‹ Georges Cadoudal et la chouannerieChapitre 65 sur 99 · MINISTÈRE DE L'INTÉRIEUR · texte numérisé non relu

MINISTÈRE DE L'INTÉRIEUR

LIBERTÉ ÉGALITÉ

Le ministre de l'intérieur au ministre de In guerre.

5 prairial an 6, Morbihan.

i< Ciloyeii collègue, je vous adresse, ci-joint, copie d'une nouvelle lettre que j'ai reçue du commissaire central du Morbihan; elle vous mettra de plus en plus à portée de juger quelle est la |iosition actuelle de ce département, sur lequel j'ai déjà appelé votre sollicitude par «ne précédente lettre et par la communication que je vous ai donnée de mon rapport au Directoire exécutif. J'ajoute à cette copie l'analyse des pièces que le commissaire central a joint à sa lettre. »

■' La première annonce que les brigands se sont portés chez le percepteur des contribulions directes de la commune de Néotrefr (département du Finistère); n'ayant pu pénétrer dans sa maison. Ils ont incendié une de ses granges. Ils ont ensuite atteint le frère il 11 percepteur qui s'enfuyait avec la caisse, ils l'ont excédé de mauvais traitements et ont enlevé de ses mains la caisse dont il s'agit. Au bourg de Roudoualec (Morbihan), cinq brigands sont entrés dans une auberge, les armes à la main, et y ont enlevé les pistolets du postillon de Garhaix, qui venait de s'arrêter dans cette auberge. »

u Dans la seconde on rend compte de deux assassinats commis dans le village de Kerigen, commune du Moustoir. On assure que le capitaine du Moustoir veut faire re|irendre les armes, qu'il va passer incessamment la revue, et que ceux qui ne s'y rcmlrontpas seront sévèrement punis. On ajoute que les armes ne sont pas encore distribuées, mais qu'elles ne tarderont pas à l'être. »

« Par la troisième on informe le commissaire central que Joseph le Giiilloux, dit Iniiiiflif/uc, vient d'être assassiné par une vingtaine de bri(;ands déguisés en soldats républicains, que ces bri-

gands se proposent d'aller au Pont de Buis, département du Finistère, lieu où l'on fabrique la poudre, pour y enlever ce qu'ils trouveront; que les armes ne leur manquent pas. Ce Guiltoiix, qui dans le principe était chouan, a rendu, dit-on, les plus grands services à la République, n

II La quatrième pièce présente des détails sur l'assassinat de Guillottx^ par le nommé Poézévtira, qui a probablement dirigé l'exécution. Toujours parait-il certain, dit le correspondant du commissaire central, que nos campagnes sont organisées et armées, et malheureusement nous sommes dénués de forces, n'ayant dans ce moment que cent hommes en deux cantonnements dans le cidevant district du Faouet. Il serait bien à désirer que le général Duthil fit revenir au Faouet les deux compagnies de la 8i° demie brigade qu'il en a retirée. «

« La cinquième pièce donne au commissaire central des renseignements sur les projets des chouans et du nommé Poézc'uara pour parvenir à faire destituer le juge de paix du Faouet, et forcer les fonctionnaires publics des cantons ruraux à quitter le Faouet et à aller résider dans leurs cantons respectifs pour pouvoir les attaquer plus facilement et plus sûrement. »

Il La sixième pièce présente de nouveaux détails sur la mort de Guilloux ; sur les services qu'il a rendu à la tête de colonne républicaine depuis sa reddition. Les chouans, y est-il, dit ont dessein de tenter un voyage à Port-Louis pour s'efforcer de le prendre. Il s'est fait un versement de dix-huit cents fusils qui ont été distribués aux affiliés. Les nommés Duliscor'l, lionnvciiture Ciirrc et Gtiillintmc le Gurrn sont dénommés comme ayant une grande influence dans ce parti.

