VI PREFACE
regrets indulgents. Lors même que le jugement est le même, les considérants varient. Est-il possible qu'il en soit autrement, est-ce même désirable? Toute histoire est une thèse, c'est-à-dire un plaidoyer. Je n'ai écrit ni sans amour ni sans colère. Tous ceux qui croient au progrès de la civilisation et pour qui la liberté de la pensée n'est pas une chose indifférente ne sauraient se défendre d'un sentiment de tristesse et d'étonnement à la vue de la réaction subite qui faillit, vers le commencement du xvii^ siècle, restaurer la domination de l'Église catholique. Chaque affranchissement de l'humanité exige des victimes expiatoires ; une loi, dont l'immoralité nous révolte, condamne à de cruelles angoisses les peuples qui ont les premiers ouvert au monde une voie nouvelle. L'impartialité ordonne-t-elle de n'éprouver ni reconnaissance et pitié pour les victimes, ni haine pour les bourreaux? — Je n'ai rien caché des fautes des premières ou des vertus des seconds, mais il m'eût été impossible d'aller plus loin, et je ne m'y suis pas efforcé.
Une longue période de ma vie a été remplie p»r la préparation de ce travail, mais mes efforts seraient plus que récompensés si je réussissais à faire aimer, en la faisant mieux connaître, cette noble race tchèque dont'la destinée a été si glorieuse et si tragique -et dont les fils ont pour la France une tendre et sincère sympathie.