‹ Georges Cadoudal et la chouannerieChapitre 3 sur 99 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

1870, une députation de paysans morbilianais en larges chapeaux et en vestes était venue offrir ses hommages à Mgr le comte de Gliambord. Allemands et Anglais curieux se pressaient autour de ces voyageurs au costume inconnu, demandant quelle était leur nationalité. Un beau vieillard à longs cheveux blancs, qui vit encore aux environs de Vannes, ennuyé de cette importune curiosité, se retourna vers son interlocuteur : « Nous sommes Bretons en France, dit-il, mais Français à l'étranger. ■>

Gomment, nous dira-t-on, un peuple aussi indépendant d'allures a-t-il pu pendant près de dix ans se courber sous l'autorité d'un seul homme, tel que Georges Cadoudal? La léponse ressortira du récit même.

Les Bretons, leurs prêtres persécutés, leurs enfants requis pour l'armée, ne voyant plus nulle part respecter le principe d'autorité, firent ime première tentative de résistance. Elle fut spontanée, unanime, mais sans direction, sans but; une sorte de manifestation paciiiqiic comme celle de la place Vendôme, au début de la Commune, en 1871. Us furent reçus de la même façon que les Parisiens, il'autres se trouvèrent là aussi pour commander : Feu!

Les villes se ruèrent alors sur la canq)agne et, sous prétexte de chercher des prêtres réfractair(;s et des déserteurs, se livrèrent au pillage, au viol et au inetirtro. La résistance se fit partout, commune par commune, canton par canton ; pui.s, lorsque l'on vit les bénéfices de cette association, on songea à l'organiser et l'on se donna pour chefs ceux (pii par leur caractère, leur intelligence et leur vifjueur surent inspirer le plus de confiance.

Les ine|)tics des clubs, les violences des sans-culottes de piîlils bourgs, les crimes des proconsuls déhîgués par la Convention cl le coniilé d(! salut pid)lic ont fait la chouannerie; ils ont pic la llrclagne dans les bras d(! la loyaulé française.

INTRODICTIOX. IX

:^ Et maintenant pourquoi cette insurrection formidable de tout l'Ouest, cette organisation si bien montée, a-t-elle avorté misérablement, au bout de dix ans de luttes sanglantes?

Il ne faut pas croire que ce sont les Hoche, les Brune et les Bonaparte qui ont vaincu à eux seuls la Vendée et la chouannerie; ils n'en seraient pas venus à bout si l'Angleterre avait voulu permettre à un prince français de rassembler sous son autorité toutes les fractions armées, jalouses les unes des autres. Ce n'était pas l intérêt de cette ennemie séculaire de voir la monarchie se rétablir. Le cabinet de Saint-James ne pouvait pardonner le traité de Versailles qui avait terminé la guerre de l'Indépendance , et il savait surtout très-bien que si la convulsion n'était que momentanée, la puissance française en ressortirait plus florissante, et serait une terrible rivale des intérêts britanniques.

Les puissances continentales, effrayées du danger des doctrines qui un jour viendraient aussi les saper, voulaient loyalement et franchement remettre les Bourbons sur leur trône, afin d'enrayer le mouvement révolutionnaire; les hommes d'État de la Grande-Bretagne, se croyant à l'abri dans leur île, avaient un tout autre sentiment. Ils voyaient que la présence de Louis XVIII dans l'Ouest, ou même celle du comte d'Artois ou du duc de Bourbon, faisant trêve à toutes les compétitions, réuniraient en un faisceau formidable tous les rassemblements disséminés, impuissants seul iiseul ; ils savaient que cette unité d impulsion placerait les armées républicaines entre les puissances coalisées à l'Est et l'insurrection de l'Ouest et du Midi, et que la démagogie, ainsi réduite aux abois, ferait place ii l'ordre et ii la prospérité. Mais ce n'est pas ce (|u'ii fallait à légoisme anglais! Nous en prenons à témoin la lettre de Louis XVIII au duc d'Harcourt, en 1795, les lettres dcNVindliam à Georges, en 1799 €11801. Il fallait énerver la France par de longues luttes

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