‹ Georges Cadoudal et la chouannerieChapitre 53 sur 99 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

C'est à Londres que Georges conçut la première pensée d'attaquer Bonaparte, en plein jour, dans Paris même, avec un bataillon formé de l'élile de ses chouans'. Depuis longtemps il pensait, comme Annibal, " que les Romains ne « pourraient être vaincus que dans Rome » ; cette politique de l'audace était devenue celle du chef breton, depuis que le sort des combats l'avait trahi sur les champs de bataille du Morl)ihan, depuis qu'il avait été abandonné, délaissé par les chefs de l'Anjou, du Poitou et du Maine; il disait : » Nous ne (i vaincrons la révolution que dans Paris « ; et dès lors il songea à transporter l;i résistance ou plutôt l'attaque dans la ville où s'étaient accomplis tant de révolutions, tant de changements, de coups d'Etat et de coups de main.

Pichegru, qui était à Londres depuis son échappement de Sinnamary, entra dans ce projet, ainsi que le comte d'Artois et le ministère anglais, et, par l'intermédiaire du général Lajolais, il avait donné les plus fortes espérances d'y faire entrer le général Moreau. Malheureusement, il y avait bien des illusions dans ces espérances, et leur principal intermédiaire, Lajolais, étuit un homme trop peu consistant pour qu'on pût attacher quelcpic importance h son témoignage.

C'est pourtant sur des bases aussi fragiles cpiallait iMre édifiée une des plus vastes enti'epiiscn iiii'ail j;imais ninçues cervelle huninine.

I Viiii 1.1 ii'iirc (11' Ccori'PH .'i Vnl in (liiilIriiKil, nu luiint «le vue de l.i

|iii'|i.ir.i(ii>ii ili' 1.1 i'i>ti'^|iii'(illiiii.

CONSPIIIATION DE 1804. 293

La brouille de Moreau et du premier consul était publique. Le premier avait refusé de se rendre à une revue présidée par Bonaparte, et le second, toujours prêt à rendre offense pour offense, s'était abstenu d'inviter Moreau à un festin qu'on donnait annuellement pour célébrer l'anniversaire de la fondation de la République.

Moreau, ce jour-là même, était allé dîner, en habit de ville, iivec plusieurs autres officiers mécontents, dans un de ces lieux où l'on est vu de tous, accentuant ainsi une brouille à laquelle ie public donna bientôt toutes les proportions de la haine la plus caractérisée.

En outre, dans cette rivalité, Moreau obéissait surtout à

I impulsion de sa belle-mère et de sa femme. Ces ambitieuses pi'rsonnes, éblouies de la fortune de Joséphine, ne cessaient de dire à Moreau qu'il était le général accompli, le citoyen niiideste et vertueux, tandis que Bonaparte était le capitaine iinpriident et heureux, usurpateur sans génie, qui osait renverser la République et monter sur les marches du trône. De |iai cilles suggestions trouvaient dans Moreau un cœur trop bien disposé à les accueillir.

'les faits, publiés à Paris, parvinrent bientôt aux oreilles des Conjurés de Londres. Le comte d'Artois, ne se contenant plus de joie, s'écria : « Si les deux généraux sont d'accord, je serai K bientôt de retour en F'rance. »

Il fut convenu, dans une réunion, qu'on se rendrait en France pour mettre la dernière main à l'entreprise ; que Pichegru serait chargé de s'aboucher avec Moreau, de sonder ses dispositions, et que Georges partirait en avant-garde avec les chouans.

Laissons parler ici M. de Guilheimy ' :

« Connu depuis I79!>, par sa ténacité de fer, sa grande bravoure et son audace dans l'insurrection du Morbihan, Cadoudal avait été forcé de rendre les armes l'année suivante.

II s'était retiré en Angleterre, où il avait été fort bien accueilli

' Papiers d'un émii/rc. Lettres et notes extraites du portefeuille du haron (le Ouilhcrmy, elc, etc., page^ 119 et suivantes.

294 GEORCI.S CADOVDAL.

des princes, et attendait l'occasion de recommencer la lutte. Déjà, vers le mois d'août 1802, de'sireux de se mettre en relation avec Varsovie, il s'était adressé à M. de Guilhermy pour le prier d'en écrire au Roi ; mais comme un autre intermédiaire l'avait mis, en ce même temps, en rapport avec le comte des Cars, « qui le reçut comme on reçoit le fils d'un meunier, « c'est-à-dire, comme il ne lui convenait pas d'être reçu », les choses en étaient restées là. Sans celte maladresse du re])résentant du Roi, Sa Majesté aurait eu dès lors la direction de l'entreprise, et l'eût eue sans partage. Malgré cela, M. de Guil-

hermv avait continué à voir le partisan breton Dans un

déjeuner en téte-à-tête auquel il avait convié M. de Guilhermv, Gadoudal l'avait entretenu longuement de différentes choses qui avaient amené son invité à lui conseiller d'envoyer à Varsovie un homme jouissant de toute sa confiance pour exposer tous ses plans et les soumettre à l'approbation de Sa Majesté. Mais l'arrivée ;i Londres de quelqu'un venant d'Edimbour;; avait annulé l'effet de ces sages conseils, Georges Cadoud;il ayant trouvé, par l'entremise dudit personnage, toute facilité pour traiter avec Monsieur et les Anglais, sans qu'on négligeât aucun des objets essentiels. A défaut de l'avis du Roi (il aurait fallu l'avoir tout de suite), on demanda et l'on obtint celui de Monsieur. Son Altesse Royale avait donc pris la tète de l'entreprise, qu'elle devait, assurait-on, suivre incessamment de sa personne; et, à partir de ce jour jusqu'au dénoùment, M. de Guilhermv n'eut plus connaissance de rien.

K Le projet du hardi iJreton était d'attaquer le premier consul et son escorte, homme à homme, à armes égales, et, ajirés s'élre emparé de Bonaparte, de mettre h l'instant même à sa place, à litre provisoire, un chef capable, pour commander la force j)ubli(|ue et maintenir l'ordre. On eût ensuite proilamé Louis XVllI; mais le Roi resta jusqu'à la lin compItHcnicnl étranger à la conspiration, ainsi que les Coudé.

" Ce projet de condial à armes égales semblait alors la conlinualiun toute naturelle et chevaleresque de la (;uerre civile. On ne j)eut niéconnailre (pie le pouvoir ne fût tlcvenu, depuis

1793, l'enjeu de luttes sanglantes ou d'intrigues n'ayant créé d'autres droits que celui du plus fort ou du plus rusé. Aucun caractère sacré ni aucun prestige moral ne protégeait les autorités éphémères parvenues à donner successivement des lois à la France à partir de 1792.

« L'homme intrépide que cette aventure avait tenté eût mérité de trouver plus de crédit auprès de Louis XVIII et une direction plus sage que celle du comte d'Artois.