II Ou indique aussi Foriiier, Bouer, Tulinnii, Deririi, If Bori/ne et /(' il/t'r//, prêtres rebelles, comme les individus les plus dangereux de ces cantons. On ajoute : Jfiiii-Jciai, Ttiron, /c Iluil et </(■ Barre parcourent les cantons de Ploiirdut, Inguiniel, Priziac et quelquefois oclui de Langonnet. Lorc'nl, ex-curé de Pri/.iac et /■'or/i/cr se joignent souvent à t^ux, ainsi que le nommé i/ii Coiii'i/ir, procureur général judiciaire du dép.iilemciil du l'inislèie pendanl le régime de li l'cii-i'ur. V,f dernici- n'^slde ordiuaircmoiil avec sa troupe daiis ic! déparlemcul. Il a levé deniièrcmiMil uni! imposition de 7,()()(( francs dans le lanlon de llanallec, il a pillé un ménage et inrendiénnliangard à iMoirès (Finisièic). Le (ial di- Kerlino,

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ci-devant procureur à Auray, a enlevé 4,000 francs des contributions de Saint-Ternin (Finistère) dont il était percepteur. Il est de la bande de du Gouiidic. »

19 floréal.

Il Sepliùme pièce. Lettre datée de Guéniené annonçant que dixnuit bomines vêtus en gardes nationaux et c.inoniers, commandés par un nommé Joseph^ ont forcé la maison du citoven Le pnpe, acquéreur de biens nationaux, demeurant au Coscrit; qu'ils l'ont extrêmement maltraité, ainsi que sa famille, lui ont fait souscrire une obligation de 12,000 francs, qu'ils ont pillé tout ce qu'ils pouvaient emporter et ont pris ensuite la route de Keroualan. On demande une garnison pour la commune de Guémené, les troupes qui sont cantonnées devant partir incessamment. »

Il Huitième pièce. Dans le canton de Scaer (Finistère) onze bri- ;;ands, vêtus en uniformes nationaux, à l'exception d'un en carmagnole verte, se sont introduits chez le sieur Gilles, acquéreur de Liens nationaux. Celui-ci les a accueilli comme des défenseurs de la patrie, bientôt ils l'ont détrompé sur leur compte et il a cherché à s'évader, mais inutilement.

11 Celui qui paraissait être le chef lui a dit qu'ils ne voulaient pas lui faire de mal, qu'il fallait seulement leur donner de l'argent ; sur sa réponse qu'il n'en avait pas, ils lui ont fait souscrire un billet au porteur de 3,000 francs et se sont retirés. Ces individus, observe-t-on, parlent bien français, et l'on ne fait aucun doute que ce ne soient des émigrés. »

« La neuvième et dernière pièce indique le nom de plusieurs chefs de chouans. L'un des plus redoutés, celui dont le vrai nom est Dvlpeiclw, s(! fait appeler tantôt Des Barre et tantôt Montaii- <ifl; son père est gendarme à Concarneau ou à Ouimper. Delpeichc, assure-t-on, n'est pas inutile au parti que son fils a embrassé. On assure que Claude I.orcv, connu sous le nom de V Invincible, est chef d'une compagnie; il a exercé sa troupe dans les landes de Quistinic. Puron chef d'une autre compagnie.

Il Neuf autres chefs sont nommés. Ils se plaignent que les ordres ne se remplissent pas. Les pères des chouans s'opposent à ce que leurs enfants prennent les armes; mais les prêtres les y engagent fortement. On prétend que Jean-Jean a menacé de fusiller ceux qui ne se trouveraient pas aux manœuvres; que les chouans attendent un ordre donné pour tomber en masse sur les villes; qu'ils ont témoigné beaucoup de joie de ce que l'excellente Si" demi-

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brigade quitte ses cantonnements pour être remplacée par la 52", composée en grande partie de chouans que l'on a forcé de rentrer au service après la pacification, et d'individus dont on était mécontent dans leurs corps.

(I On observe qu'il serait à désirer que les cantonnements fussent plus forts et plus multipliés, que l'on craint pour celui de Pluméliau qui n'est que de huit hommes, que deux cultivateurs habitants d'une commune près de Guémené, excellenis patriotes, viennent de rapporter les armes que le département leur avait confiées. Ils disent ne pouvoir plus en répondre.

(I Tels sont, Citoyen collègue, les rensei;jnements qui me sont parvenus depuis ceux que je vous ai communiqués. Il m'a paru nécessaire de vous les transmettre pour vous fixer sur les mesures à prendre, je vous prie de m'en accuser réception.

