MOIGNO
u J. MaNCEL. II
(Arcliives de Kerléaoo.)
OIlDnE ET INSTHICTIONS DU GÉNÉDAL CIIAKETTE
(Fin de. nu.-,.)
Ordre et instructions du (jcnérul Cluirellc pour MM. les chefs de division des (irmées catholiques et royales de Bretagne, Maine, Anjou, Normandie, etc.
Le (liiijanrlie ou autre jour qui .suivra la prochuualion du général Cliiuetlc, tous les chefs de canton et de division réuniront au plus grand noinlire qu'il lem- sera |iossible tous les soldats et officiers de leur division, et, après avoir (ail célébrer le service divin, ils Inont la proclamation du général et ensuite ])roclanieront Louis XVIII ; alors tous les olliciers viendront jurer entre les ui;iins du chef de ne jamais poser les armes que le Hoi ne soit rétabli sur le ihrônc et la religion affermie sur des bases solides. Chaque officier ira faire prêter le même sernient par les soldats de sa compa{;nic. Aussitôt le serment prùté, le prêtre entonnera le Domine, 3iitvum fui liiijeni, qui sera réjii'té par tous les assistants.
Les chefs de division, de canton et capitaines feront rassembler sans délais tous les soldats enrôlés et les jeunes gens de la premiùre récjiiisilion. Tout soldat qui quittera le drapeau sera regardé comme parjure. La première fois il sera puni, la seconde fusillé. Les pères et mères qui retireront leurs enfants subiront la même |ieine également que les receleurs.
Les capitaines sont responsables des soldats de leur compagnie. Lt s'ils ne prennent pas des moyens prompts et positifs pour punir les déserteurs, ils seront eux-mêmes punis suivant leur négligence; tout officier qui désertera sera fusillé; les chefs doivent entretenir la discipline la plus sévère : par sévérité on n'entend |)as dureté. Au contraire, les chefs ne doivent pas oublier qu'ils ne Miiit que les camarades de leurs soldats et les traiter avec la plus ;i'ande honnêteté, mais quant au service militaire la plus grande >ul)ordinalion doit être observée et toute faute punie.
Les chefs de division doivent tenir tous leurs soldats le plus possible rassemblés et augmenter le nombre de leurs troupes à proportion des armes qu'ils ont. En général, tous les habitants des paroisses catholiques et rovalistes doivent se regarder comme soldats et être prêts à marcher au premier ordre du chef. Il faut que le chef de canton sache, par des exemples sévères, faire respecter ^es ordres et faire coiinaitre, en punissant même de mort s'il faut, qu'on ne lui désobéira pas impunément. 11 doit avoir dans chaque paroisse un homme chargé de recevoir ses ordres et de les faire connoitre aux habitants.
Tout dénonciateur sans distinction de sexe doit être puni de mort. Les chefs de division dont les soldats sont ou insubordonnés ou peu agnéris doivent avec toute leur troupe se porter en un autre canton où ils sont aguéris et accoutumés au feu, et faire connoitre à leur troupe celle qui est aguéric. Si le chef est intelligent et sait exciter l'émulation, soit en nommant officier le soldat qui se sera montré le plus brave ou par autre distinction, soit en punissant sévèrement les lâches, el même en fusillant celui qui aurait lo premier donné l'exemple de la fuite, alors la troupe sera aussitôt formée. Les chefs de division doivent former un corps do volontaires composé des plus braves, ce sera un moyen d'émulation. Eu général les chefs de division doivent, s'ils est possible, se réunir deux ou trois. Ils pourront entreprendre des opérations plus importantes, ils lienilionl plus facilement leurs soldats rassemblés. La discipline militaire sera plus facile à établir, et le soldat s'habituera peu à peu à ne pas tenir autant à ses foyers.
Les chefs doivent habituer leurs soldats à bivouaquer et donner eux-mêmes l'exemple de coucher dehors, en réservant les lits qui peuvent être dans les villa(;es j)rès dcîsquels ils campent pour les soldats blessés ou malades ou triq) fatigués. Ils doivent être les
pères de leurs soldats, et n'être occupés que de leur procurer tout ce dont ils pourraient avoir besoin. Chaque chef de division doit avoir une caisse où sont versées les prises faites sur l'ennemi et ses contributions. Pour les prises il peut en distribuer une partie à ceux qui ont bien combattu, mais il doit y avoir toujours une partie mise en caisse pour le besoin de la troupe.
