PREMIÈRE DÉPOSITION
Déposition île Lady Charlotte Douglas.
Je crois avoir fait la connaissance de la princesse de Galles en 1801 : sir John Douglas avait une maison à Blackheat.
Un jour, en novembre 1801,. la terre était couverte de neige, et la princesse qui était, je crois, avec M 11 ' Heymann, passa plusieurs fois à pied devant notre porte. Lady Stewart était avec moi et elle médit : « Je crois que la princesse a besoin de quelque chose : allez au-devant d’elle. » J’y allai. La princesse me dit qu’elle n’avait besoin de rien, mais qu’elle désirait entrer, que j’avais une très-jolie petite fille.
La princesse entra et resta quelque temps.
Environ quinze jours après cette visite, sir John Douglas et moi reçûmes l'invitation d’aller à Montague-House. Dès lors j’allai à Montague-House très-fréquemment, et j’y dinai ; la princesse dînait aussi souvent chez nous.
Vers le mois de mai ou de juin 1802, la princesse me parla pour la première fois de sa propre conduite.
Sir Sidney Smith, qui était l’ami intime de sir John Douglas depuis plus de vingt ans, arriva en Angleterre
vers le mois de novembre 1801, et vint loger dans notre maison.
J’appris alors que la princesse connaissait sir Sidney Smith avant d’être princesse de Galles.
La princesse voyait sir Sidney Smith aussi souvent que nous-mêmes. Elle nous retenait ordinairement à Montague- House plus tard que le reste de la société, quelquefois même jusqu’à trois ou quatre heures du matin.
Je n’ai jamais rien remarqué d’inconvenant dans la conduite de sir Sidney Smith et de la princesse.
En mars 1802, j’allai passer une quinzaine à Montague-Ilouse avec la princesse. Elle m’avait priée d’y venir parce que M 11 * Gath était malade.
Dans le mois de mai ou de juin suivant, la princesse vint chez moi toute seule, et me dit que je devinasse ce qui lui était arrivé.
Je nommai différentes choses et je finis par dire que je ne pouvais deviner.
La princesse me dit alors qu’elle était enceinte et qu’elle sentait remuer l’enfant.
Je ne sais si c’est ce jour-là même ou quelques jours auparavant qu’elle dit, étant à déjeuner avec lady Willoughby, que le lait lui remontait au sein et perçait à travers sa robe. Elle se couvrit d’une serviette et alla dans la chambre, toujours avec lady Willoughby, pour s’arranger de manière que ce ne fût pas visible.
Elle ne m’a jamais dit quel était le père de l’enfant.
La princesse me dit qu’elle espérait que ce serait un garçon ; elle ajouta que, si cela était découvert, elle ferait passer le prince de Galles pour son père, vu qu’elle était restée deux jours à Carlton-House cette année.
J’ai pensé d’abord que sir Sidney Smith était le père de l’enfant, mais seulement parce que la princesse avait beaucoup d’égards pour lui ; car, à ma connaissance, il
n’a jamais été seul avec elle ; et nous avons vu constamment la princesse, depuis ma première visite à Montague- House jusqu’à la fin d’octobre. C’est depuis ce moment qu’elle m’a dit être enceinte. Elle a été saignée deux fois pendant sa grossesse, et elle m’a conseillé aussi de me faire saigner. Nos couches en seraient d’autant plus heureuses. Ce fut M. Edmade qui la saigna.
Je dis un jour à la princesse que j’étais fort inquiète relativement à ses couches, et que je ne savais comment elle ferait pour que cela ne fût pas su. Je pensais qu’elle aurait une personne de confiance...
Elle me répondit que oui ; qu’elle aurait une étrangère, ne pouvant consentir à avoir deshommes auprès d’elle dans cette circonstance. « Je suis sûre, ajouta-t-elle, de réussir, et je désirerais que vous ne me parlassiez plus de cet objet. Je dirai tout à M me Sanders. » Elle me dit alors que M me Sanders était une très-bonne femme, qu’on pouvait avoir confiance en elle, et qu’elle assisterait à ses couches. Pour plus de prudence, elle enverrait M"® Gath à Brunswick. Elle éloignerait aussi M lle Mitfied parce qu’elle était trop jeune.
Je fis mes couches le 23 juillet 1802 : la princesse désira être présente ; j’aurais voulu qu’elle n’y assistât pas, mais je ne voulais pas lui faire un refus qui l’offensât.
Le jour où j’accouchai, elle vint chez moi et insista pour entrer ; le docteur Mackie, qui me soignait, ferma la porte ; mais il y avait une autre porte de l’autre côté de la chambre qui n’était pas fermée ; elle entra par cette porte, et fut ainsi présente à mes couches. Elle prit l’enfant aussitôt qu’il fut au monde, et me dit qu’elle était bien aise d’être venue.
La grossesse de la princesse me parut être bien visible ; elle portait un coussin derrière elle, et elle en fit faire un pour moi par M m(> Sanders.
