‹ Georges 3. Léon GozlanChapitre 16 sur 41 · THOMAS MATHEWS · texte numérisé non relu

THOMAS MATHEWS

— Voilà bien un poltron comme il n’en exista jamais, s’écrièrent avec animation tous les convives du prince et le prince lui-même, après avoir entendu les dernières paroles de Shéridan. Il s’excuse, il s’humilie, et à peine êtesvous parti...

— J’écrivis immédiatement au capitaine Mathews que j’allais incontinent traverser la mer et queje ne prendrais pas de sommeil en Angleterre que je ne l’eusse récompensé comme il le méritait;. Et je pars.

— Cours, Shéridan !

— Arrive !

— J’arrive à Londres à neuf heures du soir. A dix, j’informe Mathews, qui, à son tour, me fait savoir, par M. Ewart, qu’il est en ville. Je me rends vers minuit chez M. Cochlin, où logeait l’insolent capitaine. Je ne pus le voir qu’à deux heures; il était au lit. Il se lève, me prie de m’asseoir, se confond en courtoisies, mais impossible d’arracher de lui autre chose que des paroles évasives, qui rejetaient tous les torts sur mon frère...

— Mais sa lettre? sa lettre? son atroce lettre?

— C’est mon frère même que je pris pour second. Je fis porter ensuite un cartel au capitaine, qui, de son côté, prit pour témoin M. Ewart.

— Enfin ! il acceptait le duel, dit le prince avec la joie avide que cause toujours aux jeunes gens le récit d’un

duel. Va, va! Shéridan, je me fie à ta bravoure; poursuis.

— Nous nous rencontrâmes, le capitaine Mathews et moi, au rond-point d’IIyde-Park. Mathews ne trouva pas l’endroit convenable pour vider le combat. Nous gagnâmes aussitôt les derrières d’un édifice, de l’autre côté du rond-point, où le sol était parfaitement uni. J’appelai Mathews et je tirai mon épée ( il avait refusé de se battre au pistolet). Mais Mathews avait, disait-il, aperçu une sentinelle de l’autre côté du bâtiment. Autre déplacement : nous allâmes dans un endroit du parc plus isolé. Mathews prétendit encore que nous pouvions être vus par des personnes qui se trouvaient pourtant à une grande distance de nous. Il proposa d’attendre que le parc fût à peu près évacué : c’est ce que nous fîmes.

— Ce poltron nous fait suer, dit Fox, avec toutes ses marches et contre-marches.

— Le lièvre ne voulait pas mourir, ajoutèrent les officiers de marine, compagnons du prince.

Shéridan reprit:

— Les promeneurs se retirèrent et nous revînmes occuper le terrain. Je tirai de nouveau mon épée. Mathews témoignait encore quelque crainte au sujet d’une personne . qu’il croyait voir à l’horizon.

— Ah ! c’est trop fort !

— C’est trop lâche !

— C’est...

— Ne vous hâtez pas, messieurs, dit Shéridan, qui continua ainsi — Le capitaine Mathews finit par proposer de remettre l’affaire au lendemain \

* Le duel de Shéridan et du capitaine Mathews est resté célèbre en Angleterre.

Tous les jeunes et bouillants convives du prince de Galles frappèrent la table avec leurs poings.

— Au lendemain !

— Je me retournai vers le capitaine, dit Shéridan, et je lui demandai s’il voulait décidément se moquer de moi ? Cependant, comme concession dernière, j’allai vers le promeneur qui faisait ombrage au capitaine, et je le priai... c’était un officier... il se retira poliment.

— Ah ! le combat allait enfin s’engager. „

— Le promeneur parti, je revins à l’endroit où j’avais laissé Mathews... il n’y était plus...

— 11 n’y était plus !

— Comment?

— 11 avait pris la porte du parc... disparu !

— Mais, s’écria Fox, je serais allé chercher ce misérable au dernier fourneau de l’enfer.

— Je cours chez lui; j’entre dans sa chambre ; il y était ; nous croisons le fer; mon épée est sur sa poitrine : Je demande la vie! me crie-t-il. Je lui prends alors son épée que je brise, et j’en jette les morceaux dans un coin. Il désavoua immédiatement ce qu’il avait écrit dans la gazette de Bath, et je sortis. Voici du reste les termes précis de sa rétractation :

« Étant convaincu que les expressions dont j’ai pu me » servir au détriment de M. Shéridan étaient l’effet de la » colère et des faux rapports qui l’avaient excitée, je ré- » tracte ce que j’ai dit et je lui demande pardon de ce que » j’ai fait insérer dans le Bath-Chronicle.

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