‹ Georges de PodiébradChapitre 24 sur 183 · Cp. Voigt, Syheis liist. Zeitschv ;. \ p. 4i<S-iij · texte numérisé non relu

Cp. Voigt, Syheis liist. Zeitschv ;. \ p. 4i<S-iij

•2. Palatsky a réuni les documents relatifs a la m'orl de Ladislas dans une brochure très curieuse : Zcuf;cnvevhœr tiber den Tod K. Ladislau's von i»gJiu nnd Bœlimcn, Prague, iH3r). \oigt, qui discute les conclusions de Palatsky, avoue : ^^ De là ne suit pas, tant s'en faut, que Georges ait eu recours

LADISLAS KT PODUCBRAI)

Que Ladislas ait éprouvé une s3'mpathie très vive pour le Gouverneur, c'est ce qu'il me semble difficile d'admettre, en dépit des textes que l'on apporte '. Tous les ménagements et toute la réserve de Podiébrad n'empêchaient pas que la puissance ne fût entre ses mains et que le jeune prince ne dût être vivement froissé de cette subordination. L'exécution de Ladislas Hun3^ade ^, préparée avec une rare duplicité et accomplie avec une impitoyable cruauté, nous révèle ce qui s'agitait dans cette âme obscure, meurtrie depuis son enfance. La différence était grande, dit-on, entre Hunyade qui avait mortellement offensé le roi et ne cachait guère ses rêves am-

au crime pour se débarrasser du roi... Dans l'état actuel de la science, l'empoisonnement est uhe hypothèse que l'historien ne doit pas admettre, même comme pensée de derrière la tête. » {Op. cit., p. 421.) Bachmann, dont tout le récit est combiné de manière à rendre vraisemblable la culpabilité de Podiébrad, n'ose pas cependant conclure contre lui.

I. Ladislas n'a jamais cessé de témoigner de l'aversion que lui inspiraient les Utraquistes et les Bohèmes. ^neas-Sylvius raconte à ce sujet une anecdote caractéristique. En 1464, un prêtre utraquiste se préparait à célébrer la messe dans une chapelle du château royal; le roi, qui avait désigné cette' chapelle pour y faire ses dévotions, envoie un officier avec ordre de saisir le prêtre parjure et de le précipiter du rocher s'il ne s'en va. [Histoire de Bohême, ch. lxii.) « Nec unquam haereticorum Ecclesias, quamvis rogatus, intravit nec sacris eorum interfuit. » Il assiste d'une fenêtre à une procession utraquiste et ne montre aucun respect pour le Saint-Sacrement, afin de ne pas paraître honorer Rokytsana. (Id). — Les récents événements l'avaient encore aigri. A sa rentrée à Prague (1457), Rokytsana va le recevoir à la tête de son clergé; on remarqua que le roi ne le remercia qlie sur l'invitation de l'Administrateur: on devine avec quelle grâce. Quatre jours avant sa mort, il assiste à une sorte de tournoi entre un Allemand et un Tchèque : le Tchèque, gravement blessé, se rend à merci ; Ladislas, tout joyeux, donne le prix à l'Allemand et le félicite de son bonheur: s'il avait été vaincu, il est probable que son adversaire ne lui aurait pas fait grâce de la vie. — On ne voit pas trop pourquoi sa haine aurait fait exception pour Georges. Il y a bien la phrase d'Eschenloer : « Le malheureux Ladislas aimait Georges jusqu'à sa mort. » Mais n'est-il pas évident qu'Eschenloer cherche par là à rendre plus odieuse la conduite de Podiébrad? Et des témoignages, même moins intéressés, pourraient-ils prévaloir contre les faits ? Ladislas n'avait-il pas prouve par sa conduite en Hongrie ses véritables sentiments pour ses trop puissants protecteurs? Lorsque Georges va le trouver à Vienne, il demande un saufconduit : les négociations sont aigres; le roi ne cède que devant la menace. Sur plusieurs questions graves, la frontière de Saxe, la Silésie, la politique du roi et du gouverneur était différente : le roi était obligé de céder, mais que de rancunes ces défaites amassaient dans son cœur! Il affectait de séparer sa cause de celle de Podiébrad, et c'était une sorte de mot d'ordre des adversaires de ce dernier : le roi n'était pas libre. Cp. Grûnhagen, p. 290 et sq. 2. Lire dans Saint-René Taillandier le dramatique récit des événements de Hongrie, p. 65 et sq.