Pendant mes couches, la princesse vint un jour que j’avais auprès de moi M ,le Fitzgerald ; elle la renvoya, prit une chaise, s’assit près de mon lit et me dit : « Vous entendrez dire que je reçois des enfants dans leurs berceaux, mais vous ne ferez pas attention à ce bruit. C’est une pauvre femme qui me les apportera dans un pannier. J’emploierai cet artifice afin qu’on m’apporte le mien de la même manière quand il sera venu au monde. »
Peu de temps après une pauvre femme apporta dans un pannier deux enfants jumeaux.
La princesse les reçut, les fit porter dans sa chambre et les lava elle -même ; c’est elle qui me l’a raconté. Quelques jours après, le père revint, voulut avoir ses enfants, et on les lui rendit. La princesse me dit ensuite . « Vous voyez, j’ai pris les enfants* et cela a bien réussi, r Le père était venu les reprendre, et elle ne pouvait le blâmer. Elle voulait prendre d’autres enfants et se faire mèrenourrice.
Je vis, le 30 ou le 31 octobre 1802, la princesse se promener devant sa porte. Elle était habillée de manière à cacher sa grossesse ; elle avait une longue robe et un très-gros manchon. Elle revenait de l’église de Greenwich; elle paraissait très • pesante, et je crus qu’elle devait être près du terme.
Huit ou dix jours après, je reçus de la princesse un billet dans lequel elle me disait de ne point venir à Montague- House. Elle craignait que les enfants qu’elle avait reçus chez elle n’eussent apporté la rougeole dans leurs vêtements : elle avait peur que mon enfant ne la gagnât.
Vers la fin de décembre, j’allai dans le comté de Glocester, où je restai environ un mois. En janvier, je revins, j’allai à Montague-House et je fus admise.
La princesse était occupée à renfermer quelque chose dans une boite noire. Il y avait sur le sopha un enfant couché et couvert d’un morceau de drap rouge.
GEOPGES lit
La princesse se leva et me prit par la main ; puis me conduisant au soplia : « Le voilà, l’enfant, me dit-elle, je l’ai eu deux jours après vous avoir quittée. » Ses propres expressions furent : Je l’ai en et je l’ai mis au momie ; eu signifiait clairement que c’était son propre enfant.
Elle me dit ensuite qu’elle s’était bien tirée d’affaire ; elle me montra sur la main de l’enfant une marque violette. La princesse me dit : « Il a une marque comme votre petite fille. »
J’ai souvent vu l’enfant avec la princesse jusqu’à Noël 1803, époque où je quittai Blackheat. J’ai aperçu de nouveau la marque sur la main de l’enfant, et je suis sûre que c’était le même ; je n’ai jamais vu d’autre enfant chez la princesse.
La princesse Charlotte avait coutume de voir l’enfant et de jouer avec lui : l’enfant appelait la princesse de Galles maman.
Environ un mois avant que la princesse ne fût dans le Devonshire, je vis l’enfant à la fenêtre de son palais, et je suis sûre que c’était toujours le même enfant.
Peu de temps après l’avoir vu pour la première fois, la princesse me dit que pendant quelques nuits elle l’avait fait coucher avec elle, mais que cela lui causait des attaques de nerfs, et qu’alors elle lui avait donné une nourrice.
Je puis jurer que l’enfant que j’ai vu à la fenêtre du palais est le même enfant que la princesse m’a dit avoir eu deux jours après nous être quittées.
Cet enfant fut nommé William; je ne lui ai jamais entendu donner d’autre nom.
Un jour que nous étions à déjeuner avec la princesse, l’enfant étant en maillot, elle dit à sir John Douglas : « Voici l’enfant de Deptfort. »
A mon retour du Devonshire, je laissai ma carte de visite à Montague-House, et, le k octobre, je reçus une lettre
de M mc Vernon qui m’invitait à ne plus me présenter à Montague-House.
Je n’avais jamais dit jusqu’alors à personne, pas même à sir Douglas, que la princesse fût accouchée d’un enfant.
Après avoir reçu la lettre de M' nc Vernon, j’écrivis à la princesse à ce sujet.
La lettre me fut renvoyée sans être décachetée. J’écrivis alors à M lle Fitzgerald, en lui disant que je me croyais très-maltraitée. .
Deux ou trois jours après je reçus la lettre anonyme que je produis ici, que j’ai marquée de la lettre A, tant dans le corps de la lettre que sur l’enveloppe.
La princesse de Galles m’a dit qu’il n’y avait pas de chambre plus commode que la sienne ; qu’elle était au haut de l’escalier qui conduit dans le parc, ajoutant : « J’ai des verrous en dedans; de sorte que j’ai un voisin 1 quand je veux. » Elle a terminé en disant qu’elle aimait beaucoup sir Sidney Smith, et que le prince payait pour tout le monde.
