TENTATIVES D ASSASSINAT CONTRE LE GÉNÉRAL GEORGES
La présence de Georges en Bretagne était connue du gouvernement. Fouclié disait dans ses instructions à Véref, un de SCS agents :
«Georges est dans le Morbili;in; poursuivez-le, faites-le poursuivre avec la plus vigilante activité. Le premier consul est vainqueur en Italie, il faut qu'il le soit partout. N'épargnez aucun des chefs qui voudront relever la tête. Fusillez-les sans pitié. Nos agents commencent à être connus et conijironiis; j'en mettrai d'autres et de meilleure qualité à votrediposition-, ce sont des gentilsliommes, des ci-devant qui, par leurs noms et leurs titres, sont estimés de tous les chouans ; ils obtiendront facilement leur confiance et vous les livreront à heure dite. »
Parmi ces gentilshommes se trouvait un M. de B..., cousin de madame de Bourmont et d'un I ira ve officier portant le même nom que lui, tué en 1705. Son nom, sa parenté, ses alliances donnaient du prix à ses services. Dévoré de besoins d'argent et perdu de dettes, il eut l'iiifamie d'accepter une mission de la plus noire scélératesse '.
' On lomprondr.i facilcMiieiit le senlimenl qui nous f.iit intli(|npr pnr une siinjile Initiali' l'énilssaiiK ilr la pdlin- de l'ondié coiitn; le (jéiiiMal Gi'oijjes. Ce nom, jjloiiiMix entre tous ceux de I!iila(;iii', était naguère encore porté par un des principaux chefs (|ui ont oij;anisc la défense du Saint-Siéj;e. Quand on interrogea Georges, peniiant son procès, sur le sort de M. de I)..., soi-disant pour niutlre un terme aux inceililudes île la famille, la police aciii'va de s'accuser et d'accuser cet liomme en le ri'veniliipiant. « Est-ce pour cela que vous « me juge/, '! répondit Georges. lOn tous les cas, ce ne serait pas le seul « émissaire paieil ipie vous auriez, fait euv<iyer veis moi et ipie j'aurais fait . fusiller. ■
L'Iionneur de cette lamille, digue .le l'estime de tous, ajoute l'Iiislorien des
TENTATIVES D'ASSASSINAT CONTEE LE GENEH AL GEO RGES. 263
Il reçut de Fouclié l'ordre d'aller en Bretagne pour se charger d empoisonner (leorges, et il eut pour complice dans cette infamie un pharmacien nommé Laine'.
Il V avait alors à Rennes des amis de Georges servant d'intermédiaires entre Paris et le Morbihan. Parmi eux se trouvait Charles d'Hozier.
Fils du dernier juge d'armes de France, page de Louis XYI au 10 août, il avait pris part aux derniers efforts de Charetfe en Vendée. D'Hozier, en 1799, avait commandé en Bretagne la légion de la Guerche. Depuis la pacification, il se tenait à liennes sous le nom de Ménainville, exerçant un rôle d'observateur. Il logeait à l'hôtel de la Patrie, tenu par un zélé rovalisle nommé Déan.
Le préfet d'Ille-et-Yilaine, Borie, était un homme auquel répugnaient les missions émanées de la police de Fouché. Il avait pour factoiitm un comédien nommé Rébillard, qui exerçait avec sa profession celle de défenseur officieux. Rébillard fut chargé par le préfet de prévenir d'Hozier, dont il connaissait les rapports avec Georges, que deu.x hommes chargés d'empoisonner le général breton venaient d'arriver de Paris à Rennes.
Ils avaient reçu douze mille francs, et Borie était chargé de leur en remettre vingt-quatre mille à leur retour.
Voici le texte même de la lettre de Fouché au préfet dllleel-A'ilaine, pour lui annoncer l'envoi de cette dernière somme :
Conjidenlielle.
« Paris, 17 nivùse an IX.
H Le ministre de la police au préfet.
Cl Je vous adresse ci-joint, Citoyen préfet, une lettre de cré- « dit de vingt-quatre mille francs de la maison Récamier sur le « citoyen Pillier, négociant à Rennes.
Guerres Je l'Ouest, ni; souffre aucnnc atccintc dii crime d'un lioiume qui lui appartenait. Le clicvalicr Je Barras, par exemple, dont In mort lut si l)elle à l'aimi'e de Coudé, est-il en rien comptable pour le ri'gicide Uarras, son propre frùrc ?
« Celte somme sera touchée, ou par vous, ou par le géné- « rai Simon, mais sur votre acquit. Elle ne devra être touchée « que pour être remise immédiatement par le général Simon « à ceux qui p;irviendront à se saisir de Georges, chef des re- « belles, et qui le présenteront mort ou vif.
« Vous laisserez les fonds déposés chez le citoyen Pillier, "jusquà ce que vous ayez l'intime certitude de l'arrestation Il ou de la mort de ce chef, et, dans ce cas, les fonds seront « sans aucun délai comptés aux hommes qui auront exécuté « l'entreprise.
» Le général Simon m'en donnera avis immédiatement par K un courrier extraordinaire.
