FOUCHÉ
Il importait de montrer, en rassemblant les pièces officielles, à quels abominables moyens la police consulaire avait recours contre Georges.
J'ai souvent entendu Charles d'Huzier raconter cette affaire dans ses plus minutieux détails. Il en avait été l'acteur et le témoin, et, par son caractère, il méritait toute confiance. C'est sur ses indications que Théodore Muret l'a recueillie dans son Histoire des guen-es de l'Ouest; aussi n'avons-nous pu mieux faire que de rej)roduire presque textuellement son récit, sauf ce qui concerne les lettres de Fouché à Borie, qui sont la reproduction exacte des originaux et qui ont échappé aux recherches de Théodore Muret.
Dès le mois de juillet 1800, prévenu par un officier républicain, son ancien condisciple au collège de Vannes, qui commandait à Rennes, il écrivait à l'abbé Guillevic, son aumônier génériil :
«Je suis forcé de passer'; mandez, je vous J'rie, à tous les Il officiers que Bernadotte fait courir une vingtaine de coquins « avec Micault ; qu ils se tiennent sur leurs gardes, qu'ils Il n'aient confiance que dans ceux qu'ils connaissent parfaite- " ment, et qu'ils punissent ceux de ces coquins qui leur tombe- II ront entre les mains. »
Et ces coquins, Bernadotte les prenait dans la noblesse. M. Micault prétendait en être membre. On verra que |)lusieurs émissaires l'étaient réellement.
268 OEOUGES CADOUDAL.
Il les prenait clans le clergé.
« Le croiriez-vous? disait encore Georges à la date du 8 juil- II let 1800, M. Pasco, recteur de Pluvigner, m'a dénoncé à « Bernadotte ; quelques autres ecclésiastiques jouent le même " rôle. Je saurai leurs noms. Voilà, par exemple, des bottes Il fourrées ; mais dans ce pauvre monde, il faut s'attendre à
Il tout. D
Il les prenait jusque dans l'armée royale.
Il J'espère, marquait (ieorges à l'abbé Ouillevic, le 1,'5 juillet 1800, que Berthelot ne recevra ni passe-port ni lettre de Debelle. Vous nous instruirez de toutes ses farces. "
a H en reçut cependant, ajoute l'abbé, mais il vint me les remettre et me les remit de bonne foi. Je les ai ici. L'un de ces passe-ports est ainsi conçu : i Laissez passer le ciloyen « Bertbelot, voyageant dans les départements du Morljihan et Il des Côtes-du-Nord (c'étaient précisément ceux que fréquen- « taient le plus les généraux Georges et Mercier) ; il sera armé « d'un pistolet, a
Il Un émigré nommé M. Pépin, qui se disait genlilbomme gascon et avait fait la dernière campngiie en qualité île volontaire, vint, à l'exemple de M. Beribelot, m'apporter ses passeports qu'il avait, comme lui, reçus de Debelle. J'en instruisis les généraux.
Il Nous remercions Pépin, me répondit le général Mercier, n de la confiance qu'il nous témoigne. Hemettez-lui tmit ce Il qu'il demandera ])iiur retourner chez lui. Vous pourrez 11 mettre jusqu'à vingt-cinq louis à sa disposition, si vous croyez « qu'il s'éloigne du Morbihan.
Il Votre serviteur et ami.
Il Sifjllé : JONATIIAS. »
Il Je croyais c ffcc tive nu* nt sa présence innlili! parmi nous, et le général Georges ainsi qui; moi. Aussi mn marqu:iil-il le lendemain :
Il On n'a déj;\ donné que trop (h- fonds au fameux Pépin. "
Kt le général Mercier, le 17 :
TENTATIVES DASSASSl X AT CONTUE LE GÉNÉRAL GEOr,GES.269
« Que Pépin parte tout de suite : Georges ne veut plus en " entendre parler, ni même lui donner de nouveaux fonds.
n J'avais su, à n'en pouvoir douter, qu'il continuait à toucher du préfet cent cinquante francs par mois. Il n'en était pas, à coup sûr, aussi Lien payé pour ne rien faire. Il eut, en conséquence, l'ordre de quitter l'armée de Bretagne, sous peine de la vie. II se confina à Vannes, c'était tout ce quenous voulions. On l'y fit seulement prévenir qu'il y avait ordre de lui courir sus s'il mettait les pieds dans la campagne, et il savait que ces injonctions ne se donnaient jamais en pure perte.