Le 1 er juin 1806.
Signé : Charlotte Douglas.
Déposition de sir John Dour/lus,
Devant les quatre commissaires nommés par le roi,
Pour examiner la conduite de Caroline de Brunswick.
J’avais, en 1801, une maison à Blackheat; sir Sidney Smith y venait ordinairement ; j’y avais une chambre pour
1 Dans l’anglais, il y a fellow. Le mot voisin n’est pas la tradue tion exacte de fellow, nous le savons bien.
lui. La princesse de Galles fit la connaissance de lady Douglas, et elle venait fréquemment dans notre maison. Je pense qu’elle y venait plus pour sir Sidney Smith que pour nous. Quelque temps après qu’elle eut fait notre connaissance, je l’ai, crue enceinte. Un jour étant penchee sur le sopha, elle mit la main sur sa poitrine et dit : « Sir John, je ne serai jamais reine d’Angleterre. » Je lui répondis : « Non, si vous ne le méritez pas. » Elle parut d’abord fâchée.
Le 27 octobre 1804, je reçus deux lettres par la petite poste : l’une à mon adresse et que je produis maintenant, que j'ai marquée de la lettre B, tant dans l’intérieur que sur l’enveloppe; et l’autre adressée à lady Douglas que je produis ici également, que j’ai marquée de la lettre C tant dans l’intérieur que sur l’enveloppe.
Signé : John Douglas.
Déposition de Robert Bigwood.
11 y aura huit ans, au mois de septembre prochain, que je suis entré chez la princesse. Je vins chez Elle au mois de mars 1798, et j’ai demeuré avec Son Altesse depuis cette époque.
Vers l’année 1802, au commencement de cette année, je remarquai pour la première fois que sir Sidney venait à Montague-flouse ; il avait coutume de rester fort tard dans la soirée. 11 demeurait chez sir John Douglas, et il était dans l’usage, ainsi que sir John et lady Douglas euxmèmes, de dîner, déjeuner et souper presque tous les jours chez la princesse.
GEORGKS III
Je le' vis un jour, en 1802, dans la chambre bleue, vers onze heures du matin, c’est-à-dire deux heures plus tôt que nous n’avions coutume de voir du monde. Je demandai aux domestiques pourquoi ils ne m’avaient pas fait savoir qu’il était là. Le valet de pied me dit qu’il n’avait introduit personne.
Il y avait une porte particulière ouvrant dans le parc, par laquelle sir Sidney Smith aurait pu entrer, s’il en avait eu la clef, et parvenir à la chambre bleue sans être aperçu par les domestiques.
Je n’ai remarqué aucune circonstance qui pût me porter à supposer que la princesse était enceinte. C’est ou à la fin de 1803, ou au commencement de 180Z|, que je remarquai pour lu première fois* que le capitaine Manby venait à Montague-House.
J’étais de service un jour dans l’antichambre; le capitaine avait son chapeau à la main et avait l’air de s’en aller. Il resta longtemps avec la princesse. Pendant que j’attendais sur les marches, je regardai dans la chambre où ils étaient, et, au moyen des glaces qui réfléchissaient leurs images, je les vis se saluer l’un l’autre, je veux dire qu’ils se baisaient sur la bouche.
• Le capitaine Manby s’en alla. J’observai que la princesse avait son mouchoir dans ses mains et qu’elle s’essuyait les yeux comme si elle pleurait.
La princesse a}la à South-F.nd au mois de mai 180Z| , j’y allai avec elle, et nous y demeurâmes, je crois, environ six semaines avant l’arrivée de l’Africain. Siccard était souvent à guetter avec une lunette pour voir si le vaisseau arrivait.
Un jour il dit qu’il apercevait l'Africain, et bientôt après, le capitaine Manby quitta le vaisseau et se mit dans une chaloupe. Siccard prit le chemin du Basquet pour aller au-devant de lui.
Lorsque le capilaine Manbv eut mis pied à terre, Siccard le conduisit à la maison de la princesse, et il dîna avec Elle et les dames de compagnie. Dès ce moment, il vint la voir très-fréquemment.
La princesse avait deux maisons sur le penchant de la colline, les numéros 8 et 9; elle prit ensuite le numéro 7, d’où l’on communiquait par le balcon avec le numéro 8. Les trois maisons étant contiguës, la princesse était dans l’usage de dîner au numéro 8, et, après le dîner, de passer avec sa société au numéro 7, et j’ai vu plusieurs fois la princesse, après être allée au numéro 7 avec le capitaine Manby et les autres personnes de la société, traverser seule avec le capitaine Manby, en passant du numéro 8 au numéro 9, qui était la maison dans laquelle Elle couchait ordinairement.
C’était up sujet de conversation dans la maison.
Les domestiques donnèrent l’éveil à ce sujet.
