‹ Georges de PodiébradChapitre 130 sur 183 · Osviéta, p · texte numérisé non relu

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2. Kheltchitsky condamne-t-il la propriété ou seulement le mauvais usage de cette propriété? Son opinion me paraît un peu Hottante. Je traduis aussi exactement que possible : « Si vos pères vous ont acheté des hommes avec des biens et des terres, ils ont acheté ce qu'ils n'avaient pas le droit d'achc-

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qu'ils n'avaient pas le droit d'acheter, on leur a vendu ce qu'on n'avait pas le droit de leur vendre. Ces hommes avaient déjà un maître, Dieu, qui les a créés dans sa bonté et qui fait plus de cas d'un d'entre eux que de tous les trésors du monde. Le Christ les a rachetés, non avec de l'or et de l'argent, mais avec ses souffrances et son sang. Et ces libérés du Sauveur, vous usurpez sur eux une autorité sans limites : vous leur demandez de vous assurer une vie d'oisiveté et de luxe. Ils sont méprisés, moins bien traités que des chiens; on s'engraisse de leurs souffrances, on s'amuse de leurs larmes, on les accable de corvées comme un bétail réservé à l'abattoir. Au jour du jugement, ces larmes et ces souffrances crieront contre le mauvais maître. Un chrétien doit-il gouverner comme un païen ? Ne sommes-nous pas tous les fils d'Adam, souillés du même péché, affranchis par la même grâce! Aimez-vous les uns les autres, a dit l'apôtre, et qui aime son prochain remplit la loi '. — Ces revendications de légalité et de la dignité humaines sont fréquentes chez les prédicateurs chrétiens : est-il téméraire d'admettre cependant que le spectacle de la révolution oligarchique qui s'accomplissait alors et des misères du peuple a contribué à faire mieux comprendre à Kheltchitsky les paroles de l'Evangile, comme il a donné à ses protestations, qui par elles-mêmes ne sont que des lieux communs, un accent plus pénétrant et plus ému?

ter sur un domaine qui n'était pas à eux. Car telle est la véritable parole de Dieu : à Dieu appartient la terre et toutes ses dépendances, les montagnes, les vallées, les continents, les provinces; il est le seigneur de tout, et il gouverne dans sa justice souveraine les cieux et les terres qu'il -a créés. Qu'ont donné vos pères pour cette terre qui est à lui, afin de vous la laisser en toute propriété, à vous, ses ennemis? Celui qui n'est pas de Dieu, ne peut ni jouir justement de ce qui appartient à Dieu ni le posséder; il n'a d'autre titre que celui d'un usurpateur qui, injustement et par violence, occupe et détient un bien qui ne lui appartient pas. » {Osviéta, i8/5, p. 444). Il semble, dans ces paroles, que Kheltchitsky n'admet de légitime propriété que celle des justes : mais un peu plus loin et dans la suite du raisonnement, il ne parle plus que des mauvais traitements infligés aux serfs, de l'injure faite au Sauveur quand on regarde comme des bestiaux les créatures qu'il a rachetées de son sang; la première partie semble perdre ainsi up peu de son sens absolu et ne s'appliquer qu'à la possession de l'homme par l'homme. Les Frères n'ont jamais prêché le communisme. I. Osviéta, 44.3-450

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Prenons garde cependant de nous y tromper : Khéltchitsky est peut-être un révolutionnaire, ce n'est certainement pas un révolte. — Le riche et le noble qui abusent de leur autorité seront punis, mais Dieu seul a le droit de les frapper. Que le chrétien obéisse à son maître, quelque injustes que soient ses exigences; son humilité et ses souffrances lui serviront devant le Juge suprême. Le fidèle vit en dehors de l'État, mais ne s'insurge pas contre lui. La loi divine est la seule qu'il reconnaisse, mais elle lui ordonne de s'incliner devant les pouvoirs établis : rendez à César ce qui est à César. Toute tentative de résistance est criminelle; toute guerre, même la plus juste, est impie et mauvaise '; tout recours à la force est un péché. Le chrétien, lésé dans ses intérêts, se ré-signe et se soumet; si l'on exige de lui une action que lui interdit sa conscience, si on veut le contraindre, par exemple, à porter les armes ou à trahir la vérité, il refuse d'obéir, mais sans révolte, et subit avec résignation le châtiment de sa résistance. Il n'accepte aucune fonction publique, parce qu'il ne le pourrait guère sans compromettre le salut de son âme-; il ne siège pas dans les tribunaux parce que la punition des coupables est une sorte de vengeance et que le disciple de Jésus ne se venge pas ; l'Évangile d'ailleurs réprouve la peine de mort comme le serment. Pénétrés de la loi du Christ, les fidèles ne cherchent pas à s'élever au-dessus de leurs frères : il n'y a parmi eux ni nobles ni vilains, ni seigneurs ni serfs, ni maîtres ni esclaves ; tous sont égaux, également anoblis par le sacrifice du Fils de Dieu. Attentifs à éviter les pièges de Satan, ils ne recherchent pas la richesse, évitent le commerce qui surexcite l'avidité et ne va guère sans fourberies : les poids et les mesures ne sont-ils pas déjà une marque de défiance, une injure au prochain? L'habitation des villes est dangereuse pour le salut; Caïn les a inventées,

1. Voir sur rinipurtantc discussion relative à la légitimité de la guerre, au début des guerres Iiuss'tes, Goll, Tchas., 1881, p. 10, et Qitclleii. Il, p. 12-14 et -M-'^l-

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