‹ Georges de PodiébradChapitre 161 sur 183 · I.F.V 1)F, UOZ. MITAI · texte numérisé non relu

I.F.V 1)F, UOZ. MITAI

ncral se ressentirent de l'Incertitude de la situation, furent mesquines et ti^istes.

Après ce grand etfort, \'ladislas retomba dans sa torpeur et l'autorité ne fut pas mieux respectée quand il y eut deux souverains au lieu d'un. Depuis que le roi séjournait ordinairement en Hongrie, ses fonctions en Bohême ne consistaient plus guère qu'à désigner un certain nombre de seigneurs en faveur desquels il renonçait à ses pouvoirs; encore son choix n'était-il pas libre, et se bornait-il le plus souvent à confirmer les choix de la diète. En 1 5o8, à la diète de la Saint-Jacques, il avait demandé aux régents de garantir les dettes énormes qu'avaient imposées à la couronne l'avidité des courtisans et le gaspillage universel, et il leur avait abandonné, en échange, l'administration de tous ses revenus. Désormais, l'abdication était complète. Les créanciers du roi formèrent une sorte de syndicat qui exploita le pays sans pudeur et sans mesure; jusqu'au moment de l'avènement de Ferdinand L''", le royaume est abandonné à une bande d'agioteurs qui foulent aux pieds toutes les lois, ne tiennent aucun compte des besoins ou des désirs de la nation et dont les violences et les exactions alarment les intérêts, soulèvent les consciences et provoquent des résistances qui mettent le comble à l'anarchie.

L'homme qui a attaché son nom à cette période d'exploitation, est Lev de Rozmital. ZdéniekLev de Rozmital était le neveu de la reine Jeanne, la femme de Georges de Podiébrad; son père, très remuant, avait joué un rôle assez en vue dans les derniers événements et commencé la grandeur de sa maison. Au début, Zdéniek s'était réclamé du parti modéré et de Guillaume de Pernstein; mais, soit que ce ne fût là que l'habileté du politique qui cache son ambition et cherche avant tout à se ménager des complices, soit qu'il ait été entraîné parles événements et ait subi la contagion morale qui fait tant de victimes à cette époque, il ne songea bientôt plus qu'à profiter de la décadence de la ro}-auté pour assouvir ses instincts de domination et de rapine. On l'a loué d'avoir en général respecté les formes légales, et l'on

LEV DK ROZ>fITAI, 3j3

admire en lui quelques velléités de rétablir l'ordre public : — • quel est le partisan qui, après avoir conquis le succès par les pires mo3'ens, ne tente pas ensuite de consolider sa fortune en soumettant les factions? Et n'est-ce pas un révolté, et le pire de tous, l'homme dont l'hypocrisie fausse l'esprit même delà constitution, en respectant la lettre des décrets? De quel droit voulut-il ensuite exiger des autres l'obéissance à la loi, et quelle confiance méritaient ses décisions, lorsqu'il ne s'inspirait jamais de la justice, mais de son intérêt personnel? — Sans grande instruction, avec les qualités secondaires d'un conspirateur, il n'avait ni la hauteur de vues ni l'élévation de sentiments ni l'étendue et la clarté d'esprit qui, seules, désignent les véritables conducteurs de peuples. Son modeste mérite fut de comprendre, dès la première heure, les avantages de la liquidation dont Vladislas voulait se décharger sur les seigneurs. Au moment où il accepta de devenir ainsi la caution du roi, sa fortune était médiocre; en quelques années et malgré les sommes énormes qu'il dépensait pour satisfaire ses besoins de luxe ou accroître ses partisans, grâce aux intérêts fantastiques qu'il touchait, accrus encore par toutes sortes de bénéfices illicites, il devint un des plus grands propriétaires de la Bohême. Et ce roi, qu'il volait effrontément, liii fut reconnaissant de son apparente générosité! La réserve de Guillaume de Pernstein et des nobles les plus honnêtes irrita Vladislas, il se jeta tout entier dans les bras de Lev, jusqu'au jour où celui-ci, usufruitier de presque tous les domaines royaux, appu3'é sur des légions d'affidés et de complices, maître de l'administration qu'il avait remplie de ses créatures, fut assez fort pour tenir en échec le peuple tout entier et braver l'autorité rovale elle-même '.

I. Sur cette période, cons. avec Palatsky, qui ne me semble pas assez sévère pour Lev, les nombreux et importants travaux de Rézek, et surtout, Vladislas et Louis, dans le Journal du Musée boh., 1882. « Lev avait une politique fort ambiguë, son caractère était sans droiture; sa coutume était d'exciter les passions, puis de s'étonner de leur violence; il attisait le feu et se lavait ensuite les mains du mal qu'il avait fait )> (p. 221). J'ai déjà indiqué plus haut comme principale source pour cette période les Lettres de Lev de Roimital, publiées dans VArdiiv tchesky.