Les déserteurs doivent être accueillis, surtout ceux qui viennent avec armes et bagages. Mais à moins de les parfaitement connoitre, ils ne doivent jamais être incorporés dans les divisions d'où ils désertent, mais être conduits de suite sous bonne garde dans une autre division, à dix lieues au moins, et là être dislribuésun à un dans différentes compagnies, en rendre les capitaines responsables et les faire extrêmement surveiller jusqu'à ce que dans plusieurs combats ils se soient bien montrés, et alors ils doivent être avancés suivant leur mérite»
Les officiers doivent veiller à ce que les poudres et munitions ne soient pas gaspillées. Le général recommande aux chefs de division de (aire la guerre la plus active, de ne souffrir personne neutre, et de traiter en ennemis tous ceux qui ne se conduisent pas en royalistes et n'obéiront pas aux ordres qui leur seront donnés, surtout qu'aucune jalousie ou ambition ne trouble l'harmonie. Le général ferait punir sévèrement toute faute à cet égard.
Les chefs de division communiqueront à leurs officiers la partie du présent ordre qui peut les concerner et auront soin de l'exécuter ponctuellement. Le général, en faisant passer à ses compagnons d'armes les présentes insiiuctions, assure que c'est ainsi qu'il a formé son armée et est parvenu à la rendre invincible.
Depuis le renouvellement des hostilités il a forcé et enlevé trois canq s, tué près de dix n ille bleus et fait nn grand nombre de prisonniers. 11 a fait prévenir les généraux ennemis que chaque tête <le prisonnier chouan ou vendéen serait vengée par deux têtes de prisonniers républicains.
Les généraux Stofflet et Sapin eau vont faire leur récolte et réunir leurs forces. Celle de trois armées sera de cent mille hommes. Mais qu'on punisse sévèreiiieul les porteurs de mauvaises nouxellts et ceux qui exagèrent les forces de l'ennemi. Le soldat rojalisie ne doit jamais craindre. Quant au chef, il doit tout employer pour bien connaître les forces et la position de l'ennemi, et se souvenir que pour être général il ne suffit pas d'être brave, mais qu'il faut être sage, prudent, et em|)loyer toutes les ruses et ressources de l'art militaire.
Mgr le comte d'Artois et Son Altesse Mgr le duc de Bourbon vont iiucssamiiient se réunir aux royalistes avec des forces considérables, (|n'ils les trouvent chacun à son poste, et le général se flatte que chaque chef ira leur faire hommage <le ses succès.
La Religion, le Roi ou la mort. Voilà notre devise. Nous lui serons fidels. Les chefs de division à qui le présent ordre parviendra auront soin de s'y conformer et de le faire passer de proche en proche à tous les chefs de division des armées catholiques et royales. Ils doivent prendre enir'eux tous les moyens pour entretenir la correspondance la plus active et d'une manière sûre, surtout quand il s'agit de concerter les opérations militaires. Ils doivent s'attendre malgré loutes leurs précautions à être entourés d'espions, et en[ conséquence le soldat doit toujours ignorer les marches et opérations. Il doit régner sur le tout le secret le plus inviolable.
(Archives de Kerléano.)
PUISAÏE ET LE COMTE d'aHTOIS
Rcnsei(jncmenls communiqués par M. Gtistave Borch.
L'Angleterre avait permis le départ de Monsieur, car le 27 août 1705 lord Granville écrit au duc d'Harcourl : « Si Monsieur n'éiait pas parti, comme il y a quelque probabilité, puisque le vent est changé », on le consulterait.
Puisaye attendait Monsieur, Cadoudal vint au-devant de lui. Le 12 septembre, tous deux apprennent son arrivée dans la rade de Quiberon : u Veuillez nous transmettre vos ordres, il ne faut que quelques jours de votre présence. Nous venons de faire partir des courriers vers les armées de Bretagne, ainsi que vers M5L Stofflet, <Jliaretle et Sapineau... »
Siyne : Puisaïe.
Georges, général de Ytin-
ncs.
Gautieii, dt'pulé de l'armée
de Scc'pcaux.
IMehcier, major ijénérat.
Le 13 septembre, Monsieur écrivait la réponse suivante :
« A bord du Jason, rade de Quiberon.
