériles victoires.

Quatre expéditions contre la France furent simultanément projetées par les commandants anglais.

La première, forte de 3,000 hommes, devait s'emparer des postes situés dans la baie de l'undy et chasser les l'rançais de l'Acadie.

Une colonne de ?,200 hommes, conduite par le général Braddock, envoyé d'Angleterre comme commandant en chef des forces royales, était destinée à couper les com-

munications entre le Canada et la Louisiane, en s'emparant du fort Duquesne.

Au centre sir Williams Johnson, avec 6,000 hommes, avait reçu l'ordre de marcher sur Crown-Point et de s’en emparer afin d'être maitre des lacs George et Champlain.

La quatrième corps, de 1,500 hommes, sous les ordres de Shirley, gouverneur du Massachusetts, devait s’em- | parer de Niagara et de Frontenac,

L'attaque des postes français de la baie de Fundy et la conquête de l’Acadie étaient confiées au général Winslow, un Néo-Anglais. Sur 15 à 18,000 Acadiens que comptait jadis la péninsule, il n'en restait plus qu'environ 7,000 des plus riches , dont les mœurs douces ont fourni à Raynal un touchant tableau :

« Peuple simple et bon, dit-il, qui n’aimait pas le sang ; l'agriculture était son occupation. Il n’y eut jamais de cause civile ou criminelle assez importante pour être portée à la cour de justice établie à Annapolis… Les différends étaient terminés à l'aimable par les Anciens... On ne connaissait pas la misère, et la bienfaisance prévenait la mendicité. On n’y vit jamais de commerce illicite entre les deux sexes. C’est que personne ne vivait dans le célibat, Dès qu’un jeune homme avait atteint l’âge convenable au mariage, on lui bâtissait une maison, on enscemençait des terres autour de sa demeure ; on y mettait les vivres dont il avait besoin. Il y recevait la compagne dont il avait fait choix et qui lui apportait en dot des troupeaux. Cette nouvelle famille croissait et prospérait à l'exemple des autres. »

La guerre de 1744 avait commencé les infortunes de

cette contrée ; celle de Sept Ans acheva sa ruine. Aprèsla conquête, les Acadiens n'avaient point prèté serment de fidélité au vainqueur, attachés qu'ils étaient à la France. On se servit de ce prétexte pour les dépouiller.

Le 5 septembre 1756, cent dix-huit chefs de famille, convoqués par l'autorité britannique , se réunissaient dans l'église de Grand-Pré. Le général Winslow leur déclara, au nom du roi, que « leurs terres et leurs bes- « tiaux de toutes sortes étaient confisqués au profit de « la couronne avec tous leurs autres effets, excepté leur «argent et leur linge, que leurs personnes allaient être « déportées hors de la province, »

Les soldats rassemblèrent les femmes et les enfants. . Au Grand-Pré seulement, 1,023 Acadiens de tout âge et des deux sexesse trouvèrent réunis. Leurs bestiaux consistaienten 1,269 bœufs, 1 ,557 vaches, 4,007 veaux, 3,690 moutons, 4,197 porcs et 493 chevaux.

Quelques habitants s'étaient échappés dans les bois; on dévasta le pays pour les empêcher de subsister. Dans les mines on brüla 276 granges, 155 autres petits bàtiments, {1 moulins et une église.

Le 10 était le jour fixé pour le départ, et, par un raffinement de cruauté sans exemple, les mêmes familles furent séparées, embarquées sur différents vaisseaux et dispersées sur le rivage depuis Boston jusqu’à la Caroline, sans pain , sans autre protection que la charite des colons, qui, il faut le dire à leur honneur, reçurent avec humanité les victimes du gouvernement anglais,

Benezet, issu d’une famille française exilée lors de la révocation de l'édit de Nantes, les accueillit comme des frères à Philadelphie,

Quelques-uns de ces exilés se réfugièrent à la Louisiane, d’autres à la Guyane française, et des Français

transportés à Sinnamari y trouvèrent, en 1798, unefamille À. JUUAULT. o

acadienne qui les accueillit par ces paroles hospitalières :