« Tous les traîtres n'avaient pas toujours le repentir de M. Bertlielot, ni même l'apparence de celui de Pépin :
« Je vous prie de prévenir Valentin (Guillemot), me mani> dait Georges le 14 janvier 1801, que je suis persuadé que « l'officier qui sert les bleus et qui se dit de chez lui est L... Il 11 est aujourd'hui secrètement à Vannes, et il va voir toutes les nuits le préfet. Aussi, que Valentin se défie des coquins .1 qui pourraient donner des renseignements à ce drôle. »
Et le 15 décembre 1800, il écrivait encore à l'abbé Guillevic :
Il Nous allons être un peu pourchassés
« Désormais pour mes paquets, je vous prie de les mettre sous • une enveloppe à l'adresse d'Hervé' ou de Jobicq ', et de B dire au courrier que les paquets sont réellement pour eux. « La grande prudence doit être à l'ordre du jour. Les espions Il fourmillent de tous les cotés. Bonaparte veut, h quelque pri.i Il que ce soit, avoir la tête du gros. J'espère au moins la lui Il faire payer. »
« Georges avait été quelque temps sans se croire assailli d'autant de dangers. L'abbé Guillevic, qui suivait les choses de près en sa qualité de commissaire ordonnateur de la police du quartier général, voyait par conséquent plus clair; mais la
' M.ijnr de la Irgion «le V.innes.
' Auin'"inier de légion (M. I.omi'iiPi' dit Jobicq). Il prononça l'oraison funèbre de Georges au service (jui fut célébré ù la rentrée des Bourbons.
bouillante intrépidité du général trouvait dans les avis de l'abbé Guillevic plus de pusillanimité que de vraie prudence.
« D'après les nouvelles que vous me faites parvenir, lui «mandait-il à la date du 13 juillet 1800, je vais donner des « ordres pour arrêter l'audace des dénonciateurs. On les exé-
« cutera ponctuellement On grossit beaucoup le nombre
« des dénonciateurs. Soyez-en sûr, les bleus ne savent dans le <i fond rien. Debelle suit toujours son plan qui est de tàcber (( de me faire peur en débitant que tout le monde me dénonce. Il S'il avait tant de monde, disposé à me faire prendre, il ne jase- « rait pas de la sorte. »
u Mais depuis, continue l'abbé Guillevic en ses notes inédites, il reçut des mêmes amis des bureaux de la police de Paris, qui lui avaient donné quelques mois plus tôt ses passe - ports pour Boulogne, un double de la commission de Micault,avec le nomde la plupart de ses affidés, et l'assurance que les différentes administrations avaient ordre de mettre à l;i disposition de ce sicaire en chef, jusqu'à concurrence de vingt mille louis, pour l'exécution du beau ])lan dont il s'était si honorablement chargé.
Il Aussi Georges va-t-il changer absolument de langage : Il Si M. Duchatellier tombait sous la patte de vos gars, faitesu le garder jusqu'à nouvel ordre. Les grandes marionnettes, B c'est-à-dire les grandes mesures, sont à l'ordre du jour chez u les républicains. La plus stricte prudence et la plus grande '< surveillance doivent aussi élre aujourd'hui noire ordre du 11 jour... Tenez-vous bien sur vos gardes.
« Voici les termes dont se sert le ministre de la police écriu vaut à mon sujet au préfet : IS'ayez aucune inquiétude sur le u compte de Georg s; j'ai pris des tncsures telles qu'il est ini-
li possible qu'il m'échappe Videbilur infra, ajoutait
Il (rr orges, n
Il il ne larda pas à avoir tous les renseignements désirables sur ce Duchatellicr. Je trouve parmi ce qui me reste de !e'.tres de mon malbfureu'i ami, un billot sans date portant en termes exprès :