« Je ne cesserai jamais de solliciter le gouvernement britannique pour qu'il accorde son secours et son appui ;"» tous mes fidèles
' Ces dociiniciits paratlrout incc»&ainint;iit dons un ouvra{;e en préparation. Gustave £oHi>, lei Mcmni}es lie mort oncle»
compatriotes... J'aurai toujours un vrai plaisir à faire valoir auprès du Roi les services importants que vous pouvez lui rendre. »
Dès le lendemain, 14 septembre, Puisaye lui crie : « Je ne puis vous exprimer toute la douleur qu'éprouvent tous les chefs de l'armée en apprenant qu'ils ne sont pas destinés à vous ouvrir les portes du royaume, et combien cette nouvelle est capable de répandre le découragement parmi cette multitude fidèle qui soupirait après le bonheur de vous recevoir. » Va comme le prince avait mis dans sa lettre : « Oui, Monsieur, ce sera par des actions que vous parviendrez à faire taire la calomnie ", Puisaye ajoute : «...Quant à moi. Monseigneur, j'espère, comme Votre Allesse Royale veut bien me le dire, que mes services parviendront à faire taire la calomnie. J'aurais eu lieu de croire qu'ils auraient dû l'empêcher de s'élever. Oui, Monseigneur, je me suis fait des ennemis pour vous. »
Puisaye était déjà perdu dans l'esprit du prince, car le 15 septembre, le lendemain, loujonrs à bord du Jhsoii, Monsieur écrit au duc d'IIarcourt, et après avoir fait l'éloge de Georges, qui a remplacé le malheureux Tinténiac, il ajoute : u La situation de M. de Puisaye est toujours fort précaire; j"ai dû le ménager, parce qu'il peut être encore fort utile ou fort nuisible... Le jour où je serai réuni avec Gharette, il ne pourra plus être à craindre. »
A peine rentré en Angleterre, par une disposition prise ;\ Spiihead le 11 décembre 1795, Monsieur révoqua i'uisaye lorsque lord Grenville eut déclaré ne pas s'y opposer, et le remplaça par IM. de Sloustiers, qui fut chargé de le traduire eu conseil de guerre.
Cet arrêt ne fut pas exécuté, et ce n'est qu'à la fin de 1797 que le Roi accepta la démission de Puisaye, comme l'écrit le 2.'î décembre de cette année le duc d'IIarcourt ;\ M . de Chalus, en lui annonçant qu'il est chargé de l'intérim en Brela{fne. En même temps, le 5 janvier 1798, il dit au Hoi : « M. de Chalus est très-dévoué à M. de Puisaye, ainsi que les prêtres et le Morbihan », et le 9 janvier : « Puisaye a offert d'aller organiser une colonie de ses liretous au Canada; mais Wiiulham lui a dit qu'il était nécessaire en Bretagne. » Le lîO janvier, JL île Chalus arrive ;\ Londres : <i 11 est fanalisé par IM. de Puisaye», écrit le jour même le duc d'IIarcourt A Monsieur, « et affirme que la Rrelagne sera désorganisée dès que cette démission sera connue. »
Le temps s'écoule en intrigues, et, le 8 mai 1798, le duc écrit au Roi (|ue Monsieur a remplacé M. de Chalus par M. de Rehague comme chef de la Rrclagnc. Le tji'iirrtii Georges le recounail. De \li dalc son iniluencc près de IMoiisieur, c'est le seul de ces chef» qui lui soil docile.
A ces notes nous pouvons ajouter qiu' (ieoiges aussi avait été un
des chefs les plus durs pour flétrir la conduite du comte d'Artois, ou du moins de son néfaste entourage.
Kote de M. l'abbc Gtiillevic concernant les destitutions et condamnations de chefs chez les royalistes.
Je n'entends que trop sou\ent reprocher aux royalistes leurs arrêts de destitutions contre leurs chefs el les jugements de mort de ces chefs entre eux; il me semble que sur l'un et l'autre article, on se montre plus frondeur que ne l'est notre JI^ de Puisave, tout destitue, tout condamné qu'il ait été; lui-même il parle de ces destitutions, de ces condamnations, dans vingt endroits de ses mémoires (voiez entre autres vol. IV, p. 18, ainsi que vol. V, p. ITO), et ne les blâme nulle part; il convient au contraire que, chez les insurgés, la confiance seule donne l'autorité (vol. IV, p. 112 et partout ailleurs), qu'ainsi l'autorité s'y perd avec la confiance, et que dès lors tout chef déchu, pour avoir perdu la coufiance, n'est plus qu'un simple commis, de droit justiciable de ses commettants sur le fait de sa gestion. Car de quel autre tribunal relèverait-il dans la circonstance? Je n'en vois siéger aucun légitlmenieut,en France il faut que justice se fasse.
Quant aux jugements de mort de général à général, parmi les insurgés, avant de s'en récrier autant, peut-être devrait-on observer que surtout depuis les premières défections, nos généraux formaient entre eux une espèce de confédération par laquelle ils s'engageaient réciproquement, à chaque reprise d'hostilités, à ne jamais plus faire de paix partielle sous peine de félonie.
Les généraux fidèles à leur engagement étaient-ils donc aussi coupables de mettre comme au ban de leur confédération le général infidèle?
C'était un malheur, un très-grand malheur sans doute. Je n'oserai en rien dire davantage. i\lais loin de tout prince français, ce malheur nous était inévitable; on le savait. Jlais la présence d'un nos princes remédiait souverainement à tout, on le sçavait encore. Et constament on nous le refusait, ce remède souverain, contre les malheureuses dissensions dont on se plaint!
Cependant qui veut la fin vent le moien, que ne le prenait-on donc, ce moyen de les écarter ou de les finir?
(.Ariliivcs tic Kericaao.)