« Venez, dit Mme Trion à l’un d'eux, Nos parents fu- « rent bannis comme vous: ils nous ont appris à soulager « le malheur. Venez; nous éprouvons du plaisir à vous € offrir dans nos cabanes un abri et des consolations. »

Plus tard, les Acadiens ont fondé un canton dans la Louisiane, auquel ils ont donné le nom toujours cher de leur ancienne patrie. Louis XV lui-même, touché de leur fidélité, fit proposer en vain par ses ministres à ceux de l'Angleterre de les ramener en france, M. Grenville s’'empressa de répondre : « Notre acte de navigation s'y « oppose. La France ne peut envoyer de vaisseaux dans « nos colonies. » Quelques-uns de ces malheureux furent pourtantrapatriés, et forment aujourd'hui en France deux communes florissantes où ils ont conservé leurs mœurs paisibles, dans les vertes oasis qui parsèment les landes de Bordeaux.

| Tandis que Winslow dépeuplait lAcadie, le général | Braddock faisait ses préparatifs pour rejeter les Français ! au delà de la vallée de l'Ohio,

C'était la plus importante des quatre expéditions dirigées contre la Nouvelle-France, et le commandant en chef des forces britanniques, à la tête d’un détachement de l’armée d'Irlande, s'était réservé l'honneur de la conduire en

personne. Il s’agissait d'abord de réduire le fort Duquesne: après quoi les vainqueurs marcheraient sur Niagara et J'rontenac.

Aussi présomptueux que brave, Braddock, quand on l’avertissait du danger des embuscades indiennes, se montrait incrédule, « Les sauvages, disait-il, ne sont formi-

dables que pour les milices inexpérimentées des colonies ; ils ne peuvent produire aucune impression sur les réguliers du roi, »

Le général, parti d'Alexandrie à la tête de deux régiments, atteignit bientôt le fort Cumberland, à Wills Creek; c’est là que le colonel Washington rejoignit l’arnée, en qualité d'aide de camp du général! Horatio Gates arriva également de New-York, avec deux compagnies. Les forces anglaises réunies se trouvèrent alors portées à plus de ?,000 hommes. Un détachement fut envoyé en avant pour frayer les routes, et, dés le commencement de juin 1355, le général en chef se mit à marcher avec le principal corps de troupes, Il y avait 130 milles à parcourir, et l'on n'avançait que lentement, la marche étant à chaque pas arrètée par des collines qu'il fallait niveler ou des cours d’eau qu’on ne pouvait traverser sans y jeter des ponts.

Le 1 juillet, l’armée anglaise ne se trouvait plus qu’à sept milles du fort Duquesne, et s’avançait dans un ordre parfait le long de la rive du Monongahela. Washington déclare qu'il n'avait encore rien vu de plus imposant. Tous étaient en grande tenue; les armes étincelaient au soleil, les soldats marchaient joyeux au son d’une musique militaire qui produisait une étrange sensation dans la solitude des forêts. La route allait en montant, bordée à droite et à gauche par un ravin de dix pieds de profondeur, que dissimulaient les arbres et les broussailles. L'armée suivait un sentier d'environ douze pieds de large, En tête s’avancait un détachement de 350 homines, commandé par le lieutenant colonel Gates (devenu depuis général), et un corps de pionniers fort de 250 hommes, Braddock suivait avec le gros de l’armée,

L'ollicier français qui commandait le fort, M. de Contrecœur, averti de l’approche des Anglais, proposa aux

Indiens d'attaquer dans sa marche l’armée envahissante. Deux fois ils refusèrent, et l'on songeait presque à battre en retraite quand un officier fitun dernier effort, « J'irai, dit-il aux chefs; laisserez- vous votre père s’avancer seul? » Les Peaux-Rouges se laissèrent entrainer, et, ce matin-là même, pendant que leurs ennemis se déployaient en grande pompe le long des rives de la Monongahela, 930 Français et 637 Indiens sortaient du fort; tous étaient pleins de confiance, et les indigènes déclaraient qu'ils allaient abattre tous les Anglais comme s’il ne s'agissait que de simples pigeons.