«J'ai communiqué au commissairecentral du Morbihan vos deux lettres des 2G et 27 floréal.

« Salut et fraternité.

(1 LeTOUUNTIIX. Il

(I Je joins à cet envoi copie d'une dernière lettre que j'ai reçu le 23 floréal, trois pièces qui y sont jointes, confirmant les détails que je vous ai donnés. »

(Archives lie Kcrlcano.)

30 mars 1706.

Il La satisfaction, Monsieur, que le Roy a éprouvé de vos services distingués a porté Sa Majesté à vous élever au grade de maréchal de ses camps et armées. J'ai l'honneur de vous donner avis que vous recevrez incessamment votre brevet de Son Altesse royale Monsieur frère du Uoi, lieutenant général du royaume, à qui Sa Majesté a remis immédiatement la tlireclion des provinces de l'ouest de la France.

« J'ai l'honneur d'être, Monsieur, votre très-humble et trèsobéissant serviteur.

« Le comte Jose|)h m; Ptisaïf.

u M. Gcorijes Cddouiliil, tiKirrrliiil i/r cnup. »

(Aiiliives lie Kcil.-i.iio.)

• Lcllre du comte d'Artois au sujet d'ouvertures faites par Hoche. [Saisie le 26 ventôse.)

EJînbîirgh, le 5 février 1"96.

«Le marquis de la Féronnière m'a informé en détail, ^lonsieur, de différentes conversations que vous avez eues avec lui. Je profite de son retour pour vous témoijjner toute ma satisfaction du zèle et du dévouement qui vous animent pour le service du Roi. Je ne chercherai point à exciter vos sentiments ni à redoubler votre activité, mais vous pouvez compter cjue je ne néglijjerai rien auprès du Roi pour obtenir une grâ^-e, qui prouve hautement comme Sa Majesté sait récompenser ceux qui peuvent le servir aussi utilement que vous.

« Je n'ajouterai rien ici à ce que je demande au brave général Stofflet, ni à ce que M. de la Féronnière est chargé de lui dire ainsi qu'à vous; mais il est nécessaire que je vous fasse connaître mes intentions sur l'objet très-important et très-délicat qui concerne le général Hoche et les officiers ou soldats qui partagent les sentiments que ce général nous a fait connaître.

a Le Roi a solennellement prouiis l'oubli de toutes les erreurs de l'instant où elles sont exprimées, mais sa boulé s'étend plus loin, et son intention est de donner des marques positives de sa bienveillance paternelle à ceux de ses sujets qui se trouveraient assez heureux pour rendre un service important et pour coopérer effectivement au rétablissement de son trône.

« En conséquence. Monsieur, je vous autorise spécialement, ainsi que le fidèle Stofflet, à promettre au nom du Roi au général Hoche et à tous ceux qui abandonneraient les drapeaux de l'erreur piur suivre ceux de la justice, non seuleiuent qu'ils conserveraient les grades et appointeinent dont ils jouissent, mais que Sa SLijesté se réserverait encore le plaisir de leur témoigner sou aftection par des grâces proportionnées à la nature des services qu'ils pourraient rendre.

Il La preuve de confiance que je vous donne en ce moment vous prouve suffisamment mon estime; vous la jusiilierez parle zèle avec lequel vous remplirez mes intentions, et je compte trop sur la constance et le dévouement des intrépides royalistes, pour ne pas Ctre certain de me trouver bietilot à leur léte et d'y ratifier les engagements que vous aurez dû prendre avec tous les Français

qui se hâteront de suivre l'exemple Je fidélité et de courage que les années royales leur dounent depuis trois ans.

Il Ne doutez jamais, Jlonsieur, de tous mes sentiments d'estime et d'affection.

(1 Siijné : Chaules-Philippe. ••

(Au baj de la |)reniière page de la leiire dont copie est ci-dessus, il y a cciii eu marge : M. l'abbé Bemier.)

(Archives de Kerléanu.)

Lt'ttre de Hoclic à Mercier.

5 juin 1796. — 17» prairial.

H J'ai fait une absence de Vannes, et votre lettre du 31 mai (vieux style) me fut remise hier : je reçois à l'instant votre seconde.