A MM. les membres de la Commission des anciens officiers charges de vérifier les titres des officiers royalistes de l'intérieur, etc. ^
Il Messxeuks ', VI
Il J'ai servi dans la marine, en qualité d'aspirant depuis 1788 jusqu'en 1790, sous les auspices de M. le marquis de Cany et le vicomte de Bélisal, mes oncles.
Il J'ai servi dans l'armée du Rhin depuis 1792, jusqu'en 179i, en qualité de capitaine.
K J'ai servi dans le parti royaliste armée de Bretagne, sous le général Georges Cadoudal, dans les grades successils de major et de colonel depuis 179G, jusqu'à 1801, époque à laquelle je fus promu au grade d'adjudant général, chargé de la direction de l'adjudance de Brest et de Léon, pays que je dirigeais au moment où je fus forcé de me réfugier en Angleterre, en 1802.
Il J'ai été employé en 1804 dans le projet des généraux Georges, Pichegru, Jloreau, etc., etc. Mon vecUieux père, âgé de 77 ans, fut traîné à Paris et jeté dans les fers. ÎMon beau-frère Even figura sur le banc des quarante-huit accusés.
« J'ai rentré en France en 1814.
« Au mois de mars 1815 j'ai été employé dans la garde nationale du Morbihan que l'on se proposait de mobiliser.
Il ...Dès le premier pas de Sa !\lajesté dans son royaume, j'ai fait partie des volontaires royaux de Bretagne.
u Toutes les pièces au soutien de ce j'ai l'honneur d'avancer ici, sont à la Commission et enregistrées sous le n» 59, armée vendéenne : des copies conformes aux originaux y sont également déposées, ayant été préalablement apostillécs d'une manière honorable par MM. les maréchaux de camp le comte de Floirac, le marquis de la Boëssière , par M. le comte de Quelen, sous-préfet ù Guingamp, par M. Pépin de lielle-Isle, préfet des Cotes-du-Nord, par tous les membres de la Chambre des députés de trois déparleiiienls dans lesquels j'ai fait les guerres de l'Ouest : Morbihan, (Jùles-dii-Noril et riiiistère.
Il -Mes |)iéces jusiilicatives ont été vues et signées par M. Desol de Grisolle, maréchal de camp.
Il Maintenant, Me«sieurs, après avoir précisé ici mes faibles ser-
' l'.ii iiinrijc on lil : Iliclainulloii ilii sii'cir Giioiu) .le l'cii.inilcr. N» 5!), ariiue icnilcciiiic. — Dnnaihlc <Il' I'ikiIvIIi' cl l« roi.linnalion .lu ^riiilc .li- colonel.
vices dans les armées de France et dans les armées françaises, j'ose espérer que vous voudrez bien avoir égard à mes réclamations : je demande de ructivilc', et je réclame /a confirmation du cjrade de colonel d'infanterie, Xe\ qu'il a plu à Sa Jlajesté de me l'accorder dans mes lettres de chevalier de l'Ordre royal et militaire de Sainl- Louis, numérotées 6727 (nommé en pays étrangers 463).
" Permettez-moi, Messieurs, avant de finir ma lettre, d'appeler voire attention sur l'organisation des forces royales en Bretagne à compter de 1794 jusqu'à 1802, et ce point une fois bien déterminé doit faciliter les vues sages de la Commission pour connaitre à fond les droits d'un chacun à la munificence de notre auguste monarque.
<i Dans l'armée royale et catholique de Bretagne, il y a eu trois oivanisations distinctes :
Il La 1" commença en 1794 et finit le 2i juin 179G. Le pays <|u'occupaient les royalistes futlimitéen divisions locales, les divisions en cantons, et les cantons en compagnies. — Chaque division pouvait comprendre de trente ou quatre-vingts paroisses, et le chef prenait le titre de chef de division. — Les cantons se composaient de dix à quinze paroisses, et les chefs prenaient le nom de chefs de canton. Chatiue paroisse fournissait une compagnie, et le chef était connu sous le nom de capitaine de paroisse.
K Tel a été le principe organique des forces royales en Bretagne de 1794 jusqu'à 1802, principe qui a toujours servi de base à toutes les organisations subséquentes.
i La seconde organisation commence en 1797 et finit au mois de mars 1800. Le principe organique est toujours le même, si ce n'est (ln'oM y substitue le nom de légion à celui de division et de bataillon à celui de canton. C'est à cette époque que le pays, sous la iliicition du général Georges, prit le système numérique et fut di- \ i^i- en huit légions.
u La 3° organisation commence en 1800et finit en 1S02, terme de l.i paix générale en Europe. Le jfénéral Georges, en 1800, ayant 111 II' commandement en chef de quatre départements de la lîrela- ;;nc (Morbihan, C6tes-dn-Nord, Ille et-Vilaine, Finistère), les organisa, suivant le système organi([ue de la seconde orj;anisation, en \ rn'ant des adjiidanccs (]ui se coiiiposaienl chacune de trois à qiialie légions. Ces aJjudanccs prirent le nom de leur localité, et lis iliefs celui d'adjudants généraux. Ils commandaient en chef liiiis à quatre légions.