« Je vous recommande le plus profond secret sur toute cette « opération et sur la destination des fonds. Vous seul, avec le (1 général Simon, en êtes instruit.
n Le ministre de la police,
« KoDCiiii. »
Le 20 nivôse suivant, il écrivait encore :
a Je vous confirme, Citoyen préfet, ma lettre du 17 nivôse Il qui vous annonce le crédit de vingt-quatre mille francs qui Il vous est ouvert sur la maison Pillier, ainsi que la destination Il de ces fonds, et mes intentions sur la forme dans laquelle n ils doivent être tenus.
Il Je vous renouvelle à ce sujet mes ordres pour que, sous Il aucun prétexte ou motif quelconque, cette somme ne soitre- H tirée des mains du citoyen Pillier, que lorsque vous aurez la Il cerlilude que l'entreprise aura réussi contre Georges.
Il Je vous préviens mémo que dans le cas où l'opération Il n'aurait pas obtenu de succès dans quinze jours, je prendrai Il tout d(î suite les moyens et doimcrai les ordres pour faire Il rentier les vingt-f|ualrc mille francs dans ma caisse.
K Mon ordre à cet égard est absolu, cl vous ne ferez aucune .« dis|)()sition qui puisse y éli'e contraire.
I LMATIVES DWSSASSINAl CONTRE LE GÉKÊRAL GEORGES. 265
Ci Je m'en rapporte parfaitement à votre zèle et à votreexac- :< litude ordinaire.
« Le préfet de police, « FoiCHÉ. »
Nous avons tenu à citer intégralement ces deii.x lettres, qui elteiit un jour complet sur cette triste affaire, parce qu'en -eniiilable matière on ne saurait être trop exact et précis.
A peine d'Hozier avait-il reçu par le canal de Rébillard avis secret du préfet de Rennes, que les deux suppôts de a jHilice se présentèrent chez lui. B..., pour s'accréditer auprès de Georges, faisait valoir bien haut sa parenté avec Ijourmont; il se disait chargé, avec son compagnon, d'une mis- -i'Mi royaliste importante auprès de Georges, et demandait à être conduit jusqu'à l'endroit où il résidait.
1) Hozier avait ses motifs pour traîner les choses en lon- ;;i'.eiir. Il attendait la réponse de Georges au courrier qu'il lui avait envoyé. Dans la même journée, il reçut un avis semblable à celui du préfet d'Ille-et-Vilaine ; cet avis venait de Limoëluii, c|ui habitait Paris, réfugié dans un caveau de l'église Saint- Laurent, prévenu lui-même par un agent de police affilié des lovalistes ; il avait expédié en toute hâte un message au moyen (II- la ligne de correspondance établie entre Paris et la Bre- •aî;ne. A ce message était jomte une lettre pour Georges que d'Mozier s'empressa de faire parvenir à son adresse par un porteur nommé Bellisle, homme fidèle et sur.
Quelques jours après arrivait la réponse de Georges. Elle contenait ces seuls mots :
u Envoyez-les-moi par le même courrier, u
Dliozier, qui pendant quelques jours était resté invisible pour les hommes de Touché, leur devint alors accessible. Il expliqua sa réserve, et les deux personnages, conduits par Bellisle, furent dirigés vers le Morbihan.
Ils rencontrèrent Georges du coté de Sarzeau. Ils se présentèrent en se réclamant toujours du nom de M. de Buurmunt et en débitant leur fable arrangée d'avance. tJeorges les écouta
tranquillement. Tout à coup, fixant sur eux son regard inquisiteur, il leur dit d'un ton ferme et bref :
B Très-bien, messieurs, très-bien, vous venez pour m'enipoisonner. »
Tous deux se re'crient, comme révoltés d'une telle accusation. Georges ne s'arrête pas à leurs protestations.
« Qu'on désbabille ces messieurs, dit-il; qu'on les fouille!» L'ordre est exécuté. Averti des moindres détails, Georges savait bien que d'abord on ne trouverait rien; mais il voulait qu'un aveu lui permît d'user de clémence. Il Convenez du fait « , dit-il à B...
Celui-ci, voyant les premières rechercbes inutiles, persista à nier. On continua de le fouiller.
«Avouez! » lui répéta Georges.
Même refus. Cependant les recbercbes continuaient. Georges, avec le calme et le sang-froid d'un juge, somme une troisième fois B... d'avouer son crime, de profiter du dernier recours qu'il lui lais-e pour son salut : cette sommation reste vaine.
" Qu'on défasse le collet de lliabit de monsieur u , dit alors Georges.
Les deux complices frémirent h ce mot. Le collet fut décousu ; on en tira un petit sachet, c'était le poison! B... se jette alors aux pieds de Georges.
I' Il e-t trop tard », dit celui-ci d'un ton qui ne laissait plus d'espoir.
Il leur donna un quart d'iieurc pour profiter du ministère d'un préire, et ils furent diiigés |)rès de Sarzeau, où ils reçurent leur cliàliinent. Les deux tail;ivrcs, tMifouis sur place, ne laissèrent aucun vestige.
Le préfet d'Ille-et-Vilaine, le 15 ventùse an IX, annonça celle exécution h Fouclié, qui lui répondit à la date du -\ ventôse :
Il J'ai reçu, Cilovcn préfet, l.i lettre que vous m'avez, écrite «le 1.") CDuranl relalivenient à l.i lellic de <-réilit de vinj't-