‹ Georges de PodiébradChapitre 16 sur 183 · PROSPÉRITÉ DE LA BOHÊME · texte numérisé non relu

PROSPÉRITÉ DE LA BOHÊME

coups possibles; on était tout entier à la joie de respirer un peu après tant de secousses. « Alors, dit le vieux chroniqueur, régnait une grande satisfaction dans le pays '. » Le commerce, depuis longtemps interrompu, reprenait, et les marchands accouraient en foule des contrées voisines. Dans les pays naturellement riches, les grandes crises sont suivies, dès que le calme est rétabli, d'une reprise immédiate et presque violente ; c'est une convalescence vigoureuse, exubérante : l'activité est générale, la production augmente, les transactions se multiplient; tout le monde se croit riche et le paraît. Georges espérait bien rendre durable cette prospérité : de l'anarchie dont il était sorti et par laquelle il était arrivé au pouvoir, il avait conservé une horreur extrême du désordre, le besoin des situations régulières et des lendemains assurés. Il ne lui suffisait pas d'avoir terminé la révolution, il voulait mettre le pays à l'abri de nouvelles convulsions.

Dans ce but, il cherchait a relever la ro3'auté de l'impuissance où elle était réduite, reconstituait le domaine ro}al qui, dans un État encore tout féodal, formait le principal élément de la force du souverain, rachetait quelques biens, contraignait les usurpateurs à restituer ceux qu'ils détenaient illégalement. Fort de ces richesses reconquises, soutenu par la reconnaissance populaire, appu^'é sincèrement par les villes, — satisfaites de la prospérité des affaires et de la' loj^auté avec laquelle on respectait leur liberté religieuse, — le roi pouvait braver sans danger les intrigues des mécontents et des ambitieux. Libre de tout souci intérieur, la Bohême, par la nature des choses, reprenait au dehors l'influence qui appartient à une nation populeuse, vaillante et riche. Les plus belles espérances semblaient légitimes, et l'avenir s'annonçait radieux. Le règne de Ladislas le Posthume (1453-57) compte certainement parmi les années les plus heureuses et les plus fécondes de l'histoire tchèque ; jamais peut-être tant de progrès n'ont été réalisés en aussi peu de temps et avec

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