‹ Georges de PodiébradChapitre 17 sur 183 · I. A)iciciuicii clironiqjics tchèques, p. i · texte numérisé non relu

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5o LES CALIXIINS ET LA PAPAUTE

aussi peu d'ctVorts; elles comptent aussi parmi les meilleures de la vie de Georges, ces années de jeunesse dont aucune angoisse n'assombrit l'horizon, dont aucun souvenir attristé ne trouble la sereine confiance. Il a eu des moments de gloire plus brillante et de puissance plus complète, il a déployé des qualités plus éclatantes et plus héroïques ; jamais son dévouement à la Bohême n'a été ni mieux inspiré ni mieux récompensé.

Malgré tout cependant, et au milieu de la satisfaction générale, un point noir : les rapports de la Bohème avec l'Eglise romaine. On n'était pas en guerre, puisque les négociations continuaient et. que d'ailleurs les Tchèques protestaient de leur soumission ; mais l'on était encore bien plus loin d'être .en paix, puisque les papes n'avaient toujours pas confirmé les Compactais et que les Hussites ne tenaient en fait aucun compte des décisions de la Curie. Les désastres des croisés, dont le souvenir vivait encore très cuisant en Allemagne, conseillaient aux papes la prudence; mais, s'ils avaient renoncé pour le moment à lancer sur les hérétiques des armées qu'ils auraient eu sans doute quelque peine à recruter, ils n'abandonnaient rien de leurs prétentions. Leur volonté immuable, — et elle était légitime dans un certain sens, et dans tous les cas des plus compréhensibles, — était d'amener les Hussites à se soumettre, sauf ensuite à récompenser cette soumission par quelques concessions. Rien n'était plus éloigné de la pensée des Utraquistes qui répondaient à toutes les sommations : Nous avons un traité, librement consenti, en règle; nous deniandons qu'il soit révisé sur certains points, mais nous n'entendons pas qu'on remette en question les avantages essentiels qu'il nous confère. Comme de plus ils avaient des raisons trop évidentes pour n'avoir dans les promesses de la cour pontificale qu'une confiance limitée, ils exigeaient une. garantie, la nomination à l'archevêché de Prague d'un utraquiste, de Rokytsana, qui avait été désigné par la diète et dont l'action dc.ns l'Église tchèque rappelait celle de Ptatchek et de Georges dans l'État. Le dialogue menaçait

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de continuer longtemps sans résultat; les deux parties restaient en présence, sans vouloir et presque sans pouvoir rien céder de leurs conditions.

La diplomatie romaine cependant est fort ingénieuse à concilier ses intérêts et les principes : elle sait qu'il ne convient pas de brusquer les choses et qu'un mouvement d'impatience a été suivi plus d'une fois de longs regrets. Il }■ avait parmi les prélats des convaincus et des enthousiastes, aux }'eux desquels tout pacte avec l'hérésie était une impiété et comme une apostasie, et il leur revient une grande part de responsabilité dans la rupture dernière; mais il ne manquait pas non plus d'esprits plus calmes et plus souples qui avaient une idée plus exacte de la réalité et n'étaient pas éloignés d'en tenir compte. Les papes eux-mêmes, Eugène IV 143 I - 1447 , Nicolas V ( 1 447-1 455 , Calixte III ( 1455-58', bien qu'assez mal disposés en somme, n'avaient après tout de parti pris absolu que sur un point : obtenir la soumission des Tchèques; sur le meilleur moyen d'}' arriver, ils ne repoussaient pas la discussion, se demandaient par moments si le parti le plus sûr n'était pas encore de l'acheter par quelques promesses. Ils ne s'arrêtèrent pas à cette pensée, revinrent à leurs premières et inflexibles résolutions, se rangèrent détinitivement du côté des fanatiques, mais après diverses oscillations, moins par suite d'une conviction impérieuse que sous la pression des circonstances. A l'origine, leurs intentions n'étaient pas aussi arrêtées qu'on le suppose d'ordinaire ; une entente n'était donc pas absolument impossible, mais seulement très peu probable et très difficile; elle exigeait non seulement beaucoup de bonne volonté réciproque, mais une extrême habileté, une grande constance et un concours presque extraordinaire de chances favorables. (]omme l'événement le prouva, le moindre hasard pouvait tout compromettre et une fausse démarche détruire toute espérance de paix.

Les difficultés croissantes avec le Concile de Bàle avaient détourné quelque peu l'attention d'Eugène des affaires de Bohême, — paru aussi devoir adoucir ses dispositions, l ne

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diplomatie hardie et sans scrupules aurait obtenu beaucoup du pape et du Concile en les effrayant l'un par l'autre; Sigismond indiquait sans le vouloir aux Bohèmes la voie à suivre quand il demandait aux Pères de confirmer Rok}^sana comme archevêque, « faute de quoi il serait obligé de s'adresser au pape », ou <j|iL'il écrivait au pape pour obtenir de lui ce qu'il n'espérait pas arracher à l'assemblée (1437). Malheureusement, on savait ce que valaient .ses protestations, et il avait grand soin lui-même d'avertir les légats qu'il ne s'agissait que de donner une apparence de satisfaction aux Hussites '.

La mort de Sigismond interrompit les négociations. Au milieu de l'anarchie générale, avec qui Rome eût-elle traité? Et à quoi bon un traité alors que l'hérésie était en pleine dissolution? Il n'y avait qu'à la laisser s'éteindre de sa belle mort. — L'Utraquisme trompa toutes les prévisions, mais la longue crise qu'il avait traversée ne lui avait pas permis de profiter des embarras de la papauté ; le schisme durait encore, (il ne fut terminé que par l'abdication de l'antipape Félix V)(i448), mais, depuis plusieurs années déjà, la soumission du Concile n'était plus qu'une question de temps. La Curie avait retrouvé la pleine liberté de ses mouvements avant que les Hussites eussent repris toutes leurs forces.

Les inquiétudes de la papauté avaient été vives, elle fut grisée par la rapidité de son triomphe. Elle avait vaincu le Concile, écrasé toutes les velléités de révolte ; les peuples s'étaient les uns après les autres prosternés devant elle. Elle se prit à songer qu'elle avait été jusque-là trop timide et qu'il lui suffirait de marcher hardiment aux difficultés pour qu'elles s'évanouissent. Elle avait bravé les plus puissants souverains, et une poignée d'hérétiques la tiendrait en échec! L'ivresse de ses succès l'emporta sur sa prudence ordinaire : la tentation d'abuser de sa fortune fut trop forte. Elle ne prit même pas le temps de se renseigner exactement : elle n'avait pas suivi le mouvement de concentration qui

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