DANGERS QI'I MENACENT LA BOHÊME
les troupes étaient en grande partie composées de Bohèmes, les colons qu'il a appelés, ont réveillé chez ces montagnards la conscience nationale ; depuis lors, se nouent entre les Tchèques hongrois et ceux du Royaume des relations que la propagande des Frères bohèmes et l'arrivée des émigrés, à la suite de la bataille de la Montagne Blanche, rendront plus étroites et qui se sont maintenues jusqu'à nos jours; toutes les persécutions des Magyars ne détruiront pas l'œuvre des hérétiques bohèmes '.
Quel progrès accompli, quel chemin parcouru depuis l'époque où « le tchèque était comme exilé dans sa propre patrie. » Pourquoi dès 'ors les inquiétudes, les funestes prévisions? N'avait-on pas le droit de sourire de ces terreurs, auxquelles les faits donnaient un démenti éclatant? Après tout, l'anarchie ne serait pas éternelle, les luttes religieuses s'apaiseraient, la torpeur intellectuelle, résultat d'une surexcitation trop violente, ferait place aune activité féconde; à toutes les époques, les esprits chagrins prophétisent des catastrophes. Une seule chose importe, c'est l'indépendance de la patrie : lorsque la langue maternelle résonne librement, lorsque tous les enfants du sol natal sont prêts à se lever contre l'envahisseur, où donc est le danger? Et à quelle époque la langue avait-elle été plus en honneur, ou qui donc oserait accuser les seigneurs tchèques d'alors de ne pas avoir aimé la liberté et la patrie?
La postérité, justement sévère pour les représentants de la politique désastreuse qui dominait alors en Bohême, ne les calomnie pas : oui, les nobles bohèmes aimaient leur patrie, la voulaient libre, grande et respectée. Malheureusement, en histoire pas plus qu'en morale, les bonnes intentions ne suffisent. — C'étaient aussi des patriotes, ils l'ont prouvé plus tard, que ces nobles Polonais qui préparèrent l'asser-
I. Les Slovaques appellent cucorc le tchèque la langue biblique; la prédication chez eux se fait en tchèque et l'on garde comme une relique dans les parnisses et dans quelques châteaux la Bible publiée par les Frères bohèmes, l'itch, l-'.sqitisxc de l'hiatuirc politique et littéraire des Slovaques,
d.Dis le Slin'jausky StHnnik, i Sy5.
DANC.inS QIM Ml'NACKNT I.A ndUKMK
visscment et le partage de la lépublique. Le patriotisme n'est Iccond que s'il est servi par des intellii^ences droites et des à mes pures; sans cela, il se gaspille en déclamations sans poi-tée t)u en manifestations sans lendemain. Il est moins ditlicile d'être héroïque — et moins utile — que d'apprendre a suboi'donner ses ambitions à l'intérêt public, et la passion la plus noble s'atVaisse, impuissante, si elle n'est pas contenue et dirigée par une volonté constante et ferme. Kst-il possible même que l'amour de la patrie ne subisse pas quelques atteintes quand l'ame tout entière est desséchée par la cupidité et l'égoïsme, et les seigneurs tchèques étaient-ils sLirs de retrouver du premier coup, non certes le coui'age, mais l'esprit de sacrifice qu'exigent les grandes crises et les périls suprêmes? L'anarchie est un poison mortel qui use les organismes les plus sains. A ce moment nième, la plupart des mesures prises pour assurer la victoire de la langue tchèque, est-il si sur qu'elles fussent inspirées par le souci du bien commun ? Kn écartant les étrangers, les nobles ne songeaient-ils pas surtout à atfaiblir l'inriuence de la royauté et à écarter de dangereuses concurrences? Depuis un siècle, la fortune travaillait poui" les Slaves, mais une i^éaction était-elle impossible à prévoir? Les progrès de la race tchèque étaient bien plus, dès lors, Vœuvre du hasaid que dune politique nettement apei'cue : les etlets de la tiè\ le ré\ olutionnaire qui avait soulevé la nation au début du x\'' siècle, continuaient à se faire sentir longtemps après que cette lièvre était tombée, mais ils ne dureraient pas touiours: la haine qu'inspirait encore l'Allemagne s'apaiserait à mesure que le souvenir de l'ancienne oppression s'ellacerait ; elle n'était plus guère entretenue que par les dissentiments religieux. Ht déjà la Réforme luthérienne avait commencé; les deux pa\'s allaient être rapprochés par leur commune opposition à la papauté. D'autre pai't, l'alVaiblissement de l'Kmpire germanique ne serait pas éternel; à l'ouest, de puissantes monarchies s'étaient élevées; le tiot de l'immigration reliuerait vers l'est. Le coui'ant de l'invasion ix-prendrait : que lui opposerait-on? —
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Des lois? des manifestes? — On s'apercevrait vite alors qu'une nationalité qui n'est plus représentée que par quelques centaines de familles, est à la merci de tous les hasards.
Les temps étaient encore favorables, mais à condition qu'on se hâtât de mettre les circonstances à profit, et il eût fallu pour cela plus que quelques décrets qui n'atteignaient pas le fond des choses, une politique plus large, plus haute, plus constante et plus ferme. L'avenir de la race tchèque ne sera complètement garanti en Bohème que lorsqu'elle aura reconquis ses frontières naturelles et repris les territoires qui s'ouvrent au pied des montagnes et que la fatale politique des derniers Przémyslides a livrés aux étrangers. — Jamais plus qu'au xv^ siècle, il n'eût été naturel de s'efforcer de réparer l'erreur des Otakars, et jamais le succès n'eût été plus probable : on ne s'y essaya même pas. Les Allemands conservèrent, par une coupable négligence de leurs adversaires, d'importantes possessions et comme des tètes de ponts d'où ils rouvrirent bientôt l'attaque ; tous les progrès réalisés n'eurent ainsi qu'une valeur momentanée et fictive. Même à cette époque, sur certains points, l'infiltration allemande commence à reprendre, à l'est de l'Elbe, — dans la région des Monts Métalliques, où la découverte de nouveaux gisements miniers attire des ouvriers étrangers et où ils sont protégés par divers seigneurs. L'exemple des comtes de Schlick, qui, de ce côté, se séparent du royaume et restent soumis à la Saxe de 147 1 à i5o5, aurait dû attirer l'attention des Tchèques : ils préfèrent détourner les regards; la résistance de tous les jours fatigue vite leur impatience ; quand, par hasard, un seigneur bohème achète des terres dans ces parages, il se dégoûte bientôt des difficultés qu'il rencontre, revend ses biens à tout prix, et, pour ne pas vivre au milieu des Allemands, leur laisse le champ libre.
Ils sont trop nerveiix, trop épris de bruit et de discours, trop avides d'émotions et d'argent, pour se plaire aux œuvres de longue haleine, aux lents et obscurs combats. Ce qui les passionne, ce sont les intrigues de couloirs, les dis-