La princesse prit un enfant qui, à ce qu’on m’a dit, avait été amené dans la maison par Hikeman. Je n’étais de service qu’une semaine sur trois, et je n’y étais pas lorsqu’on amena l’enfant : mais je l’y vis au commencement de 1803.
L’enfant qui est à présent avec la princesse de Galleâ est le même que j’ai vu au commencement de 1803 ; il a une marque sur la main gauche. L’homme qu’un dit être son père s’appelle Austin. La femme d’Austin, à ce que je crois, vit encore ; elle a eu un autre enfant, et l’a amené souvent à Montague-House : il ressemble beaucoup à l’enfant qui est avec la princesse.
• Madame Gorden était employée en qualité de nourrice pour l’enfant; elle l’amenait ordinairement à la princesse dès qu’elle était éveillée; et il restait avec Son Altesse Royale toute la matinée.
xrz'.-yr
GEORGES lit
La princesse paraissait extrêmement attachée à i’enfant et le parait encore.
Signé : R. Bigwood.
Déposition faite par serment à l’hôtel de lord Grenville, dansDowning-Street, le 6 juin 1806.
Signé : Spencer, Grenville.
Déposition de Mary-Anne Wilson.
Je crois qu’il y aura dix ans dans trois mois que je demeure chez la princesse de Galles en qualité de femme de chambre.
Je sers ses dames de compagnie.
Je me rappelle le moment où l’enfant, qui est à présent avec la princesse, lui fut amené.
La mère était avec l’enfant. 11 paraissait avoir environ quatre mois. Je me rappelle qu’on avait apporté des jumeaux à la princesse avant qu’on lui eût remis cet enfant.
Je n’ai pas remarqué que la taille de la princesse fût différente cette année de ce qu’elle était auparavant; et je n’ai jamais soupçonné, moi, qu’elle fût grosse.
Je crois qu’elle n’aurait pas pu être grosse et porter son enfant à terme sans que j’en eusse eu connaissance.
J’étais à South-End avec Elle. Le capitaine Manby venait lui rendre visite. Je faisais le lit de la princesse, et j’ai toujours été dans l’habitude de le faire pendant tout le temps que j’ai demeuré chez Elle. Une autre servante, appelée Anne Bye, m’aidait dans cette besogne. D’après ce que j’ai remarqué, je n’ai jamais eu aucune
raison de croire qu’il eût couché deux personnes dans ce lit...
J’ajoute...
(Ce que Mary-Anne W ilson ajoute ne s’écrit pas en français, le style à huis clos n’existant pas encore.)
Signé : Mary-Anne Wilson.
Déposition faite sous serment le G juin 1806, pardevant nous.
Signé : Erskink, Grenville, Spencer, Ellenborough.
CHAPITRK XXXVIII
Si le monstrueux procès dont nous déroulons un à un les anneaux n’est pas aussi connu en France que le procès Bergami, c’cst qu’il éclata au moment où la guerre, et la guerre la plus violente qui fut jamais, régnait entre Georges III et Napoléon. Toutes relations étaient rompues de ce côté-ci à l’autre du détroit qu’une fibre électrique réunit aujourd’hui.
Nous nous trouvions alors plus éloignés de l’Angleterre que nous ne le sommes aujourd’hui du Kamtschatka. Plus tard l’affaire Bergami- étouffa de tout son poids celle de Sidney Smith, du capitaine Manby, de sir Thomas Lawrence et de lord Hood. Tous ces petits adultères furent dévorés par le grand ; la grande honte absorba toutes les petites hontes.
On demeure confondu devant tant d’audace de la part de l’accusation ; accusation ignoble, folle, stupide, dégoûtante, niaise, cruelle, méchante, plate, abominable, ridicule, portée par un fou plus fou que son père, conseillé par
d’augustes prostituées, mais non sans but, gardez-vous de le nier.
Le but de cette agression royale contre une royauté, le voici : Si le prince de Galles parvient à prouver que sa femme a été la maîtresse du capitaine Manby, ou de sir Thomas Lawrence, ou de sir Sidney Smith, ou de lord Hood, ou du premier grand seigneur venu, ou du premier palefrenier des écuries de la princesse, rien ne sera plus facile de prouver également qu’elle est la mère de William Austin, le petit garçon qu'elle élève pour distraire ses loisirs et entretenir son esprit de charité. Une fois l’adultère et la bâtardise démontrés, la première accusation portée par le prince contre Caroline, celle qu’elle a été la maîtresse du capitaine Pôle, celle que la princesse Charlotte est la fille du capitaine Pôle, cette accusation devient des plus évidentes et le mariage des deux Altesses est aussitôt cassé pour cause d’infamie. Tel était en deux mots le but de la conspiration diabolique au milieu de laquelle on jeta toute nue la pauvre princesse pour qu’elle fût brûlée toute vivante; conspiration que nous achèverons, pièces en main, de raconter pour l’édification de notre époque.
Déposition de William Cole.
