‹ Georges de PodiébradChapitre 124 sur 183 · Tchas., 1879, p. 209 et · texte numérisé non relu

Tchas., 1879, p. 209 et

2. Un exemple, sans grande importance en lui-même, me paraît donner une idée assez juste de l'intempérance de langage de rarchevêque et du malentendu qui en résulta entre ses auditeurs et lui. — Lors de la persécution contre les Frères, on reproche à un de leurs prêtres, Martin, de ne pas se prosterner devant l'Eucharistie et de ne pas adorer les saintes espèces. « Le maître n'a-t-il pas dit, ne dit-il pas encore peut-être que le meilleur moyen d'honorer le corps du Sauveur est de recevoir dignement la communion »? repond Martin en se tournant vers Rokyt§ana, et il lui rappelle les expressions dont il s'est ser\i : l'obéissance est la meilleure adoration. — L'archevêque ne nie pas ses paroles, il se contente de les expliquer : elles n'ont pas la valeur que Martin leur attribue, il n'a jamais entendu s'élever contre l'adoration du Saint-Sacrement; elle a moins de prix devant Dieu qu'une communion reçue dignement, mais ce n'est pas une raison pour la négliger. « Si j'ai dans ma bourse de l'or, de l'argent et de la monnaie,

Pour montrer les effets funestes des divisions religieuses, il comparait volontiers l'Eglise à une voiture h laquelle on aurait attelé un cheval par devant et un cheval par dei-rière : chacun d'eux tire de son mieux, mais la voiture n'a\ance pas. On retourna plus tard spirituellement l'image contre lui. Il s'élançait à chaque instant vers les opinions les plus radicales, mais ce n'étaient jamais que de faux départs; le lien qui le tenait attaché à l'Kglise catholique était solide, malheureusement on ne l'apercevait pas toujours. On l'a" souvent remarqué d'ailleurs : ce qui agit, c'est l'homme lui-même, bien plus que ses opinions. Cet auditoire, préparé par tant de discussions et de combats, surchauffé, accueillait avec avidité les violences et les hardiesses. Rok3'tsana s'étonna plus encore qu'il ne s'indigna des conséquences qu'on tirade ses prédications, il chercha à calmer l'émotion produite, mais la parole lancée ne se reprend pas. Cet utraquiste timoré, qui avait tremblé toute sa vie à la pensée de tomber dans l'hérésie, se trouva avoii couvé une des sectes les plus hardies et les plus étrangères à toute superstition du passé qui soit jamais sortie du christianisme!

« Eh bien, Chrétiens, disait-il, ces discours agissent-ils sur vous? Je réponds : non. Il en est de ce peuple comme d'un âne : joue du luth à un âne, il entend, mais il n'en éprouve aucun plaisir. Ainsi ce peuple entend la parole de Dieu, mais cela ne produit sur lui aucun effet. » Tous cependant ne restaient pas indifférents à ses exhortations, et il se foiiiia bientôt autour de sa chaire un groupe d'auditeurs attentifs, persévérants, préoccupés de leur salut et décidés à le mériter par leur bonne volonté et leurs efforts. Le plus pieux, le plus remarquable aussi de ces auditeurs, était le neveu de Rokytsana, Grégoire, le véritable fondateur de l'Unité des Erères bohèmes.

jettcrai-jc ceux-ci parce qu'ils smit uioins pi-ecieux que rorr » Martin ne se déclara pas convaincu. — Quel est le coupable.' Celui qui, dans des sujets aussi délicats, se sert il'unc comparaison dangereuse, ou celui qui l'accepte dans son sens apparent et absolu? — Les Frères se sont attachés à la lettre des discours de Rokytsana, mais celui-ci n'aurait-il pas dû prévoir qu'il pouvait en être ainsi .'

