‹ Georges de PodiébradChapitre 105 sur 183 · Politia liistorica, Tchas. tchesk. Mus., i885, p · texte numérisé non relu

Politia liistorica, Tchas. tchesk. Mus., i885, p

2. Querelle du inensouge et de la vérité, cité par Sabina, Histoire de la littérature tchèque, p. 83(j.

part d'activité libre et par conséquent de dignité? La tutelle bienveillante et minutieuse de certains maîtres n'est guère moins injurieuse et ne devait pas être beaucoup moins lourde que les dédains et les vexations des autres.

Les conseillers du village, écrit Smil, se souviendront de Dieu et ne toléreront pas les péchés publics. Ils obéiront à l'administrateur, feront ce qu'il ordonneya et décidera, avertiront les cultivateurs qui négligent leurs champs, et, s'ils ne s'amendent pas, préviendront l'administrateur. Ils interdiront les fêtes votives, les réunions de fileuses, les jeux, les danses et autres inconvenances, veilleront à ce que les aubergistes ne trompent pas les acheteurs sur la quantité ou la qualité des marchandises qu'ils leur livrent. Quand viendront la Saint-Georges et la Saint-Venceslas, ils réuniront les redevances et les porteront au château ; autant de jours de retard, autant de jours de prison. Quand ils en recevront l'ordre, ils rassembleront les hommes de corvée pour la chasse et tiendront la main à ce qu'on n'envoie pas des rabatteurs trop jeunes; ils s'assureront que chacun observe sur ses terres les mesures prescrites pour la conservation du gibier. Ils seront à la tête des corvées, maintiendront l'ordre et surveillefont le travail, parce que les employés du château ne peuvent pas être toujours là. Ils ne permettront aucun commerce, ne laisseront pas pénétrer dans les étables ou dans les granges avec des torches. Toute contravention, toute négligence est frappée d'une peine double de celle qui atteindrait le simple laboureur, et le seigneur se réserve le droit d'aggraver le châtiment. — Il est probable que dans ces conditions les charges municipales ne devaient pas être très enviées.

Et vous, paysans, continue le mandat, observez le saint jour du dimanche, allez à l'église avec vos enfants et vos gens, et, pour prouver que vous êtes chrétiens, évitez, ce jour-là, — sous peine de punition, — tout vagabondage dans les champs et dans les forêts. Obéissez à mon intendant et à mes employés comme à vos juges et à vos conseillers, exécutez leurs ordres sans retard, ne les attaquez pas

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ou ne les raillez pas dans les cabarets ou ailleurs, sous peine de punition. — Suit un long chapelet d'interdictions : défense de couper du bois sans autorisation dans la foret du seigneur : le coupable sera puni dans sa vie et dans ses biens. Défense d'avoir des chiens, à moins de les tenir en laisse pendant le jour: les bergers mêmes devront tenir en laisse ceux qui ieur servent à garder leurs troupeaux; la danse est punie d'emprisonnement; défense de fréquenter le cabaret ; quiconque aura vendu sa terre sans l'autorisation du seigneur ou aura aliéné ou engagé son champ, ses chevaux, son matériel d'exploitation, sera mis en prison pendant quinze jours, et le préteur perdra son argent; défense aux aubergistes de débiter d'autre bière que celle du château; défense de louer un domestique sans avertir l'intendant; défense d'avoir dans le village des tailleurs ou autres industriels et de leur donner quelque chose à faire, car il V a des villes et des bourgs, et, dans ces villes et ces bourgs, des ouvriers et des marchands pour que les paysans s'adressent à eux et que chacun aide ainsi son prochain à vivre; défense de vendre le blé, les oies, les poulets, les produits divers de la ferme, ailleurs qu'à la ville voisine ou sur tout autre marché seigneurial; quiconque désire parler à l'intendant, pourra se rendre au château, mais seulement le lundi ; peines rigoureuses contre l'adultère, la séduction, la débauche, etc., etc. '.

Que l'on parcoure tous les documents de cette époque,

i.Le mandat de Srnil a été publié dans le Tcliasopis Matitsé Moravskc, 1876. Il est de 1573. Cp. dans le mcnic recueil : Les corvées sur les domaines des scigncuvs de Pernstein, 18G9, p. 74; L'organisation de la commune rurale de Loutchany en /525, (1878, p. 102). — Dans le Tchasopis Tcheskélio Muséa, on a publié les mandats de Vojtiech de Pernstein, i525 (i835), celui deGriespek de Griespach 1519-89 (i835), du chevalier Jean Dobrzensky (1841), de la comtesse de Berk (1843), etc. Cp. encore sur la situation des paysans : l'Administi-ateur de Jean Brtvin de Ploskovits, i533; les Instructions à son ^Is de Jean Hasistcin de Lobkovits, 1 304, éditées par Kvict en i83i, etc., etc. Parmi les travaux contemporains, outre de très nombreux articles de revues, un travail fort remarquable de Zoubek, l'aggravation du servage ixvi xvr siècle, dans les Pamatky archœol., i8b3, p. ()3 ; Orth, Indrzichov-Hradets depuis la tin du xv siècle; Slavik, le domaine de Tabor; Wintcr, Rakovnik, dans le journ. du .Musée boh., 1882-84.

c'est la même impression qui se dégage : le serf n'est maître ni de ses actions, ni de ses paroles, ni de sa foi; il faut qu'il accepte la croyance de son maître, les prêtres qu'il nomme, les rites qu'il prescrit. Si le seigneur ménage ses hommes, ce n'est que par respect pour lui-même : quelle honte neressentirais-tu pas, dit un chevalier à son fils, si un laboureur, disposé à entrer à ton service, en était détourné par les renseignements que lui donneraient tes sujets.

L'intérêt du maître est la seule règle décisive ; il prime toutes les autres considérations. Le droit de propriété du paysan disparaît dès que le noble le juge utile : si un cultivateur n'exploite pas convenablement sa terre, on l'avertit d'abord, puis on le met en prison, et s'il persiste, on le force à vendre '. Il ne reçoit l'autorisation d'émigrer qu'après avoir trouvé quelqu'un qui accepte toutes ses charges et qu'agrée le seigneur. S'il a la permission de disposer de ses biens par testament, c'est à condition que le seigneur n'y perdra rien et qu'aucun legs ne sera fait à une personne habitant hors du domaine ^ S'il meurt, on se hâte de pourvoir sa veuve, vaille que vaille : l'important est que la terre ne reste pas en friche et les impôts en souffrance. Ses enfants sont appelés en service au château, y restent plusieurs.années, ne recouvrent une liberté relative que lorsqu'ils sont assez grands pour prendre la direction d'une parcelle et payer les redevances à la Saint-Gall et à la Saint- Georges ^.

A mesure que nous avançons, le préjugé aristocratique nous apparaît toujours plus fort, les paysans plus méprisés, leur condition plus fâcheuse. A la fin du xv' siècle, quelques formules rappelaient encore l'égalité primitive : les jurisconsultes les signalent à titre de curiosité, sans en comprendre toujours le sens. — Pour l'inscription des dots

1. Livre de Tovatchov,\>. 107-110. Cp. Brandi, glossaire, art. affranchissement. Les paysans ne peuvent pas faire inscrire leurs biens dans les Tables du Pays, — ce qui seul donnait à la propriété une garantie légale.

2. En i5i2, la règle s'établit gue le paysanne peut rien donner ou léguer sans l'autorisation de son seigneur.

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