J’ai toujours demeuré chez la princesse de Galles depuis son mariage ; la première visite que lui fit sir Sidney Smith à Montague-House remonte à l’année 1802.
J’ai remarqué que la princesse était trop familière avec sir Sidney Smith.
lin jour, je crois que c’est vers le mois de février de cette année, Elle me donna ordre de lui apporter quelques
tartines ; je les lui apportai dans la chambre bleue. Sir Sidney Smith y était; je fus surpris de l’y voir; il fallait qu’il fût entré par le parc. S’il était entré par Blackheat, il eût été obligé de traverser la chambre où j’étais.
Après avoir laissé les tartines, je revins au bout de quelque temps dans la chambre ; sir Sidney Smith était assis sur le sopha, très-près delà princesse. Je le regardai ainsi que Son Altesse Royale. Elle aperçut mon coup d’œil et vit que je remarquais la manière dont il était assis; ils avaient paru un peu confus l’un et l’autre lorsque j’entrai.
Quelque temps auparavant, un soir, vers minuit, j’avais déjà vu un homme entrer dans la maison par le parc, enveloppé dans une redingote ; je ne donnai^ pas l’alarme, parce que je me doutai que ce n’était pas un voleur.
Peu de jours après que j’eus vu la princesse et sir Sidney Smith assis ensemble sur le sopha, le duc de Kent m’envoya chercher et me dit que la princesse de Galles serait fort aise que je me chargeasse de faire le service en ville, parce qu’elle avait plusieurs commissions à y faire faire, et pour lesquelles elle avait plus de confiance en moi qu’en aucun autre..
Le duc ajouta que la princesse avait pensé qu’il me serait plus agréable d’apprendre ceci par lui que par Siccard.
Depuis ce temps-là, je n’ai jamais plus servi à Montague- House que par occasion, et seulement lorsque la princesse m’envoyait chercher.
Vers le mois de juin 1802, je remarqua qù’elle était devenue très-épaisse, et à la fin de la même année elle me parut devenue très-mince. J’en fis la remarque à madame Sanders, qui me dit que la princesse de Galles était en effet beaucoup plus déliée de la taille qu’elle n’avait été.
Je n’eus aucun soupçon qu’elle fût grosse.
«BORGES III
M. Lawrence, le peintre, avait coutume de venir à Montague-House. Vers la fin de 1801, pendant qu’il peignait la princesse, il a couché h la maison deux ou trois nuits de suite. Je l’ai souvent vu le soir, h minuit, seul avec la princesse; il y est même resté quelques fois jusqu’à deux heures du matin.
Un soir j’aperçus M. Lawrence dans la chambre bleue, après que les dames s’étaient retirées. Lorsque je supposai qu’il était rentré dans son appartement, j’allai voir si tout était en ordre dans la chambre bleue. Je la trouvai fermée à clef, et j’entendis parler tout bas.
Signé : William Cole.
Déposition faite sous serment dans l’hôtel de lord Grenville, dans Downing-Street, le 6 jnin 1806.
Signé : Spencer, Grenville.
Déposition de Frances Lloyd.
Au mois d’octobre prochain, il y aura douze ans que je demeure chez la princesse de Galles. Je suis employée dans l’office pour le café. En 1803 j’étais à Ramsgate avec Son Altesse : un jour que nous étions à la maison de campagne d’East-Cliff, quelqu’un vint frapper à la porte de ma chambre et m’engagea à me lever pour préparer à déjeuner à la princesse. 11 était alors six heures du matin environ; j’étais encore endormie. Je couchais dans la chambre de la concierge au rez-de-chaussée; j’ouvris les volets pour éclairer la chambre. Je savais que le vaisseau du capitaine Manby était dans les dunes.
Après avoir ouvert les volets, j’aperçus la princesse se promenant dans le jardin avec un gentleman; elle suivait l’allée sablée et allait du côté de la mer. Le gentleman était un homme grand.
Je n’ai jamais dit à Cole qu’un jour que Mary Wilson croyait la princesse de Galles dans sa bibliothèque, elle était entrée dans sa chambre à coucher où elle avait trouvé un homme déjeunant avec elle, ni que cet événement eût fait beaucoup de bruit, ni que Mary Wilson avait été forcée de jurer de garder le secret, et menacée d’étre chassée si elle divulguait ce qu’elle avait vu.
Signé : Frances Lloyd.
Déposition faite sous serment.
[Suivent les signatures ) .
Déposition de Samuel Roberts.
Je suis valet de pied de la princesse de Galles. Je me souviens du moment où Elle a pris avec Elle l’enfant. Je ne remarquai cette année-là aucune altération particulière dans la personne de la princesse, rien qui pût me faire croire qu’Elle fût enceinte.