LADÎSLAS ET PODIÉBRAD "J 0

bitieux, et Podiëbrad dont tous les eiforts tendaient à affermir le trône de Ladislas. Est-il bien sûr qu'elle parût si évidente à Ladislas ■ ? Les situations sont plus fortes que les volontés ; telles qu'elles étaient, les relations de l'Administrateur et du souverain devaient rendre le premier odieux au second. Le roi avait essayé de secouer le joug, sans succès. Son échec l'avait encore ulcéré ; depuis son retour à Prague, il se montrait plus malveillant et plus sombre que jamais. Tous ces détails, relevés avec soin par les adversaires de Podiébrad constitueraient une présomption grave contre Ladislas si Georges était mort subitement; par quel artifice de logique essaierait-on d'en tirer un argument contre Podiébrad? Ce qu'il faudrait démontrer, en effet, c'est non pas que Ladislas détestait Georges, — ce qui importe peu, — mais que Georges n'aimait pas Ladislas et désirait se débarrasser de lui. Or, tout prouve au contraire que, malgré les imprudences et l'ingratitude du jeune prince, il s'était sincèrement attaché à cet enfant. Lorsqu'il s'efforçait d'éviter à son inexpérience des fautes irréparables, lorsqu'il le détournait d'une politique au bout de laquelle il n'aurait trouvé que la guerre civile et l'exil, ne lui donnait-il pas un éclatant témoignage de la sincérité de son dévouement? Il lui eût suffi d'abandonner à lui-même ce jeune fou pour qu'il soulevât bientôt contre lui les deux tiers de ses sujets. Il se consolait des déboires qui paj-aient sa fidélité, par la pensée qu'un jour viendrait où Ladislas, se dégageant des préjugés dans lesquels il avait été nourri, lui saurait gré de ses conseils; la reconnaissance de l'homme le dédommagerait de la mauvaise humeur de l'adolescent. Pourquoi l'aurait-il supprimé? — Pour ajouter à sa puissance un titre ! — Que gagnait-il à placer sur sa tête une couronne ? Ni l'élévation de son esprit, ni la netteté de son iu' telligence, ni l'ensemble de sa conduite ne permettent de sup^ poser qu'il fût accessible à de vulgaires et banales séductions.

I. Aujoui'd'hui cucure n'cst-cllc pas contestée par plus d'un historien? M. Voigt, par exemple, rend Georges responsable de la rigueur des conditions que la dicte avait imposées à Ladislas, avant de le reconnaître. C'est une erreur, j'en stiis cnnvaincu. Ladislas Ftitait-il autant?

LADISLAS 1;T l'ODIKBRAl)

