‹ Georges de PodiébradChapitre 137 sur 183 · LA PREMIÈRE PERSÉCUTION · texte numérisé non relu

LA PREMIÈRE PERSÉCUTION

malades, répartissent les secours, distribuent les biens laissés à la Communauté par les membres morts intestats. La haute direction de l'Unité appartient à un conseil suprême formé par les anciens '. .

Chacun des Frères veille au progrès moral des autres, avertit les insouciants, encourage les faibles, réprimande les pécheurs, toujours prêt aussi à accepter avec reconnaissance et contrition les conseils et les remontrances. Dans les cas graves les coupables sont exclus de la sainte table, et, s'ils ne s'amendent pas,' excommuniés, c'est-àdire chassés de l'Unité.

Les Frères ne prétendaient pas que nul ne pût être sauvé en dehors d'eux et reconnaissaient qu'il y avait des élus partout, même parmi les serviteurs du pape. Ils tendaient cependant instinctivement à former une Eglise complètement séparée des autres. Peu à peu ils s'écartaient des rites ordinaires, supprimaient les ornements, simplifiaient la messe, condamnaient l'élévation et l'adoration du Saint-Sacrement. Ils ne se résignaient pourtant pas à rompre franchement avec l'Utraquisme, et leur incertitude se fût peut-être prolongée quelque temps, quand les événements précipitèrent la crise.

Les pouvoirs réguliers, ecclésiastiques et politiques, n'ont qu'une médiocre S3'mpathie pour les réformateurs qui leur demandent de modifier toutes leurs habitudes. Les prêtres des paroisses voisines de Kounvald, impuissants tant que les dissidents ne prêchaient que la réforme morale, profitèrent des changements introduits par eux dans le service divin pour les dénoncer et invoquer contre eux l'appui du bras séculier. La situation du roi Georges de Podiébfad était alors des plus difficiles; il venait de monter sur le

I. Sur cette organisation primitive de l'Unité, v. GoU, Tchas., 1884, p. 166. On s'est imaginé quelquefois que les Frères étaient de véritables moines, vivant en commun et soumis à une règle. Rien de moins exact. La vie conventuelle et les institutions monastiques ont toujours au contraire été condamnées par eux. Le nom de Frères qu'ils se donnaient n'avait qu'un sens mystique et chacun gardait sa maison séparée et son existence indépendante.

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trône et il n'avait pas encore le royaume bien en main; de nombreux seigneurs supportaient avec impatience son autorité et épiaient une occasion favorable de révolte; il le savait, et il n'avait pour lui ni la force de la tradition et de la naissance, ni l'appui unanime de la nation. Son intérêt comme son patriotisme lui prescrivait de ne pas exposer la Bohême aux calamités d'une nouvelle guerre religieuse; il craignait la Curie et la ménageait. Quelles que fussent d'autre part ses convictions personnelles, sa cause était attachée à celle des Calixtins : ils l'avaient fait roi, ils étaient ses seuls alliés véritables. Dès qu'on attira son attention sur les Frères, il se crut obligé de sévir, par conscience comme par politique. Il n'éprouvait certes aucune sympathie pour ces dissidents qu'il connaissait mal et dans lesquels il ne vit probablement au début que les continuateurs des Taborites. Il les avait sans cesse trouvés sur son chemin, ces fanatiques qu'aucune défaite n'écrasait, qu'aucun engagement ne liait, que tous ses adversaires, même les Catholiques, étaient sûrs d'avoir pour alliés. Ces émigrations, ces courses à travers le pays, ces prédications, ces s}'nodes, étaient-ils le prélude d'une nouvelle ihsurrection ' ? Lorsque l'ordre

t. Goll a quelque peine à admettre que le ixti ait été assez mal renseigné pour accepter au pied de la lettre les accusations des ennemis des l'rères; il ne les a pas pris, pense-t-ii, pour les continuateurs des Taborites, mais il avait besoin de prouver au pape sa bonne volonté, et par politique, il a frappé les F'rèrcs. [Tclias., 1884, p. 45o.) — Pourquoi cependant Gec)rges aurait-il été si bien renseigné ? Rokytsana, qui aurait pu dire la vérité, n'était pas en faveur et ne fut pas consulté. Les Frères n'étaient encore qu'une poignée d'hommes, et il n'est pas étonnant que leur doctrine fût mal connue. La différence qui les séparait des Taborites au point de vue du dogme était profonde, mais assez obscure, et la preuve, c'est que la plupart des historiens, avant (ïoll, ne l'ont pas aperçue; les adversaires qui les accusaient de nier la présence réelle n'étaient pas tf)us de mauvaise fui; (ieorges, qui ne se piquait pas d'être un grand clerc en nuUicre de dogme, ne pouvait-il pas s'y tromper? La confusion était d'autant phis permise qu'il y avait certainement dans l'Unité un certain nombre d'anciens Taborites. Au début, la Révolution avait présenté les mêmes symptômes. Le rapprochement est si naturel qu'il apparaît à plusieurs reprises de cotés différents. — A l'origine aussi, les Taborites s'étaient mis en route avec des bâtons et avaient souffert le martyre, « mais ils étaient ensuite partis pour combattre avec lies voitures, des faux, des fusils, des canons, et lii où on ne les accueillait pas, ils se battaient, conquéraient, pillaient, brûlaient. »( Val etchovsky). Chose cnrieiisc, les frèi-cs semblent eux-mêmes hantés par la i.i-.iinlc que l'Lnité

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commençait à renaître, fallait-il que des criminels ou des Tous le compromissent, et, en reveillant les inquiétudes du pape, rendissent peut-eti'e inutiles toutes les négociations? Si le roi apprit pai" la suite à mieux connaître les doctrines de l'Unité, ses préventions n'en furent pas sans doute beaucoup diminuées; quel Ktat, quelle société sei'aient possibles avec de semblables théories? Comme jadis les magistrats de la Rome impériale, les représentants de l'ordre légal au w^ siècle voyaient dans les disciples de Jésus- (ihrist les ennemis du genre humain.

La persécution contre les Frères commença probablement vers iqiH). On interdit les assemblées de Kounvald, mais ils continuèrent a se réunir sur le territoire de R\chnov qui devint alors leur centre le plus important. Les quelques membres que FLInité avait recrutés h Prague ', étaient les plus menacés, et ils ne furent pas toujours très prudents. Grégoire s'était rendu auprès d'eux, et, bien que les prédications secrètes fussent interdites, ils étaient rassemblés en assez grand nombre pour prier Dieu, quand ils furent prévenus par un avis officieux qu'ils allaient être arrêtés. Grégoire les invita à se disperser : quelques-uns refusèrent de s'éloigner, pris de ce besoin de souffrances, de cette folie du martyre, si fréquents à l'origine des religions, déclarant « qu'ils voulaient déjeuner des tenailles et dîner du bûcher ». Conduits en prison, ils ne sortirent pas tous victorieux de l'épreuve qu'ils avaient provoquée : « après avoir/déjeuné, quelques-uns ne voulurent pas dîner-. » On les retint quelques mois, puis on les remit en liberté-'; ils avaient abjuré leurs erreurs mais la formule d'abjuration, conçue en termes très généraux, d'une obscurité qui paraît voulue, semble calculée de manière à ménager la

ne subisse un jour une transformation pareille, prennent des mesures» pour t]u'il ne se passe pas chez eux quelque chose comme au temps de Zizka. » 'I.dukach, Jiretchck, Riikov.).

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