11 Voici \vs noms des officiers supérieurs, sous les ordres du généi.lI Georges Cailoudal, qui ont toujours resté fidèles à leur poste, li qui ont toujours été en but aux ennemis du trône et de l'autel :
1^ Le général Mercier, dit La Vendée, major général, fut tué en IHOl dans une rencontre, près Loudéac.
398 PIKCES JUSTIFICATIVES.
« Le général Guillemot, fusillé à Vannes en 1804.
" Le général Saint-Régent, périt à Paris en 1801.
« Le général Desol de Grisolle.
« Le général Debar, fusillé en France en 1813.
« Le général Saint-Hilaire, fusillé à Vannes en 1806.
« Le général Guymard-Coattedreux ayant été appelé en 1801 aux fonctions de major général de l'armée, je le remplaçai à cette époque dans l'adjudance de Brest et de Léon.
u Mon objet n'est point de faire la nomenclature des officiers qui se sont plus ou moins distingues, mais bien de faire connaître les acteurs principaux qui ont agi dans les dernières guerres de Bretagne.
u D'ailleurs, les généraux Hoche, Blichaud, Ilédouville, Brune, Bernadotte, etc., qui ont combattu contre nous, leurs rapports dans les temps peuvent jeter un grand jour sur ceux qui ont des droits plus ou moins réels à la bienveillance de Sa Majesté.
« Agréez l'hommage du profond respect avec lequel je suis,
« Messieurs,
Il Votre très-humble et très-obéissant serviteur.
a Signé : Goesno de Penansteiî, Il Chevalier de Saint-Louis.
- A Vannes, le 2 octobre 1816. ••
(Archives île Kerlcano.)
LES DÉPUTÉS DES CÔTES-DU-NOKD AU POUVOtll EXÉCUTIF
Observalinns présentées par tes députés du département des Côlesdu-Nord au Pouvoir exécutif sur les moyens de terminer ta guerre des chouans dans ce déparicnicnt.
13 novembre 1195.
Le département des Gôtes-du-.\ord était un des plus patriotes de la République, dans les premières années de la Révolution; tous les efforts des nobles furent inutiles auprès des cullivaleurs; mais aussitôt i|ne la constitution civile du clergé parut, le zèle diminua : le patriolisine des caiiipaj;ii(!s, (|ui jusqu'il ce niouient avait été soutenu par ce qu'on appelait alors le b.is clergé, se ralentit. Le décret qui prononçait la déportation contre les prêtres insermentés et la réclusion des vieillaids et des infirmes les indisposa, et dès cet instant les esprits portés au fanatisme s'échauffèrent.
S'il avait été possible de déporter tous les prêtres simultanément, il est à présumer qu'aucun trouble n'aurait éclaté dans ce départeiment ; car les districts de Guinguin, Lannion et Pontrieux qui lavaient eu moins de prêtres réfractaires et qui, par conséquent, lavaient eu plus de facilité pour s'en défaire, sont constamment Idemeurés attachés à la République et n'ont pris aucune part au Ichouannage. Ils ont même résisté aux chouans et se sont différentes fois levés en masse pour écarter les brigands de leur territoire.
Dans les autres districts presque tous les prêtres refusèrent la constitution civile du clergé, ils insinuèrent aux campagnes que cciti' constitution était la destruction totale de la religion. Se vovant entourés d'un grand nombre de prosélytes, ils se cachèrent et trouvèrent dans le fond des campagnes un asyle assuré.
Jusqu'à ce moment obligés d'être circonspects, parce qu'ils étaient sous les yeux des autorités constituées, ils n'avaient pu distiller le poison dont leur arme était gorgée, mais de leur retraite ténébreuse ils disposèrent les esprits à l'insubordination, et à la révolte. II leur manquait des occasions : la levée des 300,000 bomiiiLî, le complot de la Rouerie, découvert heureusement avant <[»'il eût éclaté; la levée de la première réquisition, le gouverneiiuiit sanguinaire des Marat, des Hébert, des Robespierre et de leiuN complices leur en fournirent. Boishardy, qui était une des iiiarliines du complot de la Rouerie, se mit à la tête de l'insurrectlo[i ; ses preriiières tentatives ne furent pas heureuses, car quoiqu'il tùl ]iarvenu à rassembler deux à trois mille cultivateurs, sa troupe disparut à l'approche des patriotes, et il se vit forcé de fuir et de se tiiiir caché pendant près de six mois. Secondé par les prêtres, il liiiitisa les campagnes. 11 leur persuada que la République était < \i lusive de leur religion, que les prêtres assermentés étaient des .ijMi^ials, et il leur insinua que s'ils voulaient conserver leur religion, il leur fallait un roi.