'Georges Cadoudal voulait n'emmener avec lui que des pay- ,-ans bas bretons f|ui lui eussent obéi aveuglément. Mais les |ier3onnages avec lesquels il se concerta, quand il eut été ré- |)oussé par les hauteurs de iL de Cars, lui imposèrent de jirendre des gens plus considérables, qu'il n'était pas posîilile de faire marcher sans leur dire oîi ils allaient : alnclrmali liibes. »

" Pichegru, quoique paraissant mêlé à tout cela, ne connaissait pas le plan adopté, mais on espérait pouvoir l'emplover en dernier lieu. Il fut convenu qu'il ne s'engagerait à rien par écrit, ne devant se déclarer qu'en cas de réussite et être prêt à se montrer très-hostile aux conjurés en cas d'échec, de sorte qu'en mettant les choses au pis, son procès devenait très-difficile à faire.

n Comme ^L de Guilhermy représentait à plusieurs officiers de Cadoudal, venus chez lui pour le voir avant de quitter Londres, que le Roi n'approuvait aucun mouvement de leur part, ils lui répondirent : « qu'une personne auguste les avait assu- B rés du contraire « ; c'en était assez pour lui fermer la bouche. Il reçut de l'un d'eu.t des papiers cachetés à ouvrir en cas de mort, et put facilement deviner quel jirojet on poursuivait; mais il les crut moins avancés qu'ils n'étaient, et demanda trop tard pour réussir, qu'on invitât ces braves gens à se tenir tran- (|uilles et à sortir de France, n

Cette citation de Ihomme intègre attaché à la légation du Roi à Londres montre encore combien était grande l'animosilé qui régnait entre la cour de Varsovie et celle d'Edimbourg.

•296 GEORGES CADOODAL.

Toujours est-il que le 21 août 1803 fut le jour fixé pour le premier débarquement sur la côte de France. Georges partit de Londres avec sept compagnons : Hermely, la Haie-Saint- Hilaire, Brèche, sous le nom de Kirch, Joyaut, sous ceux de Dassas et de Ville-Neuve, Querelle, officier du Morbihan, comme les précédents, Troche fils et Louis Picot, que Georges s'était attaché en qualité de domestique. Georges portait dans sa ceinture un million en lettres de change qui avaient été fournies par le trésor anglais.

En lui remettant cette valeur, Pilt lui avait recommandé d'éviter à tout prix de frapper mortellement Bonaparte. S'il était possible de l'avoir vivant, on devait l'envoyer en Angleterre et de là, chose digne de remarque, le transporter dans l'ile Sainte-Hélène, qui était le lieu désigné d'ores et déjà pour la détention définitive de ce grand captif.

Plusieurs faits secondaires vinrent empêcher !e départ des conjurés. Ils n'avaient pas quitté Londres ensemble pour plus de secret. En arrivant à Hastings, les trois premiers furent arrêtés sur la dénonciation d'un Anglais avec lequel ils avaient eu un démêlé. L'arrivée de Georges éclaircit tout, et ils furent mis CTi liberté. Puis, au moment de mettre à la voile, ce dernier fut atteint d'un mal de dents qui le faisait horriblement souffrir. Ses amis rengagèrent à se délivrer de la dent malade, et à ne pas partir dans cet état au moment où il avait besoin d'être assuré de toute sa liberté d'esprit. Or, Georges craignait de se faire arracher une dent. Pour le décider, ses amis durent employer toutes leurs instances. Un dentiste fut appelé; le costume râpé dont il était revêtu ne donnait pas une haute idée de son talent d'opérateur, (jeorges livra avec répugnance sa bouche au dentiste, qui lui enleva sa dent du premier coup avec une grande dextérité. Le j)atient fut si content qu'il voulut le payer royalement. — « Donne-lui vingt- 11 cinq guinées » , dit-il à .loyaut, son trésorier. Joyaut trouva cette largesse excessive et crut que ro|jérateur serait payé d'une f;iron assez princière avec cinq guinées qu'il lui rcn>it. Effectivement, le dciilislo n'avait jamais eu affaire à un client

iiissi magnifique, el il revint bientôt tout habillé de neuf pour eniercier le généreux Français.

Au pied d'une falaise escarpée, la falaise de Biville, à quatre ■ieues au nord de Dieppe, près du hameau de Penli, célèbre par son camp romain, se trouvait l'endroit désigné pour le débarquement des conjurés. Montés sur le Vencego, cutter comjmandé par le capitaine Wright, officier d'une habileté, d'une énergie éprouvées, Georges et ses compagnons devaient gagner cet endroit et une position qui leur serait indiquée parla lumière d'une lanterne.

Le long de cette falaise se trouvait une issue mystérieuse, pratiquée dans une fente de rochers el connue des contrebandiers seuls. Un câble descendait le long de cette fente et touillait à la mer. A un cri qui servait de signal, les gardiens du jiussage secret jetaient le câble que le contrebandier saisissait et à l'aide duquel il gravissait le précipice, haut de deux nu (rois cents pieds, en portant un lourd fardeau sur les épaules. (,( iiains affidés de (Jeorges avaient découvert cette ruse et s'en ri. lient approprié l'usage. Restait à compléter la communicalidii avec Paris, et pour cela ils avaient établi une suite d'agir-, soit dans des fermes isolées, soit dans des châteaux haliiiés par des gentilshommes normands, royalistes fidèles et (liMiels.

Le premier de ces gites était établi à Guillemecourt, entre Envernien et Griel, chez Pageot ; le seconda la ferme de la Poterie, chez les époux Détriment; le troisième à PreuseviUe, chez Loi/,el ; là, cette ligne se divisait en trois branches. La pi'cmière sur la gauche avait ses relations à Aumale, chez le maitie de pension Monnier; à Feuquières, chez Boniface Golliaux; à Monceau, commune de Saint-Omer, chez Leclerc; à Auteuil,chez Quentin Rigaud ; à Saint-Lubinet Jouy-Ie-Comte, chez Jean-Baptiste et Nicolas Massignon; à Saint-Leu-Taverni, chez le vigneron Lamotte. Les sections du second embranchement étaient â Gaillefonlaine, chez la veuve Lesueur; à Saint- Clair, chez Dacliez ; à Gournay, chez madame de Cacqueray. L'embranchement de droite prenait ses étapes à Boncherolles-

Forges, chez les Gamiju ; à Saint-Crépin, près Lyons-la-Forêt, chez M. de Bertengles; à Etrepagny, chez Damonville; à Yauréal, chez Bouvet de Lozier; à Eaubonne, dans la vallée de Montmorency, chez Hyvonnet.

A Paris, les voies étaient préparées par d'autres agents. Un des principaux était Charles d'Hozier, que nous avons déjà vu à Rennes dans le même emploi et qui élait ardemment dévoué à Georges. Il était venu de Rennes habiter avec sa mère et son frère aine dans l'hôtel de sa famille, rue Vieille-du- Temple, au coin de la rue Saint-François. Il prit une entreprise de voitures, fit le commerce des chevaux et acheta un manège rue de Provence. Ces diverses entreprises lui fournissaient les moyens matériels de servir la cause royaliste. De Sol de Grisolles était à Paris, comme à Rennes, l'auxiliaire de d'Hozier, que secondait encore Rouvet de Lozier, ancien officier d'artillerie.

Deux individus. Normands d'origine, Picot et Lebourgeois, étaient partis de Londres en éclaireurs; mais ce dernier, en causant avec un nommé Roullier, espion de la police française à Londres, lui avait imprudenmient parlé de son prochain voyage en France dans un but politique; ils furent arrêtés à Pont-Audemer, à leur arrivée en Normandie; mais rien ne put ébranler leur courageuse discrétion. Au bout de quelques mois ils furent traduits à Paris, devant une commission militaire, et fusillés sans faire aucune révélation.