Il J'eusse été fort embarrassé de vous faire passer réponse à votre première, car la personne qui en était charjjée la remit, dit-on, à Duverrier, planton, et disparut.

Il Suivent mes intentions :

Il La llépubliijuc française est établie sur des fondements inébranlables. La vertu et la probité sont réellement à l'ordre du jour, et les personnes en qui le jjouvernemenl a confiance ont pour base le vrai honneur, et désirent plus qu'on ne le croit de voir enfin tarir la source des maux <|ui désolent ces contrées.

Il La loi contre les émigrés de fiU est connue, elle est immuable.

Il Oue ceux non émigrés et qui si- disent chefs, à l'exemple de Scépeaux, deirAutichamp et do liernis, soient les premiers à déposer les armes et leurs munitions, à me déclarer avec franchise cl vérité les lieux qui recèlent les poudres et armes, quelles qu'en soient la nature et les quantités ; que les déserteurs profitent de l'amnistie qui leur est si (jéiiérousement offerte et qu'ils apporteni avec eux leurs fusils non chai'ifés, la crosse en l'air, sur l'épaule fjaucjie, le chien tombant sur le bassinet, la feuille dosa ballerii! ouverte, et <|ue lii? la main droite, le l)ras tendu, ils tiennent leurs cartouches, soil dans un mouchoir, soit dans une (jibernc.

Il Que les .ijiriculteurs de tout .Ijjc en fassent aulanl. rrauquillilé parfaite, fixation dans leurs foyers, protection dans leurs travaux «t pour leurs persf)niies leur seront accordées.

u Oue les individus des deux sexes ù (jui le (jouviTut'iiii'iii de la

épublique ne convient point, me demandent directement des pasijports pour l'étranfjer; je les leur accorderai de suite. J'observe ju'il faut, pour prouver d'une manière autlienlique la sincérité !u retour dans le sein de la République, que ce que je demanda opère spontanément. Je jjarantis de n^on honneur et de ma vie j effet de toutes mes promesses.

» Vous ignorez sans doule que je suis saisi de la correspondance ..lu mineuse que vous envoyiez à Londres, à Edimbourg et à Vé- 01 H' par Lagarde. Vous ne savez sûrement pas que j'ai en mon oiuoir deux lettres écrites à Piiisaye le 18 mai fvieux style), Mlle par Georges, l'autre par Allègre.

. Vaugiraud pour racheter ses jouis m'a informé de tout, et s'il M'ùt pas eu la lâcheté de vouloir fuir, il serait encore vivant, et 'eiis-.e rempli l'obligation sacrée qu'avait contractée envers lui le (■■inral Jlermet, en facilitant son évacuation du sein de la Répu-

ilique.

Il Vous ave/ raison de dire que depuis trop longtemps le sang rancais coule et qu'il est sur le point de couler plus abondaminent. La très-grande quantité de troupes qui, sous peu, sera à ma lispnsition fera un horrible carnage des hommes illégalement II III -^ et si cruellement trompés par ceux qui s'en disent les pères i 1' ^ protecteurs.

Il ne tient donc qu'à vous d'apporter un prompt remède à ce orreat de calamités.

u II est inutile que vous rappeliez les délégués que vous dites avilir près des puissances étrangères, leur concours ne sei'ait effecti\iiiicnt que très-nuisible et n'entraînerait que des longueurs pré- |ii(liciables à vous et aux vôtres.

Si les sentiments que vous me manifestez dans votre lettre du 21 mai (vieux style) sont aussi sincères et aussi philantropiques qu'ils y sont dépeints, déjà je crois voir dans mes arsenaux et magasins vos armes, vos munitions de guerre et de bouche, déjà les déserteurs repentants sont disséminés dans nos rangs, déjà enfin tous les agriculteurs sont rendus à leurs travaux champêtres, et je n'aurai plus qu'à attirer rpielques poignées de scélérats immoraux sans feu et sans lieu, et celte conduite vous aura immortalisés.

» Je n'ai fait nulle question à la personne ipi m'a remis votre lettre.

« Siijnc : IIocHE.

« Pour copie t-oiifonne :

« Sii/iic : Ql'ANTIN. I)

(Ardiivcs lie Kcrli-ailo.)

ARMÉE DES COTES DE l'oCÉAN (25, 38 11. 46).

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