Déjà l'auJace do lioishardy augmentait, déjà il avait excité des soulèvements dans plusieurs communes du déparlement; et il s'était entouré de déserteurs et échappés du bagne. Des émigrés, des prêtres réfractaires s'étaient joints à lui, et sa troupe s'élait grossie par quelques déserteurs de la levée des 300,000 hommes et par les jeunes gens qui s'étaient soustraits à la première réquisition.
Il ne manquait plus (|ue des chefs pour le seconder. TalmonI, ayant passé la Loire à la tête d'une colonne de brigands, se répandit dans le départemiut de Uslc-ot-ViLiinc et vint jiisiiu'à Dol. Après la déroule du Mans, sa liordo dispersée se répandit çà et là dans les différents dépariemenis. Gormaiin, Sollilac, Ara se joignirent à Boishardy.
Les patriotes, les fonriiontiain.'s publics, tous ceux qui obéissaient il 1,1 loi furent pillés, incendiés ou égorgés. Les habitants
400 PILCES JUSTIFICATIVES.
des campagnes terrorifiés se refusèrent à toutes les réquisitions qui Jeur furent faites, et les autorités constituées, n'ayant point de troupes à opposer à Boishardy, ne purent ni soutenir le courage des patriotes, ni faire respecter l'autorité dont ils étaient revêtus.
En vain adressa-1-on des mémoires aux comités de gouvernement et aux représentans du peuple en mission. Ils feignirent de ne vouloir pas y ajouter foi ; ils accusèrent même les administrateurs d'être les auteurs de ces troubles, et plusieurs ont été obligés de fuir pour se soustraire aux cruautés et à la barbarie qu'on exerçait alors contre tout homme qui voulait remplir son devoir.
On ne pouvait servir mieux lioishardy : tous les hommes à talent étaient ou chassés des administralions ou mis eu fuite : ceux qui restaient, applaudissaient aveuglément à tout ce qui se faisait et n'avaient ni la force ni peut-être la volonté d'ouvrir les yeux des comités de gouvernement et des représentans du peupleen mission, sur le compte des agens et des corrc^spondants dont ils se servaient.
Boishardy pour donner de l'importance à son parti avait divisé sa troupe par cantonnements, de manière qu'il tenait les deux tiers du déparlement des Côtes-du-?>ord sous sa dépendance avec cinq cents hommes au plus et quelques mendiants ou vagabonds que chaque chef de cantonnement recrutait dans les différentes communes sur lesquelles il se portait. Telle est l'origine de l'insurrection du département des Côtes-du-Nord. Il reste à examiner les moyens qui ont servi à alimenter cette insurrection et à lui donner de la consistance.
Le parti de Boishardy était à peine formé, lorsque les négociations et les traités avec les V^endéens et les chouans commencèrent. Ces traités furent faits sans consulter les autorités constituées. Les autorités du peuple ne prirent conseil que des militaires qui ne connaissaient ni le pays ni les alluics des chouans Ils furent trompés sur la situation du dé|)arlement qui était bien loin d'être gangrené et dans lequel il aurait été facile dès lors de rétablir la tranquillité, si on avait laissé agir les autorités constituées, et si ou n'avait pas accordé une conlianoe trop légère à des scélérats et h des bandits qui ne cherchaient (|u'à temporiser pour donner de la consistance à leur parti.
La pacification des chouans a été puremenl iiiiaj; inaire dans le département des Cô(es-du-.Nord. Les priiicipiux chefs seuls avaient l'air d'observer la trêve, mais leurs subordonnés désarmaient les campaj;iies, pillaient et dévasiaieni hîs propriétés, coupaient les iu'bres de la liberté, brûlaient les archives des municipalités. Ce fut pendant la pacification (|ne deux officiers municipaux de la conunune de Lancie qui voulurent s'opposer i^ l'eulèvemeut des armes déposées dans leur maison counnune, furent massacrés. C'est pcnii.uit l.i pacificilion ipTiis rnroiaicnl ouvcilemciil cl |)uliliqne-
ment, et tandis qu'on leur présentait l'olivier delà paix, non-seulement ils continuaient la guerre, mais ils aiguisaient leurs poignards pour égorger tous ceux qui tenaient à la chose publique.
Ces fails furent dénoncés aux comités de gouvernement et aux reprcsentans du peuple, mais ils étaient circonvenus et entourés par les militaires; les administralions n'étaient plus écoutées.