Cependant le Veiiccfjo, qui élait fin voilier, eut bientôt traversé le canal de la Manche, l'n brouillard épais couvrait la mer et la côte. Le bâtiment vint tout près de Tréporl, dont le clocher fut pris, dans la brume, pour un mât de navire; aussitôt le cutter vira de bord et prit le large.

La nuit venue, les conjurés descendirent sur la gi-ève, au bas du rocher. Le capitaine Wright et ses matelots les accompagnèrent jusque-h'i. Ilsavaicnt préparé une échelle; mais une fois sur le sable, ils reconnurent qu'elle serait trop courte. On agitait les moyens dojiérer l'escalade, (|uand un des débarqués mit le pied sur une corde qui pendait du haut dn rocher.

CONSPlIiATION DE 180^. 299

On crut à un piège; mais les marins >-'étant mis à tirer sur la corde pour éprouver sa solidilé, elle résista. Troche fils, au courant des habitudes locales la leur expliqua en révélant ce que nous avons dit tout à Tlieure. On profita alors de ce moyen fortuit. Les huit chouans s'attachent à ce câble et se hissent à la force des bras. Malgré les chocs et les contusions inévitables, ils arrivent, après une ascension de deux à trois cents pieds, au fond d'une crevasse dont la pente les conduit à la plaine.

Un homme plus robuste et plus gros que ses compagnons, Georges Cadoudal, était resté au bas de cette étrange échelle, avec le jeune Troche. Tous deux se mettent à escalader à leur tour; mais l'extrémité inférieure n'étant plus contenue, ils se voient bientôt secoués par un vent violent, qui à chaque secousse les poussait contre les rochers. Lorsqu'ils atteignirent le terme de leur voyage, ils étaient tellement couverts de contusions que chacun s'étonnait du courage moral qu'il avait fallu pour résister à la douleur.

La petite caravane, guidée par Raoul Gaillard, qui connaissait le pays, jirit l'embranchement sur la gauche par Aumale. Elle parvint à Saint-Leu-Taverny. Charles d'Ilozier et De Sol de Grisolles étaient venus jusque-là au-devant de Georges avec un coupé. D'Hozier, dégui>é en cocher, conduisait. Georges dit à ses amis qu'il fallait se séparer pour entrer dans Paris, puis il ajouta : «J'ignore le sort qui nous est réservé; Il mais je suis sûr d'avance que si l'un ou plusieurs de nous u tombaient entre les mains de l'usurpateur, ils subiraient leur « destinée avec courage et discrétion. »

De Sol et Joyaut entrèrent dans le coupé avec Georges; d'Hozier se mit sur le siège, et ils rentrèrent sans encombre à Paris. On avait préparé au général, dans un faubourg, un petit logement d'où il pouvait venir la nuit à Paris voir ses associés et préparer le coup de main pour lequel il s'était rendu en France.

Il Courageux et sensé, dit M. Thiers, Georges avait les pas- « ^ions sans les illusions de son parli, et jugeait mieux que les « autres ce qui était pratique. Il tentait par courage ce que les

30n GEORGES CADOUDAL.

« émigrés, ses complices, tentaient par aveuglement. Arrivé à « Paris, il vit bientôt que le premier consul n'était pas dépo- " polarisé, ainsi qu'on l'avait écrit à Londres; que les roya- « listes n'étaient pas disposés à se jeter dans les aventures, Il ainsi qu'on l'avait annoncé, et qu'ici, comme toujours, la n réalité était fort loin des promesses. Mais il n'était pas homme K à se décourager, ni surtout à décourager ses associés en leur i< faisant part de ses observations. En conséquence, il se mit à «l'œuvre. Après tout, pour un coup de main, il n'avait pas « besoin du secours de l'opinion publique, et le premier conu sitl mort, on forcerait bien la France, faute de mieux, à re- « venir aux Bourbons. »

Dans tout son récit, M. Thiers suppose que la mort du premier consul était la conséquence inévitable de l'entreprise. Il ne tient nul compte des déclarations formelles de plusieurs conjurés qui affirmaient de la manière la plus positive que son enlèvement, son transport en Angleterre était leur but, leur complot et le résultat de leurs instructions.

Sans doute, il était difficile que le sang ne coulât pas dans une pareille collision, mais celui de Bonaparte devait être épargné, et cela suffisait à des esprits de bonne foi pour qu'on épargnât à cette entreprise les accusations de guet-apens el d'assassinat qui lui ont été prodigués. Dans ces conditions, il y avait lieu de prévoir que le seul sang versé eilt été celui des royalistes qui devaient s'offrir aux coups des soldats de Bonaparte, tout en é|)argnant celui-ci.

Il serait facile de trouver nombre d'exemples historiques à l'ai)pui de cette conspiration.

Le prince de Condé, sous la Fronde, proposait d'entrer à l'Hôtel de ville à la tête de soldais déguisés.

Les confédérés polonais au sacre de Poniatowski. L'enlèvement de Jacques Sobieski par trente Saxons envoyés secrètement par .Auguste.

A propos de ce dernier fait on lit dans V Histoire tir Charles Xlf, par Voltaire :

« La volonté du roi de Suède (CIimiIcs XII), el par consé-

quent celle de la diète, était de donner au prince Jacques Soliieski le trône du roi Jean, son père. Jacques Sobieski était aliirs à Breslau, en Silésie, attendant avec impatience la coujronne qu'avait portée son père. Il était un jour à la chasse à [quelques lieues de Breslau avec le prince Constantin, l'un de ses frères. Trente cavaliers saxons envoyés secrètement par le roi Auguste sortent tout à coup d'un bois voisin, entourent les deux princes et les enlèvent sans résistance. On avait préparé des chevaux de relais, sur lesquels ils furent sur-le-champ conduits à Leipsick, où on les enferma étroitement. Ce coup dérangea les mesures de Charles, du cardinal et de l'Assemblée de Varsovie, n (Voltaire, Histoire de Charles Xlf, p. 148.) L'identité entre ce projet et celui de 1804 est parfaite, ^auf que celui-ci a été couronné d'un plein succès, et que le projet de 1804 n'a même pas eu un commencement d'exécuti'iii. Ce rapprochement n'a pas échappé à M. de Maisire, qui s exprime ainsi dans sa correspondance diplomatique :

(' Ou rira beaucoup en Europe de la conjuration de Paris ; ( était cependant une machine bien montée. Hommes, argent, tout était prêt. Bonaparte devait être enlevé vivant et mené comme l'éclair de poste en poste jusqu'à la mer et à la flotte anglaise; un jacobin fit tout perdre en trahissant le secret. Je suis inconsolable du coup manqué. Ceux qui reprochaient aux princes français de ne pas se mettre en avant, et de se tenir tranquilles pendant qu'on se battait pour eux, seront les premiers à crier: Quelle imprudence! Quel enfantillage! Voilà comme sont bàlis les hommes. «

Parmi les déclarations des conjurés les plus importants, il n'y en a pas une seule qui contredise cette page. Toutes repoussent bien loin la pensée d'un assassinat du premier consul, que beaucoup d'historiens ont présenté comme étant le but de l'entreprise. Toutes disent :

Que le premier consul aurait été enlevé et Louis XV III placé sur le trône.