LEV DE ROZMITAL

Encouragées par l'exemple venu d'en haut, toutes les passions égoïstes se déchaînèrent; comme la loi n'existait plus, les intérêts menacés ne comptèrent que sur la force. Lev de Rozmital encourageait toutes les usurpations des nobles contre les villes: les bourgeois formèrent des ligues et prirent les armes. La tyrannie de Zdéniek s'appuyait sur les Catholiques : les Utraquistes, dont les privilèges étaient contestés, s'organisèrent pour la résistance. Parmi les nobles, tous ceux dont il avait froissé l'orgueil ou repoussé les demandes, s'insurgèrent contre la tyrannie qu'un de leurs égaux voulait leur imposer; l'orgueil blessé réveilla en eux les scrupules du patriotisme et les unit à ceux dont la probité redoutait sincèrement pour la Bohème les conséquences de ce régime déplorable. Les factions redoublèrent de violence, et la confusion des intérêts individuels et des luttes de castes rendit la situation presque inextricable.

A la fin de la période des Jagellons la société paraît vraiment retourner à la barbarie; il n'y a même plus de partis: aucun groupe n'a de programme réel ni de personnel permanent, les palinodies sont incessantes, les variations perpétuelles, et, au milieu de cette suite continuelle de traités, de guerres, d'alliances, de ruptures, dans cette mêlée désordonnée, les idées de patriotisme et de devoir s'effacent chaque jour davantage devant l'instinct primitif de la lutte pour la vie. « La Bohême, écrit alors l'écrivain polonais qui nous a laissé sur cette période d'intéressants souvenirs, est pleine de séditions et de troubles; les Ordres sont divisés les uns contre les autres; partout des ligues et des factions : les uns défendent l'autorité des tribunaux, les autres refusent d'obéir aux lois et aux jugements, les autres enfin préfèrent piller plutôt que de se soumettre à la justice : aussi la Bohême est-elle pleine d'embûches et résonne tout entière du bruit des armes. »

Vers la fin du règne de Vladislas cependant, les divers ennemis de Lev se rapprochèrent. Les villes venaient de trouver ce qui leur avait manqué jusqu'alors, un chef capable d'organiser leurs forces et de transformer en un véritable parti

MOin ni'; vlahislas SyS

politique ce qui n'avait été si longtemps qu'une masse Hottante de colères et de rancunes. Un petit tils de Georges de Podiébrad, jeté par le hasard dans le camp des bourgeois, Barthélémy de Munsterberg, avait bientôt révélé de véritables qualités de gouvernement. Sans grands scrupules, entouré d'aventuriers suspects, il avait, à défaut d'une grande valeur morale, une intelligence ouverte et claire; il avait compris que la force de Zdéniek ne consistait que dans le manque d'entente de ses adversaires et qu'il ne résisterait pas à la coalition des intérêts qu'il avait lésés. Éloquent, avec la verve d'un démagogue et la souplesse d'un courtisan, il séduisit les Praguois, réveilla la jalousie des chevaliers qui surveillaient avec quelque défiance les projets politiques et religieux de Rozmital, et groupa autour de lui les nombreux seigneurs qu'inquiétaient les visées du chef de l'aristocratie.

Barthélem}^ de Munsterberg ne pouvait rien sans l'appui du i€)i; il travaillait à lui ouvrir les yeux sur ses véritables intérêts, lui montrait le grand rôle qu'il lui réservait et la force que trouverait la monarchie dans une alliance avec les éléments modérés et pacifiques. Vladislas était déjà convaincu; le difficile n'était pas d'obtenir son adhésion, mais de la transformer en collaboration durable et active. Barthélémy n'y avait pas encore réussi quand il se noya en traversant le Danube (i5i5). Ses vastes projets furent abandonnés; cependant son intervention ne fut pas complètement inutile, et, depuis ce moment, Lev et les seigneurs qui le soutenaient eurent à compter avec une opposition plus compacte et plus hardie.

Vladislas mourut l'année suivante (i5i6), avant 'd'avoir pris un parti. Ses incertitudes se retrouvèient jusque dans son testament. Il donna pour tuteur à son fils un cousin de Barthélémy, Charles de Munsterberg, petit fils comme lui de Podiébrad. — Charles rêvait la succession de Barthélémy, dont il n'avait malheureusement ni l'audace ni la perspicacité, et il était lié avec les villes par un traité d'alliance et de subsides. — Mais, par une de ces contradictions dont

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