. Sir Sidney Smith avait coutume de visiter souvent la princesse à Blackheat. Je ne l’ai jamais vu seul avec elle. Il ne restait jamais plus tard que onze heures du soir. Je me rappelle qu’il y a environ trois ans, M. Cole me demanda un jour s’il y avait dans l’intérieur de la famille quelque favori particulier. Je répondis, à ce qu’il me sou-
vient, que le capitaine Manby et sir Sidney Smith étaient fréquemment àBlackheat et y dînaient plus souvent que qui que ce soit. Je n’ai jamais appris que sir Sidney Smith fût resté plus tard que les dames de la société de la princesse. Je puis dire positivement à q'uelle heure il sortait de chez Elle; mais je ne me rappelle pas l’avoir jamais vu seul avec la princesse.
Signé : Samuel Roberts.
Déposition faite sous serment.
(, Suivent les signatures.)
Déposition de Thomas Stikeman,
J’ai servi la princesse en qualité de page. Une femme se plaça un jour à la porte de l’hôtel pour présenter à la princesse une pétition. Elle avait un enfant avec elle. L’enfant fut montré à Son Altesse, qui ordonna à la femme de le lui ramener quelques jours après. La mère revint avec l’enfant, qu’elle laissa à la princesse. Depuis il est toujours resté auprès d’elle. Le père de cet enfant, qui se nomme Austin, demeure à Pimlico.
Rien dans la tournure de la princesse de Galles ne me porta jamais à supposer qu’elle fût enceinte.
Il fut un temps où sir Sidney Smith venait deux ou trois fois par semaine à l’hôtel Montague. C’était à l’époque où la .princesse faisait meubler son appartement dans le goût turc. Son Altesse le consultait sur ses meubles. Il restait quelquefois seul avec Elle jusqu’à minuit, et plus tard même.
La princesse de Galles, je dois le dire, a une vivacité
naturelle qui la porte à être familière avec tous les gentlemen.
J’ai vu la princesse et sir Sidney Smith seuls ensemble, et assis sür le même sopha, dans l’appartement bleu, et lorsque les lustres ri 'étaient pas encore allumés. Je n’v entrais point, je ne croyais pas devoir me permettre d’y entrer.
J’étais aussi à Ramsgate avec la princesse. Lorsqu’elle séjournait à East-Clifî, le capitaine Manby y venait souvent; il ne se retirait jamais avant onze heures du soir. Je n’aimais point à voir le capitaine Manby venir si souvent et s’en aller si tard ; Cela me fâchait. Je me rappelle une pièce d’argenterie et une lampe d’argent envoyées au capitaine Manby; il y avait aussi à lui remettre une lettre.
Je n’ai jamais vu le capitaine Manby chez la princesse à Ramsgate avant neuf heures du matin ; mais j’ai ouï dire qu’il s’y était trouvé de meilleure heure.
J’étais pareillement à Catzeririgton avec la princesse. Elle avait coutume de sortir dans sa propre chaise de poste. Je crois l’avoir vue sortir une ou deux fois avec
M. Hood et dans le vis-à-vis de ce dernier. Ils furent ab-
sents pendant deux heures et restèrent ensemble deux heures et demie.
La princesse paraît fort attachée à l’enfant qu’on appelle William Austin.
Signé : Tho. Stikeman.
( Suivent le certificat et les signatures comme ci-dessus .)
Déposition de John Stccard.
Je suis depuis sept ans au service de la princesse de Çalles en qualité d’intendant de la maison. Je me rap-
pelle avoir vu «amener l’enfant qui est aujourd’hui près de S. A. R.
J’avais souvent l’occasion de voir la princesse : je lui servais régulièrement à dîner et à souper. Je n’ai jamais remarqué que la princesse eût l’air d’être enceinte; je crois qu’à la rigueur il serait impossible qu’elle l’eût été sans que je m’en fusse aperçu.
En 1802, sir Sidney Smilh venait souvent à l’hôtel Montague avec sir John et lady Douglas. Il était très-souvent seul avec la princesse ainsi que M. Georges Cgnning et quelques autres gentlemen.
Je ne saurais dire q.ie j’aie jamais soupçonné que sir Sidney Smith ait eu une conduite répréhensible avec la princesse, ni que cette dernière se soit conduite d’une manière peu convenable avec lui ou tout autre gentleman. ' ,
Je me rappelle avoir vu le capitaine Manby à l’hôtel Montague.
La princesse de Galles ne paya rien pour l’ameublement du capitaine ; mais elle m’ordonna de prendre le linge nécessaire à M. Manby chez Newbewy et Jones, et d’en faire mettre le montant sur son propre mémoire à Elle.
Signé : Siccard.
(, Suivent les signatures des commissaires.)
Déposition de Sophia Austin.
Je connais l’enfant qui est maintenant avec la princesse de Galles; j’en suis la mère. 11 y aura quatre ans, le 11 juillet prochain, que je l’ai mis au monde, dans l’hô—
pital de Brownlow-Street. Il avait à la main droite une tache de vin rouge. Mon mari était ouvrier dans le port de Deptford-New-Row, n° 7. Il était sans ouvrage par suite de la paix. Je priai M. Stikeman de présenter pour moi une pétition à la princesse.