Ht en revanche, que de difficultés, que de dangers ouvrait cette niort? Ladislas n'était-il pas le lien qui tenait réunies les diverses parties du royaume? La (Jurie, rassui"éeiusqu'alorspar la présence d'un roi catholique, n'augmenterait-elle pas ses exigences s'il venait à disparaître? Toute l'ceuvre de réorganisation et de relèvement était mise en question. L'autorité de Georges perdait ce caractère de légitimité et comme cette sanction du droit qui lui avaient été si précieux, et de fait, il ne fut jamais aussi puissant comme roi qu'il l'avait été comme gouverneur. Dira-t-on qu'il ne s'est pas douté des conséquences de cette mort, si faciles cependant à prévoir? — Il faut donc l'accuser non seulement d'ambition, mais d'une bien singulière imprévo\ance, prétendre qu'il ne connaissait ni l'état réel du pays, ni les dangers, plutôt voilés que conjurés, de la situation : il faut lui attribuer en même temps qu'un crime une sottise. Tout semble ainsi se réunir pour établir l'innocence de Georges, La douleur était grande, nous disent les vieilles chroniques tchèques, parmi les seigneurs qui suivaient le cercueil de Ladislas, depuis le plus puissant jusqu'au moindre, mais, de toutes, la plus grande était celle de l'Administrateur. Cette tristesse était sincère. Il pleurait sur le jeune prince que la mort lui avait enlevé avant qu'il en eût fait un véritable roi, et il pleurait peut-être aussi sur lui-même et sur les malheurs qui menaçaient la Bohême. Cette douleur ne lui fit pas oublier ses devoirs. En présence d'une catastrophe qu'il n'avait ni désirée ni prévue, il n'hésita pas plus qu'il n'avait hésité quand il s'était agi d'assurer le triomphe des Hussites en enlevant -Prague à Menhart de Hradets. Il commença par déclarer qu'il n'entendait rien abandonner des pouvoirs qu'il tenait de Ladislas. et qu'il se considérait comme le chef légal du pa}s, tant que duraient les fonctions qui lui avaient été confiées. Puis il mit toute son activité à faire transformer en autorité perpétuelle et régulière sa charge temporaire et extraordinaire '.

1. Il est nécessaire de dire un mut du récit suivant lequel Ladislas mourant aurait légué le rdyaunie h Georges. Le t'ait est raconté très longuement dans l'Histoire de Bulicinc de Svlvius, ch. lxx, p. 142 : « Georgius et ipse voca-

i.'i;li:ci ION ai: tkoni:

Il n'y avait pas à songer à conserver tout l'héritage de Ladislas : les divers royaumes qu'avaient rapprochés les hasards de l'hérédité, reprenaient leur indépendance. Georges ne leur contesta pas une liberté qu'il revendiquait pour la Bohême ; il rendit Mathias Corvin, qui était alors prisonnier à Prague et avec lequel il conclut une alliance étroite. Mathias fut élu presque aussitôt roi de Hongrie : précédent favorable, qui préparait les esprits à la nomination de Georges.

tus percunctari ex regc cur dolcrct, quid morhi esset, spcm honam praebere... Ad quem rex : Tua mihi, Gcorgi, jampridcm cognila tides spcctataque virtus est, par te Bohemus usque in hanc dicm me regcm appelavit. Speravi potiturum regno q'uod ipse paraveras, nunc contra Superi jubent. Miliiinorieudiim est, regnum in tua manu erit. Duo ex te peto. Altcrum, ut provinciales juste regas, pupillis viduis imhccillisque rectum judicium patrimoniumque ne subtrahas, etc. » Ce récit est confirmé dans ses traits généraux par les anciennes chroniques bohèmes et par un autre témoin contemporain. Eschenloer semble y faire allusion : a Miser Ladislaus amabat Georgium ad suum interitum. » Il se présente donc avec des garanties d'authenticité toutes particulières. Je reconnais aussi que la plupart des raisons qu'on a invoquées contre lui ne sont pas très fortes : Voigt, par exemple, se refuse à admettre un entretien entre Podicbrad qui ne savait pas l'allemand et Ladislas qui ne savait pas le tchèque; comment supposer que Ladislas, depuis quatre ans, n'eût pas appris le bohème et n'ait jamais eu une conversation avec le gouverneur? En somme, il est ditîicile d'opposer à ces textes des raisons décisives, et cependant le fait est si absolument invraisemblable! Le discours, tel que le rapporte ^Eneas, n'est évidemment pas autre chose qu'une de ces amplifications de rhétorique auxquelles il se plaît. La maladie, dans les conditions où mourut Ladislas^ lui aurait-elle laissé assez de liberté d'esprit, pour penser ainsi au bonheur de ses sujets qui, en réalité, lui importait bien peur Il y a dans le discours même une contradiction : il remercie Georges de sa fidélité, lui remet la couronne, et lui demande de permettre le retour en Autriche des personnes qui' l'avaient accompagné, sans menacer leur liberté. Etrange requête après tant de confiance! Il n'est certes pas permis de nier un fait par cela seul qu'il est invraisemblable; la critique historique permet du moins dans ces cas-là de discuter les témoignages et d'être un peu plus exigeant. De qui Sylvius tient-il ce discours? Il n'était pas à Prague. Qui Ta entendu? Celui qui l'a rapporté ne serait-il pas par hasard Georges lui-même ou un de ses amis, et alors quelle en serait la valeur? N'y aurait-il pas là simplement une de ces manœuvres, destinées à préparer l'opinion, que, personne ne le conteste, Georges employa très habilement. ^Eneas-Sylvius recueillit l'anecdote avec enthousiasme, comme tout ce qui flattait son imagination. Son récit renferme plusieurs inexactitudes, pourquoi lui accorder sur ce point une autorité spéciale? Les autres témoignages ne prouvent qu'une chose, c'est que le fait fut accepté comme vrai à Prague. Que les ennemis de Podiébrad l'aient admis sans discussion, cela ne signifie rien, parce que leur tactique fut de représenter Ladislas comme très attaché au gouverneur et de rendre ainsi plus odieuse la conduite de Georges.