Les deux ravins dont nous avons parlé, après avoir couru pendant quelque temps parallèlement à la route que suivait Braddock, convergeaient insensiblement et finissaient par se confondre, C’est à ce point que les Français attendaient l'avant-garde anglaise, Ils attaquèrent immédiatement, en étendant leurs lignes le long des deux ravins. De droite et de gauche retentit un cri de guerre, les soldats de Braddock sont comme moissonnés par la main d'un ennemi invisible; leurs balles se perdaient sur les arbres et les rochers; ils tiraient au hasard, et parfois les uns sur les autres, « Bientôt, dit Washington, ils furent saisis d’une telle terreur, qu’ils s’enfuirent « comme des moutons poursuivis par des chiens, au point « qu'il fut impossible de les rallier, malgré les exhorta- « tions de leurs intrépides officiers qui se conduisirent en « braves : soixante-trois furent tués, l'état-major périt « presque tout entier. »

Seuls les miliciens de Virginie conservèrent leur présence d'esprit. Familiarisés avec la tactique des Indiens, chacun choisit son arbre et se mit à combattre les sauvages à leur manière, Washington semblait présent partout. Tous les aides de camp de Braddock avaientété mis hors de combat; il restait seul à transmettre les ordres du gé-

néral sur les divers points du champ de bataille, Il reçut quatre balles dans ses vêtements, et eut deux chevaux tuës sous lui, « Il faut qu'il soit protégé par quelque « grand manitou », s'écria un chef indien qui avec ses guerriers avait tiré sur lui à plusieurs reprises,

Braddock avait eu cinq chevaux blessés sous lui, mais il était trop fier pour se résigner à battre en retraite devant des sauvages. Une balle lui traverse la poitrine; on le place sur un chariot, Epuisé par la perte de son sang, il fait appeler Washington et lui demande d'une voix faible : « Que faut-il faire? — Battre en retraite, répond l'aide de camp, les troupes régulières ne veulent plus se battre et nos milices sont détruites : sur trois compagnies ils nous reste à peine trente hommes, » L'ordre de se replier fut donné.

Épouvantés et sourds aux commandements comme aux menaces, les réguliers du roi prirent honteusement la fuite, laissant les bagages et l'artillerie, et jusqu'aux papiers de leur général entre les mains de l'enpemi. é C'était maintenant à Washington qu'incombait le pénible devoir de diriger la retraite, ou plutôt de couvrir Ja fuite, Braddock ne survécut que quatre jours à sa défaite.

La bataille de la Monongahela est l’une des plus mémorables de l'histoire américaine; elle est presque sans exemple par les désastres qui l’accompagnèrent, par le désappointement général et la consternation qu'elle causa, Mais, si l’on chargea de cet échec complet et mème honteux la mémoire du commandant en chef, la renommée et la considération de Washington s’en trouvèrent fort ccrues. Ses compagnons d'armes louèrent et proclamèrent de province en province son intrépidité et sa belle conduite; la chiire elle-mème retentit de ses éloges,

Dans un service pour la mémoire des soldats morts dans cette bataille, le prédicateur Samuel Davies, après avoir loué le zèle et le courage qu'avaient montrés les troupes de Virginie, ajouta : « Je puis indiquer au pu- « blic, comme un exemple remarquable de ce que j'avance, « cet héroïque jeune homme, le colonel Washington, qui, « je l’espère, a été préservé jusqu’à présent d’une ma- « nière signalée par la Providence pour rendre quelque « service important à son pays. »

Il est certain que le jeune colonel avait couru les plus grands dangers, dont il avait été sauvé, comme il le dit lui-même, contre toute probabililé el contre tout espoir humain.

Malgré les éloges qu'on lui prodiguait, le découragement et le dégoût ne s'étaient pas moins emparés de son àmce, il était décidé à rentrer dans la vie privée. Cependant les sollicitations des hommes les plus considérables du pays finirent par triompher de ses résistances ; le gouverneur consentit à toutes les conditions qui lui furent imposées, et Washington conserva le commandement des troupes de la Virginie de 1755 à 1758, trois années qui furent pour lui une suite de contrariétés ct de tourments, mais au bout desquelles il s'emparait, sans

, coup férir, du fort Duquesne !, et rendait à la Virginie

| son repos avec ses frontières ?,

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