Que le coup porté, Moreau devait aller à Boulogne, se mettre à la tète de l'armée et la ramener à Paris.

302 GEORGES CADOUDAL. i

Ce qui suit est extrait de Tinterrogatoire de Cliarles d'Hozier.

Le jirésident. — Vous saviez qu'il s'agissait du renversement du gouvernement en assassinant le premier consul.

D'Hozier. — Je n'ai jamais entendu parler d'assassiner le premier consul, ni de quoi que ce soit de semblable.

Le président. — Des hommes qui viennent en France avec des armes, et notamment avec des poignards, n'arrivent pasavec de bonnes intentions?

D'Hozier. — Je n'ai jamais su s'ils avaient des poignards ou s'ils n'en avaient pas; ils ne m'ont jamais parlé d'assassiner le 11' premiei- consul.

Le président. — Vous les serviez avec tant de zèle qu'ils vous ont sans doute fait part de leurs projets?

D'Hozier. — S'ils avaient voulu attenter aux jours du premier consul, ils ne m'en eussent pas parlé; ils savaient f|ue je n'étais pas un assassin.

Le président. — (Ju'a-l-on dit chez Georges, à Ciiaillol?

D'Hozier. — J'ai entendu dire dans la conversation qu'il y aurait un changement de gouvernement à Paris, que ce changement se ferait sans effusion de sang; qu'on prendrait pour exemple la journée du 18 brumaire, faite jiar Bonaparte.

I^eroy. — Il nous dit que le premier consul devait être enlevé dans une partie de chasse ou autrement.

Le président, à Roger. — 11 paraît que vous avez dit au témoin que l'intention était d'enlever le premier consul et de le conduire en Angleterre.

Roger. — Les gendarmes (ui\-mémcs me l'ont dil. Deux gendarmes venaient relever deux autres (jui étaient chez. moi. Ils me dirent : Nous arrivons de chez (îeorges. Le commandant de la tour y était; il lui a fait une question bien simple, qui était de savoir, en admettant qu'il eiU enlevé le premier consul, ce qu'il en eût fait; sur quoi Georges a répondu au commandant de la tour : Le premier consul tn'a fait nietlrc à la tnur du Temple; ."ije l'eusse lait enlever, je l'aurais l,iit mettre î\ la 'i'our de Londres.

CONSI>IRATION DE ISO'.. 30J

Gilbeil, gendarme. — 11 a dit qu'il avait eiitoidu dire...

Le président. — Que le but était d'enlever le premier consul 1 de le conduire en Angleterre...

Roger. — Jamais de la vie il n'est entré dans la tête, ni dans e cœur des militaires des pensées d'assassinat.

Voici les paroles prononcées par Bouvet de Lozier dans son discours supplémentaire :

« 1° Le projet était loyal et n'a jamais eu pour base d'assassiner. Il était fondé sur un plan vaste et grand. Avant de recourir aux armes, on voulait s'assurer de l'opinion et de l'adliésion du consul ; mais en cas de refus, alors seulement les princes paraissaient. Le rétablissement de la monarchie était le but de 'entreprise. Qu'un roi de France ne pût arriver sur le trône que par le plus lâche des crimes! un assassinat! personne n'y croira.

« La conduite et ht tnaujuillitc de Georges vendant /mit mois de séjour ti Paris et en France, en sont encore des preuves plus directes ; car, si un attentat sur la personne du consul était son but, n'eùt-il rien Jait, rien tenté pendant un si long espace de temps? Vous êtes donc bien convaincus sur ce point.

« 2^ Le projet n'a jamais eu de suite. Rien ne devait être entrepris sans la présence du prince. Il ne devait venir que dans le cas où Georges, Moreau et Pichegru se seraient accordés. Les débats ont démontré combien ces trois généraux étaient loin de s'entendre. Le prince n'est donc pas venu, comme de fait le projet a été abandonné. Georges et Pichegru étaient convenus de se retirer. Georges m'avait communiqué sa détermination (le quitter Paris. Le 17 pluviôse, Pichegru avait fait connaître le même désir à Rolland, d'une manière si positive que Rolland, lors de son arrestation, croyait que Pichegru était loin. 11 n'y a pas de doute que ce projet de se retirer n'eût été exécuté, sans les empêchements mis au départ.

« Il cit démontré que le projet était chimérique, que le projet était loyal, que rien n'a été entrepris, que rien n'eût été entrepris hors de la présence du prince, et que le projet était évanoui. »

Mais Moreau ne voulait en rien servir la cause des Bourbons, et s'il désirait renverser Bonaparte, c'était à son profit. Georges eut avec lui une entrevue la nuit, sur le boulevard de la Madeleine, et il dévoila sur-le-champ les pensées intimes du rival du premier consul. » Bleu pour bleu, dit-il, j'aime en- 11 core mieux celui qui est que celui-ci. " Il sonda plus avant et ne réussit pas mieux. Un des facteurs principaux du succès de la conspiration était l'adhésion de Moreau, qui, faisant défeut, rendait impossible l'arrivée d'un prince.

Or, c'était là la condition expresse imposée par ordre de Georges, qui tenait beaucoup à n'être pas considéré comme un aventurier ou un assassin, et qui pensait avec raison que la présence d'un prince à la tête de l'entreprise suffisait à l'ennoblir, quand même elle aurait eu pour résultat la mort de Bonaparte, ce que les conjurés avaient ordre d'éviter à tout prix.

Cependant il était depuis cinq mois à Paris, et il avait tout au plus réuni quarante ou cinquante hommes, et encore plus de la moitié était-elle venue d'Angleterre], Tout son plan était renversé, et il n'avisait plus qu'aux moyens de quitter Paris, quand l<i terrible activité de la police qui faisait tous les jours de nouvelles prises, vint le réduire aux derniers expédients.

Du '21 au 30 janvier, pendant les entrevues de Pichegru et de Moreau, et alors que les conjurés commençaient à se livrer au découragement, le premier consul se fit a|)porter la liste des individus arrêtés. Parmi eux se trouvaient quelques affidés de Georges, venus avant ou après lui, et dans ce nombre, un ancien chirurgien de l'armée royale, débarqué en aoiit avec Georges lui-même. Le premier consul en désigna cinq, après examen des circonstances particulières à cliacun d'eux, en disant : u Ou je nu! trompe fort, ou il v a là (|uelqucs hommes " bien informés(]ui ne manqueront pas de faire dc> révélations. " L'un d'eux que le ])remier consul avait particulièrement désigné coninic ri-lui (pii devait tout révéler à la justice, était Querelle, lldéclaia, au lUdmoiit de se rendre au supplice, qu'il

avait de grands secrets à découvrir. Il avoua tout, déclara qu'il avait débarqué dans le mois d'août à la côte de Biville avec Georges lui-même ; qu'ils étaient venus à travers les bois, de gite en gîte, jusqu'à Paris dans le but d'essayer une attaque de vive force sur l'escorte du premier consul ; enfui Querelle révéla toutes les trames de la conspiration, la présence de Pichegru, de MM. de Rivière et de Polignac à Paris; par lui fut connue la ligne de correspondance suivie par les accusés, leurs gîtes et les noms de ceux qui leur avaient donné asile. Il déclara positivement qu'un prince du sang royal devait être à la tète des conjurés le jour même du combat, que son arrivée devait être très-procbaine, si déjà elle n'avait eu lieu.