l'ODii.r.u \i) uoi i)H BOHi'.Mr:

A qui la couronne tchèque serait-elle revenue, sinon à lui? Les droits des autres candidats étaient si mal établis, leur parenté a\ec les derniers souverains tchèques si éloignée, les traditions régulières surtout étaient si affaiblies pai- une longue interruption et la guerre civile, que les questions de légitimité, de transmission régulière de la royauté, passaient au second plan '. Un point dominait tout : l'intérêt national. Lorsque Georges avait porté sur le trône, de ses propres mains, un enfant qu'il espérait transformer et qui pendant de longues années ne pouvait pas avoir de volonté propre, il avait surtout songé au relèvement de la patrie et au maintien de la paix; allait-on se jeter aveuglément aux bras d'un inconnu, peu au courant de la situation, peut-être malveillant ou incapable? Qui donc mieux que Georges défendrait et continuerait son œuvre?

Sa popularité était telle et la volonté de la majorité si évidente que sa nomination ne fut pas un instant douteuse. Georges n'avait aucune inquiétude à ce sujet, mais il voulait que son élection ne fût pas le triomphe d'un parti et ne l'ouvrit pas ainsi l'ère des querelles intestines. Il }' parvint et il fut acclamé par la diète tout entière (1458, 2 mars). Ce choix était si clairement indiqué, il avait été préparé avec tant de soin, Podiébrad inspirait une confiance si universelle qu'en somme tous les partis accueillirent l'événement avec satisfaction. Tandis que les Praguois pleuraient en remerciant Dieu « de les avoir délivrés de la puissance des rois allemands qui ne pensent qu'à faire du mal à la nation tchèque et en particulier aux défenseurs des Saintes Ecritures », et que Rokytsana félicitait la diète d'avoir bien mérité du pa\s et de la religion, Calixte III accueillait de fort bonne grâce la décision des Etats. Aussitôt après la mort de Ladislas, il avait prévu, presque appelé ce résultat -.

I. J.cs princes clraiii^ers regardent déjà la royauté comme élective. Und ambassade française, qui a ;i sa tête Lcnoncourt, demande la couronne pour le tils de Charles VU, Charles.

:. Les Catholiques du royaume étaient naturellement les moins satisfaits. Sans risquer une p-otcstation ouverte, trop périlleuse, « ils calomniaient

poDirnuAii ROI i)i: roiiiimi-: "j-

Podicbrad ne laissa pas a ces bonnes volontés le temps de se refroidir. Les candidats évincés étaient . nombreux, mais aucun d'eux n'était très redoutable. Les rivaux de Georges, déconcertés déjà par les nouvelles de Rome, ahuris par la rapidité de ses allures, ne songèrent même pas il s'engager a fond. Les provinces annexes étaient Iroides ou hostiles, mais leurs rancunes ne seraient devenues dangereuses que si elles a\aient trouvé un chef assez foi't et