11 élait de la plus grande importance pour le militaire d'écarter les plans des administralions ; si on les avait entendues, on n'aurait pas été dupe de Boisliardy, de Cormatin et de leurs complices, mais les militaires organisaient un plan qui leur a réussi, c'est-à-dire d'établir dans le département le gouvernement militaire. Leur raisonnement à cet égard était simple, ils disaient : Si la pacification a lieu, nous en aurons tout l'honneur et nous conserverons dans le département la plus grande autorité pendant tout le tems qu'il sera nécessaire d'y laisser des troupes pour y assurer l'ordre; dans le cas contraire, comme les adminisiraiions n'ont eu aucune connaissance de ce qui s'est passé, nous présenterons des plans pour terminer cette guerre, et il faudra s'en rapporter à nous. Telle était leur manière de raisonner, et tel a été le plan qu'ils ont suivi.
La paiification n'ayant pas eu lieu, les manœuvres de Gormaiin ayant élé découvertes, lîoishardy donna une nouvelle aclivité aux hostilités, tous les homnies qu'il avait eu le tems de séduire s'agitèrent à la fois; l'incendie se ralluma, et les vols, les brigandages, les meurtres, les assassinats se multiplièrent. Les insurgés du Morbihan qui jusqu'à ce moment n'avaient pas encore pénétré dans le département y firent des incursions. Les districts de Londéac, de Broons, de Dinan, de Lamballe et ceux de Rostrenen et de Pont-Trieux en partie se trouvèrent infestés de prêtres réfraclaires, d'émigrés, de déserteurs et de forçats échappés des bagnes.
Les militaires songèrent alors aux moyens de défendre le département : ils élablirent des colonnes mobiles et des contre-chouans. Ce plan qui aurait pu être ulile si les colonnes mobiles et de contre-chouans avaient élé composées d'hommes choisis qui auraient su respecter les personnes et les propriétés, est devenu irès-pernicieux et, au lieu de calmer les insurgés, n'a servi qu'à les aigrir et à les irriter. En effet, ces troupes formées d'escouades de différens corps, commandées par des chefs qu'ils ne connaissent jias et dont ils ne sont pas connus, n'observent aucune discipline. Ils pillent les campagnes, jugent et expédient mililairement les cultivateurs armés ou non (pii tombent enire leurs mains. Il suffit d'être riche, d'avoir quel<iues écus ou un portefeuille bien garni pour être déclaré chouan et fusillé sur-le-cliaiup.
Une paieille conduite est sans contredit plus propre à augmenter le mal qu'à y remédier; on peut même dire que le seul scr\ ice
que la Iroiipe ait rendu au département des Côles-du-INord, c'est la destruction de lioisbardy; mais alors elle était dirigée par l'adjudant général Le Grublier, homme probe et lumiain, et qui savait respecter et les personnes et les propriétés. Il serait trop long do faire ici l'énumération des brigandages exercés par les colonnes mobiles et les contre-cbouans; ils égalent ceux commis par les chouans, et les assassinats dont ils se sont rendus coupables ne le cèdent guère en rien à ceux commis par les chouans.
L'administration du département des Côtes-du-Nord témoin des horreurs qui se commettaient par les militaires, sur son territoire, envoya il y a environ trois mois deux commissaires à Rennes pour exposer au représentant Blatliieu la situation du département; ils ne l'y trouvèrent pas, et les massacres ont continué.
Telle est la malheureuse position des campagnes des deux tiers du département des Côtes-du-Nord. Telle sera la position de la totalité de ce département, si on ne prend les mesures nécessaires les plus promptes pour faire respecter la justice et les lois dans ce département.
Les malheureux habitans des campagnes sont pillés par les chouans, ils le sont par les troupes républicaines; leur vie est continuellement en danger : leurs propriétés sont journellement dévastées : on les traite avec la même rigueur que les Vendéens, et cependant les assemblées primaires se sont tenues dans ce département : la constitution y a été acceptée; les électeurs y ont été nommés, et sur quatre-vingt-un cantons, huit seulement ou n'ont pas pu se réunir, ou les électeurs n'ont'pas osé se rendre à l'assemblée électorale.
Le déparlcinent des Côtes-du-Nord n'est pas encore perdu pour la République. Que la constitution soit rigoureusement observée, que les mesures révolutionnaires soient rejetées, et le département rentrera bientôt dans l'ordre.
On a dû remarquer que le fanatisme leligieux a plus d'empire sur les habitants ties campagnes de le département que le royalisme. On a dû voir que les mesures militaires qui y ont été omplovées ont augmenté le mal plutôt que d'y remédier. On ne demande pas à ménageries coupables, au contraire, il (;uil qu'ils soient punis et ipriis le soient rigoureusement; maisipie les peines soient applli|iiées suivant les rè(;k's prescrites par les lois et la constitution.
Ou'aui ini militaire nt; puiss(" se permettre de faire fusiller un indiNiilu (pii aura été vaincu et qui aura mis bas les ariiK's; qu'il soit tenu de l(! traduire devant les tribunaux.