Ces révélations portèrent à son comble la fureur du premier consul. Dès ce moment il n'eut plus qu'un désir, s'emparer du prince qu'on devait envoyer à Paris par la falaise de Biville, et il jura que s'il le tenait, il le ferait impitoyablement fusiller.

Sans perdre un instant, il manda auprès de lui le colonel Savary, sur le dévouement duquel il se reposait entièrement. Le colonel Savary, qui était le Tristan de cet autre despote, était l'bomme de pareilles missions. Il n'avait de principes arrêtés sur rien et ne connaissait d'autre morale qu'une aveugle fidélité à un maitre qui, lui-même, en était totalement dépourvu. Il venait de passer quelques semaines dans le Bocage, déguisé et exposé aux plus grands périls. Le premier consul lui ordonna de se déguiser de nouveau, et d'aller avec un détacliement de gendarmerie se poster à la falaise de Biville. Ces gendarmes obéissaient à leurs cbefs avec une exactitude redoutable sous lui régime arbitraire aidé des lois du temps. C'étaient de véritables janissaires.

Savary eut ordre de prendre avec lui une cinquantaine de ses hommes, de les armer, de les déguiser et de les conduire à la fjlaise de Biville pour s'emparer du premier débarquement annoncé, et à bord duquel, suivant les déclarations de tous les accusés, devait se trouver un prince du sang royal. Savary fit arrêter plusieurs des habitants les plus marquants des environs de Dieppe, et entre autres MM. de Galonné, commau-

SO

deur de Malte; de Bourbel, de Lespine, de Cacqueray, d'Imbléval, et madame d'Aucourt.

Tous en furent quittes pour des interrogatoires, des confrontations, une détention plus ou moins prolongée et une mise en surveillance qui fut maintenue jusqu'à la fin du règne de Napoléon.

Savary remplissait sa rude mission avec une modération relative qui, probablement, sans lui faire perdre rien d'essentiel dans les découvertes qu'il faisait, écartait les accessoires dont il n'eût pu tirer un parti utile.

Ses formes, envers les personnes qu'il faisait comparaître, étaient polies jusque dans les menaces qu'il se croyait obligé d'employer. Jamais on n'avait vu user de tant d'aménité pour envoyer les gens en prison, de tant de persuasion pour obtenir des aveux qui pouvaient les conduire à l'écbafaud. L'anecdote qui suit, extraite des Mémoires de d'Haussez, donnera une idée de sa façon de procéder :

K Arrêté et conduit sur le baut de la falaise au pied de laquelle le débarquement des principaux conspirateurs avait eu lieu, M. d'Haussez se voit en présence du général Savary, [)rès de qui, et un peu en arrière, se trouvait M. Beugnot, préfet de la Seine-Inférieure. Le prisonnier ne tarda pas à remarquer que les yeux de ce dernier étaient fixés sur lui d'une manière significative. Après les questions ordinaires, le gi-néral en adresse de plus précises. « Vous connaissiez cette place?» l'endant celle courte (|uestion, AL lieugnot, d'une taille beaucoup plus élevée que le général, faisait un geste affirmatif que le prisonnier jugea destiné à dicter sa réponse : « Oui, rcpon- .1 dil-il. — Quel motif vous y attirait? u Une moue du préfet semblait indiquer une cause insignifiante. « J'y suis venu cbas- « ser. — Vous y avez été amené par quelque cliose de plus sé- « rieux?» La tête du préfet s'agile. « Donc vous avez assisté " au débarquement de plusieurs individus? « Signe négatif du prcfel. "Non, répondit le prévenu. — Approcbez de la falaise; a c'csl parla (pie les individus déliari|nés ont escaladé. » Même signedii jnéicl. ■ Lacbose |iarail ini|)ossil)le, oonlinnc M.d'ilans-

a sez. On prendrait des vertiges rien qu'en regardant. — Vous n persistez donc à nier votre participation à ce débarquement?" Signe affirmatif : « Oui. — Ce système de dénégations peut avoir « pour vous des conséquences fâcheuses. Dans ce groupe " de gendarmes que vous voyez se trouve un de vos complices K quia tout avoué et dont les révélations, en vous confondant, Il vous feront perdre les droits qu'une entière franchise vous " donnerait à l'indulgence du gouvernement. » Signe négatif du préfet. uJe ne redoute pas, répliqua l'interrogé, les révéla- « tiens qu'il pourrait faire. — Vous vous refusez à avouer? » Sijne affirmatif. — « Faites venir le sieur Troche. "

< iet ordre ne tarda pas à recevoir son exécution. Dès qu'il vit M. d'Haussez, Troche lui dit : «Vous auriez tort, monsieur, u de nier quoi que ce fût de ce qui s'est passé ici, j'ai tout avoué.

■ Ji' suis convaincu que c'était à votre instigation que mon : [itie et moi nous avions établides moyens de correspondance . avec les côtes d'Angleterre; que c'était au bourg d'Eu et à

■ iSiville que les débarquements s'opéraient; que le 21 août lunis avions, vous et moi, reçu sept personnes que vous vous

1. êtes ensuite chargé de diriger sur Paris. " De nombreux sijjnes négatifs avaient été faits par M. Beugnot pendant cette allocution.

L'accusé répond : « Vous en imposez, Je n'ai eu avec vous a d'autres rapports que pour faire repasser une montre pen- « dant un voyage que je faisais à Eu Le reste est une fable «inventée dans un intérêt que je ne devine pas. Le moyen, a d'ailleurs, d'escalader ce rocher? — Ce moyen, vous le n connaissez aussi bien que moi; et la preuve s'en trouvera Il dans celte grange que l'on voit d'ici ; si l'on veut m'y faire « conduire, je l'apporterai, cette preuve. »

uSavarv fait partir le prisonnier, et en attendant son retour, il donne la forme d'une conversation bienveillante à l'inlerrogaloire qu'il avait interrompu. Toujoar-. encouragé et guidé par la pantomime du préfet, >L d'Haussez persiste à nier et à traiter Troche d'imposteur.

M Celui-ci revient, suivi de sou cheval portant l'appareil qui

•io.

308 GEORGES CAUOL'DAL.

avait servi à l'ascension de la falaise, puis, déplaçant avec son pied une pierre qui recouvrait un trou de quelques pouces de diamètre, il y enfonça le pieu auquel était encore fixée la corde à nœuds qu'il lança ensuite vers le précipice. « Nierez-vous « toujours/ n dit le général à M. dHaussez. Sijjne affirmatif du préfet. « Je vois, reprend M. d'Haussez, que cette échelle a pu K servir à l'escalade de la falaise ; mais je persiste à affirmer « que je suis complètement étranger à l'emploi qui en a été « fait. — Vous vous en êtes cependant servi vous-même » , réplique Troche. — Un démenti formel mit un terme à cette confrontation.