rclcction " et accusaient les sciqncurs qui les a\aiei;t abaïuiniuiés. L'élection de Georges a dimné lieu ii de très \ ivcs discussions. Les deux travaux les plus importants sur ce point sont Tomck, VI, 280-98, et Bachniann, Ein Jalir bœmixclier Gescliiclitc. Deux 'objections graves (int ctc proposées contre la validité de rélcction : d'abord, la Bohême proprement dite était seule représentée à la diète; la Moravie, la Silésie et la Lusacc n'y avaient pas de délégués. — Ce fut la prétention constante des Tchèques de s'attribuer le droit exclusif d'élire le prince; cette usurpation, aussi contraire au droit qu'à l'équité et à une saine politique, provoqua d'ardentes récriminations dans les provinces. Il faut remarquer seulement qu'en 14.^8 les précédents étaient favorables aux prétentions bohèmes (\', Kalousck, Tchcské statni pravo {le droit d'Etat tchèque), p. 294 et sq.). — En second lieu, une diète, siégeant à Prague, était, par cela même, l'objet d'une suspicion légitime; elle subissait la pression irrésistible de l'opinion publique. — 11 est certain, sans doute, que la population désirait vivement le succès de Georges, et que ses vœux tirent quelque impression sur les Etats; mais, dans ces termes-là, cette action de l'opinion publique ne vicie pas le résultat du vote: on en viendrait autrement à prétendre qu'il n'y a de lois votées librement que celles qui sont absolument contraires aux espérances de la majorité. Y eut-il fraude ou violence ? Dlugos parle de l'intimidation des seigneurs catholiqties, mais Eschenloer dément le fait avec une netteté remarquable : « Tous les Bohèmes qui étaient présents, dit-il, de l'obédience romaine ou de la secte deRokytsana, les uns et les autres, furent unis et libres dans cette élection. » Il est incontestable qu'Eschenlocr, dont l'hostilité à Georges est bien connue, a plus d'autorité ici que Dlugos. On a cite comme preuve de la terreur qui pesait sur la ville, le départ précipité des envoyés de 'Sautzen et de Gœrlitz, les seuls représentants des provinces qui eussent paru à la diète : ils auraient jugé prudent de se retirer en présence de l'émotion populaire. Rien ne montre cependant qu'ils aient été réellement menacés; ils se sont probablement éloignés, parce qu'ils n'avaient plus aucun doute sur le résultat de l'élection et qu'ils ne voulaient pas le sanctionner en quelque sorte par leur présence. Les débats furent conduits avec beaucoup de dignité et de sérieux; les hésitations mêmes des Catholiques établissent leur liberté. Y eutil des voix achetées ? Tout ce qu'il est permis de dire, c'est qu'aucun document sérieux ne l'affirme. Zdcniek de Sternberg prit aux débats uue part prépondérante, enleva le vote. Jean de Rosenherg et Zbyniek de Hasenbourg furent aussi favorables à Georges : tous trois étaient catholiques. Par quels moyens avait-il gagne leur appui ? Il est probable qu'on ne le saura jamais. Voigt suppose que la question des biens du clergé joua un rôle, et cette opinion u'est pas invraisemblable. En somme, il ne faut pas éplucher trop sévèrement les élections, et celle de Podiébrad semble cire de celles qui supportent encore le mieux l'exatuen