(Jue tout militaire qui aura fait fusiller un homme dans son domicile ou (|u'il auia liouvé désarmé soit traduit devant les tribunaux cl (|u'ii y soit jugi- et puni comme un a>sassiu.
Oue tout militaire qui aura pillé la propriété d'un individu même reconnu chouan, soit puni comme voleur.
Puisque les prêtres ont été mis en liberté, puisque la constitution autorise le libre exercice de tous les cultes, que les administialions départementales et municipales protègent tous les ministres du culte qui so sont soumis purement et simplement à la loi du 1 1 prairial et à celle du ' , et qu'en même
teias il leur soit enjoint de faire poursuivre devant les tribunaux tout individu qui sous prétexte du culte troublerait l'ordre public; mais il est bien essentiel de ne point attaquer les prêtres comme uiiiiisires du culte, mais comme simples individus; car on ne peut |ias se dissimuler que le peuple ignorant et superstitieux qui voit attaquer l'idole de son culte, s'imagine qu'on l'attaque lui-même et se laisse facilement persuader que le ministre qui est puni obtient la couronne des martyrs.
Dans le nombre des insurgés il faut distinguer trois classes : 1 les émigrés, les prêtres qui ont refusé de faire la soumission |irescrite par les lois; 2" les déserteurs, les forçats, les vagabonds, les voleurs de profession, les mauvais sujets des campagnes qui soit par leur passé, soit parleurincouduite, ont contracté l'habitude lie mener une vie débauchée, scélérate et criminelle; 3° le cultivateur propriétaire, ignorant et faible, qui s'est laissé séduire et qui ne se livre aux excès qu'on lui fait commettre que parce qu'il y est contraint et qu'il est continuellement menacé de perdre la \ ie.
Les deux premières classes ne méritent aucun pardon. Le glaive lis lois doit les atteindre tons; maisceuxdela troisième classe mé- I lient des égards et des attentions : ceux-ci ne sont rebelles aux lois que parce qu'ils craignent en s'y soumettant d'être assassinés. C'est cependant sur cette classe que les colonnes mobiles et les contre-chouans frappent plus particulièrement, parce qu'ils Irouvent dans sa destruction les moyens de s'enrichir par le pillage. Il est donc, essentiel de supprimer les colonnes mobiles.
Si on veut terminer la guerre des chouans, il faut cerner les pays insurgés, placer des cantonnements d'abord dans les communes patriotes limitrophes des pays insurgés, afin do relever le courage des patriotes et de soutenir leur énergie, faire passer ces cantonnements d'une commune à l'autre en rétrécissant à fur et mesure que le patriotisme se réchauffera dans les communes; par ce moyen les cultivateurs probes et honnêtes se voyant protég'és ne craindront |)lus les émigrés et leurs satellit<>s, et ils seront les premiers à les dénoncer et à les faire arrêter. !Mais il faut (|ue la troupe ne puisse agir qu'après s'être concertée avec les autorités consli-
tuées et sur des réquisitoires. Ce moyen a été employé avec succès, et il est malheureux qu'il n'ait pas été constamment suivi. On doit aussi examiner s'il ne serait pas avantageux de supprimer beaucoup d'états-niajors; on ne voit que des généraux et adjudants wnéraux. Ces hommes qui craignent d'être supprimés à la paix ne se donnent aucun mouvement pour terminer la guerre.
Enfin il est instant d'organiser la gendarmerie et de lui assurer outre ses appointemens une récompense pour chaque capture qu'elle fera soit d'un émigré, soit d'un prêtre rebelle aux lois, soit d'un chouan. Mais surtout qu'on fasse disparaître le gouvernement militaire; que la discipline la plus sévère et la plus exacte soit observée dans les armées! En rendant le sort des officiers meilleurs, on parviendra à ce but; car s'il autorise quelquefois le pillage, c'est parce que n'ayant pas les moyens de vivre, il participe luimême aux vols qui se commettent.
Tels sont les moyens que l'on croit propres à ramener la paix et le calme dans le département des Côtes-du-Xord. Déjà les campagnes sont dégoûtées du chouannage ; pourvu qu'on les protège, qu'on purge quelques hordes de scélérats qui désolent ce département ; que les meurtres et les brigandages des militaires cessent et que des mesures justes et légales soient les seules dont on se serve, ce département est sauvé, et de son salut peut dépendre celui de plusieurs départements de la République; que le Directoire exécutif fasse une proclamation basée sur les principes qui viennent d'être établis; que ses commissaires y tiennent strictement la main, et les chouans du département des Cotes-du-i\ord n'existeront plus.
Sùjité : II. l'^i.Euni.
Tourne, ViSToni.E, Delaportf, Gai ltieh, Macaiht,
GuYNOT,
Pierre GuYOMAn.