RÉGENCE DE LEV
il était coutumier,Vladislas lui avait donné pour co-régents, pendant la minorité de Louis, un catholique et un oligarque convaincu, Chihovsky de Riesenberg, et le grand burgrave lui-même, le principal fauteur du désordre, l'ennemi implacable des villes, le contempteur du pouvoir royal, Lev de Rozmital. Pas plus qu'entre les partis intérieurs, Vladislas n'avait osé choisir entre les alliances étrangères, et il avait confié la haute tutelle et en quelque sorte recommandé son fils à la fois à Sigismond de Pologne et à Maximilien d'Autriche.
On eût cherché de propos délibéré à organiser le gâchis qu'il eût été impossible de mieux faire. Non seulement il était plus que probable que le roi de Pologne et l'Empereur ne songeraient qu'à exploiter à leur profit l'autorité qu'on leur confiait, mais leur jalousie paralysait leur action : les divers partis politiques ou religieux rivalisèrent d'efforts pour les gagner à leur cause, s'abritèrent sous leurs décisions quand elles leur étaient favorables, passèrent outre quand elles leur déplaisaient. Maximilien et Sigismond avaient trop d'affaires sur les bras pour s'occuper avec beaucoup de suite de la Bohême; l'anarchie ne leur déplaisait pas, elle leur livrerait un jour le royaume qu'ils convoitaient également; Lev favorisait les catholiques, ils n'avaient aucune raison sérieuse de le contrecarrer : ils se contentèrent d'une reconnaissance platonique de leurs droits, n'intervinrent qu'à de rares occasions, et toute l'influence appartint en réalité à Zdéniek.
Il multipliait les déclarations patriotiques, assez adroit pour que beaucoup d'honnêtes gens se prissent encore à ses paroles, et, sûr de l'impunité grâce à la rivalité de l'Empereur et de Sigismond, attisait le désordre pour augmenter sa fortune. En vain, quelques nobles, plus clairvoyants, dénonçaient-ils ses intrigues et insistaient-ils sur la nécessité d'un changement complet de politique : Chers seigneurs, écrivait le vieux Guillaume de Pernstein, pensez à ce royaume; si les trois Ordres ne se réunissent pas, si le droit n'est pas observé, il n'y aura plus ni sécurité ni sta-
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bilité; nous aurons un droit, et ce sera comme si nous n'en avions pas; quelle constitution nous protégera? Que la volonté de Dieu soit faite! Ni les païens ni les chrétiens n'ont pu ruiner ce royaume; le ruinerons-nous de nos propres mains? Notre jeune roi le perdra-t-il par notre faute? Quelle honte pour nous! Quelle infamie s'attachera à nos mémoires ' ! — La plupart haussaient les épaules en entendant les objurgations du vieillard. Les plus honnêtes écoutaient tristement ; que signifiaient les discours? Quelle confiance après tout méritait Pernstein? N'était-il pas lui aussi entiché de tous les préjugés de sa caste et n'avait-il pas appuyé la plupart des revendications des Seigneurs contre les villes?
Les assemblées cependant ne résistent guère à certains appels, et leur majorité se prononçait souvent contre Lev; mais sa puissance était si solidement établie qu'elle défiait toutes les attaques. Lorsque les diètes étaient maf disposées, il traînait les débats en longueur, lassait la patience de ses adversaires et restait maître du terrain. S'il ne parvenait pas à empêcher les votes hostiles, il en était quitte pour ne pas en tenir compte. Plusieurs années s'écoulèrent avant que les États obtinssent des régents le relevé des dettes royales. En i5i7, on finit par supprimer la régence et on confia le gouvernement aux grands fonctionnaires : mince avantage, Lev ne régna plus comme tuteur, mais comme grand burgrave. Les dilapidations ne diuTinuèrent pas. Rozmital avait gagné à sa cause Pierre de Rosenberg qui, par ses immenses richesses, son nom, la gloire de sa famille, exerçait sur la noblesse une énorme influence; plus sûr que jamais de son pouvoir, il se livra sans frein à tous les caprices de son égoïsme et de sa fantaisie.
Lassés d'attendre de la royauté un secours toujours refusé, les bourgeois ne prirent conseil que de leur désespoir. Depuis l'émeute de 1488, Prague formait au milieu du royaume une petite république démocratique. Non