«Les dénégations de M. d'Haussez lui furent utiles, car il ne fut pas mis en jugement. La sévérité du gouvernement à son égard se borna à une mise en surveillance qui, après quelques années, perdit toute sa rigueur. «

Le premier consul proposa une loi destinée à punir de la peine de mort tout individu qui recèlerait Georges, Pichegru et soixante de leurs complices. Quiconque les ayant vus oui ayant connu leur retraite ne les dénoncerait pas, serait puni de six ans de fers. Celle loi qui ordonnait sous peine de mort un acte brutal, cette loi atroce, cette loi immorale avait été adoptée par le Corps légishitif aussitôt sa présentation, sans soulever la moindre réclamation, tant celle assemblée était mûre pour le despotisme. A peine fut-elle votée qu'elle fut suivie de mesures non moins rigoureuses ' . On pouvait craindre que les conjurés aussi impitoyablement pourchassés ne songeassent à prendre la fuite. Paris fut fermé. Tout le monde put y entrer, personne ne put en sortir pendant un ct>rtain nombre de jours. La garde à pied fut placée pardétacbementi à toutes les portes de la capitale; la gaide h cheval fil des pa' trouilles le long des murs d'octroi, avec ordre d'arrêter (jul conrpie passerait par-dessus le mur, ou de faire feu siu' (|uiconque voudrait s'enfuir, l^iifin les matelots de la garde, sta-

I Voir .iiix iiièccii jiislilicaiivt'S l.i circulaire du ministre de la police Duiioia et iioii urdonii.iiicc cii date du S) veiilAjC, insérées au Moniteur da 10 vcniÙHc (!'■' mars i80'»j, ainti (juc la loi Mir le» receleurs.

ionnés dans des canots, étaient sur la Seine de jour et de nuit. Les courriers du gouvernement avaient seuls le droit de sortir jjires avoir été fouillés et reconnus de manière qu'on ne pût pas s'v tromper. On alla jusqu'à défendre de clouer les cercueils quand on enlevait un corps, afin que la police pût s'assurer si un vivant n'était pas caché entre les planches funèbres.

< )n semhlait revenu aux plus mauvais jours de la Révolution. Vne sorte de terreur s'était répandue dans Paris. Les ennemis du premier consul disaient de Ini tout ce qu'on avait dit autrefnis du Comité de salut public. Il était instruit de tous ces propos, et son exaspération sans cesse accrue le rendait capable de tout.

C'est dans ces circonstances que le duc d'Enfjhien, saisi par un infâme attentat au droit des gens sur un territoire neutre c\ étranger, était transporté à Yincennes et livré à une comniL^-ion militaire. Ce nocturne assassinat montre bien de quoi lionaparte, qui criait si haut au sujet des attaques projetées (■outre sa personne, était capable quand il s'agissait de la vie (1 un homme.

On sait, du reste, que, dans un codicille de son testament, Bonaparte a revendiqué pour lui-même la responsabilité historique de cet attentat épouvantable ;

ti J'ai fait arrêter et juger le duc d'Enghien parce que cela a était nécessaire à la sûreté, à l'intérêt et à l'honneur du peuple Il français, lorsque le comte d'Artois entretenait de son aveu « soixante assassins à Paris. Dans une semblable circonstance, «j'agirais encore de même. »

Ainsi, lorsque tant d'historiens ont tour à tour fait peser sur Talleyrand, Fouché, Cambacérès, Caulaincourt, Murât et Savary la responsabilité de l'assassinat de Yincennes, il plait à Bonaparte de la réclamer exclusivement pour lui-même. Elle y reste, et elle pèsera éternellement sur sa mémoire, en le classant au rang des plus misérables assassins !

Un mois après l'arrestation de Georges, les geôliers du Temple trouvèrent l'ichegru mort dans son lit, ayant au cou

un bâton passé dans sa cravate et formant un tourniquet avec lequel il avait été étranglé. Un rapport de chirurgiens fut produit pour démontrer la mort volontaire ; mais le public n'y crut pas, et sous le coup de la terreur causée par l'affreux drame de Vincennes, il s'inscrivit en faux contre le mot suicide et ne vit qu'un nouvel assassinat dans la mort de Pichegru.

Mais quel intérêt Bonaparte avait-il dans la disparition de Pichegru? Un homme comme lui ne se décide pas à un crime sans de puissants motifs. Avec Pichegru disparaissait l'arme la plus puissante qu'on eût à faire valoir contre Moreau, le rival personnel de Bonaparte, et celui-ci était loin d'avoir intérêt à l'étouffer. Georges, logé très-près de Pichegru, n'entendit aucun bruit de lutte, ce qui n'aurait pas manqué d'avoir lieu avec un homme aussi vigoureux que Pichegru i aussi Georges ne croyait pas à l'assassinat. 11 s'en était plusieurs fois expliqué avec ses compagnons, notamment avec Charles d'Hozier, de qui je tiens tous les détails de ce grand procès.

Mais il est temps de revenir à notre héros, contre qui surtout était pris le luxe de précautions que nous avons décrit tout à l'heure.

Georges habitait toujours avec Joyaut , Burban et Raoul Gaillard, un petit logement de la montagne Sainte-Geneviève; connaissant les arrestations déjà faites, il voulut savoir des nouvelles des affidés qui n'étaient pas encore saisis ' ; mais craignant de compromettre d'Ilozier, qui avait la charge des voitures, il s'adressa à Louis Léridant, frère d'un de ses aides de camp, qui avait été commis chez un négociant nommé Yillerniay, rue Lepeletier, et dont la faillite le laissa sans place. Il fut chargé |>ar Georges de toucher de fortes sommes cliez des banquiers. Celte circonstance éveilla sur lui l'œil de la |)olice. Mais il n était j)as encore C()nq)roniis. Ayant parlagé dt'|)nis peu avec

' I..1 lisd' iIcH » lirlcniKlsclinrijrH |i.ir Ir iiiliii>(<iT l>ril.iiiiil(|iic d'atlrnlrr aux jdiiiii (lu incmii'i' runtiij i fui iiitciér ;ui Muiiileur ilu 10 vcnlftsn (7 mais), jiaycTflS.

Charles d'Hozier la confidence de l'asile de Georges, il y était venu plusieurs fois.

Des regards observateurs le suivirent dans ce quartier. Georges fut instruit que Ton remarquait aux alentours de sa retraite un grand nombre de figures suspectes : il voulut la quitter. Un refuge où il ne pouvait loger qu'avec une seule personne lui était assuré chez le parfumeur Caron, rue du Fijur-Saint-Germain. Il chargea Léridant de lui procurer un cabriolet pour s'y rendre. Léridant crut pouvoir se confier à un ami, nommé Goujon, avec lequel il demeurait, impasse de la Corderie. Goujon accepta la commission avec empressement ; c'était un espion.

Le lendemain, 0 mars, vers sept heures du soir, Léridant se tenait sur la place Saint-Etienne du Mont, près de la rue des Sept-Voies, avec le cabriolet portant le n" 53, qui était désigné à la police. Georges, accompagné des trois officiers qui logeaient avec lui, sortit pour aller le rejoindre. Il était suivi par Denise, une des filles de la mère Lemoine, portant un gios paquet de hardes où étaient cachés trente-six mille francs en or étr<inger.