yS PODIICBUAI) ROI DE BOHKME

hardi pour imposer à toutes ces velléités de révolte un programme commun et leur imprimer un* impulsion énergique. Leur chef naturel, c'était le pape, et il passait à l'ennemi. De quel droit les fidèles auraient-ils continué la lutte et ne se seraient-ils pas contentés de ce qui suffisait au Saint-Père? Le légat le rappela assez durement aux bourgeois de Breslau, les plus ardents à la résistance. Podié- ,brad manœuvra avec une adresse merveilleuse au milieu des luttes qui troublaient alors l'Europe centrale et orientale; il ne se lia à aucune politique, se réserva; tous les partis purent espérer sorî intervention, l'implorèrent, sans regarder au prix qu'il réclamait '. Les diverses provinces qui, au début, avaient affiché leur mauvaise volonté, s'inclinèrent l'une après l'autre, assez vite, la Moravie d'abord, puis la Haute Lusace et la plus grande partie de la Silésie. La ville de Breslau, désormais isolée," céda en frémissant, n'obtint qu'un délai de trois ans, au bout desquels elle s'engagea à prêter serment de fidélité au roi (janvier 1460^ La plupart des prétendants furent trop heureux d'abandonner leurs droits réels ou supposés et de ne pas s'engager dans un duel inégal; l'empereur Frédéric, oubliant ses revendications, investit Podiébrad de l'électorat de Bohême (3i juillet 1459). La rivalité des HohenzoUern et des Wittelsbach paralysait l'Allemagne. Georges maria sa fille Zdenka au fils de l'électeur de Saxe et son fils Hyniek à la fille du duc Guillaume de Saxe, qui renonça sans réserve à l'héritage de Ladislas. La fille d'Albert-Achille de Brandebourg fut fiancée à un autre fils de Georges, Henri. A la conférence de Cheb (Eger) (1459 novembre), Podiébrad apparaît au milieu des partis divisés comme un médiateur respecté dont tous les princes voisins redoutent l'inimitié et sollicitent l'alliance.

Souverain incontesté d'un royaume riche et prospère, pouvant mettre sur pied une armée formidable, adroit politique

I. Voir sur cette première partie du règne de Podiébrad, les travaux de Bachmann, Ein Jalir bœlimisclier Geschichte; Bœinnen und seine Nachbar- Icender miter Georg von Podiébrad (1458-61).

PODIÉBRAD ROI DE BOHlhlK JQ

et général heureux, uni par les liens d'une étroite parenté i\ quelques-uns des princes les plus puissants de son siècle, Po. diébrad exerce à cette heure sur les états limitrophes une influence prépondérante; le respect qu'il inspire aux étrangers égale la popularité dont l'entoure la Bohème; l'Europe entière a les yeux fixés sur lui ; les succès passés justifient les plus vastes ambitions, et l'avenir s'annonce radieux pour cet enfant gâté de la fortune dont aucun revers n'a encore attristé la carrière.

Cette grandeur, si rapidement conquise, était-elle bien réelle? Les contemporains l'ont cru : l'éclat des résultats obtenus les a éblouis. A distance, il ne dissimule plus les côtés faibles de cette puissance qui ne reposait que sur des éléments fragiles. Les victoires remportées étaient plus brillantes que décisives : chaque jour, une nouvelle bataille était nécessaire et il suffisait d'une défaite pour tout compromettre. Il ne faut pas l'oublier si on veut comprendre la politique de Georges et la juger sans injustice.

Les années suivantes et, en général, la fin de son règne sont en effet remplies par des négociations si nombreuses et si compliquées qu'on ne s'y retrouve pas aisément. Les projets se succèdent avec une rapidité inouïe, très divers, presque contradictoires, quelquefois assez vagues, si vastes qu'ils semblent fantaisistes; les combinaisons les plus variées sont essayées, oubliées, reprises; les alliances se croisent; dans une période très courte, plus d'une fols dans une même année, l'amitié la plus intime est suivie de la froideur, de la défiance^ ou même de la guerre que termine brusquement un nouveau traité d'alliance. C'est une sorte de chassé-croisé troublant, où les auxiliaires d'aujourd'hui sont les ennemis d'hier et de demain.

Pourquoi ces brusques variations? Ne décèlent-elles pas un certain manque de suite dans les idées et une ambition un peu incohérente? On se laisserait facilement entraîner à admettre que Georges avait plus de fécondité et de souplesse d'esprit que de persévérance, plus d'imagination que de raison et moins d'énergie que d'audace. On ne lui a pas mé-

So \.V. XV*-' SIKCLF.

nage les reproches. Son agkation tracassière, a-t-on dit, a provoqué la défiance générale, ses conceptions confuses n'ont pas abouti et ne pouvaient pas aboutir, sa mobilité lui a aliéné l'un après l'autre ses alliés naturels, et il est le principal coupable des déboires et des tristesses qui ont assombri les dernières années de son règne. — Une étude plus approfondie montre clairement que Georges n'était guère maître d'agir autrement qu'il ne l'a fait. Il a subi deux fatalités, celle du temps où il vivait et celle de la situation que lui avaient léguée les événements antérieurs.

