CHAPITRE rv
FIN DE LA DYNASTIE DES JAGELLONS
Les dernières années de Vladislas. L'anarchie. — Triomphe de l'oligarchie. Lev de Rozmital. — Les nobles et les villes. Barthélémy de Mûnsterberg. Jean Hlavsa et Pachek de Vrat. — État moral et intellectuel du pays. L'Humanisme. Ruine de l'Université; décadence de la littérature. Les jurisconsultes : Tstibor de Tsimbourg et Vchehrd. — La langue tchèque; dangers qui menacent l'indépendance nationale; affaiblissement du patriotisme, abaissement politique. — Louis Jagellon (i5i6). Coup d'état de i523 et réaction de 1524. — Bataille de Mohacz et mort de Louis, i526. — Fin de la dynastie des Jagellons; désastreuse influence qu'ils ont exercée et périls de la situation.
Les dernières années du règne de Vladislas Jagellon et celles pendant lesquelles le trône fut occupé par Louis Jagellon, comptent certainement parmi les plus lamentables périodes de l'histoire tchèque, si féconde cependant en tristesses. Elles illustrent en quelque sorte les fautes commises et en éclairent les désastreuses et fatales conséquences. Les luttes de classes dégénèrent en conflits personnels; il -ne s'agit même plus de savoir si l'oligarchie établira sa domination sur le reste de la population, mais si tel ou tel seigneur continuera impunément ses rapines ; aux chefs de partis succèdent les coureurs d'aventures; les ambitions deviennent plus acharnées à mesure qu'elles sont moins hautes. Les nobles discréditent parleurs excès et leurégoïsmele gouvernement des diètes et excusent d'avance tous les coups d'état, aussi incapables de les prévoir que de les conjurer. Ballotté de secousse en secousse, entre une royauté qui peut tout oser et ne sait rien maintenir et une féodalité inconstante dont l'insolence égale la pusillanimité, le pays ne connaît de la liberté que le désordre, de l'autorité que l'ar-
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bitraire, comme il n'a de l'indépendance religieuse que le 'désarroi moral et de l'affranchissement de Rome que la corruption et le servage du clergé. Dans les villes, le gouvernement direct aboutit à la dictature turbulente de quelques tribuns. Le sentiment national s'épuise en platoniques démonstrations, les esprits s'abaissent et les cœurs s'attristent; l'indifférence ou le pessimisme envahissent les âmes, et les plus nobles cœurs se détournent du monde, sans autre espoir que dans la vie éternelle.
Depuis son élection au trône de Hongrie, Vladislas ne fit guère à Prague que de courtes apparitions ; lorsqu'il revint en I Sog, tous ceux qui ne l'avaient pas vu depuis quelque temps, furent frappés du changement qui s'était accompli en lui. Il marchait sombre, préoccupé, « plus accablé que grave », comme écrasé sous le poids de la double couronne que lui avait imposée la fortune. De quelque côté qu'il tournât ses regards, en Hongrie comme en Bohême, il n'apercevait que des ruines. « En dehors des collines, des bois et des domaines où J'ai passé mon enfance, écrit Bohuslas de Lobkovits, je ne vois rien dans ma patrie de nature à satisfaire mon cœur. Les brigandages augmentent chaque jour; partout des divisions infinies ; — les Ordres, sans cesse en armes les uns contre les autres ; — les hauts dignitaires ne sont pas avares de paroles, mais que font-ils pour apaiser les troubles? Oublient-ils leurs anciennes haines? — Adonnés à la volupté et à l'avarice, ils ne s'accordent que lorsque leur intérêt le commande '. » Une lettre de 1 507 est plus mélancolique encore, et les réminiscences classiques qui se pressent sous la plume de l'humaniste ne suffisent pas pour mettre en doute la vérité d'un tableau que confirment tant de documents contemporains. « Partout la discorde et les suites qu'elle traîne après elle, la misère, la désolation et la peste; tous les maux qui détruisent les plus puissants royaumes se sont rués sur nous. La désunion qui règne entre les différentes classes