A l'instant oii Georges montait dans le cabriolet, les officiers de paix Petit et Destavigny, et les inspecteurs de police Buffet et Caniolle, embusqués aux alentours, accourent pour le saisir. Joyaut, Burban et Raoul Gaillard s'élancent au-devant d'eux et les repoussent. Burban porte même à l'un d'eux un coup de poignard à l'épaule, mais sans le blesser. Le cabriolet part grand train. La jeune fille n'a pas le temps d'y jeter le paquet. Très-effrayée, n'osant pas rapporter chez elle son fardeau, elle le remet chez le boulanger de la maison, avec prière de le garder un moment. Quand elle revint, avec, mademoiselle Hi/.ay, pour reprendre ce dépôt, le fripon qui avait ouvert le paquet et aperçu l'or, refusa de le rendre; il menaça les deux femmes de les dénoncer; mais comme il voulut changer quelques-unes des pièces, la jiolice en eut vent : elle intervint, la somme fut saisie et l'Iiomme arrêté.

Les agents de police, contenus par les trois officiers roya-

. GF.OItCKS CADOl'DAL.

listes, ne s'étaient pas arrêtés à lutter contre eux. Ils s'étaient lancés avec de grands cris à la poursuite de Georges parla rue Saint-Jacques et la place Saint-Michel ; ils continuaient de courir à perdre haleine, appelant en aide, donnant l'éveil à leurs confrères répandus dans le quartier. Par le vasistas du cabriolet, Georges avait vu celte meute attachée si ardemment à sa poursuite : lui et Léridant pressaient encore plus le cheval. Ils descendent la rue Monsieur-le-Prinoe, alors rue de la Liberté'; ils arrivent au carrefour de l'Odéon. En cet endroit. Petit, Buffet et Caniolle parviennent à devancer le cabriolet; Buffet se jette à la tète du cheval pour l'arrêter. Un coup de pistolet tiré par Georges le frappe au front et l'élend mort'. Georges saute à bas de la voiture par la droite. Caniolle, qui était armé d'un gros bî>ton, veut lui mettre la main sur le corps. Un second coup de pistolet le blesse grièvement dans le côté : il tombe; il se relève cependant; il se remet à poursuivre Georges, qui allait entrer dans la rue de l'Observance, et lui porta un coup de bâton sur la tête. Petit et Destavigny se jettent avec lui sur Georges. Un chapelier nommé Thomas, les deux frères Delamotte, commis d'un bureau de loterie, plusieurs citoyens croyant n'avoir affaire qu'à un malfaiteur, prêtent main-forte, (ieorges succoml)e sous le nombre. Lié avec une corde dont était muni l'agent Caniolle, il est conduit à la préfecture de police'.

Immédiatement, il fut interrogé par le préfet de police, Dubois, puis par le régicide Thuriot, juge au tribunal criminel. Il déclara hautement qu'il avait pour but, en venant à Paris, d'attaquer le premier consul à force égale, avec des armes pareillcs à celles de son escorte et de sa garde, et de proclamer Louis XVIII. Il prit tout sur son compte et n'altéra la vérité que pour les questions de nature à compromettre qui que ce

' Le |iiciiili;r coiisiil lil iiisiTi-r ;m Af.unlriir ilii 23 vrnlnse (|ii'il av.iit l'iritcnlloii d<' ilccorcr do \.i l,r|;liiii (riiiiiiiiiiii cfiiv i|iii .iv.iiciK cont-iiiirii à l\)i'rcHtalloii lie (icorgn».

' Voli Ica icii,c;i|;ii<,- iits iiisriis ri. i.'li! d.i Monilnr- d(M t!) !•( 2t ventôse.

fût. Pour le lieu où il logeait : « — Je ne logeais nulle part, K dit-il. — Pichegru, lui demandait-on, était-il dans cette con- « spiration '? — Je n'en ai pas connaissance. — Moreau n'y était- « il pas? — Je ne l'ai jamais ni vu ni connu. — N'avez-vous 0 pas pour domestique Louis Picot"? — Je n'ai pas de domes- « tique. — Où logiez-vous au moment de voire arrestation? — « Au moment de mon arrestation je logeais dans mon cabrio- « let. — Quel motif a pu vous déterminer à tirer un coup de pis- « tolet sur un homme? — La nécessité de repousser la force « par la force. — Savez-vous que vous avez tué un père de fa- « mille? — Il fallait me faire arrêter par des célibataires. — «Depuis combien de temps étiez-vous à Paris? — Je crois « qu'il y a environ cinq mois. Je n'ai passé que peu de temps 0 à Paris; j'ai été me promener, mais je ne dirai pas où. D'ail- K leurs, vous me tenez; il y a eu assez de victimes, et je ne « veux point être cause qu'il y en ait davantage. »

Un haut fonctionnaire de la préfecture de police assistait à cet interrogatoire. Voici comment il rend compte de ses impressions dans les Témoignages historiques :

H Georges, que je voyais là pour la première fois, avait toujours été pour moi comme le Vieux de la monta gnc , envoyant au loin ses assassins contre les puissances. Je trouvai, au contraire, une figure pleine, h l'œil clair et au teint frais, le regard assuré, mais doux aussi bien que la voix. Quoique trèsreplet de corps, tous ses mouvements et son air étaient dégagés, tète toute ronde, cheveux bouclés, très-couris; point de favoris; rien de l'aspect d'un chef de complot à main armée, longtemps dominateur des landes bretonnes. J'étais présent lorsque ^L Dubois, préfet de police, le questionna. Le calme et laisance du prisonnier dans une telle Ijagarre, ses réponses fermes, franches, mesurées et dans le meilleur langage, contrastaient beaucoup avec mes idées sur lui '. d

L'arrestation du conspirateur fut célébrée à l'égal d'une vie-

' TiMiioijjn.igcs lii!>(ori(|iie8, ou Quinze ont Je haute police sous Sa/wleon, par M. DESsunesT, chef de celte partie pendant tout le Consulat et l'Empire. (Pari», 1833.)

toire. Cette nouvelle parut dans le Moniteur avec toute la solennité dont il fut possible de la revêtir. Le numéro du lendemain annonça que les quatre-vingt mille francs saisis sur Georges seraient remis à la famille de Buffet, tué parOeorges; que les enfants de cet agent de police et ceux de Caniolle, qui, du reste, survécut à sa blessure, seraient élevés aux frais de l'État. Buffet avait l'habitude de s'enivrer et de maltraiter sa femme. Celle-ci trouva donc à la mort de son mari délivrance et richesse.