Le xv^' siècle n'a pas sans doute inventé la diplomatie, mais il a été peut-être le premier à en deviner toutes les ressources. Le mo^'en âge est fermé, l'époque des chevauchées héroïques est terminée ; une ère nouvelle s'ouvre, celle des négociations, des ligues, des traités de partage et d'héritage. Les princes ont comme un pressentiment de l'importance décisive de l'heure : l'Europe moderne se constitue; il s'agit de prendre position, de ne pas laisser à ses rivaux une avance qu'il serait impossible de rattraper, de ménager l'avenir. Chacun cherche à arrondir son territoire, à étendre son influence, et dans cette surexcitation des convoitises et cette envolée d'espérances, toutes les facultés entrent en jeu et tous les moyens sont bons qui conduisent au but.

A aucune époque peut-être, il n'}' a eu une aussi prodigieuse dépense d'imagination^, une aussi extraordinaire audace de combinaisons, et, conséquence toute naturelle, une indifférence morale aussi absolue. Les procédés des princes italiens d'alors sont restés classiques, mais si les souverains des autres pa3^s n'ont pas toujours la même dextérité, ils ont tous la même impudence naïve et la même verdeur d'appétits. Jamais les traités n'ont eu moins de valeur et les promesses, d'importance. La duplicité et la fourberie sont plus que générales, acceptées; il devient oiseux de s'en plaindre, ridicule de s'en étonner. Il est entendu tacitement que chacun ne poursuit que son intérêt personnel, que les services rendus n'engagent aucune des deux parties, que les alliances cessent dès qu'un des alliés trouve quelque avantage à re-

LE XV<^ SliXLE Si

prendre sa liberté d'action. — Que Georges participât dans une certaine mesure à ces habitudes, que nous éprouvons quelque embarras à condamner, tant elles semblent excusées par l'opinion, c'est ce qu'il serait injuste de lui reprocher trop sévèrement : la morale publique a-t-elle fait depuis lors de très réels progrès? Elle exige peut-être un peu plus de ménagements, des transitions moins brusques, des prétextes plus habiles. Georges s'est contenté des procédés encore peu perfectionnés de son siècle. Sa politique est celle de son temps : si on la compare à celle de Frédéric III, de Mathias Corvin ou du margrave Albert, on ne songe plus guère à l'accuser de versatilité ou d'incohérence. Rien n'autorise à supposer que sa conduite ait le moins du monde scandalisé ses contemporains, qu'elle ait affaibli sa situation en lui aliénant des sympathies sérieuses. Il y aurait en effet plus que de la naïveté à croire par exemple que le roi de Hongrie eût hésité à lui déclarer la guerre, si Georges ne lui avait pas donné par ses incertitudes une apparence de prétexte. Lorsqu'il pense à l'Empire, si les conventions qu'il signe avec les princes ressemblent fort à des marchés, a-t-on le droit de le condamner au nom de doctrines dont personne n'avait encore l'idée, et la principale responsabilité revient-elle au candidat ou aux électeurs?

Le tort de Georges, dit-on, fut de se laisser séduire à des plans dont la réalisation était au moins des plus invraisemblables, dont le succès n'aurait offert que des avantages douteux et dont l'échec entraînait pourtant un certain discrédit et quelque affaiblissement. Ici encore, assure-t-on, Georges a subi l'influence de son époque. La diplomatie du xv' siècle mêle à ses préoccupations égoïstes et réalistes une fantaisie aventureuse et quelque peu frivole. Cela tient dans une assez large mesure aux conditions dans lesquelles elle s'exerce. Les conseillers ecclésiastiques, toujours plus rares, avaient été remplacés par des diplomates de profession que l'on appelait juristes de cour, administrateurs politiques, ou, plus simplement, conseillers. Chevaliers errants de la politique, ils mettaient leur habileté au service des princes qui

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