M. Stikeman me répondit que cela ne lui était pas permis, mais il prit mon enfant et fut assez longtemps sans revenir. Quand il fut de retour, il me remit mon enfant et une demi-guinée. Je descendis dans la salle à manger où il me donna une drogue pour sévrer le petit. Je le portai de nouveau, le 15 novembre, au palais de la princesse, et depuis ce temps-là il est resté chez elle.
J’ai vu l’enfant le jour de la Pentecôte dernière, et je jure que c’est bien mon enfant.
Signé : Sopiiia Acstin.
{ Suivent les signatures. — 7 juin 1806).
Déposition de Charlotte Sanders.
J’ai demeuré onze années chez la princesse de Galles. Je suis native de Brunswick, d’où je suis venue ici avec la princesse.
La princesse a eu chez elle un petit enfant qui était élevé sous sa protection.
Je jure solennellement que je ne sais ni ne crois aucunement que la princesse de Galles ait été enceinte pendant tout le temps que j’ai été à Montague-House. Je puis avoir dit à William Cole que la princesse était devenue beaucoup plus mince, mais je ne m’en souviens pas.
Sir Sidney Smith venait la voir souvent et même presque tous les jours. 11 restait chez elle très-tard, quelquefois
jusqu’à deux heures du matin. Mais je n’ai jamais vu sir Sidney Smith seul dans la chambre avec la princesse et à une heure avancée de la nuit. Je n’ai jamais rien vu enfin qui ait pu me donner à penser qu’il ait eu quelques familiarités avec elle.
J’ai connu le capitaine Manby qui commandait l'Africain. Je n’ai pas connaissance et je ne crois pas qu’il soit resté avec la princesse à des heures avancées dans la nuit.
Quand je suis venue ici, j’ai pensé qu’on pourrait me faire des questions'sur la conduite de la princesse, et j’étais fort peinée de cela.
J’étais à Catzerington avec la princesse ; elle était logée dans la maison de M. Hood. Je n’ai jamais vu aucune familiarité entre elle et lui. Je l’ai vue sortir seule avec M Hood dans son gig. Ils restaient ordinairement quelques heures dehors ; un domestique de la princesse les suivait.
Signé : C.Sanders.’
Downing-Street, 7 juin 1806.
( Ici les signatures des quatre commissaires.)
' Déposition de Thomas Edmeads,
Chirurgien et apothicaire à Greenwich.
Je suis chirurgien et apothicaire à Greenwich, et j’ai été nommé, en 1861, chirurgien et apothicaire de la princesse de Galles. Il ne m’est jamais venu dans l’idée, soit comme chirurgien, soit comme apothicaire, de supposer que la princesse fftt enceinte.
Je ne sais pas pourquoi elle s’est fait saigner : je l’ai saignée d’après sa propre demande, mais ce n’était mon avis ni comme apothicaire ni comme chirurgien. Je ne le voulais pas ; elle insista et je cédai.
J’allais soigner aussi chez elle, comme chirurgien et comme apothicaire, un enfant mâle de Deptford. L’enfant devait avoir de trois à cinq mois quand je l’ai vu pour la première fois. La princesse envoyait chercher quelquefois des sangsues, et on les prenait chez moi, médecin et apothicaire, nommé en 1801 .
Je n’étais pas le seul homme de l’art qui donnais des soins à la princesse pendant le temps" dont je viens de parler. Sir Francis Millman faisait aussi quelques visites à la princesse, mais seulement comme chirurgien, et non comme moi, à titre de chirurgien et d’apothicaire.
Signé : Thomas Edmeads, Chirurgien et apothicaire à Greenwich, nommé en 1801,
Et plus bas :
Erskine, Spencer, Grenville, Ellenborodgh.
L’auguste déposition de l’apothicaire de Greenwich termine glorieusement la série des dépositions recueillies par la commission aux fins de savoir — noble enquête ! — quel était le père ou quels étaient les pères de l’enfant que gardait auprès d’elle une Altesse royale, Caroline de Brunswick, princesse de Galles.
La princesse se montra fort calme pendant tout le temps que dura l’enquête ; elle prit même à ce moment-là une résolution héroïque. Elle remercia toutes les personnes de sa maison, qui devaient être interrogées, ce qui était complètement se mettre à la mèrci de leur haine, ou tout au moins de leur indifférence. C’était courageux.
Voici la réponse qu’elle fit, ou plutôt que firent pour elle lord Perceval, mort premier ministre, et lord Eldon, devenu plus tard membre de la chambre des pairs.
<t La première chose qui doit frapper tout le monde dans la déposition de lady Douglas, est la folie qu’il y aurait eu à avouer gratuitement et sans nécessité à une personne presque étrangère un secret aussi important que celui d’une grossesse, si elle avait réellement existé.