Comme on cherchait à apitoyer le premier consul sur son sort: «Bah! répondit-il, elle est vraiment bien à plaindre; " elle est débarrassée de son mari et elle trouve une fortune « qu'elle n'avait pas! »

Au moment oii Georges sautait de la voiture par la droite, Léridant en sautait par la gauche ; il s'enfuyait par la rue des Quatre-Vents, quand il y fut arrêté. Raoul Gaillard était allé rejoindre son frère chez Dubuisson. Burban et Joyaut s'étaient réfugiés chez le parfumeur Caron ; mais la frayeur dont celuici fut saisi en apprenant l'arrestation de Georges, les força de gagner aussi le logement de la rue Jean-Robert. Après quelques jours passés dans la forêt de Montmorency, ils arrivèrent sur les bords de l'Oise, au bac de Méry. lis croyaient y trouver un homme de confiance, nommé KIoy Cousin ; il était arrêté et rem|)lacé par un inconnu. Un geudarmi- était de garde en cet endroit : il leur demande leurs passe-ports; comme ils n'en avaient pas, il voulut se saisir d'eux; ils s'enfuirent. Raoul <iaillard, poursuivi par le gendarme et plusieurs paysans, déchargea sur eux ses pistolets, mais sans les atteindre : frappé alors de quatre coups de feu, il tomba. Transporté à l'hôpital de Pontoise, il y mourut de ses blessures. Deville et Armand Gaillard furent pris le même jour dans la campagne. Pierre- .lean Cadudal, Le Lan et Lemercier avaient quitté les environs d'Aumale à la nouvelle des arrestations de Paris, et avaient pris le chemin du Morbihan : ils ne pin-ent échapper I nnj;tcni|)s. .Iciyaut et Builian furent arrêtés le 21 mars chez Duluiishon, dans une cache pi'ati(|uce dans une cloison et mas-

quée par une fontaine. Enfin, le 30, Charles d'Hozier, surpris j caché rue Saint-Martin chez le fripier Galiais, fut saisi par le lieutenant de gendarmerie Verneuil '.

Pendant que ces événements se passaient en France, voyons I quels étaient les agissements à Londres et à Varsovie. M. le colonel de Guilhermy dans son ouvrage intitulé : Papiers I d'un émigré, que déjà nous avons cité, jette un jour tout nouveau sur ces événements :

• La police de Fouché avait été parfaitement renseignée dès les premiers jours de décembre 1803. Le chevalier du Boucliet, royaliste très-fidèle et très-entreprenant, avait su à Paris, !e (] décembre, qu'un complot venant d'Angleterre était découvert et qu'on voulait le laisser s'avancer pour arrêter le plus de conspirateurs possible ; seulement il ignorait de qui et de quoi il s'agissait. Aussi, le 19 janvier 1804, pendant que les agents particuliers de M. Sullivan poussaient imprudemment à l'action, les véritables agents du gouvernement anglais ù l'aris avaient mandé qu'il se tramait quelque chose à leur ]ii>u venant d'Angleterre, et qu'on avait décerné beaucoup de mandats d'arrêt en blanc, à remplir au moment des arrestations; mais qu'eux-mêmes compromettraient le succès de leurs opérations ultérieures s'ils cherchaient à découvrir et à avertir les futures victimes '. "

Pendant que Georges agit de son côté, l'entourage de Louis XVIH s'entend avec les chefs de l'ancien parti républicain que l'autocratie du premier consul, chez lequel on sent poindre le César, a ralliés à un régime plus radouci que le joug de fer de Bonaparte. Des promesses du Roi et des concessions sont faites, tout marche à souhait, lorsque toute la correspondance particulière de Drake est livrée au gouvernement français '.

Les républicains « persuadés qu'on ne s'était servi d'eux

' Leur arrculalion est racontée d.ins le Moniteur du l''^ (^priniiial a» IX. Clic lettre de Mdiicey la coiitirme au Moniteur du 5 germinal.

♦ Papiin (l'un rmii/rc, page» 122 et suivantes.

'' Rapport du grand juge et 1 1 correspondance au Moniteur uniiersel du 14 germinal an XII (25 mars 1804).

« que comme espions » , dans la conspiralion de Georges, Pichepru et Moreau, ont eux-mêmes tout découvert . "Le grand (1 tort dans toutes ces affaires avait été de mener de front plusieurs i< projets, et d'avoir imposé à Georges des personnes qui gé- « nèrentson action. "Quant au gouvernement anglais, M. deGuilhermv était persuadé qu'il ne se compromettrait jamais par des écrits, comme on le désirait; qu'il ne signerait jamais les instructions qu'on lui demandait de donner à ses agents, et que vainement on persisterait à exiger de lui quelque chose de ce

genre L'émigration et la société anglaise, très-préoccupées

de l'avortement de tous ces projets, ne cessaient d'en faire l'objet de mille commentaires contradictoires. On écrivait de Varsovie à M. de Guilliermv :

« Quand il nous sera démontré que le crime de Moreau (qui « venait d'être arrêté) était d'avoir voulu concourir au rétablis- « sèment du Roi, nous le pleurerons de grand cœur. S'il ne o voulait que se faire dictateur ou consul, nous séclierons nos (I larmes...

« Vous saviez mieux que personne que nous n'étions pour « rien dans les projets et plans de Georges et compagnie. »

Il Aussi ^L de Guilliermy, fout en affirmant son admiration pour de généreuses victimes et pour le plan qu'elles avaient si héroïquement tenté d'exécuter, crut-il nécessaire de soutenir, contrairement à ce que prétendait M. de Castries, que le Uni n'avait eu aucune sorte de part au complot de Georges et de Pichegni, et n'en avait même eu aucune connaissance préalable.

Il Le comte d'Artois, que cette assertion pouvait mettre en cause d'une manière très-grave, en ayant fait exprimerson mécontentement au comte des Cars, ^L de Guilliermy écrivit au prince ((> avril) :

M M. le ciinile des Cars vient de me dire que l'on avait rap- " porté à Votre Altesse Itoyiile ijue j'avais dit, trop publique- II ment, comment le Hoi n'avait eu aucune connaissance des Il projets que les généraux (icorjjes et l'iohp(;ru ont essavé de Il réaliser. Il est viai, Monsieur, je l'ai dit, parce qu'on me l'a

CONSrinATIOX de 1804.

« écrit de Varsovie et que j'ai cru que le Roi voulait que cela « se dise ainsi ; et je ne pensais pas (]ue cela pût être désa- « gréable à Votre Altesse Royale... En même temps que je di- « sais comment le Roi n'av;iit élé informé de rien, je protes- « tais que je ne trouvais au général Georges et à ses compaa gnons de gloire et de malheur d'autre tort que de n'avoir « pas réussi. . . ; persuadé, comme je le serai toute ma vie, que K dans une aussi grande entreprise (que le Roi ne commandait « pas et ne peut même pas commander), en se dévouant sans « réserve aux plus grands périls, on n'a pas besoin d'aveu « préalable; bien certain d'être avoué si on réussit, et résigné «à êlre désavoué si on ne réussit pas. J'ai défendu et je défen- ■ drai constamment cette honorable entreprise et ses au- « leurs. »

Pendant le procès on chercha à Londres à organiser une insurrection en Bretagne. Rohu (Jean-Marie) et Guillemot (le roi de Bignan) pour le Morbihan, M. de Pierreville pour le Perche, furent mis en jeu. Mais ces projets n'aboutirent pas, et M. de Guilhermv nous montre le baron de Roll, cet homme néfaste qui paralysa sans cesse Monsieur, mettant la main sur les chefs de chouans qui, très-dévoués, très-braves et très-résolus, n'avaient pas la hauteur de vue de Georges, ni son intelligence pour s'affranchir des esprits malsains de la cabale Roll et du Teil.

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