‹ Georges Cadoudal et la chouannerieChapitre 2 sur 99 · AVANT-PROPOS. III · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS. III

l'heure du péril, trouver des hommes qui combattent et qui meureut pour elle avec le uiême héroïsme que ces suprêmes défenseurs de la vieille France, Georges Cadoudal et ses compagnons!

l'Mmoud MiiiK.

INTUODUCTIOÎV

L'ouvrajje que nous présentons au lecteur n'a pas besoin de préface; c'est la vie, ou mieux, l'histoire d'un homme grandi au milieu de la tourmente qui, à la fin du dernier siècle, a profondément ébranlé l'édifice social français. Tant d'écrits ont paru sur les causes et les origines de cetti; lutte qu'il semble inutile d'en préparer la lecture; il suffira de faire remarquer le caractère tout particulier du pays où elle s'est déroulée.

La Bretagne ne se trouvait pas dans les mêmes conditions (|ue les autres provinces, vis-à-vis de la royauté française. La duchesse Anne en donnant les hermines aux fleurs lie lys avait ménagé des libertés et des capitulations à ses compatriotes. Prévoyant l'annexion fatale et prochaine du duché, elle avait voulu, en l'apportant comme dot à la l'rance, sauvegarder ses intérêts.

Quand vint la monarchie de [jOuis XIV, les obligations contractées étaient oubliées depuis longtemps, et les gouverneurs royaux, les des Essarts, les d'Aiguillon et les autres, firent ce qu'ils purent pour ne pas tenir compte des droits nationaux de la ISrclagne.

La féodalité n'avait pas jiesé sur ce pays. La noblesse de cour y (itait rare, mais au contraire une grande quantité ih;

IXTRODl'CTION.

gens vivaient noblement tout en cultivant leurs terres et n'ayant pour toute fortune que ce qu'elles leur rapportaient. Quand les États de Bretagne étaient convoqués, on les voyait se diriger vers Vannes, Rennes ou Nantes, conduisant femmes et enfants dans leur charrette. Ceignant pour la circonstance leur épée de fer, trop pauvres qu'ils étaient pour en avoir une d'acier, ils allaient subsister, eux et leur famille, pendant la session, à l'aide du sou du Roi.

Leurs serviteurs, leurs tenanciers, étaient leurs compagnons. On vivait à la même table, sans autre différence qu'une place plus élevée pour les maîtres. Aussi les campagnes marciiaient-elles avec cette noblesse ; il n'en et ait pas de même des villes.

Le clergé et les communes envoyaient aussi des représentants aux États.

De ceux-ci, les uns, petits bourgeois et procureurs, détestaient cordialement les ruraux qu'ils exploitaient; cette haine leur était rendue avec usure par leurs victimes.

Dans le clergé, se trouvaient les évéques, bien souvent résidant peu dans leurs diocèses ; puis des aljbés et des prieurs, (]ui malheureusement, pendant le dix-huitième siècle, ne donnèrent pas toujours l'exemple des vertus monastiques. Les commissaires royaux avaient la partie belle avec ces deux ordres; aussi en usaient-ils habilement pour rapiner la Bretagne au profit du trésor français. La pauvre éj>éc de fer, hanche lame, j)eu retorle, peu instruite, était circonvenue, Ironipéc;, volée, et s'en retournait chez elle humiliée, pleine de fiel, et maudissant le roi de France, ses agents et leurs alliés.

D'un autre cMv, l'esprit voltairicn avait plus ou nmiiis contaminé les villes, tandis (pie les campagnes avaient conservé loiitc la |)nreté et l'ardeur (h; leur loi. Islles étaient aidées en cela pur le clergé rural, dont nous aurons souvent

INTRODl CTION

occasion d'admirer la conduite dans ce récit, et qui, éclairé, pieux et chaste, sorti de l'essence même du pays, aimait tout ce qu'aimaient ses compatriotes, et se dévouait corps et ame à leurs intérêts religieux et sociaux.

Lors de la réunion des Etats généraux, en 1789, les Bretons étaient donc tous, nobles et autres, profondément catholiques et attachés au clergé, ils avaient un amour profond pour leurs coutumes et leur Bretagne, et par là même de gros griefs contre la France et ses rois, personnifiés dans les gouverneurs de la province, qui voulaient faire disparaître les unes et accaparer l'autre. On peut conclure de là que si le mouvement révolutionnaire enthousiasmait une portion minime des villes bretonnes, s'il portait atteinte à bien des intérêts, du moins il laissait les campagnes parfaitement calmes et indifférentes. Considérez, en outre, le caractère froid et métliodique de ce peuple, sa différence de langage, et vous aurez la raison qui l'a empêché de se joindre à ses voisins de la Vendée, lors du soulèvement de 1793.

Vous trouverez aussi pourquoi sa tenace résistance s'est can'ionnée dans une sorte d'égoïsme, bloquant les villes et gardant la campagne, dans son inextricable écheveau de chemins creux et d'ajoncs.

Breton toujours, il veut être maître chez lui, libre dans sa religion et ses coutumes ; il n'aime pas l'étranger, dans lequel il voit un envahisseur, et ne demande rien aux autres. Mais malheur à qui le gêne. Tel est le portrait, telles sont les causes.

Ne croyez pas cependant que le Breton renie la France; il a bien |)rouvé le contraire. En Bretagne, on a l'esprit de ( lan, on aime la décentralisation, mais on est aussi patriote (jue partout ailleurs, témoin l'anecdote suivante, qui peint admirablement les sentinK-nts de cette région.

C'était à Wiesbaden, peu de temps avant la guerre de

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