Les commissaires ajoutent que particulièrement à ce qui s’est passé entre S. A. R. et le capitaine Manby, on doit y ajouter foi jusqu’à ce que cela ait été contredit.
Voyons maintenant sur quoi repose toute l’accusation.
Elle ne porte que sur des ouï-dire, des bruits, des soupçons, affirme la princesse dans son mémoire en réponse, dans sa réplique. Tous les témoins, dit-elle, sont pour les accusateurs, et tous ces témoins, excepté un seul, ont été placés auprès d’elle, par qui? par Je prince ! Us ne parlent que de choses si insignifiantes, qu’il est difficile, après un si long intervalle, de se rappeler assez positivement les faits pour les contredire.
William Cole, par exemple, dit que la princesse a mangé des tartines avec sir Sidney Smith — quelle faute ! — qu’il restait chez elle jusqu’à une heure après minuit — quel crime pour des gens qui se lèvent à midi! — qu’il construisait une tente turque à Montague-House — quelle infamie!
Cole , cet honorable William Cole , a observé à minuit un homme vêtu d’une redingote ; il n’a éprouvé aucune crainte ; et le même homme tressaille en voyant à midi un gentleman assis sur un soplia! Il peut bien laisser un homme s’approcher à minuit du lit de sa maîtresse, parce qu’il ne le prend pas pour un voleur ; mais la vue d’un ami de la maison, assis près de la princesse, dans une chambre tout ouverte, suffit pour exciter ses soupçons.
Cole est un homme désagréable, assure le mémoire en réponse, il a reçu une éducation au-dessus de son état; il parle français, joue du violon; il se permettait souvent même de jouer sur le piano-forte de la princesse et de lire ses livres. 11 avait été au service du duc de Devonshire. — ■ C’était un espion.
Thomas Lawrence, le peintre, est encore un de ceux à qui l’on attribue une intimité coupable avec la princesse. Gole affirme qu’il coucha deux ou trois fois à Montague-House, qu’il était un soir seul avec la princesse dans la chambre bleue, après le départ des dames de compagnie ; que lui, Cole, supposant alors que M. Lawrence était allé se mettre au lit , il avait fait la visite des appartements. Il avait trouvé la chambre bleue fermée, et avait entendu parler bas en dedans, sur quoi il s’était retiré.
Il est effectivement vrai qu’en 1800 et 1801 , Thomas Lawrence travailla à un portrait en grand de la princesse et de sa fille, et qu’il demanda la permission de coucher quelques nuits à Montague-House, afin de pouvoir travailler de meilleure heure à son tableau.
Il ne dînait pas avec la princesse, mais il descendait chez elle pour entendre de la musique. Il faisait quelque fois la lecture, parce qu’il lit Shakespeare avec beaucoup de grâce.
Nul doute, continue la réplique, que la princesse ne lui ait souvent donné des séances particulières, qu’elle n’ait pris plaisir à faire la conversation avec lui / lorsque la séance était terminée ; mais elle n’a jamais imaginé que son honneur lui fît un devoir de prendre des témoins d’une semblable conversation.
Le capitaine Manby fut présenté à la princesse chez lady Townshend : elle lui confia deux jeunes garçons, dont il voulut bien se charger. En reconnaissance, elle lui fit
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présent d’une petite partie de vaisselle plate. Ce fut ainsi qu’elle agit du reste à l’égard de sir Samuel Hood, auquel elle avait également confié deux jeunes gens.
Quant à la partie de la déclaration de Bigwood, où il dit qu’il vit dans une glace le capitaine Manby embrasser la princesse, ce fait est entièrement démenti par la déclaration du capitaine Manby, qui affirme sous serment qu’il n’y avait pas de glace dans la chambre.
M. Hood, maintenant lord Hood, est encore un des individus compromis. Il a épousé une des dames de la maison de la princesse. Il est très-vrai, dit la réplique, que la princesse est allée deux fois dans son wiski sans emmener aucun de ses propres domestiques. Mais ces promenades eurent lieu immédiatement après la mort du duc de Glocester, et quand il n’était pas encore enterré. Elle ne voulait pas qu’on vît autour d’elle une suite de domestiques, tandis que Son Altesse Royale était sous le catafalque.
« Pour une princesse de Galles, s’écrie Caroline à la fin de sa réplique, avoir été mise dans une position telle, qu’il a fallu pour son honneur, qu’elle fît jurer à un individu qu’il n’avait pas été seul enfermé dans sa chambre, et à un autre qu’il ne lui avait pas donné un baiser amoureux et qu’il n’a pas passé la nuit avec elle... c’est le comble de l’avilissement.
» Sire, — termine ainsi la princesse, — puis-je m’empêcher de déclarer qu’il y a une conspiration contre mon honneur et contre le rang que j’occupe dans ce royaume ?
» Sire, répondez! êtes-vous pleinement convaincu de mon innocence? »
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