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D'une famille sans fortune, mais noble, avec une instruction assez étendue, Grégoire ' n'avait jamais été tenté par les joies et les ambitions terrestres. Non pas que la décision lui manquât ou qu'il fiJt inhabile à manier les hommes, on s'en aperçut bien pendant les années de persécution. Indifférent aux fatigues et aux périls, il suffit alors à toutes les tâches: à la fois polémiste et administrateur, il a le zèle et la foi d'un apôtre; il est le lien vivant qui retient ensemble les groupes de fidèles dispersés dans la Bohême entière. Il sauve l'Unité, non pour jouer au chef de parti, mais par devoir, sans jamais réclamer d'autre privilège que celui du sacrifice et du dévouement. Les époques d'exaltation religieuse produisent de ces âmes, à la fois fières et réservées, que le danger n'épouvante pas, mais le succès, éprises uniquement de pureté et de justice. Il s'inquiétait peu du dogme, se défiait de la métaphysique et des métaphysiciens, mais il avait faim et soif de Jésus-Christ. Lorsque, quelques années plus tôt, Prjibram avait voulu donner à l'Utraquisme un clergé régulier, Grégoire avait répondu avec empressement à son appel, s'était précipité dans le monastère slave qu'il avait fondé, comme dans un refuge qui s'ouvrait devant lui. Autour de lui, peut-être dans ce même cloître slave, se réunissait la poignée de fidèles, qui, troublés jusqu'au plus profond de leurs cœurs par la pensée de leur misère, voulaient essa3'er de réaliser l'idéal que leur proposait l'archevêque.

Les relations entre Rokytsana et ses auditeurs devinrent bientôt assez intimes; il se forma entre le maître et les disciples une amitié tendre et confiante (1453). Ils lui demandaient des conseils plus précis, une direction plus immédiate. Une terreur surtout les -obsédait : le mauvais prêtre ne perd-il pas par ses péchés les pouvoirs que lui a conférés l'ordination? Évitez les prêtres faux et perfides, avait dit l'archevêque, mais demandez ceux qui sont fidè-

I. Sur Grcgnirc, comp. Palatsky, Gescli. von BœJimen, IV, i, p. 484; Gindely, Gesch. der bœhm. Briider, I, p. 21 ; Jirctchek, Rukoviét, II, 164; et Goll, Tchas., 1884, p. i56-i5yet p. iGy-iGy.

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les et allez vers eux recevoir la parole de Dieu. Si les actes religieux accomplis par les prêtres indignes n'ont aucune valeur devant Dieu, ne risque-t-on pas, en leur restant attaché, de se mettre en quelque sorte hors de l'Eglise? Rok3'tsana, tout en penchant en somme vers la doctrine catholique, l'indélébilité du sacerdoce, avait pitié de leurs craintes : il les engagea à se mettre à la recherche d'un directeur dont la conduite leur parût une garantie suffisante. Danb ce désir ils parcoururent le pa3's, « saisis de cette humeur inquiète si fréquente au début des mouvements religieux ' », s'attachant tour à tour aux prêtres les plus renommés pour leur piété ou leurs vertus, repris bientôt d'incertitudes et de doutes, blessés dans leur foi ou dans leur conscience morale, sans trouver nulle part la paix et le calme -. Leur enthousiasme, malgré tout, se doublait d'une sorte de réserve, de modération, de bon sens; les excès d'une piété peu éclairée leur causaient quelque indignation; leur déception fut cruelle ainsi quand ils pénétrèrent dans une des communautés pieuses les plus renommées en Bohême à cette époque, les Frères de Vilemov ■^. Ils tombèrent au milieu de fanatiques, poussant presque jusqu'à la folie ce culte de l'Eucharistie qui, depuis près d'un siècle, possédait tout le pays, convaincus que la communion ettace les péchés, même sans repentir, et guérit les maux du corps comme ceux de l'àme.

Ému de leur découragement, Rokytsana eut l'idée de les mettre en relations avec un homme dont l'avaient éloigné les événements et dont il était séparé par de très graves divergences, mais pour lequel il avait conservé une profonde estime, Pierre Kheltchitsky. Rokytsana est le père involontaire et repentant de l'Unité, Grégoire en est l'or-

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