LE CHRIST ET LE MONDE 3 I
la vie pauvre et humble du fils de Dieu et ne cro3'ez pas à sa parole '. »
La société civile n'est pas moins atteinte par la corruption que l'Église. Les pages dans lesquelles Kheltchitsky nous décrit les souffrances des pauvres et des serfs, Tinjustice des seigneurs, sont au nombre des plus éloquentes qu'il ait laissées. Il est né au milieu des paysans; il a vécu de leur vie de longues années : son âme droite et tendre crie d'indignation au souvenir de ce qu'il a vu partout autour de lui. Sa déposition, trop émue pour être déclamatoire, nous touche parce que nous la sentons sincère, que sous la phrase biblique nous apercevons le fait réel, les empiétements de la noblesse, le paysan puni de ses révoltes par une servitude plus lourde. Les plantes, nous dit-il, résolurent un jour de se donner un roi; elles offrirent la couronne d'abord à l'olivier, puis au figuier et à la vigne, qui la refusèrent. Elles s'adressèrent au chardon qui accepta." Puisque vous m'avez élu roi, leur dit-il alors, vous sentirez que je suis votre maître : je vous gouvernerai si bien que peu d'entre vous garderont intacte leur écorce. » Pauvres plantes, malheureux paysans qu'on écorce comme un tilleul. Racle, racle, dit celui-ci; le paysan est comme le saule qui vit dans l'eau, il se guérit vite. — Mais pourquoi donc pas? reprend un autre, tout reluisant de graisse, au ventre rebondi. Ce sont nos gens, nos pères les ont achetés, ils nous appartiennent pour toujours; nous en avons la preuve dans nos papiers et dans les registres publics. Pourquoi n'userions-nous pas de nos droits et de notre autorité sur eux? — Vos pères vous ont laissé des titres en règle, je n'en doute pas, mais ils vous ont transmis aussi un autre héritage, c'est la mort et l'enfer. Ils ont acheté et ils vous ont légué des terres et des âmes -! ils ont acheté ce